‹ De Châteaubriand à Ernest RenanChapitre 6 sur 32 · LE CHATEAU DE SAINT-POINT (S.-ET-L.; OU LAMARTINE EST ENTERRÉ · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE SAINT-POINT (S.-ET-L.; OU LAMARTINE EST ENTERRÉ

Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère. Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux, Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre, Ce que j'ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !

Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire; Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour, Et ce bien idéal que toute âme désire, Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour !

Que ne puis-je, porté sur le char de l'Aurore, Vague objet de mes vœux m'élancer jusqu'à toi! Sur la terre d'exil pourquoi resté-je encore ? Il n'est rien de commun entre la terre'et moi.

Quand la feuille des bois tombe dans la prairie, Le vent du soir s'élève et l'arrache aux vallons ; Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie : Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !

Autant que le début, cette fin de V Isolement constitue un document moral de première importance, et mieux que de longues dissertations elle nous révèle Tétat d'âme, non seulement de Lamartine, mais de la jeunesse instruite de 1820 à 1830. Cette jeunesse avait la foi, croyait en Dieu, et ne craignait pas de tendre vers lui les bras, et de l'invoquer comme un père et un ami.

Dans tous les poètes de cette époque, Victor Hugo, Alfred de Vigny, Alfred de Musset lui-même, nous retrouvons ces invocations à la divinité, ces appels à un être juste, bon, tout-puissant, ces cris de souffrance, ces vœux touchants, disons le mot, ces

prières humbles et ferventes que les croyants adressent au ciel dans le malheur qui les menace, ou la détresse qui les accable.

Ils puisaient là une consolation et une espérance, que nous ne connaissons guère^ nous, poètes de la fin de ce siècle incrédule et sceptique. Il en est peu, parmi nous, qui s'adressent à Dieu dans leurs poèmes, et réclament son appui au milieu des luttes de l'existence, des naufrages du cœur, des désillusions, de la perte des êtres chers : nous opposons aux décadences fatales de la vie un stoïcisme qui n'est pas sans grandeur, mais hélas ! nous levons rarement les yeux vers le ciel, parce que nous craignons qu'il ne soit désert et sourd à nos lamentations.

Si Lamartine croit, et invoque Dieu, ce n'est pas seulement parce qu'il a été élevé au sein d'une famille pieuse, et a sucé pour ainsi dire la foi avec le lait maternel, c'est aussi parce qu'une soif insatiable de perfection le possède, et ne lui laisse aucun repos.

Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire, Là, je retrouverais et l'espoir cl l'amour !...

L'espoir et l'amour ! Voilà bien, n'est-ce pas, le cri de la jeunesse : c'est ce qui domine en elle, c'est ce qui l'entraîne, la stimuler, et lui donne une allure de triomphe à laquelle rien ne résiste.

J'ai vu, au musée de Lyon, un tableau de Courbet, qui porte ce titre : Les Amants heureux. Ils sont représentés se tenant la main, silencieux, le regard

baigné de tendresse, le visage illuminé de passion. C'est une toile admirable, qui nous retient, nous fascine, et qu'on quitte avec un indéfinissable regret.

Lamartine et son amie devaient avoir cette attitude fortunée, lors qu'ensemble ils exploraient les environs d'Aix-les-Bains, et traversaient le lac du Bourget. C'est bien ainsi, d'ailleurs, que l'imagination se les représente, quand on lit les vers sublimes du Lac, consécration immortelle de la félicité de deux amants.

On comprend qu'après avoir goûté de pareilles délices, le poète, séparé de son amie par la mort, se soit trouvé dans l'isolement, et ait eu à peine le courage de vivre.

Quelle élévation il donne à son bonheur ! Quel noble maintien il garde toujours ! Qui n'a pas remarqué combien chastes dans l'expression sont les strophes du Lac ? Il s'agit cependant d'une scène vivante de tendresse. Lamartine ose à peine laisser entendre qu'il peint deux êtres humains, pleins de jeunesse, transportés par les désirs fougueux que le regard fait naître, et que les lèvres murmurent. Pour lui, il est question avant tout de l'âme dominant les voluptés de la terre.

Les vers les plus brûlants du Imc sont contenus dans deux strophes que, par une sorte de pudeur lyrique, il supprima de l'édition définitive des Méditations. Elles méritent de vivre cependant, au même titre que les autres strophes de cette pièce célèbre. Elles viennent après les vers :

L'hornme n'a point de port, le temps n'a point de rive; Il coule, et nous passons !

lU) DE CHATEAUBRIAND A ERNEST RENAN

Les voici :

Elle se lut ; nos cœurs, nos yeux se rencontrèrent. Des mots entrecoupés se perdaient dans les airs, Et dans un long transport nos ànies s'envolèrent Vers un autre univers.

