‹ De Hanoï à Pékin: notes sur la ChineChapitre 47 sur 67 · A Saigon nous avons l'hôtel Ollivicr; à Haïphong, l'hôtel · texte numérisé non relu

A Saigon nous avons l'hôtel Ollivicr; à Haïphong, l'hôtel

Les relations entre Hong-Kong et Haïphong sont très fréquentes.

Les frères Roques, qui furent à la fin de 1890 capturés par les pirates chinois, avaient un service régulier entre Haïphong et Hong-Kong.

Les maisons Pila, Marty et d'Abadie ont, à leur consignation, un certain nombre de navires.

Enfin la Compagnie des Messageries maritimes dessert actuellement, par son annexe de Saigon, Haïphong et Hong-Kong tous les quinze jours '.

L'amiral Courbet, en occupant le groupe des îles Pescadores (29-31 mars 1885), formé de quatre îles situées dans le détroit de Formose, entre cette île et la province du Fo-kien, et peuplé de 180,000 habitants, avait surtout en vue de donner à la France sur les côtes de Chine une posi-

Gandaubert; à Hanoï, l'hôtel Alexandre. Si la nourriture y est plus appropriée à nos habitudes, le service et l'installation des chambres ne sauraient rivaliser avec les établissements de Ceylan, de Hong-Kong et de Shang-haï. En dehors de leurs hôtels principaux, les Anglais ont encore leurs clubs, où l'on peut se loger et se nourrir avec un grand confort et un bon marché relatif. Nous n'avons rien d'équivalent dans notre Indo-Chine.

1. Elle a organisé depuis peu un service direct et régulier entre Haïphong et Hong-Kong.

tion comparable à celle de l'Angleterre à Hong- Kong. Makong, dans la plus importante de ces îles, a un port de près de 900 hectares de superficie, d'un accès facile, à l'abri des moussons et d'une profondeur d'une dizaine de mètres. L'amiral s'était empressé d'y établir un poste de ravitaillement, et espérait bien que sa conquête nous resterait.

La traversée de Hong-Kong à Canton. — Les concessions européennes, — La ville chinoise.

Si Ton a quelques jours à passer à Hong-Kong, on va nécessairement à Canton, et c'est dans cette ville qu'on a plus que partout ailleurs l'impression la plus vive des Chinois.

De grandes facilités sont offertes au voyageur, au globe-trotteur (introduisons ce néologisme emprunté aux Anglais) qui désire visiter la ville de Canton. Ce port est en communication quotidienne (le dimanche excepté) avec Hong-Kong par de grands vapeurs, imitation des navires américains à étages qui sillonnent le Mississipi. Ces steamers quittent Hong-Kong deux fois par jour, à 8 heures du matin et à 6 heures du soir ; ils partent de Canton également deux fois par

jour, le matin et le soir, mais à des heures variables selon l'état de la marée, sans laquelle il n'est pas possible de descendre la rivière de Canton. Ils appartiennent à une compagnie locale dite Hong-Kong, Canton etMacao Steamship Company, et à la maison anglaise Butterfield et Swire (agents à Canton, MM. Russell et C ie ) *.

La traversée de jour s'effectue en 7 à 8 heures : on pourrait même la faire plus rapidement encore si Ton ne taisait pas des économies de charbon. Le voyage de nuit est plus long, parce qu'une heure après son départ de Hong-Kong, le navire jette l'ancre et ne repart qu'au milieu de la nuit, de façon à arriver à Canton vers les 6 heures du matin, au moment de l'ouverture de la douane chinoise. Il est préférable de faire la traversée pendant le jour : on peut ainsi se rendre compte de la route suivie, de la situation des faubourgs immenses et de la cité cantonnaise, ainsi que, à un point de vue exclusivement militaire, des

1. La compagnie chinoise dite China Mer chant s 1 Company a récemment mis sur celte ligne un de ses vapeurs, aûn de faire concurrence aux navires des « diables étrangers » ; les prix de passage ont été naturellement réduits pour attirer les passagers chinois.

défenses accumulées par les Chinois pour la défense du Tchou-kiang, rivière des Perles, sur les bords de laquelle s'étend la ville de Canton.

Le navire sur lequel nous avons pris passage, leHô-nam($vii harmonieux !), largue ses amarras à 8 heures du matin : le voici qui s'avance lentement au milieu de cette belle rade de Hong- Kong, encombrée de vapeurs de tous pays, de voiliers, de jonques. Devant nous se déroule le panorama le plus pittoresque que Ton puisse imaginer : nous avons sous les yeux la ville de Victoria avec ses blanches maisons étagées sur les flancs des hauteurs qui constituent l'île de Hong- Kong, couronnées par le pic Victoria dont le sommet est souvent caché par les nuages. Nous avons en face la presqu'île de Kao-loung, sentinelle avancée du continent chinois, dont une partie, propriété de l'Angleterre, est couverte de magnifiques docks.

