PREMIÈRE RÉQUISITION
20,000 kilos de pain ou une somme de 100,000 francs en écus.
DEUXIÈME RÉQUISITION 10,000 kilos de pain.
60 bœufs de 250 kilos, tués.
8,000 kilos de riz.
1,250 kilos de café grillé.
750 kilos de sel.
ijo DE FROSCHWILLER A PARIS.
500 kilos de tabac^ ou 180,000 cigares pour les soldats. 7^,000 cigares fins pour les ofEciers.
15,000 litres de vin, savoir :
10,000 litres pour les soldats.
3,000 litres de vin supérieur rouge pour les
officiers, 2,000 litres de vin de Bourgogne.
200 bouteilles de Champagne.
100 kilos de sucre pour les ambulances. 25 kilos de tablettes de bouillon ou d'extrait de viande.
Fourrages.
60,000 kilos d'avoine.
25,000 kilos de foin.
25,000 kilos de paille.
La commune doit mettre à la disposition de l'armée un magasin dans lequel les articles précédents seront mis. La livraison commencera de suite, de sorte que la première moitié de la quantité prescrite soit livrée jusqu'à quatre heures de l'après-midi; la deuxième jusqu'à demain matin à six heures au plus tard.
Aussi des hommes nécessaires pour la distribution (vingt à peu près) et 4 bascules avec leurs poids doivent être sur place.
En même temps la commune soignera pour que cent voitures soient mises à la disposition des troupes pour emporter les articles de nourriture et de fourrage. Dans le cas où la réquisition demandée ci-dessus ne serait pas exécutée, la valeur avec 25 pour 100 en plus sera imposée à payer au lieu des rations indiquées.
BITCHE — SAVERNE. iji
Au besoin la force militaire saura f:urc exécuter la commande,
L'Intendance militaire du ii*" corps de* l'armée prussienne :
(Signatures illisibles.)
Saverne n'en fut pas quitte, d'ailleurs, à si bon marché; de nouvelles exigences achevèrent d'écraser cette localité et, au moment même où je prenais congé du secrétaire de la mairie, un officier prussien, flanqué d'un jeune aumônier qui fouettait ses bottes molles avec une élégante cravache, tout en prêtant à son compagnon le secours de sa parole onctueuse, lui présentait une seconde liste de réquisition. Le soldat, au parler brutal, était dans son rôle, mais on eût volontiers jeté à la porte cet impertinent aumônier, moitié gandin, moitié jésuite, dont la présence, en pareille occasion, était une inconvenante ironie.
Je me suis plu à rendre témoignage aux facilités et à la bienveillance que nous avions rencontrées, pendant les premiers jours, chez les officiers prussiens, en raison du privilège de neutralité que nous conférait le brassard international. Mais nos impressions favorables du début sur le caractère général de la lutte commençaient à s'eftacer pour faire place à une secrète irritation, qu'il fallait à tout prix dominer si nous voulions poursuivre utilement notre mission. Ce n'était point avec cette allure inquiète, inhérente à la
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souffrance que d'humbles infirmiers comme nous, pouvaient se frayer une route dans le dédale des corps d'armée prussiens^ et je sentais avec inquiétude germer, dans le cœur de mes compagnons, cette indignation qui est la première forme que revêt le patriotisme avant d'arriver à la haine. Tel était le sentiment qui nous agitait en quittant cette malheureuse ville de Saverne, et c'est sous son empire que, changeant brusquement notre plan, nous prîmes la résolution de nous éloigner de Phalsbourg pour sortir des lignes prussiennes et rejoindre l'armée française, fallût-il même recourir à la ruse, si quelqu'un des détachements ennemis que nous allions rencontrer voulait y mettre obstacle.
Le gros de l'armée du prince royal avait trouvé, à sa grande surprise, la voie ferrée de Strasbourg à Paris en parfait état de conservation et le tunnel de Saverne absolument intact. Quelques travaux de mine avaient été commencés pour faire sauter ce so.iterrain et interrompre, au prix de quelques kilogrammes de poudre, une ligne dont l'importance était capitale pour l'approvisionnement de l'arméed'invasion. Par les services mêmes qu'elle rend aujourd'hui à l'armée de siège qui investit Paris, il est permis d'apprécier les difficultés sans nombre qu'eût entraînées pour nos ennemis la destruction complète d'un travail d'art tel que le tunnel de Saverne. Tels furent l'incurie et l'aveuglement de nos gouvernants, que l'armée
BITCHE — SAVERNE. ijj
prussienne, sans avoir à remplacer un rail ou un boulon, put franchir le remparc naturel des Vosges par la trouée de Saverne, et occuper, sans coup férir, Lunéville et Nancy. Le prince royal, trouvant toutes les voies libres, franchement ouvertes et conservées, avait détaché sur sa gauche quelques divisions ; l'infanterie se dirigeait par Wasselonne et Molsheim sur Strasbourg investi ; la cavalerie s'avançait, avec une audace que justifiait la première stupeur des habitants, sur Saint-Dié, Epinal et Mirecourt, sans autre mission apparente que d'étendre le cercle des réquisitions, travail devenu familier à MM. les uhlans.