Nous ne pûmes parler; nos âmes alTaiblies Succombaient sous le poids de leur félicité, Nos cœurs battaient ensemble, et nos bouclies unies Disaient l'éternité !

Quelle discrétion dans ce baiser ! Comme celui qui l'a donné tient à cœur de l'idéaliser! Est-ce des lèvres mortelles qui l'ont fait retentir ! Ne semblet-il pas que ce sont de purs esprits qui ont revêtu, pour un moment, une forme passagère, se sont enlacés divinement, et se sont ensuite envolés dans les cieux ?

Si Lamartine se montre sobre de détails pour exprimer les manifestations de son amour, il se plaît, par contre, à nous décrire le cadre où il s'est développé, s'est épanoui, et a eu son apogée, et par là il atteint profondément notre émotion, et nous conquiert sans réserve. Nous l'aimons autant que nous l'admirons.

Vous que le temps épaigne on (pi'il peut rajeunir. Gardez de cette nuit, garde/, belle nature, Au moins le souvenir !

LAMARTI^E

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages, Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux, Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages Qui pendent sur tes eaux !

Qu'il soit dans le zéphir qui frémit et qui passe, Dans le bruit de tes bords par tes bords répétés. Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface De ses molles clartés !

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire. Que les parfums légers de ton air embaumé, Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire. Tout dise : Ils ont aimé !

Par ces accents, ces appels directs, ces confidences intimes à la Nature, considérée comme une personnalité consciente ; par cette intensité de sentiments ; par ce rôle prépondérant donné à l'ensemble harmonieux des êtres, témoins de nos joies et de nos peines, Lamartine se montre le vrai disciple de Jean- Jacques Rousseau, et l'égale presque par son éloquence enflammée et persuasive.

Qui de nous ne reconnaît le cadre de quelque roman heureux de sa jeunesse, dans ces descriptions charmantes, dans ces eaux limpides, ces rochers, ces bois, cette brise embaumée ?

La vue d'un beau site, d'un verdoyant paysage ; une promenade au fond des bois, au sommet d'une montagne, au penchant d'un coteau ; une longue causerie dans quelque allée paisible, sur le banc d'un vieux parc, le long d'une rivière ombragée de peupliers ; un aveu murmuré dans un sentier

fleuri, sous un berceau de verdure, dans un beau jardin, au milieu d'un verger ; un rendez vous solitaire vers un hameau lointain, sur les bords d'un lac, dans une île souriante... constituent la douce vie de ceux qui s'aiment ; nous mettre sur cette voie, c'est s'emparer -de nous délicieusement : c'est là l'œuvre de Lamartine, sa poésie, son génie.

Comme tous les grands poètes, l'auteur des Méditations avait le sentiment de sa puissance, et il ne craignait pas d'affirmer à celle qu'il appelle Elvire, qu'elle allait dans ses vers devenir immortelle.

Il faut remonter jusqu'au vieux Corneille, jusqu'à Horace même pour trouver une audace aussi belle. « Non omnis moriar, je ne mourrai pas tout entier. » s'écriait le poète latin. L'écrivain du Cid disait à une grande dame dont il était épris et qui lui résistait :

Cependant, j'ai quelques charmes Qui sont assez éclatants, Pour n'avoir pas trop d'alarmes De ces outrages du temps.

Vous en avez qu'on adore, Mais ceux que vous méprisez Pourraient bien durer encore, Quand les vôtres seront usés.

Ils pourraient sauver la gloire

Des yeux qui me semblent doux,

Et clans mille ans faire croire

Ce qu'il me plaira de vous. ,

Dans cette race nouvelle Où j'aurai quelque crédit.

Vous ne passerez pour belle, Qu'autant que je l'aurai dit.

Lamartine, dans la troisième Méditation, A Elvire, exprime un sentiment analogue : il y apporte même un ton émouvant d'affirmation sereine, inconnu jusqu'à lui. Il pose, au début de son poème, le principe qu'il va développer : après avoir évoqué le souvenir d'Horace, de Pétrarque et du Tasse, qui ont consacré à jamais le nom des femmes chères à leur muse, il dit :

Heureuse la beauté que le poète adore !

Heureux le nom qu'il a chanté!

Toi qu'en secret son culte honore, Tu peux, tu peux mourir : dans la postérité Il lègue à ce qu'il aime une éternelle vie ; Et l'amante et l'amant sur l'aile du génie Montent, d'un vol égal, à l'immortalité!