Le Hô-nam se dirige peu à peu vers le nordouest et passe entre la longue île de Lan-taô et le continent chinois que nous continuerons toujours de voir à tribord. Bientôt nous passons par le travers de l'île historique de Lin-tin, aussi nue que

DB HAHOÏ A PÉKIN. 4

la précédente, et n'offrant aux regards que des rocs de granit, recouverts parfois de longues herbes sauvages : il ne s'y trouve aucune habitation. C'est à l'île de Lin-tin que mouillaient jadis, avant la guerre anglo-chinoise de 1840, les navires étrangers, presque tous anglais, qui apportaient l'opium en contrebande.

Le rivage du continent chinois a un aspect désert; peu de végétation, point de culture .".ici et là, à l'embouchure de quelque arroyo, des villages de pêcheurs ou de pirates (la piraterie heureusement n'est plus florissante comme il y a vingt ans, grâce à l'action énergique de la marine anglaise), tous à l'air misérable. Les falaises qui les surplombent ne présentent rien de particulier et ajoutent encore à la désolation de la nature sur ces bords peu hospitaliers.

Trois heures environ après avoir quitté Hong- Kong, nous arrivons à l'entrée de la rivière de Canton, véritable goulet que les Chinois appellent Hou-men, la bouche du tigre, nom conservé sur nos cartes sous la forme de Bocca tigris, dont les marins anglais ont fait Bogue. L'île et • la pointe de la terre ferme qui constituent le

Bogue sont garnies de batteries rasantes d'un bon aspect : l'éloignement ne nous permet pas de nous rendre compte de la valeur défensive de ces ouvrages, ni des pièces d'artillerie qui les garnissent.

L'île du Tigre, qui se trouve au-dessus, presque au milieu de la rivière, est également défendue par des batteries du même genre. Cette île granitique tire son nom de la ressemblance qu'elle a, disent les Chinois amateurs de ces sortes de désignations par à peu près, avec la tête d'un tigre.

Les rives de la rivière des Perles deviennent plus définies : ce sont des bandes plates de terre alluvienne, sur lesquelles s'étendent de vastes champs de riz et de canne à sucre, parsemés (Je quelques îlots de bambous. Des hauteurs se dressent à quelque distance, et sur l'un de leurs contreforts, près de la rivière, s'élève une pagode îi neuf étages, spécimen classique de l'architecture chinoise. Un peu au-dessus est une barre Hue les Chinois ont indiquée à l'aide d'une rangée de pieux enfoncés dans la rivière et entre lesquels il serait aisé, afin de rendre tout passage

impossible, de couler, à la première alerte, des jonques chargées de pierres ou de sable. Nous trouvons plus haut une autre barre à peu près semblable, avant l'île Danes, où est situé le village de Whampoa.

Tous les efforts de la défense semblent s'être portés sur l'île Danes et les hauteurs qui la constituent. Ces hauteurs sont une série de collines, dont la direction générale est d' abord perpendiculaire au lit de la rivière et s'infléchit ensuite vers l'ouest. Elles sont garnies d'ouvrages de fortification où Ton aperçoit des canons lisses Rodman de gros calibre (25 % environ) ; au pied de ces collines, les Chinois ont* installé un camp retranché, entouré de talus de terre recouverts de béton et blanchis à la chaux, précédé d'un fossé peu profond. Le camp renferme des baraquements et des magasins à toits de tuiles rouges qui peuvent s'apercevoir d' assez loin. On m'a assuré qu'il y avait aussi, ici et là, sur les hauteurs, des canons Krupp commandés pendant le conflit franco-chinois et mis récemment en position.

Auprès du village de Whampoa, qui n'offre rien

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d'intéressant et qui présente, comme toujours, des maisons basses et mal entretenues, des rues glissantes et tortueuses, où grouillent pêle-mêle enfants, porcs et poules, se trouvent les anciens docks de la Hong-Kong et Whampoa dock Company dont une partie est occupée par l'école navale du vice-roi. Deux officiers allemands, MM. Kractchrnayer et Tenkoff, aux gages du gouvernement chinois, y sont employés : le premier est chargé d'enseigner à des élèves chinois le maniement des torpilleurs et des torpilles, le second leur inculque tant bien que mal les principes de la tactique navale. Les torpilleurs sont au nombre de douze ; ils ont été construits par la compagnie Vulcain de Stettin, et sont munis chacun de qnatre torpilles Schwartzkopf et armés d'un canon Hotchkiss. On les aperçoit dans une anse artificielle de la rivière, fermée par une sorte d'écluse.

A côté de cette école, on voit le cimetière de.- Parsis et, non loin de là, le vice-consulat d'Angleterre, situé sur une petite colline qui domine le village, ses alentours, et la rade de Whampoa.

Depuis le conflit franco-chinois, les navires de

haute mer ne peuvent plus remonter à Canton même ; à cette époque, en effet, les autorités chinoises, craignant une attaque de notre flotte, firent fermer le passage sud de la rivière des Perles, — le seul par lequel il était possible à nos vaisseaux, vu leur tirant d'eau, de remonter jusqu'à Canton, — par une solide barrière de pieux. Ces bâtiments sont donc obligés de rester à Whampoa, d'y décharger leurs marchandises qui sont transportées à Canton sur des jonques ou allèges, et de prendre celles qui sont amenées par les mêmes moyens. Il va de soi que les navires de guerre sont à la même enseigne : les petites canonnières seules sont en état de passer par le bras septentrional, celui que suivent les steamers de Hong-Kong-Canton.

