PRÉFACE. XLV
gociateurs européens les écoles que nous-mêmes avons faites, pour assurer et hâter les dénouements pacifiques. Les avantages que nous aurons ainsi contribué à faire obtenir aux autres puissances, naturellement nous y aurons notre part
comme tout le monde ; mais, à titre de médiateurs, à titre de voisins, nous devons obtenir, en surplus, des avantages particuliers. C'est ainsi que nous arriverons à établir notre influence dans ce vaste empire, qui est en même temps un marché de cinq cents millions d'âmes; et, suivant T expression du colonel Boiiinais, à convaincre les Célestes que « parmi les diables étrangers, ce sont encore les Français qui sont les meilleurs diables ». Ainsi nos possessions indo-chinoises aideront à notre action sur la Chine, et nos bonnes relations avec la Chine donneront à notre colonie toute sa valeur.
Alfred Rambaud.
EN EOUTE POUR PEKIN — MONKAÏ — HAIPHONG
Départ de Monkaï. — Ma mission. — Haininh. — Monkaï. — Mort de M. Haït ce. — Haïphong. — Hanoï et son exposition.
Après deux campagnes sur la frontière du Kouang-si et une campagne sur les confins du Tunnan, les procès- verbaux de la délimitation des frontières sino- annamites venaient d'être signés à Monkaï, le 16 mars 1887.
Envoyé de Monkaï, c'est-à-dire des limites du Kouang-toung, en mission à Pékin, je devais,
suivant les instructions de M. Dillon 1 , président de la délégation française à la commission franco-
1. M. Dillon (Charles), né le 13 juillet 1842, élève-interprète pour la langue chinoise, le 17 décembre 1861; agent vice-consul à Macao, le 26 lévrier 1870 ; consul de seconde classe à Tientsin, le 29 février 1873 ; chevalier de la Légion d'honneur, le 7 août 1877 ; consul de première classe, le 25 février 1880, à Molbourne, le 1 er mai 1884; consul général, le 16 juillet 1885; gérant du consulat de Tien-tsin, le 1** novembre 1885; résident supérieur à Hué, le 31 janvier 1886 ; en mai 1886, président de la commission de délimitation des frontières du Tonkin ; ministre plénipotentiaire de deuxième classe en 1887, et de première en 1889.
M. Dillon était un homme du caractère le plus estimable, et un sinologue de premier ordre. D'une droiture remarquable, insouciant du danger, d'une patience à toute épreuve, — qualité hors ligne dans l'Extrême-Orient, — d'une fermeté rare, il a été, en Chine et à la frontière du Tonkin, l'un de nos agents diplomatiques les plus distingués. Enlevé prématurémont, à l'âge de 46 ans, le 29 avril 1889, à l'affection des siens, il laisse chez tous ceux qui l'ont connu les plus vivaces regrets.
M. Dillon était le fils d'un secrétaire de M. Guizot. Son père suivit aussi la carrièro consulaire. Comme son regrettô w fils il mourut jeune, en 1837, à 47 ans, ministre à Haïti. Sa carrière aux États-Unis avait été des plus brillantes, et à San-Francisco son nom est resté vénéré des Français et des Américains. Le fils n'a pas failli aux traditions laissées par le père.
En voici un exemple :
En 1883, M. Bourée, ministre de France à Pékin, lui demanda d'aller en Mandchourie pour délivrer l'abbé Couraux, missionnaire à Hou-lan, préserver la mission d'un massacre et faire sur place une enquête sur la culpabilité des mandarins chinois.
La mission de M. Dillon dura neuf mois. Il partit en plein