Voilà l'axiome formulé : seule, la pensée humaine peut braver la décadence, la décrépitude, et surnager sur le flot des âges. Puis, procédant par comparaison, il rappelle à son amie que tout, dans la nature, change, meurt et disparaît sous la poussière du temps et de l'oubli. Après une énumération qui est un chef-d'œuvre de la langue française, le génial poète revient à la pensée du début :

Vous tomberez ainsi, courtes fleurs de la vie ! Jeunesse, amour, plaisir, fugitive beauté ; Beauté, présent d'un jour que le ciel nous envie, Ainsi vous tomberez, si la main du génie Ne vous rend l'immortalité !

Enfin, il sort des aperçus généraux, et s'adresse directement à son amie. Ah ! qu'elle a bien fait de s'attacher à lui, de s'attendrir à ses aveux, de lui donner son âme, de l'aimer ! Une noble récompense l'attend, récompense enviée, que peu de femmes obtiennent. Sans doute, ils subiront la loi commune, à leur tour ils seront emportés dans la nuit de la tombe, mais leur mémoire ne périra jamais. Dans l'admirable essor de son lyrisme, Lamartine s'efface, et ne voit plus que celle qu'il admire et qu'il aime. II achève ainsi :

Vois d'un œil de pitié la vulgaire jeunesse. Brillante de beauté, s'enivrant de plaisir : Quand elle aura tari sa coupe enchanteresse. Que restera-t-il d'elle? A peine un souvenir : Le tombeau qui l'attend l'engloutit tout entière. Un silence éternel succède à ses amours ; Mais les siècles auront passé sur ta poussière, Elvire, et tu vivras toujours!

Ces derniers vers sont le plus beau cri d'amour et d'orgueil que jamais poète ait fait entendre. Pour l'inspirer, il faut être une femme adorable, et pour l'arracher de sa poitrine il faut être un grand homme.

On peut juger, par ces accents, combien Lamartine fut heureux dans le choix de ses affections. L'influence qu'exerça sur lui la femme aimée fut propice à son génie, et il n'eut pour son souvenir que des bénédictions et de tendres regrets. Ne cherchez point chez lui l'amertume qu'enfantent les trahisons, les cris de douleur de l'orgueil blessé, la désespérance qui suit l'abandon, les invectives à l'amour... Non, il laisse ces colères sentimentales à son illustre rival, Alfred de Musset, dont les imprécations éloquentes retentissent encore dans le ciel étoile des poètes :

Amour, iléau du monde, exécrable folie!...

L'auteur de Rolla fut trompé, de là son dépit retentissant. Lamartine, lui, est séparé par la mort de celles qui ont charmé sa jeunesse, Graziella, Elvire. Il les pleure, il les enveloppe dans un doux linceul de regrets, et dresse à leur mémoire d'impérissables monuments.

Pour Graziella, figure naïve et charmante, il écrit le Premier Regret :

Sur la plage sonore où la mer de Sorrente Déroule ses flots bleus, aux pieds de l'oranger, Il est, près du sentier, sous la haie odorante, Une pierre petite, étroite, indifl'érente Aux pas distraits de l'étranger !

Qui n'a su par cœur, qui n'a récité et lu souvent la pièce entière ? Il s'en échappe une émotion sin-

cère, une fraîcheur de sentiment, un parfum de tendresse qu'on ne ressent qu'au printemps de la vie, et qui s'envolent, hélas ! avec l'expérience et les années.

Après la mort, l'oubli, n'est-ce pas, va étendre son ombre sur cette mignonne créature qui s'appelle Graziella ? Qui se souviendra d'elle ? Qui viendra sur sa tombe modeste évoquer sa touchante image ? Ecoutons le poète :

Nul ne visite plus cette pierre efTacée,

Nul n'y songe et n'y prie !... excepté ma pensée,

Quand, remontant le flot de mes jours révolus,

Je demande à mon cœur tous ceux qui n'y sont plus!

Et que, les yeux flottant sur de chères empreintes,

Je pleure dans mon ciel tant d'étoiles éteintes !

Elle fut la première, et sa douce lueur

D'un jour pieux et tendre éclaire encor mon cœur !

Pour Elvire, âme tendre et délicate, foyer de sincère passion, digne de comprendre et de suivre le génie lyrique dans ses aspirations les plus hautes, Lamartine compose une série de poèmes admirables, qui sont peut-être ses chants les plus beaux, et certainement les plus humains de son œuvre. Faut-il citer encore le Lac, puis Souvenir, Invocation, le Temple, la dixième Méditation,... combien d'autres !

Quelle douceur dans cette prière adressée à Elvire vivante, qui s'inquiète de sa tristesse :

Ne m'interroge phis, o moitié de moi-même! Enlacé dans tes bras, fjuarid tu nie dis : Je t'aime;

Quand mes yeux enivrés se soulèvent vers toi,

Nul mortel sous les cieux n'est plus heureux que moi!

Mais jusque dans le sein des hem es fortunées,

Je ne sais quelle voix que j'entends retentir

Me poursuit, et vient m'avertir Que le bonheur s'enfuit sur l'aile des années, Et que de nos amours le flambeau doit mourir !