Le Hô-nam ralentit sa course devant Whampoa ; il s'arrête même quelques minutes, le temps de jeter dans des sampans accourus plusieurs passagers chinois, puis il reprend sa marche. Nous apercevons sur les rives deux nouvelles pagodes, un certain nombre de batteries échelonnées de distance en distance. Nous traversons deux autres barrières analogues à celle dont il est

question plus haut, puis, enfin, nous distinguons dans le lointain, dominant une forêt de mate, deux immenses clochers pointus : c'est la cathédrale catholique de Canton. Elle nous annonce que nous approchons du terme de notre voyage.

Avant d'atteindre les faubourgs, nous passons devant l'île Napier où l'on a construit un fort assez sérieux, situé à la pointe Est et présentant la forme d'un triangle isocèle. Il est en béton (pierre cassée, terre et chaux vive) et est armé de canons à âme lisse de 15 % environ, placés en barbette. Les embrasures sont fermées par des mantelets en tôle. Pour faire pendant à cet ouvrage, un fort carré en terre, à plates-formes en carapaces bétonnées, à canons disposés en barbette et cachés par des capots en toile, a été élevé sur la rive droite de la rivière. La rive gauche présente un ouvrage du même genre, de forme ronde, à six canons en barbette.

On voit que les Chinois n'ont rien négligé pour mettre la capitale du Kouang-toung à l'abri d'un coup de main. Mais, ce qu'il y a de mieux, c'est que toutes leurs défenses sont accumulées sur la rivière et que, par suite, du côté de la

terre, aucun ouvrage ne protège la ville. Ils se figurent sans doute que les « barbares étrangers » ne viendront jamais attaquer Canton que par la voie fluviale et n'auront pas l'idée, pourtant bien simple, de débarquer des troupes au nord du Bogue, en prenant ainsi la position à revers. L'événement pourrait, un jour, donner un démenti à cette sécurité.

Nous passons enfin devant les faubourgs de Canton, au milieu d'une flotte immense de jonques de toutes dimensions en charge ou en décharge. C'est merveille que de voir le Hô-nam évoluer savamment à travers les nombreuses embarcations, sampans ou jonques, qui sillonnent la rivière en tous sens et ne semblent pas pressées de céder le pas au vapeur étranger, malgré les coups de sifflet que celui-ci pousse incessamment. Il arrive quelquefois des accidents, des collisions; il n'est pas rare aussi que des patrons de jonques essaient de se faire couper en deux par le vapeur ou de s'attirer des avaries. Quand ils ont eu ce bonheur inespéré, ils courent vite au consulat d'Angleterre déposer une plainte, exagérer leurs pertes en pleurant toutes les larmes de leur corps,

et réclamer de gros dommages-intérêts qui leur permettront d'acheter une jonque neuve et de faire fête et bombance pendant quinze jours.

Lorsque pareille occurrence se produit, les compagnies essaient bien de discuter, de rabattre les exigences des naufragés adroits ; mais, en fin de compte, elles paient toujours les dégâts plus qu'ils ne valent.

Devant la ville est à l'ancre la flotte viceroyale : une vingtaine de bâtiments de guerre, paraissant assez bien entretenus, construits à Canton , à Fou-tchéou (arsenal créé par M. Giquel, lieutenant de vaisseau de notre marine), à Hong-Kong ou en Angleterre. Ils jaugent de 60 à 500 tonneaux. Ils sont presque tous en bois, sauf le Hai-king-tsing , construit par Armstrong (220 tonneaux), qui est en acier. Le plus ancien date de 1867. Outre ces bâtiments, qui ont fort bon air pour une marine récente comme celle des Chinois, il y a là une flottille considérable de chaloupes à vapeur de toutes dimensions, destinées à naviguer dans les rivières de l'intérieur.

Ici, nous sommes en face de la cité, une mer de toits en tuiles grises s'étend devant nous,

coupée de temps à autre par de grosses tours carrées assez élevées, qui ne sont autre chose que des monts-de-piété, constructions en briques dont la solidité doit résister aux incendies, toujours fréquents à Canton, et aux attaques des voleurs. Près de la rivière, s'élève la cathédrale, bâtie dans T ancien y amen du vice-roi Yé (celui-là même qui, fait prisonnier par les Anglais en 1857, mourut quelque temps plus tard à Calcutta) ; ce yamen, splendide résidence, occupée d'abord par les troupes franco- anglaises maîtresses de la ville, resta notre lot et fut donné aux missions étrangères par le gouvernement français, en compensation des pertes que celles-ci avaient éprouvées et des anciens terrains qu'elles possédaient jadis dans la cité. La cathédrale a été élevée à l'aide de fonds distraits de notre indemnité de guerre et de la cassette particulière de l'impératrice Eugénie.

