‹ De Hanoï à Pékin: notes sur la ChineChapitre 45 sur 67 · I. Actuollomenl consul à Hong-Kong · texte numérisé non relu

I. Actuollomenl consul à Hong-Kong

vice-roi de Canton, alors Chang-Ché-Ton *, à l'égard des Européens en général et de la délégation française en particulier.

M. de Bezaure était très intéressant quand il racontait ses souvenirs sur l'illustre Courbet. C'était lui, en effet, qui était consul à Foutchéou au moment du bombardement de ce port.

Il ne quitta la ville que quelques minutes avant l'acte de représailles qu'avait attiré à la Chine le guet-apens de Bac-Lé et sa crâne attitude lui valut la croix de la Légion d'honneur. Un mois auparavant, Courbet, qui était un galant homme, avait embarqué sur un de ses bâtiments, sans même qu'elle eût le temps d'avertir son mari, éloigné de Fou-tchéou par une tournée aux environs, M me de Bezaure, pour la soustraire aux péripéties qui précèdent les coups de canon.

Le 31 mars, M. de Bezaure et moi, nous allâmes saluer l'amiral Layrle sur le Turenne alors en rade. Le successeur de l'amiral Eieunier à la tête de la station navale nous reçut avec la cour-

1. Ce vice-roi a été heureusement remplacé à Canton par le frère do Li-IIung-Chang.

toisie qui distingue le glorieux corps de la marine française. Nous parlâmes longtemps, le consul et moi, de la situation à Canton et à Monkaï. L'amiral nous donna sa baleinière pour retourner à terre et nous invita à déjeuner pour le dimanche 3 avril. Malheureusement l'amiral dut contremander ses invitations, ayant eu, le lendemain, la douleur d'apprendre la mort de sa mère.

Nos navires de guerre sont moins nombreux sur les côtes de la Chine que les bâtiments anglais, mais ils ont une tenue que peuvent nous envier, sans l'atteindre, toutes les marines étrangères. Nos officiers sont tous de race par le tempérament, l'éducation, le savoir-faire et les vieilles traditions de courtoisie chevaleresque et de cordiale urbanité qui sont le propre de notre flotte de guerre 1 .

A bord d'un cuirassé on se sent vraiment dans une atmosphère virile. Nos équipages sont superbes, pleins d'entrain, la bravoure rayonne sur tous les visages. C'est une petite France armée

1. Les visites de Cronstadt et de Portsmouth sont venues une fois de j)lus, en 1891, affirmer ces brillantes traditions

qu'on a sous les yeux et les couleurs nationales au sommet des mâts audacieux de cette machine de guerre impressionnent les esprits les plus sceptiques. Et puis, quand le souvenir se reporte sur Courbet et sur ses exploits, on bondit d'orgueil à la pensée de ce que peuvent faire nos mathurins conduits par de tels chefs.

Tout Français qui a habité la Cochinchine ouïe Tonkin et qui, lié par son service, n'a pu aller à Hong-Kong a le plus grand désir de visiter cet îlot où les Anglais ont fait des merveilles.

Je n'échappai pas à cette attraction et c'est avec une véritable satisfaction que je fis, sur YActiv, mon entrée dans la magnifique rade que dessinent les contours d'un îlot de 83 kilomètres carrés et les côtes de la mer de Chine. On pénètre dans la rade par les deux passes de Kycemoun à l'est et de Hana à l'ouest. Cette rade est fermée par une ceinture d'ilôts avec des villages de pêcheurs et par l'îlot fortifié de Kellet, à l'est du port 1 . Le panorama est séduisant et, la forêt

1. Hong-Kong fait partie d'un groupe d'îles appelé par les premiers navigateurs portugais les Ladrones à cause de la tendance des indigènes au pillage. Les Anglais augmentent cha-

de mâts qui s'élèv,e dans la rade, capable de contenir toutes les flottes du monde, indique, au premier coup d'œil, la prospérité de cette station britannique dont le commerce dépasse annuellement 350 millions de francs et dont le mouvement du port égale en tonneaux le mouvement de Londres il y a cinquante ans 1 .

A terre, l'œil n'est pas moins charmé. Les vastes constructions (hôtel du gouverneur, banque, bureaux de la Compagnie péninsulaire et orientale et des Messageries maritimes, églises, club des officiers, casernes, arsenal, hôtels) bien appropriées au climat assez fatigant de Hong- Kong, s'étagent sur les collines et grimpent jusqu'au sommetderîle(VictoriaPeach,540mètres).

Les hauteurs les plus escarpées sont desservies par un chemin de fer funiculaire. Dans le bas de la ville se trouvent les comptoirs, les magasins, les entrepôts et les docks à côté de magni-

que année les fortifications de l'île, mais le nombre de soldats chargés de servir les bastions est peu considérable : la vraie défense de l'Ile est la présence permanente de l'escadre do Chine.

1. En 1887,27,599 bâtiments jaugeant 6,401,837 tonneaux sont entrés dans le port de Hong-Kong. Sur ce nombre on compta

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tiques wharfs (quais) en forme de fer à cheval. Hong-Kong, trop à l'étroit dans son île, a obtenu du gouvernement chinois de nouveaux emplacements à Kao-Loung, sur le continent.

Cent cinquante mille habitants peuplent l'île granitique de Hong-Kong occupée en 1843 par l'Angleterre.

