IDÉE DES DIEUX PSYCHOLOGIQUES
h\^]s quoi encore? La psychologie naît. L'homme considère en lui et commence à étudier les forces de son àme et se trompant peu, quoique se trompant quelquefois, sur ce qui dans son âme est force et sur ce qui dans son àme est faiblesse, il honore en lui la vaillance, la bonté, la bienfaisance, J'esprit de justice, l'amour du vrai, le dévouement et le sacrifice. Or, étonné de ces grandeurs, qui, du reste, ont ceci d'étonnant en effet, de singulier, qu'elles ne sont pas permanentes, qu'elles bondissent et jaillissent à certains moments d'un fond inconnu et mystérieux ; étonné de ces grandeurs dont les manifestations, selon le mot sublime
de Schopenhaucr, « étant à la fois impossibles et réelles, sont des miracles », il se dit que ce doit être là des dieux intérieurs, exactement comme l'éclair qui jaillit est la manifestation d'un dieu, et de ces vertus humaines il fait des dieux en effet ; et voilà que vont s'asseoir, dans Théopolis, la Justice, la Vérité, la Bonne Foi, la Pudeur, la Vertu.
Ce qui n'empêche pas du reste que les mauvais instincts, que l'on sait qui sont des forces aussi, et redoutables,sont mis au rang des dieux également (Crainte, Discorde, Joies mauvaises) comme étaient dieux de la mythologie primitive, la foudre homicide ou le torrent dévastateur.
Dès lors les dieux sont plus mêlés que jamais ; mais ils sont tout pénétrés d'humanité. Ils sont toujours, comme je le disais aux premières lignes, l'idée que se font les hommes de l'organisation et du gouvernement du monde ; mais ils deviennent de plus en plus l'idée
que les hommes se font d'euxmêmes agrandis et surélevés. Us sont des surhommes.
Par cette pente, le moment vient, comme je l'ai déjà indiqué en passant, où tout grand homme est consacré dieu après sa mort, pour cette raison qu'il a eu sa part et qu'il peut continuer de l'avoir dans l'organisation et le gouvernement du monde ; par cette raison qu'il représente, rassemblées en lui, quelques-unes de ces vertus qui sont des divinités elles-mêmes ; par souvenir enfin des premiers bienfaiteurs de l'humanité qui étaient des dieux se faisant hommes ou des hommes devenant dieux.
11 n'y a plus maintenant de solution de continuité entre les hommes et les dieux, et de l'homme au Dieu suprême il y a une série et une gradation. L'échelle à mille échelons dont aucun n'est brisé, existe entre la terre et le ciel.
Voilà le polythéisme en ses lignes générales et en son progrès.