Derrière la cité, formant l'arrière -plan du tableau, s'élève une série de hauteurs: ce sont les montagnes des Nuages blancs (Po-yun-shan), ainsi appelées parce que leurs sommets sont souvent cachés par les nuages. Dans les interstices

de cette longue chaîne il existe plusieurs temples entourés d'arbres ; c'est, paraît-il, un lieu de promenade assez fréquenté par les résidents étrangers de Canton ; on y fait des parties de plaisir, des pique-niques, qui viennent rompre, de temps à autre, la monotonie de l'existence dans ce port où l'on est sevré de tous les plaisirs et des jouissances de la vie.

Encore quelques tours de roue, et le Hô-nani s'accoste au wharf ou ponton de la Compagnie Butterfield et Swire. C'est là que s'élevaient jadis les fameuses factoreries européennes où les étrangers étaient parqués pour commercer avec la corporation des Hanistes, qui avaient le monopole du commerce avec les « barbares ». La corporation des Hanistes fut abolie par le traité anglais de 1842; les factoreries subsistèrent jusqu'en 1856, mais furent pillées et brûlées, détruites de fond en comble, par la populace cantonnaise, toujours avide de pillage, au moment où les flottes alliées attaquaient les forts du Bogue. Leur emplacement est occupé aujourd'hui par une partie du faubourg chinois, et là où flottaient jadis les pavillons de la France, de l'Angle-

terre, des Etats-Unis d'Amérique, de la Suède, etc., on ne voit plus que des rues tortueuses, sales, bordées de boutiques et de maisons de briques enfumées, où se presse une foule compacte, affairée, qui ne s'ouvre que pour laisser passer des chaises à porteur ou des coolies pliant sous de lourds fardeaux.

Une sorte de marché en plein vent borde la rivière : étalages abrités du soleil par de larges parapluies de toile blanche, où Ton vend des fruits, des allumettes, de la ferraille, du bric-à-brac, du thé, du riz tout cuit, etc. Il y a là aussi quelques petits restaurants; les coolies du voisinage y viennent prendre, pour trois ou quatre sapèques, leurs modestes repas, consistant en un bol de riz, des herbes salées, un morceau de porc, une soupe graisseuse, etc.

A peine sommes-nous accostés, qu'un aimable Chinois se précipite à bord et yient à nous.

Il nous explique en pidgin-englisâ, baragouin étrange composé de mots anglais et portugais plus ou moins estropiés, qu'il est un des guides généralement choisis par les touristes pour visiter Canton-. Ce cicérone a reconnu de suite que nous

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étions Français. Il nous exhibe les témoignages de satisfaction qui lui ont été donnés par nos devanciers ; ce sont principalement des cartes de visite ; nous y voyons les noms d'officiers du Tonkin, d'officiers de marine française, etc., et nn mot au crayon attestant les services rendus par cet honorable industriel. Comme un guide est fort précieux quand on débarque sur une terre inconnue et surtout lorsqu'on veut parcourir une ville immense comme celle de Canton, où il est si aisé de se perdre, nous nous empressons d'engager le cicérone en question, qui répond au nom harmonieux d'Atchi !

Précédé d'Atchi (Dieu le bénisse!), nous débarquons, nous frayant difficilement passage à travers la cohue dont le steamer est entouré : passagers chinois qui se rendent à terre avec leurs bagages, coolies demi-nus courant en tous sens pour offrir leur aide intéressée, etc. Nous contournons le quai dallé de briques rouges et le guide nous montre, à notre gauche, l'îlot de Shameen qui sert de résidence aux Européens. Un pont défendu par une grille y donne accès.

I/histoire de cet îlot mérite d'être racontée en

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peu de mots. Lorsque les troupes franco-anglaises prirent et occupèrent Canton en 1857, les négociants européens, qui s'étaient retirés à Hong- Kong pouf attendre l'issue des événements, revinrent en foule pour reprendre leurs opérations. Les factoreries n'étaient plus qu'un vaste monceau de ruines. On ne pouvait songer à les relever instantanément; il fallait au surplus attendre que les autorités chinoises eussent versé les grosses indemnités qu'on leur réclamait pour le pillage et la destruction de ces établissements. On savait, d'autre part, quelescommissaires alliés allaient exiger la création d'une concession étrangère identique à celle qui existait à Shanghaï. Il était néanmoins nécessaire de s'installer à bref délai; la plupart des négociants louèrent alors des terrains situés le long de la rive droite du fleuve, vis-à-vis des anciennes factoreries, sur le flanc du faubourg de Hô-nam, d'où notre bâtiment a pris son nom ; ils y bâtirent rapidement des maisons et des magasins ou transformèrent à l'européenne les maisons indigènes qui s'y trouvaient déjà.

Peu après, des négociations s'ouvrirent entre

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les commissaires alliés et les autorités chinoises à F effet de déterminer nn emplacement convenable pour la résidence des étrangers ; les discussions furent longues, les avis partagés. Les uns proposaient la reconstruction des factoreries sur leur terrain primitif; les autres prétendaient qu'il importait de ne plus être ainsi en contact avec les Chinois et que, pour éviter le retour d'émeutes et de pillage, il fallait trouver un endroit isolé et à l'abri d'accidents de cette nature. Après maintes délibérations, il fut enfin décidé qu'on aménagerait de longs bancs de sable qui gisaient non loin des factoreries, sur la rive gauche et sur lesquels les Chinois avaient construit deux ou trois petits forts. On appelait ces bancs Sha-meen, surface de sable. Dans ce but. on commença par circonscrire les bancs en question par une solide muraille de grosses pierres granitiques, puis on remplit l'intérieur des débris des forts chinois, de terre rapportée, de sable et de boue. On forma ainsi une ile factice, de forme ovoïde, entourée d'un coté par la rivière des Perles, de l'autre, par un canal de cent pieds de large, destiné à la séparer du faubourg chinois.