Tandis que le prince royal inondait de ses régiments la Lorraine, le maréchal Mac-Mahon ralliait entre Chaumont et Châlons les débris épars de l'armée d'Afrique, pour en former le noyau de la nouvelle armée, que le général comte de Palikao improvisait en toute hâte avec les bataillons de réserve. Pour rejoindre les lignes françaises, dont nous séparaient tous les détachements de l'armée prussienne disséminés entre Saverne et Nancy, nous n'avions donc d'autre parti à prendre que de remonter les Vosges jusqu'à Schirmeck, de descendre de Schirmeck à Epinal, qui n'était point encore occupé, et de gagner Vesoul, où les voies ferrées encore libres nous conduiraient par Chaumont et Blesmes au camp de Châlons, où se concentrait certainement l'armée en formation.
Notre bonne fortune nous réservait d'exécuter de
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point en point ce programme, et nous entamions, au sortir de Saverne, cette seconde étape, dont nos cœurs anxieux attendaient une compensation, la victoire et non plus la défaite. Hélas! elle devait nous conduire, à jour et à heure fixes, sur le champ de bataille de Gravelotte !
DE WcASSELOV^E q4 VET^U
Laissant derrière nous Savcrne et Marmouticr, nous arrivâmes à Wasselonne à midi; la ville avait été traversée la veille par un détachement prussien, chargé vraisemblablement d'occuper, en passant par Mutzig, la manufacture d'armes à laquelle MM. Coulaux et C'*^ ont donné, dans les dernières années, un important développement. La grande route qui conduit à Schirmeck traversant Molsheim, nous jugeâmes prudent d'éviter cette localité et de prendre la route forestière qui conduit de Wasselonne à Schirmeck, à travers le bois d'Aden-wald.
Dès la déclaration de guerre, le comité de secours de Wasselonne avait organisé des ambulances irréprochables à tous égards et pouvait y recevoir cent cinquante ou deux cents malades; le secrétaire du comité nous les fit obligeamment parcourir, et, pénétré du sentiment de cette solidarité que les malheurs de
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notre pays rendaient encore plus vive, il nous fit la promesse de diriger sur Niederbronn, le jour même, quelques voitures de farine et du linge pour les blessés. Après avoir dit adieu à cet homme de cœur, nous songeons à prendre un léger repas avant de nous remettre en route. A peine était-il commencé qu'une voix s"éléve derrière nous : » Messieurs, dit le nouvel entrant, d'un accent net et sans façon, voulez-vous me permettre de déjeuner avec vousr* » L'incident paraissait vulgaire et, laissant à mes compagnons le soin de trancher la question, je me demandais tout bas quel était le fâcheux qui venait ainsi s'imposer à nous, lorsque Sch... me fit un signe de tête qui équivalait à me dire : au moins retournez -vous donc. Du reste la voix reprenait : « Messieurs, je suis Edmond About, vous me connaissez peut-être... » Il n'eut pas le temps d'en dire davantage : chacun de nous avait du à ce maître dans l'art d'écrire bien des heures charmantes et nous entourâmes l'auteur de Tolla et de la Grèce contemporaine avec un empressement qui ne lui laissait aucun doute sur nos sentiments; il s'assit au milieu de nous et, tout en nous prouvant par un appétit agressif qu'il ne vivait pas seulement des choses de l'esprit^ il nous donna, avec cette verve et cette finesse qu'il ne sait point épargner, la primeur de son odyssée, depuis Forbach jusqu'à Saverne. M. About en ayant depuis lors entretenu ses lecteurs, je m'abstiens d'en faire entrer ici les détails. Les appréciations d'un
observateur sérieux et désintéressé, ayant eu sous les yeux d'autres lieux et d'autres hommes que ceux que nous venions de voir, avaient pour nous autant d'importance que d'attrait, et nous espérions entendre sortir de ses lèvres quelque consolante parole, quelque rassurant témoignage. Notre nouvel ami conservait, hélas ! aussi peu d'illusions que nous-mêmes ; ses impressions sur la lutte engagée concordaient absolument avec les nôtres et, si le public auquel il fît entrevoir, le premier, au début de la campagne, les écrasantes réalités de notre situation, accueillit avec défaveur ce patriotique cri d'alarme, c'est qu'il est dans la nature humaine de rejeter comme dissonance toute prédiction contraire à ses idolâtries ou à ses illusions ; on voit en ceux qui la formulent des prophètes malencontreux, de douteux patriotes. Plût au ciel que, en cette circonstance, les événements ne se fussent pas chargés de la justifier!
