‹ De Châteaubriand à Ernest RenanChapitre 18 sur 32 · LE CHATEAU DE MÉHÉVILLE · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE MÉHÉVILLE

ceintes avaient retenti du bruit des armures, des sonneries de combat, des fiévreux préparatifs de l'attaque ou de la défense. Il faudrait écrire tout un livre pour raconter cette destinée guerrière.

Nous ne pouvons ici que lui accorder une brève mention préparatoire, et saluer de loin les pteux qui longtemps bataillèrent en ce coin de terre, contre les Anglais acharnés à nous dévorer. Au baron Jean Delpech succéda la famille de la Tour du Pin qui donna quelques embellissements au vieux fief, et le conserva jusqu'en 1784. A cette date, il fut acquis, pour la somme de 850,000 livres, par Jean-Joseph de Laborde, escuyer, vidame de Chartres, banquier de la cour, et secrétaire de sa majesté.

M. de Laborde était considéré : on le cite comme « le premier industriel dont le gouvernement ait recherché l'assistance pour les finances. » Il possédait une fortune considérable qu'on évaluait à 1,800,000 livres de rente pour la France, et à une somme équivalente pour l'Amérique. Plus d'une fois, ce fut lui qui assura le service du ministère de la guerre et de la marine.

Il savait faire servir aussi son argent au progrès des lettres et des arts, et on pourrait le citer comme une sorte de Mécène, à l'égal des princes et des fermiers généraux de son temps, qui achetaient de riches demeures, y entassaient des merveilles, tableaux, statues, monuments symboliques, temples à l'Amour, et y donnaient des soins particulier.^ à un art tout-puissant alors, l'art des jardins.

C'est grâce à M. de Laborde que Méréville devint un de ces lieux favorisés, un de ces foyers d'intel-

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ligence dont nous parlions au début. Le maître affectionnait tout spécialement ce domaine, arrosé par la rivière de la Juine, et dès qu'il l'eut acquis, il prit à tâche de lui donner un relief d'élégance extraordinaire : il possédait plusieurs terres aux environs de Paris, il les embellit toutes à grands frais, notamment Saint-Ouen, Saint-Leu, la Ferté-Vidame. Mais ce fut Méré ville qui devint le séjour de prédilection de M. de Laborde, et ce fut là que se concentrèrent sa vie mondaine et sa sollicitude artistique : il consacra seize millions à son embellissement.

Il voulut d'abord acquérir des terres à tout prix pour agrandir son parc, puis, d'après les plans de Joseph Verne t et de Robert, il y planta des arbres rares, y construisit des canaux, des cascades, des grottes, des colonnes, des temples. Des collines lui faisaient obstacle, il les déplaça et creusa des vallées; le cours des rivières ne correspondait point à ses projets, il le détourna. Quant au château lui-même, il fut agrandi, décoré, orné, et un ameublement princier y fut installé, en même temps que des chefsd'œuvre artistiques. Ce fut une véritable transformation du vieux castel, qui plus d'une fois jadis avait été dévasté et rebâti, et dont la dernière construction remontait au seizième siècle. Les détails nouveaux de l'ornementation, à l'extérieur et à l'intérieur, furent exécutés dans le style Louis XVI.

Vaste parallélogramme flanqué de quatre tours rondes, cet antique château acquit un attrait plus moderne, par l'adjonction de deux ailes que M. de Laborde fit élever au midi et au nord.

Parmi les œuvres d'art de cette magnifique

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