Ces travaux durèrent environ deux ans ; ils coûtèrent, plus de trois cent mille piastres, somme qui fut payée au moyen de 14ndemnitéde guerre versée à la France et à l'Angleterre par le gouvernement chinois. L'île fut par suite partagée en deux parties : eu égard à l'importance de ses intérêts, l'Angleterre en eut les deux tiers, nous en reçûmes le tiers restant. Cependant les gouvernements français et anglais ne se déclarèrent pas propriétaires de ces deux concessions créées à leurs frais ; par des contrats officiels faits entre les consuls et le vice-roi, ils n'en furent reconnus que concessionnaires; il résulte de là que les terrains sont affermés à perpétuité à la France et à l'Angleterre.

Le gouvernement anglais, toujours pratique, chercha immédiatement le moyen de rentrer dans les fonds qu'il avait déboursés, et il le trouva. Il décida de mettre en vente, en adjudication publique et ouverte à toutes les nationalités, les terrains qui formaient sa part. Il avait d'abord eu la pensée de ne vendre qu'à des sujets anglais, mais il avait vite renoncé à cette idée trop exclusive ; elle aurait pu, en effet, écarter des acqué-

pas à opérer une vente aux enchères. Plus tard, le gouvernement essuya de revenir sur sa décision ; mais il était trop tard. Une tentative de rente eut lieu vers 1873 ; elle n'eut aucun succès, la mise à pris des lots étant la même que celle qui avait été adoptée douze ans auparavant parlée Anglais. La décroissance dus affaires, leur limitation à un petit nombre de produits d'exportation et d'importation ne permettaient plus de tirer parti, à des conditions aussi avantageuses, de notre territoire.

Notre concession est donc restée dans l'état où Elit il y a vingt-sept ans : c'est un vaste terrain eu friche, à l'aspect désolé, couvert de détritus de toutes sortes et d'immondices , où paissent des troupeaux de vaches et de buffles qui nous regardent passer l'œil voilé et morue. Il ny existe qu'une seule construction, à l'air minable et ebétif, où réside un Anglais possesseur d'une flottille de chaloupes à vapeur qu'il loue à des Chinois'. Malgré soi, un sentiment do tris-

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tasse rooa saisit (juand vous voyez la place que tient la France dans ce pays lointain, le peu qu'elle a fait pour maintenir sou ancienne influence, les édifices consulaires délabrés ou eu ruines où habitent ses représentants officiels, et quand vous comparez sa situation effacée avec celle de son alliée d'autrefois, de sa voisine et de sa rivale, l'Angleterre !

C'est sous l'empire de ces impressions que nous traversons, sous la conduite d'Atchi, ce qu'on appelle la concession française de Sbameen. On y débouche après avoir franchi le pont de l'est qui relie l'île au faubourg. Depuis l'émeute de

résidents de Canton et do Hong-Kong, notre sympathique consul, M. liuart, qui joint à. de nombreuses qualités colle d'être un habile administrateur, a réussi à trouver des acquéreurs pour les lais de 1b concession. Tous les terrains ont été vendus en ISS9 ù des négociants français et anglais. La concessions été appropriée rapidement, une organisation municipales été créée de loul.es pièi.-e.s, util; jioHc 1 française veille au maintien du bon ordre et de la sécurité, etc. Par une clause adroitement introduite par M. Huait dans les contrats d'affermage, les acquéreurs sont tenus de bâtir dans le délai de deux ans. Nous aurons bientôt, sous la protection du pavillon tricolore, un quartier qui l'era honneur à la France, et qui rivalisera avec celui qu'occupent les Anglais, ("est un nouveau succès à ["actif de notre agent, qui est considéré depuis longtemps, d'ailleurs, comme l'un des fonctionnaires les plus sérieux d:i service consulaire français.

1884, qui a eu pour origine uii accident fortuit (un coup de revolver tiré par un Anglais aviné et blessant un enfant) et pour résultat le pillage et l'incendie d'une dizaine de maisons de Shameen par une populace désordonnée, surexcitée par les événements qui se déroulaient alors au Tonkin, le vice-roi de Canton entretient sur les concessions une garde d'envirou deux cents soldats : ces prétendus guerriers résilient surtout sur notre terrain. Tls y ont élevé d'affreuses paillottes et leur chef, se croyant chez lui, a édifié un véritable l/anit-n avec les dépendances classiques et traditionnelles des constructions de ce genre. Voisinage peu agréable pour la vue et l'odorat des résidents étrangers, et, peut-être, de minime utilité, car cette force militaire paraît être plutôt morale qu'effective, et, en cas de troubles, il ne serait pas surprenant de voir ces tigres de guerre se joindre aux émeutiers et aux pillards, comme cela a eu lieu récemment lors de l'échauffourée de Tchin-kiung.

