‹ De Hanoï à Pékin: notes sur la ChineChapitre 44 sur 67 · HANOÏ · texte numérisé non relu

HANOÏ

m'avait chargé de lui transmettre sur la situation militaire à Monkaï, dans l'enclave et au cap Packlung.

Le général Mensier devant rentrer en France, mes explications furent transmises à son successeur par intérim, le colonel Pernot, le vaillant défenseur de la citadelle de Hué en juillet 1885. Le même jour je vis le résident, M. Bonnal, et mon camarade de collège et de promotion, M. le capitaine d'infanterie de marine Eadiguet, vicerésident. Tous les deux sortaient de l'arme de

1887. Né le 10 février 1841 près de Pau, il entra à Saint-Cyr en 1859 et en sortit sous-lieutenant en 1861. Lieutenant le !•* avril 1866, capitaine le 15 août 1870, chef de bataillon le 28 novembre 1878, lieutenant-colonel le 22 mai 1884, il était colonel depuis le 2 juillet 1887 et proposé pour la croix de commandeur de la Légion d'honneur. Tout le monde connaît sa brillante valeur lors da l'affaire de Bac-Lé, où sa petite colonne fut attaquée par les Chinois lorsqu'il se rendait à Langson pour occuper cette ville. Nous l'avons vu commander à Monkaï après le meurtre de Haïtce, organiser la défense de la ville et purger les environs des pirates et des rebelles avec une vigueur et une énergie peu communes. C'était un officier infatigable, dur pour lui-même, se donnant à peine le repos nécessaire, tenant nuit et jour ses hommes en haleine. Le colonel Dugenne est mort, à cheval, en colonne, a peu de distance de Phu-langthuong, qu'il venait de quitter pour poursuivre son vieil ennemi le Caiking, qui devait plus tard nous être livré par sa propre bande.

l'infanterie de marine et avaient à leur actif de brillants services en Cochinchine, dans l'Annam et au Tonkin. Tous les deux étaient passionnés pour la gloire de la France dans l'Indo-Chine. Je retrouvais en eux deux cœurs ardents et généreux que j'étais heureux de voir encore une fois.

Le Ninh-Binh qui me portait avait un fort tirant d'eau et son échouage, entre Haïphong et Hanoï où j'arrivai le 19, à sept heures du soir, n'aurait surpris personne. Mais, au Tonkin, comme dans certains pays européens fréquentés par les touristes, on connaît le pouvoir de l'argent : quelques piastres, abandonnées à propos, tentent les indigènes toujours avides déjouer leur petit pécule au baccarat chinois ou bakouan ou d'aller dépenser leur monnaie à la fumerie d'opium. Le voyage se fit sans difficultés.

Dès mon arrivée à Hanoï, j'allai porter le rapport de M. Dillon à la résidence et je reçus de M. Bihourd rendez-vous pour le surlendemain.

Je fus bien heureux de pouvoir serrer la main à mon supérieur et ami, M. le colonel Tisseyre.

L'exposition de Hanoï était ouverte et très réussie; elle témoignait de beaucoup de bonne

volonté chez nos négociants, qui avaient envoyé de France des représentants, et chez les indigènes qui avaient fait merveille. On y voyait cependant des articles assez inutiles aux indigènes, mais il faut tenir compte des inexpériences d'une première tentative. Les boîtes à musique faisaient fureur et étaient très demandées par les Annamites, ces grands enfants. L'horlogerie faisait prime. Il y avait trop de corsets dans un pays où l'usage en est heureusement inconnu et où nous gagnerions beaucoup à ne pas l'introduire, à moins que nous ne voulions renouveler le spectacle de cette ambassadrice japonaise, qui se trouvant mal un soir dans un grand bal officiel, à Paris, fut trouvée cuirassée de deux de ces odieux appareils. On voyait aussi un grand nombre de voitures, amère dérision dans un pays où les routes ne sont pas encore carrossables, sauf dans la capitale, qui a maintenant de magnifiques boulevards, la rue Paul-Bert (ancienne rue des Incrusteurs), et le tour du Petit et du Grand-Lac, tout comme au bois de Boulogne 1 . Les conserves alimentaires et

l. Actuellement (1891) il y a quelques voitures au Tonkin, mais Ton se sert surtout de la djinriska japonaise, également

le Champagne se produisaient sous toutes les marques, mais quel Champagne , bonté divine ! Jamais on n'avait vu de marques plus fantaisistes et des produits moins naturels. En somme beaucoup d'objets de luxe, peu de marchandises d'un caractère pratique. C'est d'ailleurs le propre de presque toutes les expositions où Ton recherche souvent le superflu quand on manque du nécessaire.