On comprend que les Anglais se soient réfugiés sur les hauteurs, rendues praticables par le pic et par la poudre; car, à part deux ou trois rues dont la plus belle est Queeris Road, ouverte de l'ouest à l'est, avec ses boutiques européennes ou chinoises, les places et les promenades, toute la basse ville est occupée par les Célestes et ceux-ci ne brillent pas précisément par la propreté.

La population asiatique est surveillée par des agents de police indiens qui, dès la tombée de la nuit, circulent armés d'un bon Martini Henry chargé et font feu, sans la moindre hésitation, sur les malfaiteurs. Les Chinois se le tiennent

3,890 vapeurs dont 2,873 anglais, 540 allemands, 140 chinois et 100 français. Dans le quartier maritime on parle un sabir de mots anglais, portugais, chinois, analogue à la lingua franco, des Échelles du Levant. Ce sabir est parlé dans tous les ports de la Chine ouverts au commerce européen.

pour dit et comme les fusils partent, ils restent généralement tranquilles.

La crainte du seigneur, du maître, du gendarme est le commencement de la sagesse. Nulle part cette maxime n'est plus vraie qu'à Victoria, la capitale de l'île. Si la ville compte de très honorables négociants parmi les fils du Ciel, elle recèle aussi la fine fleur des pirates des mers de Chine. Un observateur parlant, nous ne dirons pas le chinois, mais la langue verte, l'argot de ces gens-là, ferait des études de mœurs bien curieuses. En voyant les cipayes anglais monter gravement leur garde, dans une tenue irréprochable, on se demande pourquoi, en Indo-Chine, on n'emploierait pas aux mêmes fonctions nos Indiens de Pondichéry ou de Chandernagor. Est-ce parce qu'ils sont électeurs? Mais, comme nos soldats, ils cesseraient de l'être en exerçant le noble métier des armes et ils ne perdraient rien à une incapacité qu'ils partageraient avec des généraux de division.

Les Anglais ont mille fois raison quand, dans un pays asiatique, ils font faire la police par une race différente de la race indigène. C'était la po-

litique de l'Autriche en Italie. Les hommes de l'Extrême-Orient sont d'une telle vénalité, que si l'on n'avait pas ce défaut à sa disposition comme moyen de gouvernement, les sociétés secrètes seraient maîtresses delà situation. Chez eux, les Chinois n'emploient pas d'autre moyen pour être renseignés sur les agissements de leur franc-maçonnerie. Il est vrai que les mandarins, s'ils paraissent, comme Panurge, « manger leur bled en herbe », ont, dans les confiscations et les amendes, des ressources qui valent les 63 moyens que celui-ci avait à sa disposition pour se procurer de l'argent.

Pendant que les policemen montent une garde vigilante, la garnison de l'île, admirablement tenue , logée princièrement pour des soldats, attend avec la fierté de l'Anglais, qu'on ait à faire appel à la réserve qu'elle constitue. Elle joue au lawn-tennis ou parade sur les places.

Nous aimerions, pour nos soldats, un peu du confortable des Anglais, qui en ont trop à notre sens ; mais nous nous garderons bien de leur souhaiter une vie identique à celle des militaires de lier Gracions Majesty.

Notre petit soldat endure tout sans se plaindre, et est toujours gai, même quand il grelotte la fièvre. Quand vient le moment de l'action, il montre un élan, un entrain que n'aura jamais l'Anglais, malgré sa bravoure incontestée et sa ténacité. Aussi quand nous voyions dans nos colonnes du Tonkin, ce qu'on pouvait faire du lignant, du marsouin, du chacal ou du vitrier, nous étions rempli d'admiration. . .

Tout ce que nous demandons c'est qu'au point de vue de l'hygiène, de la nourriture et du vêtement, on traite nos soldats comme des Anglais.

Nous devons d'ailleurs rendre hommage au Ministère de la marine qui a fait à Saïgon de magnifiques casernes et construit au Tonkin des établissements sur le même plan 1 .

Tout, à Hong-Kong, porte au plaisir : les promenades, le jardin public situé à mi-côte de la montagne, le grand champ de courses circulaire

l. Le Parlement a compris la nécessité de l'établissement de casernes confortables en Indo-Chine et affecté sur le budget de 1889 plus de deux millions à cet usage. Un magnifique hôpital sera prochainement construit à Hanoï, sur les bords du Fleuve Rouge.

à côté du cimetière dans la Vallée heureuse {Happy Valley), le cimetière même, merveilleusement entretenu.

A Hong-Kong, les moyens de communication sont le cheval, la djinriska et la chaise à porteurs. Ce dernier mode de locomotion est fort agréable et convient parfaitement aux pays montagneux. Nous l' avons regretté plus d'une fois à Pékin où l'usage de la chaise est réservé aux mandarins, aux ministres et toléré pour les dames du corps diplomatique.

Jusqu'au sommet de Hong-Kong, l'Anglais criltivele lawn-tennis. C'est grâce à son goût pour les exercices du corps qu'il se maintient vigoureux et robuste sous toutes les latitudes.

A Saigon, une société de jeunes gens a cherché à introduire dans la colonie tous les jeux familiers aux Anglais. Nous souhaitons qu'elle réussisse. Il vaut mieux, en effet, passer ses moments de loisir en plein air que stationner de longues heures dans les cafés coloniaux ou se laisser aller à l'habitude, plus funeste encore, de fumer l'opium 1 .

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