L'île de Shameen, que nous fait parcourir Atclii, a environ un kilomètre de long sur trois cents mètres de large ; elle est coupée au centre

par une belle allée de banyans dont le feuillage touffu repose la vue, tempère les rayons tropicaux du soleil, et fournit en abondance de l'oxygène aux poitrines oppressées des étrangers. Il est vrai qu'en outre il doit attirer et nourrir les moustiques ; mais ceux-ci ne viendraient-ils pas néanmoins, sans eux, torturer le a barbare » assez imprudent ou assez courageux pour venir habiter Shameen?

Il faut, en effet, être armé d'un courage et d'une patience à toute épreuve pour résider dans ce port : les concessions forment une espèce de prison ; le quai ou bund, unique promenade, en est le préau. Peu ou point de distractions, quelques excursions ou pique-niques en chaloupe à vapeur dans les arroyos des alentours, des dîners ou réunions dans lesquelles on rencontre toujours les mêmes personnes et où se débitent les mêmes plaisanteries, voilà la vie monotone qu'on mène à Shameen ; la seule perspective est un voyage à Hong-Kong et à Macao, que d'aucuns effectuent sous prétexte d'affaires, d'autres pour changer d'air! Il y a des négociants qui vivent ainsi pendant des vingtaines d'années! Mais ils vont de

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temps à autre en Europe, direz- vous. Si peu souvent, peut-être uue l'ois tous les cinq ou six ans ! Tous les soirs, quand il fait beau, la colonie se retrouve sur le quai macadamisé qu'elle arpente pendant une heure ou deux.

Le jeu de lawH-tennis est un des rares amusements de l'endroit : leB Anglais ne pourraient pas se passer de cet exercice violent, ils ont entraîné à leur suite les Allemands et plusieurs autres amateurs 1 .

Le quai est ombragé, comme l'allée centrale, de beaux banyans : c'est là que l'on trouve le iawn-tennia club 6t\e jardin public, jardin où personne ne va et qui semble réservé aux enfants et aux amahs ou nourrices. Le long du quai, derrière ces jardins, se trouvent une splendîde rangée de maisons d'habitation appartenant àMM. Sckelan et C"', Brokelmann, Arnold Karberg, Jardine Matheson, et les divers consulats, anglais, amédanois, allemand ; quant au consulat de France, il n'est pas là où il devrait être : il est installé dans l'allée centrale, et notre représen-

, pratiquent aussi l

tant occupe une petite maison d'aspect assez misérable.

Nous sortons do la concession par un autre pont jeté sur la partie nord du canal : il ne manquerait plus qu'un pont-levis, pensions-nous en le franchissant, et l'on aurait l'image d'une prison d'État! Il s'agit maintenant pour nous de faire quelques promenades dans la ville de Canton si souvent visitée et décrite. Nous ne reprendrons pas les descriptions déjà faites dans tant d'ouvrages relatifs à la Chine et dans lesquels les touristes ont peint ce qu'ils ont vu, quelquefois ce qu'ils ont cru voir, nous ne citerons que les principales choses à visiter pour celui qui, comme nous, n'a que peu de temps à consacrer à cette opération.

D'abord j le Temple des cinq cents génies, édifice très ordinaire qui renferme cinq cents statues de bois doré représentant les cinq cents lokan ou saints bouddhistes. Il est situé dans le faubourg de l'ouest. Avec une gravité imperturbable, Atchi nous conduit devant une des statues et nous dit: n: Voici Marco-Polo. » La présence de l'image de l'illustre voyageur vénitien dans ce

cénacle bouddhique nous surprend quelque peu : la statue censée figurer Marco-Polo est coiffée d'un chapeau mou, et les traits du personnage ont plutôt l'air européen que chinois. Mais de là à affirmer que c'est bien la « pourctraiture » de Marco, il y a loin : il faut toujours se défier des assertions des cicérone. Le nôtre ne saurait faire exception à la règle générale.

Au sortir de ce temple, nous remontons en chaise à porteurs (excellente idée d'Atchi : d'abord on va plus vite qu'à pied; ensuite, on n'est pas bousculé par la foule des allants et venants), nous circulons dans des nies étroites et sinueuses, véritable labyrinthe où l'on pourrait se perdre mille fois sans le fil d'Ariane, c'est-à-dire sans notre guide; puis nos porteurs nous font passer sous une porte cintrée gardée par deux ou trois soldats : nous entrons dans la cité. Deux minutes Sprèfl, nous tournons à gauche et nous mettons pied à terre devant une porte de bambou qui donne accès à un chemin de ronde conduisant aux murailles de la ville.

