GRAVELOTTE — PONT-A-MOUSSON
qu'un mirage pour l'ambicion germanique une convoitise, un droit émanant brutalement de la force.
Quant à nous, cette éventualité de paix, dont s'entretenait l'état-major prussien, nous paraissait peu probable, et les termes dans lesquels nous entendions ces officiers hautains parler de notre pays ne nous permettaient pas de prolonger l'entretien. Au surplus, le docteur, que sa connaissance parfaite de la langue allemande désignait toujours pour être notre ambassadeur et notre interprète, descendait du quartier général ennemi avec un laisser-passer pour Pont-à- Mousson et nous sortîmes en toute hâte de Doncourt.
Nous dépassons Marmoutiers, où nous retrouvons les traces de la lutte des jours passés, et nous arrivons à Gravelotte à la nuit tombante. Le champ de bataille n'est encore qu'imparfaitement nettoyé : au bord des routes, des arbres brisés par les obus; sur les champs, ces débris émiettés, fouillis d'armes brisées, de sacs éventrés, de vêtements souillés, de livrets déchirés, de plaques, de torsades, de bidons, de harnais; quelques ruines fumantes ; de loin en loin des éminences de terres fraîchement remuée, sur lesquelles des mains pieuses ont planté des branches d'arbres et des croix ; des chevaux enfouis à fleur de terre et dont les pieds sortent du sol ; tels sont les vestiges de la bataille qui a ensanglanté cette extrémité de la ligne. Dans une prairie, à l'entrée du village, des soldats achèvent les chevaux blessés; c'est l'heure de l'exécution, qui prc-
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sente, du reste, un progrès sur le mode que nous avons vu employer à Frœschwiller : pour supprimer les accidents du tir à distance, on a remplacé le fusil par le revolver ; les chevaux sont amenés au bord de la fosse préparée d'avance ; l'exécuteur appuie froidement le pistolet sur la tempe de l'animal ; le coup part, et la pauvre bête roule, foudroyée, dans la fosse. C'est plus impitoyable peut-être, mais plus pratique à coup sûr, et ce peuple, dans les plus petits détails de la guerre, ne sacrifie rien à la sentimentalité; depuis.le soldat jusqu'au général, le positif est l'idole ou la loi de tout bon Allemand, et notre pitié chevaleresque ferait hausser les épaules à ces robustes logiciens. Ceux que nous voyons en ce moment à l'œuvre à l'entrée du village achèvent les chevaux, non point par cruauté (l'exécuteur est peut-être un rimeur de brasserie qui a chanté son noir coursier dans une ode ampoulée), mais parce qu'ils pourraient guérir et rendre quelque jour un service à nos paysans. Je ne mets pas en doute, si la guerre se prolonge, que, d'école en école, ils n'appellent la chimie à leur aide pour utiliser sur place les chevaux abattus et ne pas nous les laisser même comme engrais.
En entrant dans Gravelocte nous voyons, au milieu d'une luzerne verdoyante, s'élever une tente gracieuse, presque coquette ; tout rêveurs et résignés, se promènent les coquets infirmiers de l'ambulance que nous avions rencontrée à Verdun ; ils nous apprennent à voix