M. About quittait Saverne en fugitif; notre situation était à peu près la même, il voulut bien partager notre fortune et, renforcée de ce précieux appoint, notre petite colonne s'engagea dans l'Adenwald.
Je laisse aux Guides du voyageur dans les Vosges le soin de peindre cette inépuisable succession de coteaux et de vallons ombragés par de hautes futaies, à travers lesquelles la route serpente. Depuis Saverne nous ne trouvions plus trace de la déroute et nous ne voyions plus reluire le casque prussien ; aussi, dans ces
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paysages agrestes, nos cœurs se sentaient-ils comme déchargés d'un fardeau et libres d'admirer. Ce fut une soirée pleine de charme ; les sentiers que nous parcourions étaient déserts, ce n'était plus le monde agité. Sur la route, éclatante de blancheur, le soleil dardait ses rayons, tandis que nous nous réfugiions sous les voûtes de verdure de la forêt pour y chercher l'ombre et la fraîcheur; le sol était jonché de champignons de toute espèce, parmi lesquels M. About nous apprit à distinguer les espèces comestibles. De temps en temps, un oronge étalait sa rouge hémisphère sur la mousse humide et nous en fîmes une abondante récolte qui pritplace dans les prévisions du souper. A notre droite s'élevait le Nideck et chaque pas en avant, pensionsnous, nous rapprochait de la région que n'avait point encore désolée l'invasion. Nous traversons Oberhaslach, Niederhaslach, Urmatt, Lutzelhausen, éparpillés au fond de cette industrieuse vallée qu'aiTose la Bruche, et nous entrons dans Schirmeck, au soleil couchant.
f( Nous voici donc enfin en terre libre, » s'écria Sch.. . en débouclant son sac dans la cour de la mairie, où nous étions venus en hâte pour avoir des nouvelles de France ! Elles étaient insignifiantes, hélas ! comme toutes celles qu'il plaisait alors à nos gouvernants de nous donner en pâture, et feignaient même d'ignorer la gravité des derniers événements ; aucun ordre, au surplus, n'était donné pour utiliser les moyens naturels de résis-
DE VASSELONNE A VERDUN. ijy
tance que présentent les Vosges ; les mairies des communes sinterrogeaient avec anxiété, se demandant si les traditions de défense des cols légendaires étaient mortes, et si cette absence d'ordres n'était point un oubli ou une trahison ; quant aux populations, habituées à s'anéantir dans l'inspiration administrative, elles se trouvaient incapables de l'initiative qui aurait encore pu mettre à profit des heures précieuses.
Dans la salle de l'auberge où nous descendons, un groupe est assis à une table; ce sont deux Anglais qu'entourent quelques curieux. L'aubergiste nous confie mystérieusement qu'ils viennent d'être arrêtés, puis relâchés après examen de leur passe-port. Leurs papiers sont, en effet, parfaitement en règle, revêtus du sceau de l'ambassade anglaise à Paris, et le calme parfait de ces deux gentlemens témoigne que, si leur conscience n'est pas tranquille, ils se savent du moins en pleine sécurité sous la protection de l'écusson britannique. Ils s'intitulent touristes, amateurs des sauvages beautés de la guerre, arrivent de Lunéville et veulent se rendre à Molsheim ; leurs réponses sont* sur bien des points, évasives, empreintes d'un intérêt pour nos armes trop vif pour être sincère, et nous ne doutons pas qu'ils ne portent de Lunéville à Molsheim l'assurance que la grande route à travers les Vosges, par Schirmeck, est libre. Nous insinuons au maire que, malgré l'apparente régularité de leurs passe-ports, l'état de siège suffirait à justifier qu'on leur interdît
d'aller plus loin; mais c'est là une responsabilité qui n'est pas dans le caractère de ce magistrat et, le soir même, nos deux prétendus Anglais s'engagèrent paisiblement sur cette route que nous venions de parcourir.