Du haut de ces murailles, crénelées à la façon du moyen âge, on plonge le regard, d'un côté, à

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gauche en allant vers le nord, dans le faubourg de l'ouest, que nous venons de traverser, de l'autre, adroite, dans la ville même, qui est partagée en deux portions distinctes, séparées par une épaisse muraille également crénelée : la ville chinoise ou vieille ville, la ville tartare ou ville neuve. La ville chinoise est la plus au sud : elle n'est séparée de la rivière que par un faubourg étroit, c'est la partie la plus commerçante , la plus industrielle. La ville tartare, au nord de la précédente, est pour ainsi dire la ville officielle : on y voit les y amen du vice-roi de Canton, du gouverneur, du maréchal tartare, du trésorier et du juge de la province, etc. Elle est la résidence des troupes tartares, qui ne vivent pas dans des casernes. Chaque soldat demeure chez lui, entouré do sa femme, de ses enfants, etc., comme un bon et brave bourgeois.

Cette colonie militaire comprend environ vingt mille âmes, hommes, femmes, enfants; cinq mille hommes touchent la paye modique de soldat et sont considérés comme en état de porter les armes. Comme cette paye ne peut leur permettre de vivre et de soutenir leur famille sou-

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t nombreuse, les guerriers tartares se livrent :i diverses industries plus ou moins lucratives, telles que la confection de feuilles de carton pour boîtes, la fabrication de jouets d'enfants, la culture de plantes maraîchères, etc. En longeant les murailles, nous foulons aux pieds des feuilles de carton séchant au soleil: c'est le travail des Tartares chargés de la garde des postes échelonnés de distance en distauce. Quelques-uns de ces vaillants défenseurs de la patrie s'exercent dans certains endroits à tirer de l'arc, bien que leur arme officielle, si l'on peut s'exprimer ainsi, soit aujourd'hui le fusil à piston.

Lee spécimens de l'artillerie chinoise qu'on i re sur les murailles n'ont rien de formidable : ici et là, une vieille pièce, ■• antique et solennelle », fort ronillée, affalée sur un affût vermoulu et branlant, et qui éclaterait certainement au bout de quelques coups. Comme il a été dit plus haut, les Chinois ont réservé leur artillerie moderne pour la défense de la rivière. On nous a affirmé que, même pendant le conflit franco -chinois, à l'heure où les autorités de Canton s'attendaient à tout moment à une attaque

DE IIAKOÏ A PEKIN.

de notre flotte, il u'y avait pas un canon de plus sur les murs.

La promenade sur la muraille nous conduit h.

la Grande pagode rouge, dite pagode à cinq étages, qui s'élève au nord de la ville, sur cette fortification même et d'où l'on a une vue splendide sur toute la ville de Canton et ses environs. C'est par une brèche pratiquée tout prés de cette pagode, que les troupes franco -an glaises montèrent à l'assaut en 1857. Lorsque la hauteur sur laquelle elle est située fut garnie de quelques canons, on se trouva maître de la ville. L'endroit est toujours indiqué pour procéder à un bombardement en règle.

En descendant de la colline, nous côtoyons, à peu de distance, le « palais d'été » du vice-roi : il ne parait pas bien considérable et semble consister en un jardin étendu sur le coteau d'une petite colline renfermant plusieurs pavillons de plaisance. Nous rentrons dans le dédale des rues, passons devant le yamen du vice-roi, la plus haute autorité de la province ; le guide nous conduit aux yamen français et anglais.

Autre souvenir historique qu'il importe de re-

CAXTOX. 11

lever : lorsque les alliés prirent Canton en 1857, plusieurs détachements français furent casernes dans ta yaineti ou palais (si l'on peut appeler de ce nom les résidences officielles chinoises) occupé par la trésorerie de la province de Canton ; le génie aménagea tant soi peu les bâtiment! et entoura le parc de quelques travaux de défense. Trois ans plus tard, au moment de la signature de la pais, il fut décidé que les consuls français et anglais résideraient dorénavant dans la cité même, et le vice-roi, qui ne pouvait rien refuser, et pour cause, concéda à la France la partie est du yamen, où se trouvaient les appartements privés du trésorier, pour servir de résidence officielle à notre agent: C'est là qu'a habité le consul dé France pendant vingt-cinq ans, isolé de tous, sans communications, nue fois la nuit venue (les portes de ia cité sont fermées à la chute du jour), avec les résidents de Shameen. L'un d'eus, le barou de Trenqualye, y est devenu fou après un séjour de neuf ou dis ans. Il y a vraiment de quoi. Ajoutez à cela que le terrain y est eu contre-bas, par suite très humide pendant huit mois au moins, un nid à fièvres, à malaria; que les

construction j, moitié chinoises en sont peu eonfbi .., et que les nombreux arbres qui les en jurent arrêtent toute brise réconfortante.

Mais il faut dire que le site est pittoresque : l'entrée surtout est grandiose, magistrale. Au sortir d'une petite rue infecte et populeuse, ou arrive devant un grand portail composé, comme dans tous les yamen, de trois portes : l'entrée d'honneur, au centre, flanquée à droite et à gauche d'une petite porte. Les panneaux de la porte centrale sont ornés de deux immenses figures peintes représentant deux illustres personnages de l'antiquité chinoise, canonisés dans la suite des temps et devenus les génies des portes, faisant sentinelle pour protéger les habitante du yamen. Cette porte franchie, on voit se dérouler devant soi une magnifique allée; les arbres qui la forment sont fort élevés et joignent leur feuillage en arcade à une grande hauteur. Aspect très pittoresque : les rayons du soleil, pénétrant par de rares interstices des feuilles, viennent se jouer en quelque façon avec le chemin dallé du milieu. A l'extrémité, le vestibule de l'ancien

CÀSTOST. 81

BOÏBj dont ils ne comprennent pas un traître mot. et qui ont une analogie frappante avec notre plain-cbant. L'évêquc bonze porte une mitre et s'appuie sur une crosse.