Le 21 mars, je dînai chez M. Bihourd en compagnie du général Mensier, du colonel Tisseyre et de la maison du Résident général. J'avais eu, dans la matinée, une entrevue d'affaires avec M. Bihourd qui témoigna le plus vif intérêt aux travaux de la délégation à Monkaï.

Le 22, je partis de Hanoï pour Haïphong sur le Ninh-Binh où me conduisirent des amis et j'eus l'honneur flatteur de voir, au moment où le bateau allait lever l'ancre, MM. Bihourd et Tisseyre venir me serrer la main, en dépit d'une pluie battante. Je n'oublierai jamais cette marque de haute estime. J'ai senti dans la présence

très répandue à Singapore. L'Exposition de 1889 a fait connaître en France ce léger et pratique véhicule.

de M. Bihourd le prix qu'il attachait au succès de notre œuvre commune : en reportant sur moi sa sollicitude, le résident général honorait la délégation française tout entière.

Le 23, à midi, le Ninh-Binh était à Haïphong. Le capitaine Radiguet mit gracieusement son logement à la disposition de son vieux camarade et M. Bonnal, avec qui Radiguet prenait ses repas, m'offrit sa table, témoignages d'amitié touchants dont ceux qui ont voyagé dans ces lointains pays connaissent seuls le charme.

Je dus rester à Haïphong jusqu'au 28 en attendant un bateau pour Hong-Kong. La journée du 27 fut marquée par une promenade à Quang-yen avec le capitaine de frégate Bugard, mon ancien camarade à l'état-major du ministre de la marine en 1883-1886 et le dévoué collaborateur de la délégation à Monkaï.

Au retour de cette promenade j'eus le plaisir de dîner avec le colonel Pernot, le commandant Bugard, le chef d'escadron d'artillerie de la marine Boyer et plusieurs officiers, dîner charmant où chacun, connaissant le Tonkin à merveille, avait à raconter les plus intéressants souvenirs,

et où tous avaient les uns pour les autres ces sentiments de sincère amitié qui effacent les rangs parce que tous les cœurs battent à Tunisson pour une même cause.

Le 28 mars, à dix heures du matin, YActiv, consigné à la maison Pila, une vaillante maison du Tonkin, et commandé par un capitaine danois, complètement étranger à notre langue, me prenait à son bord.

Le 30 j'étais à Hong-Kong et j'apprenais avec un certain étonnement que, sur le bateau, des Chinois passagers avaient trouvé moyen d'emmener deux femmes de Hanoï, trompées par de fallacieuses promesses et destinées à être vendues.

Le fait arrive fort souvent et, malgré les minutieuses précautions que les autorités françaises prennent à l'embarquement, les rusés pirates chinois parviennent à tromper toute surveillance et à rendre muettes leurs victimes elles-mêmes. En voyant ce qui se passe aujourd'hui on comprend la gravité de la plaie qui désolait le pays sous l'administration des mandarins.

Ce commerce de femmes ne se fait pas seulement par mer. La piraterie, endémique dans les

pays d'Extrême-Orient, use largement des voies terrestres, et c'est ainsi qu'au Tonkin les bandits chinois introduisent en contrebande par notre frontière de l'opium et l'échangent contre des femmes. Ce trafic infâme, véritable traite, disparaîtra avec le progrès de nos armes.

Il est bien peu d'officiers chefs de poste sur les confins chinois qui n'aient à leur actif la délivrance de quelques-unes de ces malheureuses dont la valeur maxima dépasse rarement quatre cents francs.

La station navale française. — La ville. — Les casernes et la garnison. — Le port. — Enseignements tirés de l'histoire de Hong-Kong pour la colonisation. — Relations de Hong-Kong et de Haïphong.

A mon arrivée à Hong-Kong, j'allai immédiatement saluer le gérant du consulat français, M. Rigoreau, fonctionnaire très agréable qui faisait l'intérim de M. Dejardin, lequel était lui-même intérimaire à Shang-haï.

Malgré la hâte qu'on avait de me voir à Pékin je ne pus partir que le 4 avril sur le Yang-tsé.

Pendant mon séjour à Hong-Kong je rencontrai, à Ïïovg-Kong hôtel, M. de Bezaure, viceconsul gérant le consulat de Canton ! . Nous échangeâmes nos impressions sur l'hostilité du

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