‹ De Châteaubriand à Ernest RenanChapitre 20 sur 32 · LE CHATEAU DE MÉRI£VILLE · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE MÉRI£VILLE

Suivant le goût de l'époque, Méréville possédait un joli moulin, lieu de repos champêtre, qui semblait fait pour servir de retraite au poète, et d'asile au sage. Caché sous de hauts peupliers, il attirait par ses ombrages, par la fraîcheur de ses eaux, par les détails de ses travaux rustiques. Du moulin on passait à la laiterie. C'était un monument curieux, en forme de carré long, dont le portail, soutenu par des colonnes ioniques, attirait l'attention du promeneur. Au fond de l'édifice, se trouvait une grotte très élevée, de laquelle sortait un bras de rivière qui retombait doucement dans un bassin, d'où il se répandait à travers la laiterie par des réservoirs en marbre blanc. Cette eau toujours limpide, courant dans l'intérieur d'une vaste salle sur un lit de marbre, rappelait les délices de l'Orient et les palais de Grenade.

Il faudrait de longues pages pour peindre les cascades, les petits bois, les forêts, les points de vue savamment ménagés, les colonnes, les belles perspectives, les cabanes aperçues dans le lointain, les aspects pittoresques, les rochers sauvages, bref, les séductions de toute espèce que le XVII P siècle à son déclin savait imaginer pour charmer les yeux, et pour ensorceler l'âme du spectateur.

Nous nous contenterons de mentionner encore, dans le parc de Méréville, la Colonne rostrale, le tombeau de Cook, et le Temple. La Colonne rostrale fut élevée par M. de Laborde à la mémoire de ses deux fils qui, lieutenants de vaisseau l'un et l'autre, et servant sous les ordres de La Peyrouse, moururent victimes de leur dévouement sur les côtes de la Californie. Elle se dresse au milieu d'une île, à

Îil8 DE CUATEAUBIIIAND A EUNKST UENAN

l'entrée d'un lac assez étendu. Elle est en beau marbre bleu turquin, avec des rostres de navire en bronze, ainsi que la boule dont elle est surmontée. Autrefois, des arbres étrangers à nos climats l'entouraient : on y remarquait surtout l'épine de mer à la couleur pâle et triste.

M. de Laborde professait une admiration particulière pour la marine et pour les navigateurs hardis qui se consacraient à cette carrière. De là l'idée touchante qui lui vint d'ériger à la mémoire de Cook un monument funèbre, et de rappeler, sous les poétiques ombrages de son domaine, le souvenir de cet intrépide explorateur, dont les restes mortels, abandonnés sur une terre lointaine, ne purent être honorés par les siens.

Ce monument, dû au ciseau de Pajou, fut élevé à dessein dans un lieu retiré et paisible. Il est en marbre blanc, une urne funéraire le surmonte. Sur la face principale, on voit le buste de Cook, et audessus un bas-relief représentant un lion qui dévore un aigle. Aux quatre angles sont des figures de sauvages. Tout le sarcophage est couvert d'un dôme supporté par quatre colonnes doriques. Une inscription simple est gravée sur l'urne. Quelques vers jadis y avaient été ajoutés, mais ils ont été effacés par le temps, qui lentement détruit tous les ouvrages sortis de la main des hommes.

Quant au Temple, il est une reproduction exacte de celui de la Sibylle h Tivoli. Entouré autrefois d'arbres magnifiques, et dominant le paysage, il était vraiment fait pour charmer le regard, et rappeler les riants >souvenirs de la belle antiquité. Un poète

Page 1