C'est la crainte, en efïet, qui nous atteint au milieu du bonheur le plus sûr et le plus affirmé : nous voudrions, dans nos félicités si chères, être rassurés contre les injures du temps, contre l'universelle décadence et la mort inexorable... Vain désir, hélas ! mais dont l'intensité atteste la sincérité de notre cœur.

Quelle douceur encore dans cette évocation d'Elvire reposant dans la tombe :

Mais ta jeune et brillante image, Que le regret vient embellir, Dans mon sein ne saurait vieillir:

Comme l'âme, elle n'a point d'âge !

Non, tu n'as pas quitté mes yeux; Et quand mon regard solitaire Cessa de te voir sur la terre, Soudain je te vis dans les cieux !

Quand je dors, tu veilles dans l'ombre ; Tes ailes reposent sur moi ; Tous mes songes viennent de toi, Doux comme le regard d'une ombre !

Pendant mon sommeil, si ta main De mes jours déliait la trame, Céleste moitié de mon âme. J'irais m'éveiller dans ton sein !

Par ces nobles élans survivant à la mort, par le souvenir de cette aimable femme qui fit palpiter son âme, Lamartine nous a légué un consolant exemple. Aucun nuage ne vient troubler à nos yeux ce fidèle attachement, qui nous élève et nous maintient au-dessus des misères de ce monde. Le spectacle en est rare dans l'histoire connue des liaisons humaines.

La note dominante des premières œuvres de Lamartine, les Méditations et les Harmonies, c'est la tendresse. Son âme en est baignée. Il se complaît dans ce sentiment, il l'exprime sous toutes les formes, et comme il a perdu des êtres chers dès le début de sa carrière, ses vers sont empreints d'une indicible mélancolie.

Jusqu'à la fin, le poète gardera cette indicible tendresse, que nous retrouvons dans la Chute d'un Ange, et plus encore dans Jocelyn, admirable épopée de l'amour chaste et souffrant, et des beautés de la nature.

Toujours sous sa plume revivent ces trois éléments de séduction : la passion, la douleur et les merveilles de l'univers. C'était là, d'ailleurs, son propre tempérament ; il aimait, il souffrait, et il admirait. Tel il est, tel il se donne, et comme sa sincérité est

absolue, nous nous laissons emporter par son coup d'aile, et, ravis, nous le suivons où il veut nous mener.

Le succès sans précédent des Méditations et de Jocelyn vint de là.

Le grand tourment de l'être humain, c'est le besoin d'aimer, surtout dans nos sociétés bouleversées, où le doute s'est glissé dans les consciences, où les croyances des vieux âges ont été battues en brèche, où rien n'est demeuré inattaqué.

L'affection, la tendresse pour un être cher n'a point sombré cependant dans l'universelle tempête, et l'amour est resté debout au milieu des décombres et des ruines. Nous avons naguère exprimé cette pensée dans un poème dont voici le début :

Amour, c'est encor toi le grand consolateur, Le charmeur éternel, la suprême puissance! Tu triomphes toujours, ô divin enclianteur, Et tu nous remplis l'âme avec ta renaissance !

De tous les âieux défunts que la Grèce adorait, YA que chargé de fleurs et de dons magnifiques, Le vieux monde païen, suppliant, vénérait Sous le marbre orgueilleux des temples pacifiques ;

De tous ces Immortels descendus au tombeau. Et dont la majesté fait sourire l'Histoire, Toi seul es demeuré debout, vivant et beau ; Et l'univers entier proclame ta victoire !

Je sais qu'on t'a maudit, que des infortunés Ont lancé contre toi leur stérile doctrine : Je sais qu'ils ont gémi, regrettant d'être nés, Et voulant t'arracher du fond de leur poitrine !

Dans leur folle amertume, ils avaient confondu L'impudique débauche et les feux qu'elle attise, Avec ton noble élan, avec ta convoitise. Et voulaient te ravir l'hommage qui t'est dû !

Mais ces blasphémateurs t'apportaient leur offrande. Aussitôt que l'espoir refleurissait en eux : Leur soif d'aimer encore était d'autant plus grande, Qu'ils avaient méconnu ton éclat lumineux!

Et sans te souvenir de leur ingratitude, De leurs dédains passés, de leur égarement, Tu les environnais de ta sollicitude, Tu les éblouissais de ton rayonnement !

J'aime ! je suis aimé ! Voilà toute la vie ! Ces deux mots, dans le cœur, résonnent nuit et jour, Comme un chant de bonheur, ou comme un cri d'envie! Tout commence et finit par un soupir d'amour!

