PEINTURE DU TEMPS
LE CHATEAU DE MÉrÉVILLE 321
quelques amis plus récents. Méré ville avait conservé son attrait ; il subsistait avec ses monuments, ses statues, les parures de ses jardins, les délices de de son parc, et il semblait dire aux temps nouveaux, au dix-neuvième siècle commençant, les plaisirs, les goûts, les élégances de l'ancien temps.
Aussi, impressionnait-il vivement les hôtes qui venaient y chercher des réminiscences heureuses et y apporter une consolation. M"^^ Vigée-Lebrun le visita alors, et fut dans le ravissement. Son témoignage est précieux à enregistrer. « C'est, dit-elle, un séjour vraiment enchanteur. Nulle part, on ne peut voir des sites plus variés, de plus beaux arbres, une végétation plus abondante, et nulle part l'art n'est venu ajouter aux beautés de la nature avec un goût mieux entendu... Les rochers, qui sont immenses, et qui ont dû coûter des trésors, les cascades, les temples, les pavillons, tout est à sa place et concourt au charme du coup d'œil. Sur un des points les plus élevés du parc est une colonne dont la hauteur est peu commune. Du sommet de cette colonne, la vue embrasse l'ensemble du parc et une campagne magnifique dont l'horizon s'étend à vingt lieues... Enfin, il serait trop long d'énumérer tout ce qui fait du parc de Méré ville un lieu de délices, qui surpasse selon moi tout ce qu'on peut voir en Angleterre dans ce genre. »
C'était la seconde période des beaux jours de ces lieux magnifiques, période paisible, consacrée souvent à l'évocation du passé, aux regrets qu'enfantent les malheurs imprévus, mais marquée cependant par la reprise de la vie que la nécessité nous impose, et par l'attrait des espérances nouvelles.
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Pendant le Consulat et l'Eaipire, M"'® de Laborde et sa fille continuèrent à recevoir dans l'intimité. L'éclat des fêtes ne se manifestait plus à Méréville, mais le prestige de l'intelligence et de la beauté y séjournait encore, et y attirait une société d'élite.
Pendant les étés de 1807 et de 1808, nous y voyons apparaître Chateaubriand, le grand enchanteur de son époque. Il avait été présenté par une de ses admiratrices, M"^*^ de Vintimille, de la maison de Lévis, l'amie de Joubert. M'"^ de Laborde et la belle Nathalie firent le plus aimable accueil à l'écrivain, et lui demandèrent en récomp(5nse de lire, devant une assemblée choisie, les passages les plus captivants des Martyrs.
Chateaubriand était avide, friand même des applaudissements et des suffrages que lui valaient ces lectures, faites sous de beaux ombrages, dans un cadre harmonieux de verdure, de fleurs et de parfums, et devant les femmes les plus intelligentes, par conséquent les plus séduisantes de son époque. Aux réunions de Méréville brillaient, étincelaient M'"^ de Pas tore t et M'"" de Lévis. La belle Nathalie ne put résister au génie de l'écrivain, il l'entraîna dans sa carrière de passion et de gloire, et elle fait partie de ce chœur harmonieux de femmes qui l'ont follement aimé.
Dans sa vieillesse, l'enchanteur, ému au souvenir de ces jours prédestinés, ne pouvait retenir ses larmes. C'est alors qu'il dira : « Méréville était une oasis créée par le sourire d'une muse, mais d'une do ces muses que les poètes gaulois appellent les doctes Fées. Ici les aventures de Blanca et de Velléda