Le lendemain matin, laissant sur notre droite la cime sévère du Donon et les sommets boisés du Grand-Brocart, nous dépassons Moussey, la Petite- Raon et nous arrivons à Senones. Là, comme partout dans les Vosges, les routes sont intactes, pas une tranchée n'est creusée, pas un arbre n'est abattu, et cependant il suffirait de quelques heures de travail pour les rendre impraticables au canon et à la cavalerie. Que de ressources naturelles perdues ! que de bonnes volontés paralysées par l'inexplicable incurie du gouvernement ! Le croirait-on? aux demandes réitérées des communes qui, indignées et frémissantes, supplient qu'on les autorise à détruire les routes, à y amonceler les troncs d'arbres, le télégraphe répond invariablement : Gardez-vous-en bien ! A ce langage, on eût pu croire que les faits accomplis étaient renversés, que l'armée allemande était sous le coup d'un désastre et que la destruction de nos routes n'aurait d'autre effet que de protéger leur retraite. La pioche les respectait donc, ces belles routes granitiques, et les paysans de la montagne, éperdus, désarmés, ahuris par tant de démence, virent défiler, dans leur ordre invariable, les légions ennemies. Indignés nous aussi, nous supplions
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les habicants qui nous encourent de mépriser ces ordres avilissants et d'imiter leurs pères; en termes énergiques, M. About leur rappelle les vieilles gloires de 18 14 et 18 15; ils sont ébranlés, et l'un d'eux s'éloigne pour faire publier par le tambour de la ville que les hommes de bonne volonté aient à se réunir, dans deux heures, sur la place publique, avec pelles, haches et pioches, pour aller couper les routes aux points les plus favorables. L'heure nous presse et nous abandonnons les braves patriotes de Senones à leur énergique résolution. Puissent-ils ne pas avoir eu de défaillance ! En quelques heures, nous arrivons à Rambervillers ; un incident, pénible ou risible, le lecteur en décidera, nous y attendait. Les premiers habitants que Sch... et moi nous rencontrons, nous prenant pour des francstireurs, nous accueillent avec bienveillance. Mais, lorsque nous leur expliquons la signification du brassard international et notre qualité d'infirmiers volontaires, un doute se peint sur leurs visages, la convention de Genève est chose qu'ils ignorent ; ils s'écartent de nous et sont remplacés par une population dont la disposition malveillante est visible. Un agent de police exige nos papiers; nous lui montrons nos feuilles de route en règle; mais il lui faut celles de nos compagnons, il nous suit à l'auberge, traînant après lui une bande de curieux irrités. Il entre, et nos amis exhibent leur feuille de route. M. About n'en avait point; mais, pour l'honnête agent, il avait bien mieux que cela et,
DE FRffîSCHWILLER A PARIS.
avec une négligente simplicité, il lui montre à sa boutonnière la rosette d'officier de la Légion d'honneur. L'agent se trouble, s'incline, balbutie quelques excuses et s'enfuit sous les huées de la foule désappointée.
Tout n'était pas fini : à peine étions-nous à l'hôtel qu'un monsieur fort l'espectable se présente : (t Excusez-moi, messieurs, nous dit-il, votre arrivée a produit dans la ville une certaine agitation ; je suis commissaire |de police, (sa main, soulevant avec intention son gilet, laissa voir un bout de l'écharpe),... et je dois à la population inquiète d'examiner vos papiers et ces insignes que vous portez. »
Explications et papiers, nous lui donnons le tout sans observation et, nous trouvant en règle, ce magistrat nous salue poliment et s'éloigne. Il fallait bien se rendre à l'évidence : tous ignoraient ce qu'était ce brassard et nous en éprouvions une inexprimable confusion.
Un dédommagement nous attendait, et, sur la gracieuse invitation qui nous en fut faite, nous achevâmes la soirée au Cercle, au milieu de jeunes gens confus de l'accueil qui nous avait été fait par quelquesuns de leurs concitoyens, émus des malheurs du pays, et frémissant d'un patriotisme frappé jusque-là d'impuissance; ils sont aujourd'hui, j'en suis sûr, dans les rangs de ces francs-tireurs des Vosges dont les exploits franchissent le cercle qui nous étreint dans Paris et viennent retremper nos cœurs. A neuf heures du soir.
nous prenons congé de ces amis de quelques instants et, après cinq heures de voyage, nous arrivons à Epinal au milieu de la nuit.
