GRAVELOTTE — P O N T- A -M O U S S O N
de la pluie, dans les combles, au-dessus du grenier, seule place qui rescàc libre dans ce grand bâtiment. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, nous nous enveloppons dans nos couvertures au milieu d'un inextricable fouillis de caisses vides, de châssis vitrés et de vieux papiers; nos sacs nous servent d'oreillers et nous nous endormons en paix sur ce plancher hospitalier.
Le laisser-passer obtenu à Doncourt nous enjoignant d'être à midi à Pont-à-Mousson, nous laissons de grand matin cette petite ville épuisée par les réquisitions. La route qui mène à Pont-à-Mousson suit fidèlement le cours de la Moselle, sur laquelle nous apercevons encore les ponts de bateaux qui ont servi au passage de l'armée prussienne; nous en comptons cinq et déjà les pontonniers allemands les enlèvent comme s'ils étaient certains désormais de n'avoir point à faire une marche rétrograde. Des régiments saxons sont campés au bord de la route; ils abattent à grands coups de hache les beaux arbres qui la bordent. Que de temps ne faudra-t-il pas pour réparer tous ces ravages ! Mais voici midi; au fond de la plaine nous apercevons de vieux clochers grisâtres; c'est Pont-à-Mousson.
Le roi Guillaume y a installé son quartier général , aussi la ville est-elle bondée d'infanterie et de cavalerie; au milieu de cette foule de soldats, se distinguent par leur magnifique uniforme, les cuirassiers blancs de M. le comte de Bismark Schœnhausen. O dérision ! les cuirassiers blancs de Bismaric!... Sur les murs
2or> DE FR(ESCH\VILLER A PARIS.
de Verdun, nous avions lu une dépêche officielle ainsi conçue :
K Ministre de la guerre^ Paris.
« Camp, i8 août 1870, 9 h. 4 matin.
« Le régiment de cuirassiers blancs de M. de Bismark a été totalement détruit.
« Napoléon. »
Ce régiment, il n'en était pas moins, le 22 août, sur la place de Pont-à-Mousson ! Des acclamations retentissent: voici le roi Guillaume et son ministre, qui viennent assister au défilé de ces troupes qui leur donnent l'empire de l'Allemagne. M. de Bismark est en petite tenue de cuirassier blanc, sans cuirasse et coiffé du béret jaune ; ce type du reître diplomate est trop connu pour que j'en exquisse les traits. Quant au roi , c'est un grand et gros homme, au teint bachique, à cheveux et barbe blancs ; il est en tenue de général prussien ; casque en tête, les mains croisées derrière le dos, de manière à faire saillir l'abdomen, rigide comme une figurine en bois sculpté, cet étrange et vulgaire favori de la fortune regarde défiler ses bataillons avec une expression d'orgueil et de satisfaction contenus ; il y a en lui du Jupiter et du brasseur, du César et de l'Exécuteur des Hautes Œuvres. Il m'est difficile d'exprimer l'aversion profonde que nous inspiraient ces deux hommes. Au génie sinistre du diplomate de l'Aile-