A ce besoin puissant, qui est la principale raison de notre existence, Lamartine jeta comme un aliment des pages sublimes où palpitait son âme aimante, où on sentait battre son cœur, où débordait toute la sève de sa jeunesse. Aussi, les différentes classes de la société allèrent à lui ; les jeunes gens, les femmes surtout se passionnèrent pour ses vers, et sa gloire n'eut point de limites. Depuis la Nouvelle Héloïse de Jean- Jacques Rousseau, on n'avait point vu un pareil engouement.

Certains critiques, troublés par une telle renommée, reprochèrent à l'auteur quelques faiblesses de style, et un manque de proportions dans le déve-

loppement de ses poèmes, de Jocélyn notamment. C'était là de pures chicanes de grammairiens, qui restèrent sans écho devant l'entraînement lyrique de l'œuvre de Lamartine. Comme les Méditations, Jocelyn surtout est un livre de pur sentiment, un Hvre jailli du cœur sans effort, et c'est par là qu'il nous captive. Comme l'a dit un biographe, « l'ambition que Lamartine avouait s'est réalisée : son Jocelyn, après avoir fait couler bien des larmes de pitié, a sa place marquée dans les bibliothèques de famille, à côté de Paul et Virginie, près de René et d'Obermann, sur le rayon spécial qu'on réserve aux livres intimes et préférés. )>

Prestige de Lamartine.

Ami de la nature, ému par tous les souvenirs éloquents de l'histoire, enthousiaste des manifestations éclatantes des arts, des sciences et des lettres ; poète génial dressant des autels à l'amour, comme au plus adoré des Dieux, et se plaisant, comme l'aigle, sur les cimes superbes ; sensible à la plainte des humbles et des méconnus ; entraîné par toutes les générosités et tous les héroïsmes et portant en lui le germe de toutes les grandeurs, Lamartine, fatalement, quelles que fussent les influences de son milieu, devait devenir un apôtre de la liberté et du progrès.

La marche ascendante, dans cet ordre d'idées, est un phénomène intellectuel curieux à observer.

Lancé au milieu des orages de la vie politique, il s'affirme, dès le premier jour, comme un orateur de grande allure ; avec lui les questions s'ennoblissent, les sujets les plus arides prennent de l'ampleur, les débats s'élèvent, sa parole domine les assemblées, et la France attentive, qui la recueille, palpite d'une extraordinaire émotion.

Plus il avance dans la carrière, et plus il se fait le défenseur du peuple, l'apologiste des réformes utiles et nécessaires, plus il devient l'homme des temps nouveaux, plus il préconise l'émancipation des sociétés et des nations.

Enfin, en 1846, il fait paraître son œuvre maîtresse en prose, les Girondins, qui, étant données les circonstances, devient un événement politique considérable, enflamme tous les esprits, depuis l'ouvrier et le paysan jusqu'aux princes de la pensée et de la naissance, et ébranle sur ses bases la monarchie de Juillet, qui bientôt d'ailleurs va s'effondrer et disparaître.

Si quelqu'un était fait pour comprendre les ardeurs et les fièvres de la Révolution, la brûlante éloquence de ses tribuns et de ses orateurs, l'énergie de ses hommes d'État, la fatalité de ses colères, de ses orages, et de ses coups de tonnerre, c'était bien Lamartine, qui, doué d'un enthousiasme incandescent, illuminait tous les sujets qu'il abordait, comme ses devanciers et ses maîtres illustres, Rousseau et Chateaubriand.

Les Girondins, c'est moins peut-être de l'histoire, dans le sens sévère du mot, que le mouvement môme

Le Tombeau D'ALFRED DE MUSSET AU Père-Lachaise

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de tragique épopée que revêtent, aux yeux d'un poète, les événements compris entre l'ouverture des États-Généraux et le 10 Thermidor.

C'est aussi un témoignage de reconnaissance. — Vous vous êtes arrêté devant le groupe imposant de Rude, la Marseillaise, qui décore l'Arc de Triomphe. Rappelez-vous vos impressions ! A peine votre regard est-il tombé sur le bloc palpitant, que vous éprouvez une sorte de commotion électrique, et qu'un frisson particulier vous saisit. D'un coup d'œil vous comprenez et le patriotisme vivace, et le courage intrépide, et les espoirs grandioses de nos pères ; vous revivez leurs stoïqnes élans ; vous sentez s'agiter en vous leur idéal d'indépendance et de justice ; vous êtes attendri, empoigné par leur dévouement désintéressé, et leur terrible énergie, et spontanément un cri de filiale admiration sort de votre poitrine.

Ce cri d'admiration, Lamartine le pousse ainsi que vous : de là son Histoire des Girondins. Comme il partait du fond de l'âme, il trouva un écho dans la France entière qui s'associa à ce fils reconnaissant, fier de célébrer les vertus de ses pères, et de vanter son berceau : notre époque en repueille encore les vibrations qui se prolongent.