Un premier train devait partir à six heures du matin pour Vesoul ; c'était, suivant toutes probabilités, le dernier convoi, car on signalait depuis la veille la présence des uhlans à Charmes ; aussi, malgré la fatigue et un impérieux besoin de repos, nous résolûmes de ne pas perdre cette dernière occasion. Il fallut attendre longtemps à la gare : des soldats, des gardes forestiers, les gendarmes des communes voisines qui avaient reçu l'ordre de se replier avec armes et bagages, des habitants effrayés et des fonctionnaires fuyant devant l'invasion, composaient le train en partance. Le receveur général surveillait le départ de la caisse de l'Etat contenant trois ou quatre cent mille francs qui furent ainsi sauvés. Partout l'épouvante, la consternation, la panique. Ce fut ainsi jusqu'à Chaumont où le train arriva dans la soirée et où nous devions nous séparer de notre aimable compagnon de route, M. About. Les relations écloses dans ces adversités communes, où tout s'efface devant le sentiment des malheurs du pays, où chacun, grand ou petit esprit, se révèle et trahit son âme par des accents émus, naïfs, involontaires , ces relations ont , un caractère de cordialité qui donne à leur souvenir un charme et un prix tout particuliers ; aussi serrâmes-nous affectueusement la m:iin du compagnon que notre bonne fortune
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avait mis sur notre route ; plus heureux que nous, chaque pas le rapprochait de son foyer et, dans sa préoccupation, perçait comme une vision de bonheur prochain, tandis que dans notre adieu il y avait, malgré nous, le pressentiment de nouvelles tristesses.
On nous apprit à Chaumont, sans pouvoir nous indiquer le point de concentration, que le maréchal Mac-Mahon reformait son armée du côté de Châlons ; poursuivant notre programme, nous partons, le soir même, par un train militaire, dans cette direction.
A mesure que nous avançons, la marche devient plus lente, plus incertaine; les ordres et les contreordres se croisent ; des soldats de toute arme encombrent le train, et le bruit de leurs chants et de leur ivresse fait un douloureux contraste avec le silence et le regard morne de leurs officiers. A la station de Donjeux, au milieu de la nuit, le train reçoit l'ordre de s'arrêter. Dans le brouillard du matin nous voyons des soldats se précipiter au-devant d'un convoi : c'est le maréchal Mac-Mahon qui se dirige sur Chaumont, et ces soldats nouveaux qu'il va conduire à la bataille se pressent et se disputent pour mieux voir l'illustre vaincu de Frœsch-willer.
Le village de Donjeux est envahi par un bataillon de turcos; presque tous, en dépit de l'heure matinale, sont déjà pris de vin; débraillés, titubants, ils flottent autour de la gare; le clairon sonne le rappel, nous l'entendons, mais ils ne l'écoutent pas ; un quart
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du bataillon reste dans le village et regarde, en riant d'un rire stupide, s'éloigner, dans la direction de Chaumont, le train qui devrait les emporter et dans lequel ils ont laissé leurs armes et leurs sacs. Faudra-t-il donc assister éternellement à cette dégradation de notre malheureuse armée? les revers qu'elle vient de subir ne sont-ils point une leçon suffisante? est-ce donc dans un étourdissement avilissant qu'elle retrou vera l'énergie dont elle se croit encore maîtresse, malgré l'oubli de la discipline .> Le cœur serré^ nous nous éloignons de ce désolant spectacle et nous arrivons à Joinville, à midi
Au centre d'une prairie bordée de peupliers, des batteries d'artillerie lèvent leur camp et traversent le bourg dans l'ordre et le silence qui semblent être le point d'honneur de cette arme d'élite. Partout les travaux sont arrêtés, on s'interroge avec inquiétude, 'ennemi approche, le bruit court que ses avant-gardes sont déjà à Saint-Dizier et à Neuchâteau. Sur le seuil du principal hôtel de Joinville, sont groupés des officiers d'état-major; ils nous apprennent que le maréchal s'y arrête une heure pour dîner, nous leur parlons de Frœschwiller, et le maréchal, prévenu par eux qu'il y a dans l'hôtel des infirmiers venant de Wœrth, me fait appeler près de lui.
Entouré de ses aides de camp, il se prépare à prendre un repas frugal; ses cheveux blancs coupes très-court, sa moustache blanche, son œil clair, son
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regard calrùe, forment un ensemble plein de noblesse et de dignité ; l'honneur s'affirme dans cette physionomie un peu froide, mais non pas sans bienveillance. « Asseyez-vous, monsieur, me dit-il; vous venez de Frœschwiller, qu'y avez-vous vul^ y a-t-il beaucoup de soldats et d'officiers blessés?
— Oui, maréchal ; beaucoup de cuirassiers à Morsbronn ; des zouaves, des turcos et des chasseurs à Frœschwiller ; de l'infanterie partout. Autant qu'on en peut juger, les Prussiens ont perdu beaucoup de monde, trois hommes quand nous en perdions deux ; le vallon de Wœrth en regorge.
— Et que disent les blessés?
— Ils ne se plaignent pas, maréchal ; ils souffrent comme ils se sont battus, bravement (un éclair d'orgueil traverse les yeux du maréchal et s'éteint aussitôt) ; ils sont, du reste, bien soignés par les chirurgiens prussiens. . .
— Comment? par les chirurgiens prussiens!...
