‹ De Froeschwiller à ParisChapitre 10 sur 21 · CONI-LANS. 1S · texte numérisé non relu

CONI-LANS. 1S

collines enveloppées de fumée ; c'esc donc là qu'est la bacaille. Le cocher fouetce fiévreusement ses chevaux, et, à sept heures du soir, ils s'arrêtent épuisés dans le village de Conflans. Le jour baisse sensiblement; déjà, dans la campagne, tous les plans se confondent, et cependant le bruit du canon redouble ; nous montons sur le coteau qui domine Conflans et de là, à mesure que lombre augmente, nous assistons au plus imposant et au plus terrible spectacle : sur une étendue de deux ou trois lieues, les feux se croisent sous un ciel obscur ; les détonations du canon et le crépitement des mitrailleuses se confondent en un roulement ininterrompu. Il fait nuit noire et le combat dure toujours. L'action, dont quelques kilomètres seulement nous séparent, semble se concentrer sur deux points extrêmes, que les paysans disent être Saint-Privat et G ravelotte ; au centre, les feux se ralentissent. Les projectiles prussiens s'élancent en courbe dans le ciel, comme des fusées ; les canons français, placés sur les hauteurs, ripostent par des feux dont la projection paraît plus horizontale. Du point culminant où nous nous trouvons, on discerne, d'après les éclairs, chaque déplacement des batteries. La nuit est sombre ; les feux prussiens redoublent et convergent sur un même point ; ce point, c'est Saint-Privat. Bientôt une flamme s'élève; une autre lui succède, puis plusieurs autres; le village entier est en feu et notre artillerie s'y maintient toujours ; le ciel s'éclaire sous les rayons de cet

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mouvements importants ; ces mots magiques : on se bat, c'est- à-dire les blessés tombent par centaines, coupent court à toute^hésitation. En marche!... Dans l'intérieur de la ville nous traversons un escadron de uhlans. C'en est donc fait, nous rentrons pour la seconde fois dans les lignes de l'armée prussienne.

Depuis le matin, on entend, au loin, le bruit sourd et prolongé du canon ; les uhlans ont laissé comprendre qu'une grande bataille est engagée. Quel en sera le résultat? Ainsi se formule l'anxiété qui assiège tous les cœurs. A prix d'or, et en faisant appel au patriotisme de quelques braves gens, nous frétons une vieille diligence et nous partons, au galop décousu de trois haridelles, dans la direction de Metz.

A Buzy, des uhlans nous arrêtent et nous sommes conduits dans un camp de cavalerie, habilement caché, à cinq cents mètres de la route, derrière une ondulation de terrain. Au centre, un général jette sur ses cavaliers et sur leurs magnifiques montures, alignés en carré parfait, un regard d'orgueil satisfait. Le docteur lui présente le laissez-passer du général badois, notre unique talisman jusqu'ici; il l'examine avec soin, y ajoute quelques mots de sa main pour nous autoriser à continuer notre voyage et nous congédie avec la plus parfaite courtoisie.

A quelques kilomètres au delà de Buzy, on entend distinctement le canon ; nous gravissons une éminence, d'où nous distinguons nettement, dans le lointain, des

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