L'auteur de ces pages magiques avait cueilli le divin 'aurier de la gloire, le rameau qui orne le front pensif de Dante, de Milton, de Corneille, de Gœthe. Il y ajouta alors les couronnes civiques de la popularité politique. Il apparut comme un tribun sauveur, et pendant la tempête de 1848, fut lancé jusqu'aux sommets du pouvoir suprême.

La gloire, la popularité, l'influence de Lamartine, sont attestées par des preuves connues de tous : elles se trouvent liées, d'ailleurs, à notre histoire nationale. Nous ne répéterons donc point ce qu'ont écrit les historiens, les auteurs de mémoires, les publicistes de tous genres.

La source où nous irons puiser est moins connue, plus intime, et jette une clarté toute particulière sur cette grande et noble figure ; nous voulons parler de sa correspondance, non point celle qu'il écrivit, mais celle qu'il reçut. Il y a là des lettres magnifiques, émanant des personnages les plus en vue, des femmes les plus remarquables de son époque, et qui constituent, pour le philosophe, observateur de la vie humaine, un document d'un intérêt supérieur.

Les lettres adressées ainsi à un écrivain, à un poète célèbre, ont cet avantage de ressusciter pour nous l'état d'âme de ses contemporains éblouis par son œuvre : ce n'est plus là le critique, venant longtemps après analyser cette œuvre et juger celui qui Fa produite. Non, c'est l'émotion d'une génération, c'est la gloire du penseur, son influence, son action, saisies sur le vif. Et quand ces lettres sont signées de noms illustres, quelle lumière n'y trouvons-nous pas pour éclairer notre esprit et réjouir notre âme !

La duchesse de Broglie écrit de Coppet à Lamartine, 28 octobre 1823 : « Je viens de lire vos Méditations. J'y ai reconnu tout votre talent, et cette élévation, ce charme de pensées qui est l'âm^e véritable

de la poésie. L'ode sur Bonaparte m'a particulièrement frappée ; la deraière pensée est bien belle, elle répond à un sentiment bien profond, bien intime, à ce besoin de compter sur la miséricorde divine, qui est si impérieux dans notre âme... Le sentiment religieux est la source la plus féconde de tout ce qui est beau, quand il est sincère et sans intolérance comme le vôtre. »

Au mois de novembre 1828, Villemain était professeur à la Sorbonne, son cours avait alors un éclat retentissant. Pour intéresser et charmer son auditoire, il sollicitait de Lamartine la primeur de ses vers. « Envoyez-moi, je vous conjure, cinquante vers de votre Épître, et puis encore cinquante vers de

votre Hymne au matin Je compte prolonger sur

ces âmes jeunes et vives l'impression de vos beaux vers. Après cette sublime invocation des colonnes du temple, je voudrais lire tout ce que vous me donnerez...

« Je ne sais si vous aurez le temps d'être à cette Sorbonne qui retentit de vous. Je vous renverrai ces trésors. »

Dans une autre lettre, Villemain écrit : « Quand je suis triste, quand je suis las de tout, je lis avec un charme indéfinissable vos vers qu'on ne peut pas plus oublier que votre physionomie. »

De Victor Hugo, 27 février 1829 : « Vous serez aussi puissant à la tribune que dans vos vers ; et c'est le plus éclatant démenti qu'on puisse donner aux gens de peu de valeur qui ne veulent pas que le génie se mêle des affaires, et refusent l'intelligence à l'imagination. Vous avez cette double faculté,

et VOUS arriverez de plain-pied de votre renommée de poète à la Chambre. Ce sera beau et bon.

« En attendant, ne nous faites pas faute. Songez qu'il nous faut des vers, et de vos vers. Ce siècle nie la poésie, et vous êtes encore le seul qui l'y ait fait croire. )>

De Chateaubriand, 13 juin 1830 : « Vous ne recevez. Monsieur, d'inspirations que de votre lyre : tout votre talent est à vous. Vos Harmonies religieuses auront encore pour moi un autre charme que l'admiration : elles arrivent à point dans ma vie ; je suis un vieux voyageur ; et vous savez que Platon, notre maître, assure que l'on entend de beaux accords, en approchant de la fin de la course. »

Quel magnifique et délicat éloge ! En ce qui me concerne, je ne puis lire ces dernières lignes, sans me sentir ému jusqu'aux larmes.

D'Alfred de Vigny, 24 mars 1832 : « Je bénirais les révolutions, si elles ne faisaient d'autre mal que de rendre à la solitude les véritables et grands poètes, tels que vous, mon ami. Je suis sûr que chaque jour il tombe de votre front des méditations et des harmonies, comme de beaux fruits d'or. Je les savourerai avec délices, comme les autres. »

Delphine Gay, devenue M"^e Emile de Girardin, eut avec Lamartine une correspondance étendue. Elle ressentait pour lui une affection, une sympathie qui confinait à la tendresse, oserais- je dire à l'amour ? Que le lecteur en juge par les extraits suivants.

