‹ De Froeschwiller à ParisChapitre 18 sur 21 · LA ON · texte numérisé non relu

LA ON

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s'embarquaienc à la gare pour rentrer dans Paris, les divisions Vinoy inscallaienc leur campemenc dans la plaine, ce, malgré l'abattement général, il était facile de discerner chez les nouveaux venus la satisfaction de se sentir en sécurité sous le canon d'une citadelle.

Un chef de bataillon me prie de le conduire dans une auberge pour y prendre quelques aliments et quelques heures de repos. Nous parcourons tout un faubourg; les maisons sont closes et verrouillées ; en voici une enfin dont nous ne soulevons pas en vain le loquet. Nous y trouvons un vieillard, seul, debout contre l'acre enfumé ; ses yeux gris brillent dans des orbites profondes.

M Que voulez-vous } demande-t-il d'une voix rauque.

=— Quelque chose à manger, mon brave; on vous payera.

— Etes-vous des gens tranquilles au moins?

— Parbleu! regardez-nous.

— Et vous n'en amènerez pas d'autres avec vous.^

— Non, parole d'honneur, — dit l'officier.

— Eh bien, je ne veux pas de votre argent ec vous aurez le lapin tout de même, — c'est le dernier, voyezvous, — et les pommes de terre avec. — Je suis un vieux militaire, moi ; le cantonnier Vallée, tout le pays me connaît; j'ai mon garçon au service, le diable luimême ne me dirait pas si les Prussiens l'ont pris ; — mais si ces gueux-là viennent chez nous, ils n'entreront pas ici, m'entendez-vous ? foi de VallJe, c'est moi qui

VOUS le dis, aussi vrai que voilà le rouillé » ; et ses yeux d'acier semblaient vouloir décrocher un vieux fusil à piston^ suspendu au-dessus de la cheminée.

((La race en est éteinte», dis-je tout bas à l'officier en serrant la main au vieux brave dont j'ai conservé le nom.

Cependant Tartillerie s'ébranle et dirige sa retraite sur la Fére ; des convois multipliés commencent l'évacuation des bataillons les plus fatigués dans la direction de Soissons ; les foulures sont nombreuses et la petite ambulance que nous installons dans une des salles d'attente de la gare n'est point inutile ; les soldats et les officiers s'y succèdent, et le docteur C... peut à peine suffire au pansement des entorses. Que ne puis -je relater dans leurs détails nos entretiens avec les officiers! Ils sont découragés, indignés; la discipline est morte, et leur autorité leur échappe. N'ai -je pas entendu moi-même un misérable, qui ne mérite pas le nom de soldat, murmurer une menace de mort, «à la première affaire!..» en jetant sur son capitaine un regard sinistre ! Malheureuses troupes ! l'infortune et l'oubli du devoir en ont fait un vil troupeau, sans âme, sans noblesse, injustes, aifolés. «Que faire de pareils hommes?^ » nous dit un officier; nous ne trouvons rien à lui répondre.

Des sentinelles perdues s'abritent au loin derrière des meules de foin, les soldats ont dressé leurs tentes tout autour de la raffinerie ; la nuit tombe, Nous nous

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