— Oui, maréchal; toutes nos ambulances se sont fondues dans la bagarre ; vos chirurgiens sont prisonniers, ils ne portaient pas le brassard et n'ont point eu le bénéfice de la neutralité ; l'ennemi les traite honorablement, mais leur nombre est insuffisant pour nos blessés, dont la plus grande partie reçoit les soins des chirurgiens prussiens.
— Et les soignent-ils bien?
— Oui, maréchal, aussi bien que leurs propres
blesses; il faut d'autant plus l'affirmer que les officiers allemands se plaignent de l'ignorance où sont nos soldats du principe et du bénéfice de la croix internationale; ils les accusent d'avoir tiré sur les ambulances prussiennes et cette raison a contribué à faire considérer nos chirurgiens comme prisonniers de plein droit.
— Prenez ce renseignement en note, dit à demivoix, à l'un de ses aides de camp, le maréchal qui avait paru frappé de cette accusation; il faudra en faire l'objet d'un ordre du jour.
Sur sa demande, je lui donne la liste des officiers blessés que nous avons vus à Frœschwiller : u Vous écrirez à leurs familles, dit-il à l'aide de camp.
— C'est déjà fait, maréchal, lui dis-je, mais venant de vous, les nouvelles auront un [caractère bien plus certain. Quant aux mouvements de l'ennemi, ajoutai-je, je ne suis pas militaire et n'y comprends rien; vous m'excuserez, d'ailleurs, maréchal, de n'en point parler ; nous n'avons circulé librement dans les lignes ennemies que sur un engagement d"honneur de ne rien voir ni rien entendre... »
Le maréchal ébauche un imperceptible sourire qui signifie : c'est votre devoir de vous taire ; au surplus, j'en sais beaucoup plus que ne pourrait m'en dire votre inexpérience; — et, me voyant me lever pour attendre ses ordres : « avez-vous dîné, monsieur } » me dit-il avec urbanité, en me montrant une place hbre. — Je le remercie et je m'éloigne, rempli de respect pour ce
vaincu en qui tout est grand et qui me rappelle, dans sa dignité sans pareille, ces mots du poëte : Impavidum ferlent ruinœ.
Le lendemain, 17 août, nous étions à Châlons où nous eûmes soin de faire viser nos feuilles de route à l'intendance. Cette précaution n'était point inutile : depuis notre sortie des lignes prussiennes où nous avions circulé librement sous un contrôle discret, intelligent et jamais gênant, nous nous trouvions arrêtés à chaque instant par les inutiles formalités de la surveillance française, que son organisation même, ainsi que tous les détails de la guerre l'ont prouvé, rendait illusoire, vexatoire le plus souvent, toujours inefficace. L'abus de la formalité, des visas et des timbres semblait une décharge suffisante de toute responsabilité, une raison d'abdiquer son propre discernement. Grâce à ce système formaliste, fruit de l'anéantissement de chaque subordonné dans son chef, nous avons vu maintes fois, dans le cours de cette guerre, les espions prudemment en règle circuler sans entraves, tandis que d'honnêces gens sans défiance, peu familiarisés avec les exigences de l'état de siège, étaient atteints jusque dans leur liberté.
Châlons était encombré de troupes qu'on dirigeait sur Mourmelon, centre de formation de la nouvelle armée, laquelle devait se composer des débris de Frœschwiller, des bataillons de mobiles déjà organisés et des réserves des régiments de ligne. C'est avec ces
élémencs si discords, d'une consistance si incertaine, animés d'un déplorable esprit d'insubordination, de gaspillage et de désordre, qu'on préparait au maréchal Mac-Mahon la tâche impossible de sauver la France, dans les Ardennes. Personne n'a oublié les scènes scandaleuses qui se passèrent alors à Reims et au camp de Châlons : pendant que le maréchal Canrobert dévorait à Mourmelon les insultes des bataillons de garde nationale mobile de la Seine, une bande confuse de soldats de toute arme mettait au pillage la gare de Reims, et l'autorité militaire, prise aussi de vertige, n'avait même plus l'énergie de faire justice de ces actes déshonorants pour l'armée. Je n'ai point assisté à ces scènes honteuses; mais déjà, le 17 aoilt, au matin, il était facile de les pressentir à la vue des auberges voisines de la gare de Châlons, tordées de soldats attablés et préméditant froidement leur ivresse bestiale; débauche, bravade ou défaillance, chacun d'eux semblait chercher dans le vin cette brutale insolence que les sots prennent pour de l'énergie et les lâches pour de la bravoure; les jurons et les blasphèmes, entremêlés de gestes cyniques, formaient concert avec les chansons les plus obscènes ; remplacé par une sordide insouciance, l'honneur égaré n'était plus là. Tels étaient les signes avant -coureurs du sombre naufrage de Sedan.