Le poète s'apprêtait à partir pour son grand voyage en Orient. La belle Delphine s'attriste à la pensée de ce départ, et écrit, 26 mai 1832 : « Que je déteste les voyageurs, les gens qui voyagent pour voyager ! Qu'il y a d'inquiétudes dans un cœur capable de cette passion ! Je ne comprends un départ que lorsqu'on fuit ou qu'on rejoint quelqu'un qui vous trahit ou qui vous aime. Lord Byron, en quittant l'Angleterre, où il était méconnu, persécuté, fuyait des ennemis, une patrie ingrate qui n'avait plus de charmes pour lui ; mais vous, qu'allez-vous faire si loin ? Chercher des inspirations ; n'en avezvous pas à revendre ? Quelles images, quels souvenirs, quelles couleurs étrangères, peuvent ajouter à votre talent dont le plus grand mérite est d'être vous, dont l'individualité est toute la puissance, toute la grâce !

» Pourquoi quitter avec dépit un pays où l'on vous admire, où vous avez tant d'amis, et cela pour une terre classique et rebattue, dont on ne veut plus entendre parler, pour de vieux souvenirs fanés par tous les mauvais poètes, et que tout votre génie ne pourrait rajeunir. »

L'épistolière s'enflamme, et trace ces lignes qui durent singulièrement flatter l'amour-propre, sinon toucher le cœur de Lamartine : « Pour moi, je regarde le départ d'un ami comme une offense personnelle, comme une déclaration précise de sa parfaite indifférence.... Est-il vrai aussi que vous ne viendrez pas à Paris un moment, et que vous nous quitterez sans adieu ? Je pleure décolère, quand je pense à cela, car il ne peut y avoir d'attendris-

sèment dans des regrets qui ne sont point partagés, et comment croire aux sentiments de ceux qui nous quittent pour leurs plaisirs ! »

Lorsque Lamartine est loin, l'impatiente amie n'y tient plus, son affection cherche des prétextes pour le ramener, puis elle ouvre son cœur : écoutez-la, 23 décembre 1832 : « En vous parlant du bien qu'il y a à faire dans votre pays, j'espère vous y ramener. J'ai passé l'âge heureux où l'on écrit : « Revenez, car je vous regrette. » Je sais que dans un temps raisonnable comme le nôtre, les sentiments ne comptent plus, et, si j'avais à ramener un infidèle, loin de lui parler de ma douleur, je lui dirais : « Votre légèreté vous fait du tort, elle vous empêchera d'être nommé député. » Je vous donne des raisons solides pour vous engager à revenir, et pourtant j'en pourrais donner une qui serait meilleure que tout cela. »

La fin est vraiment touchante : « Adieu, écrivezmoi, je vous en prie, et ne négligez pas une amitié si pure, déjà vieille maintenant, et qui se grossit du désenchantement des autres ; pensez un peu à votre amie poète, dans le désert de Jérusalem ; quand vous verrez quelque chose de bien poétique, de grand, regrettez-moi ! »

Que de douceur résignée, que de tendresse profonde et vraie dans ces accents, dans ces plaintes ! Delphine Gay était une des femmes les plus enviées de son temps, car elle rayonnait par la beauté, par l'intelligence, par la grâce, par tous les dons enchanteurs de son sexe. Elle n'en souffrait pas moins, les éloges et la faveur du monde la touchaient peu :

ce qu'elle ambitionnait, c'était un regard, un sourire aimable, une lettre affectueuse de Lamartine.

Il faudrait pouvoir citer les innombrables lettres adressées au poète par une toute brillante pléiade, oii nous remarquons M"^^ de Montcalm, Charles Nodier, Léopold II, grand-duc de Toscane, le comte de Marcellus, le duc de Montmorency-Laval, Royer- Collard, Cuvier, M. Thiers, Eugène Sue, M. de Bonald, Edgar Quinet, le comte Mole, M.^^ d'Agoult, le comte de Montalembert, Louis Napoléon Bonaparte, Béranger, Ponsard, la reine de Hollande, Sainte-Beuve, Michelet, etc., etc. La liste est immense, et ne comprend que des illustrations.

Tous parlent sous le coup de l'émotion que leur a procurée quelque ouvrage nouveau du grand lyrique. Nous tenons à faire connaître encore deux lettres caractéristiques et belles entre toutes.

