‹ De Châteaubriand à Ernest RenanChapitre 21 sur 32 · LE CHATEAU DE MÉRÉVILLE · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE MÉRÉVILLE

inconnu, hôte choyé à Méré ville, y grava ce quatrain qui a survécu :

Ici, La Borde, au fruit de ses utiles veilles

Donnant un emploi généreux, Par bienfaisance y créait des merveilles, Et par goût pour les arts y faisait des heureux !

Parmi les fêtes données à Méré ville, une des plus célèbres eut lieu en 1790, à l'occasion du mariage de la fille de M. de Laborde, la belle Nathalie, avec Charles de Noailles, fils aîné du prince de Poix. Cette union, où tous les genres d'éclat de l'époque se trouvèrent réunis, devint l'occasion de réjouissances exceptior^nelles. Les familles de Noailles et de Beauvau se rencontrèrent à Méréville avec la plus brillante société de Paris.

« La joie fut grande, dit un érudit, le luxe éblouissant, les plaisirs variés à l'infini; mais chacun tomba d'accord qu'au milieu de toute cette magnificence véritablement féerique, de toutes ces merveilles, rien n'était si merveilleux que les mariés. »

Les fêtes de l'hyménée d'une fille chère marquent l'apogée des beaux jours de Méréville. Voici venir les jours sombres de la Révolution, les inquiétudes, les périls croissants, les angoisses mortelles, les drames terribles, l'émigration, ]a prison, l'échafaud. Adieu les réceptions élégantes, les villégiatures enchanteresses, les brillants voyages, les conversations sémillantes, les promenades fortunées dans les jar-

dins fleuris et les parcs embaumés ! Adieu les barques légères qui glissaient sur les eaux de la Seine, traversaient des lacs charmants, et abordaient dans des îles fraîches et voluptueuses ! Adieu tout l'attrait du XVIIP siècle !

Retiré dans son château avec sa famille, et y vivant maintenant sans apparat, M. de Laborde espérait n'être point atteint par la tourmente. Elle grondait de toute part, et semblait devoir l'épargner, mais elle finit par le frapper comme tant d'autres. Au mois d'octobre 1793, il fut arrêté, ainsi que sa femme et sa fille, et conduit dans les prisons de Paris où il resta six mois enfermé. Il n'en sortit, le 29 Germinal, An II, que pour monter à l'échafaud. Le 9 Thermidor sauva de la mort M^^^ de Laborde et la belle Nathalie.

Pour renaître un peu à la vie, après les heures tragiques de la Terreur, et pour se remettre de tant d'émotions poignantes, la mère et la fille quittèrent la France, et séjournèrent en Suisse d'abord, puis en Angleterre. Quand elles revinrent sous le Directoire, elles trouvèrent leur opulente fortune toute bouleversée, et elle durent renoncer au faste des anciens jours. Elles se résignèrent sans se plaindre, d'ailleurs, à mener à Paris et à Méréville une existence simple et modeste. « Quand on vient d'échapper à la mort, dit un moraliste, la vie, quelle qu'elle soit, semble toujours facile. »

Elles revirent avec joie le château fameux qui n'avait pas eu trop à souffrir des colères de la Révolution, et petit à petit elles y invitèrent et y réunirent leurs amis du passé qui avaient survécu, et

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