Notre projet étant de nous rapprocher de Metz par Verdun, nous prîmes place dans un fourgon chargé
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d'avoine, en compagnie de quelques zouaves de la vieille race, soldats de Palestro et de Puebla, qui regardaient d'un air pensif les allures de nos jeunes recrues, auxquelles ils n'avaient point eux-mêmes, hélas! toujours enseigné le respect de la discipline. L'un d'eux, vieux routier, bronzé par vingt campagnes, m'indiquait une foule de remèdes excentriques pour arrêter un commencement de dyssenterie dont je souffrais depuis quelques jours, et, si j'ai bonne mémoire, le plus efficace, à son avis, était l'absinthe.
A la station de Saint-Hilaire-au-Temple, non loin du camp d'Attila, nous descendons du train qui continue sa route sur Mourmelon et nous montons dans un convoi qui conduit à Verdun quelques compagnies de soldats du génie. La voie n'était plus sûre, les Prussiens sillonnaient déjà les routes de l'Argonne et les soldats reçurent l'ordre de tenir leur armes chargées. C'étaient vraisemblablement les dernières troupes qui dussent rentrer dans Verdun.
Le train s'avançait avec lenteur et nous regardions curieusement ce pays d'aspect uniformément blanchâtre, au sol maigre et crayeux, où l'herbe est courte, les arbres clair-semés, les villages rares et pauvres, et qui s'appelle la Champagne Pouilleuse. A peu de distance de la station de Somme-Tourbe, nous entendons distinctement une détonation et nous voyons un fil télégraphique se briser et se tordre en spirales sur le sol; la fumée ne l'indiquait que trop clairement,
c était un coup de fusil parti de notre convoi, c'était, le croirait-onJ* un soldat français qui, en présence pour ainsi dire de l'ennemi, usait stupidement sa poudre sur un télégraphe français et brisait un fil porteur sans doute, à une heure aussi grave, de dépêches importantes, intéressant peut-être l'existence de centaines de soldats. Une indignation profonde nous saisit, car ces hommes dont le plus grand nombre voyage en chantant son ivresse à tue-tête, ces hommes sont des soldats du génie, la première de nos armes, l'élite de nos troupes. Un général, que nous prévenons de l'incident, accueille notre communication avec une indifférence résignée ; mais un jeune officier du génie, indigné comme nous, lui demande avec fermeté de faire visiter les armes pour trouver le coupable. Le général y consent et bientôt on amène, pâle et tremblant, un soldat dont l'arme, fraîchement crassée, témoigne la culpabilité. Il proteste; aucun de ses camarades ne veut le dénoncer et, faute de témoignages suffisants, l'impunité lui fut acquise.
Nous sortons de la Champagne Pouilleuse ; le train dépasse Sainte-Ménéhould et nous pénétrons dans l'Argonne ; quelques minutes de crépuscule nous séparent de la nuit; nous profitons de leur pâle clarté pour prendre un frugal souper.
Voici les Islettes, Clermont en Argonne; enfin, à onze heures du soir, les remparts de Verdun; les portes sont fermées, les ponts-lcvis relevés, et ce n'est
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que par la faveur spéciale d'un officier supérieur du génie que nous obtenons de franchir les murs. Après bien des recherches, nous trouvons place pour la nuit sur le plancher d'une auberge; l'hôte nous dit que, depuis trois jours, on entend gronder le canon du côté de Metz, mais que le résultat des combats livrés est inconnu ; les uns ont de fâcheuses impressions et se disent que, si les nouvelles étaient bonnes, on ne les cacherait pas si longtemps au public; les autres ont bon espoir, puisque l'ennemi ne continue plus sa marche en avant. Quant à nous, succombant à la fatigue, nous nous endormons en demandant vainement à nos cœurs anxieux un pressentiment de victoire.