La première est de Lamennais : il sort de la lecture de Jocelyn, et il écrit, 24 mars 1836 : « Dieu vous a fait poète ; il vous a donné le sentiment, et l'image, et l'expression. Vous avez enrichi notre langue d'une nouvelle et magnifique harmonie, analogue, si je la sens bien, à ces larges ondes sonores qui, naissant les unes des autres, s'enchaînent sans fin avec un charme toujours nouveau, dans la musique céleste de Palestrina. Continuez votre œuvre, elle est trop belle pour être délaissée : mais qu'en planant au-dessus de la terre dans les hautes régions, votre génie ne perde pas de vue les choses d'ici-bas.

les choses présentes, cette multitude immense d'hommes altérés du vrai et du bien, qu'un puissant instinct pousse vers un but inconnu pour eux, et dont la poitrine haletante aspire avec effort le souffle de l'avenir ! Soyez aussi leur poète, à eux ! »

La seconde est de George Sand, 29 janvier 1843 : « Votre destin s'accomplit, votre chemin s'élargit de toutes parts, et comme vous êtes de la grande race des hommes de bien, vous devenez plus fort, plus sage et plus généreux à mesure que vous avancez dans la vie, au contraire de presque tous nos grands hommes du siècle, qui s'éteignent dans les misères de l 'amour-propre. »

Il ressort de cette admirable correspondance que tous les esprits capables d'exercer quelque influence, s'enthousiasmaient pour Lamartine. Il était donc naturel de voir ensuite les foules marcher h sa suite, et l'acclamer comme on acclamait jadis, à Rome, les généraux victorieux rentrant dans la Ville éternelle.

De nos jours, quelques auteurs chagrins prétendent que le chantre d'Elvire est oublié, et que sa gloire a pâli. Ce sont là des allégations sans fondement. Non, quand un homme, un écrivain, un poète a joué le rôle de Lamartine ; quand il a tenu toute une nation attentive aux sons de sa lyre et aux accents de sa voix ; quand il a fait battre les cœurs et pleurer les yeux par ses chants d'amour, de tristesse et de désespoir ; quand il a atteint, ne fut-ce

qu'un moment, les sommets du génie, c'est fini, son nom ne s'efface plus de l'histoire, il est écrit en lettres sans cesse étincelantes au fronton du temple immortel, et il n'a à redouter ni les fatalités de l'oubli, ni la poussière des âges. Tels Homère, Virgile, Dante, Milton, Shakespeare, Corneille, Jean- Jacques Rousseau, Gœthe, Alfred de Musset, Victor Hugo.

Il y a toujours, dans le vaste monde, quelques consciences avides qui se réchauffent et s'éclairent à de pareils flambeaux, et ce culte discret et désintéressé atteste plus éloquemment leur survivance et leur renommée que les applaudissements et les fêtes pompeuses.

Lamartine oublié ! Non, certes ! Est-ce que tous ceux qui le lisent, le relisent et l'admirent dans les délices de la solitude et du silence, vont ensuite le crier sur la place et dans les feuilles publiques ? Est-ce que les femmes élégantes, instruites, et charmantes, qui bercent parfois leurs rêveries au rythme enchanteur de ses vers, prennent pour confidents de leurs émotions ces critiques et ces auteurs malveillants, qui se plaisent à ensevelir périodiquement le chantre d'Elvire dans les flots du plus noir Lethé?

Ces fossoyeurs-là, j'en ai peur, seront depuis longtemps morts tout entiers, que le prince de la poésie qui nous occupe sera plus que jamais rayonnant de vie et d'immortalité.

«- Lamartine, dit M. de Vogué, à la fin d'une étude, fut sans doute déchiré par de basses ou d'aveugles colères, mais nous en avons perdu jusqu'à la trace. Si des rivaux obscurs le calomnièrent, qui en prend souci aujourd'hui ? L'aboi joyeux des

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chiens du poète retentit encore à notre oreille ; elle ne perçoit même plus la rumeur évanouie d'insulteurs ignorés.

» C'est là peut-être ce qu'il y a de plus instructif et de plus réconfortant dans la paisible ascension de son astre sur notre horizon.... Cette consolation, nous la devons avec tant d'autres au doux et grand poète qui se dresse derrière nous, comme montent dans la nuit d'août, sur la route parcourue, ces peupliers géants qui semblent porter les étoiles, absorber tout ce qu'elles versent de paix sur le monde, et transmettre au cœur des hommes les flots d'amour continuateur épanchés par ces foyers de vie éternelle. »

Tout récemment, nous avons acheté un exemplaire des Méditations. Qu'avons-nous découvert, en l'ouvrant ? Des fleurs desséchées aux plus beaux passages, des pensées, des roses, des branches d'héliotrope. Il n'est donné qu'à un petit nombre de privilégiés d'être associés ainsi aux intimités mystérieuses de l'âme humaine. C'est là la vraie gloire.

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