LE CHATEAU DE MÉRÉYILLE
L est des lieux privilégiés, dont le nom rappelle des jours de gloire intellectuelle, des heures fortunées pour la pensée, pour l'esprit, pour l'art. Leur histoire renferme une magie ensorcelante, un poétique attrait, et aussi cette indicible mélancolie des choses disparues dont la beauté ne peut plus vivre, hélas ! que dans le seul souvenir des générations nouvelles, avides d'interroger les vestiges d'un lumineux passé.
Tel le château de Vaux, où Fouquet étalait une magnificence royale, et stimulait le génie des architectes, des sculpteurs et des peintres. Telle la terre des Rochers, où M"'*^de Sévigné écrivit tant de lettres qui ne périront point. Tels les jardins du Petit Trianon où Marie- Antoinette oubliait les intrigues, les orages, le faste pesant des cours.
Combien de lieux nous pourrions citer dans cet ordre d'idées, lieux pleins de vie, jadis, aujourd'hui foyers éteints, mais où plane encore la renommée, et où le génie des souvenirs attire le philosophe et le poète !
Parmi eux, il en est un qui souvent a servi de thème à nos méditations et à nos rêveries, je veux parler du château de Méréville, situé à douze kilo-
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mètres d'Étampes en Seine-et-Oise, à une heure et demie de chemin de fer de Paris. Nous pensons qu'il y a quelque intérêt à ressusciter un moment les beaux ;;ours de cette résidence qui date de loin, qui a jeté un vif éclat mondain et littéraire pendant une trentaine d'années, et subit aujourd'hui le sort de presque tous les grands domaines de luxe d'autrefois, le fatal morcellement ou la tranformation industrielle.
Le château de Méréville, voisin du bourg de ce nom, qui jadis fut un ville forte, remonte au onzième siècle. Il eut une longue suite de possesseurs illustres, parmi lesquels nous mentionnerons d'abord les seigneurs de Nemours et de Linières. Place d'armes importante, ce château, dit une chronique ancienne, était « cantonné de quatre tours, défendu d'une bonne muraille bien fossoyée : à un jet de pierre est un gros village fermé de murailles, où est la paroisse, en laquelle il se rencontre plusieurs sépultures d'anciens chevaliers, seigneurs de Méréville. »
Méréville eut aussi pour maîtres les seigneurs de Saint-Mesmin, puis la maison de Reilhac et la maison Des Monstiers. Au commencement du dix-huitième siècle (1710), ce domaine appartenait au baron Jean Delpech, conseiller du roi, un de ceux qui commencèrent à créer, autour du château, de vastes et magnifiques jardins.
Jusque-là, Méréville avait été surtout un château fort. Ses escaliers, ses galeries, ses cours, ses en-