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COT^JLoAT^S
Le 18 août au matin, le soleil se leva, radieux' aspirant les vapeurs légères qui couvraient le lit de la Meuse ; les eaux limpides de la rivière couraient doucement sur un lit d'herbes fines et longues, varechs des eaux douces, refuge de myriades de petits poissons aux écailles d'argent ; sur les bords, cachant le pied humide des vieux murs de Vauban, hanté par des libellules et des bergeronnettes solitaires, un fouillis de joncs verdoyants s'inclinait mollement au fil de l'eau. C'était ce qu'on peut appeler franchement une riante matinée d'été et, séduits par l'indéfinissable paix de la nature, nous nous laissions engourdir à l'unisson dans une muette contemplation. La voix d'airain d'un clocher, qui sonnait neuf heures, nous rappela brusquement aux idées positives de but et de moyens, c'est-àdire, pour l'heure présente, à la nécessité de trouver à tout prix une voiture pour transporter nos sacs de
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bandes ec de charpie. Tous les chevaux et tous les chars avaient été requis par l'autorité militaire, et nous nous trouvions dans une de ces situations où l'argent ne saurait improviser ce qui n'existe plus Nous frappons inutilement à toutes les portes ; aiguillonnés par le bruit public qui parle de combats autour de Metz depuis le 14 août, nous nous disposions à partir à pied, lorsque nous rencontrons dans Verdun quelques infirmiers d'une ambulance parisienne. Ils étaient là depuis deux ou trois jours, au nombre de soixante-dix environ, un peu indécis sur la marche à suivre, munis d"un superbe matériel, embrigadés sous la conduite d'un commandant à cheval et d'un directeur spirituel, je veux dire technique, car c'était, nous dit-on, un docteur célèbre. Leur uniforme irréprochable, leurs voitures reluisantes que traînaient de robustes chevaux boulonnais, leur maintien assuré, tout indiquait un corps qui avait ceint ses reins, comme dit l'Ecclésiaste, et dont on pouvait attendre une activité sans égale. Aussi l'idée nous vint-elle de voyager en leur compagnie. Grâce à la bienveillance d'un infirmier haut gradé, je fus admis à l'honneur d'entretenir le directeur de l'ambulance : ce personnage important daigna m'interroger et vérifia gravement mes pouvoirs ; mais nous n'avions point d'uniformes ; nos bottes éculées, nos habits, maculés par la boue du Bruckmuhl, eussent fait tache, il faut l'avouer, et l'examen ne nous fut pas favorable. Notre intention
CONFLANS. i$$
n'étant pas, d'ailleurs, de fondre notre indépendance dans cette brillante homogénéité, nous nous inclinons devant l'homme célèbre (me pardonnera- 1- il d'avoir oublié son nom?) et, à la grande joie de mes compagnons, dont le bon sens redoutait une action commune, je donne le signal du départ. Le ciel, en nous livrant à nos propres forces, voulait, on le verra par la suite de ce récit, nous protéger jusqu'au bout, et, sans doute, pour nous témoigner immédiatement sa faveur, il met sur notre route, au sortir de la ville, un brave homme, qui nous propose son char et deux chevaux. Nous acceptons son offre avec empressement et, vers deux heures de l'après-midi, nous apercevons les premières maisons d'Etain^ village situé à vingt-cinq kilomètres de Verdun, sur la grande route de Metz Deux uhlans, mal dissimulés derrière les grands arbre qui bordent la route, occupent l'entrée du village. Le pistolet au poing, les deux Allemands nous barrent le passage; le docteur parlemente avec eux; ils l'écoutent poliment et nous préviennent que, si nous passons, nous ne pourrons plus revenir sur nos pas, car on se bat autour de Metz et l'armée prussienne exécute des
(.L'attention publique a etc appelée sur la petite localité (i'Etain par le télégramme impérial dont je cite textuellement la teneur :
« L'Empereur au maire d'Etain.
t Quartier impérial, le 17 août 1S70, loh. 28 matiiu « Avez-vous des nouvelles de l'armée? »
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mouvements importants ; ces mots magiques : on se bat^ c'est-à-dire les blessés tombent par centaines, coupent court à toute^hésitation. En marche!... Dans l'intérieur de la ville nous traversons un escadron de uhlans. C'en est donc fait, nous rentrons pour la seconde fois dans les lignes de l'armée prussienne.
Depuis le matin, on entend, au loin, le bruit sourd et prolongé du canon ; les uhlans ont laissé comprendre qu'une grande bataille est engagée. Quel en sera le résultat? Ainsi se formule l'anxiété qui assiège tous les cœurs. A prix d'or, et en faisant appel au patriotisme de quelques braves gens, nous frétons une vieille diligence et nous partons, au galop décousu de trois haridelles, dans la direction de Metz.
A Buzy, des uhlans nous arrêtent et nous sommes conduits dans un camp de cavalei'ie, habilement caché, à cinq cents mètres de la route, derrière une ondulation de terrain. Au centre, un général jette sur ses cavaliers et sur leurs magnifiques montures, alignés en carré parfait, un regard d'orgueil satisfait. Le docteur lui présente le laissez-passer du général badois, notre unique talisman jusqu'ici; il l'examine avec soin, y ajoute quelques mots de sa main pour nous autoriser à continuer notre voyage et nous congédie avec la plus parfaite courtoisie.
A quelques kilomètres au delà de Buzy, on entend distinctement le canon ; nous gravissons une éminence, d'où nous distinguons nettement, dans le lointain, des