Nous terminerons ce court récit par quelques renseignements sur le commerce actuel de Canton , que nous empruntons à un travail extrêmement intéressant adressé par notre consul, M. Quart, aux affaires étrangères et qui a été publié dans le Bulletin consulaire '.

En 188", le commerce général duport de Canton s'est élevé à la somme de 232,623,648 fr., soit 1 12,822,920 fr. 63 c. pour les importations Bf 119,800,721 fr. 40 c. pour les exportations. Los principaux articles d'importation sont l'opium, les tissus de coton et de laine, les métaux, le riz, le pétrole, etc. Les marchandises d'expor-

I XVI- volume, année 1888, 6" fascicule, décembre : Chine. Comment et navigation de Canton en 1887, pur M. Iïuart. consul île France à Canton. Ce recueil renferme des i-a[>iiûii.uciifi que nos négociants feraient ires bien de méditer. Ceux qui sont dus à M. Huart sont marqués au coin d'un bon sens pratique, nourris de renseignements, et dénotent de la ptrt de leur auteur une connaissance approfondie du pays ■ i. . Nous le remercions d'avoir bien voulu nous auln- : .produire.

tation sont très nombreuses ; voici les principales : les soies et étoffes de soie, la cannelle, les éventails, les pétards, l'indigo, les nattes, les sucres, les thés, etc.

Les soies sont presque toutus pour le marche de Lyon. Malgré l'importance de ces expéditions, il n'y a qu'une seule maison française établie à Canton. Les négociants français s'adressent généralement à des commissionnaires anglais et surtout allemands. Et cependant la France reçoit les deux tiers de la production totale des soies de Canton l II y aurait place pour cinq ou six maisons françaises sérieuses. Mais voilà, les Français émigreirt difficilement, ils n'aiment aller au loin pour commercer, ils préfèrent ai dre que les cailles leur arrivent toutes rôties, si elles ne sont pas mangées sur place par des rivaux plus actifs et plus entreprenants! Il faut avouer aussi que la perspective de passer cinq ou six ans dans un port comme Canton n'a rien d'attrayant pour un Français qui se trouve alors exilé, sans théâtres, sans cafés, sans amis, et sans l'élément féminin.

« La situation géographique de Canton et la

i, les

tten-

du gouvernement chinois, dit M. ïluart, ont fait de cette ville pendant longtemps l'entrepôt d'un immense commerce, tant intérieur qu'étranger. 11 fut un temps où presque tout le oommerce de la Chine avec les étrangers était centralisé à Canton. Les provinces y envoyaient toutes leurs productions et des navires étrangers y importaient des denrées de tous les pays. On y trouvait des soies du Kouang-toung, du Tchékiang, du Kiang-sou, du riz du Kouang-toung, du Kouang-si, des thés du Kouang-toung, du l'ou-kion, du Tché-kien, du Kiang-sou, duYunuan, du Hoti-pë ; de la rhubarbe du Chantoupg, du Tehé-li, du Saen-tch'ouen, du Koueï-tcliéou, du Bou-nan et du Hou-pé ; du musc du Yunnnn, du Ho-uan, du Sseu-tch'ouen, du Hou-nan et du Hou-pé ; des métaux (cuivre, étain, plomb, fer, or, vif-argent) du Yunnan, du Kouaug-si, du Koueï-tcliéou, etc.

« En échange, les étrangers apportaient des bois (ébône, sandal, safran), descornes (de bœuf, de buffle, de rhinocéros), du coton (en laine et filé), de l'horlogerie (montres, pendules), de la coutellerie et quincaillerie, de la parfumerie, des

84 DE IIAVnl A PEKIN.

dents d'éléphant (entières ou brisées), des métaux, des peaux (de bœuf, de loutre, de renard, de castor, de lièvre, de lapin, etc.), du savon, de l'opium, des tissus de coton (batiste, mousseline, fuùllfd liolh, blanc et écru), cltintzc (toile perse) et indiennes, mouchoirs, cotonnades teintes, velours, draps, des tissus de laine (spanish stripes, broad clvt/t, camelot hollandais et anglais, couvertures, rlanelles), des toiles (fine et grosse de lin et de chanvre}, des verres et cristaux, des vins, bières et liqueurs, etc.

<r Tout ce commerce d'exportation et d'importation se taisait en vertu d'un privilège exclusif accordé par l'empereur de Chine, par l'entremise obligatoire d'une corporation de douze gros négociants chinois, qui étaient connus sous le nom de marchands hong ou hanistes ' ; les étrangers ne pouvaient traiter directement avec les Chinois de l'achat ou de la vente des marchandises d'exportation et d'importation. C'est ainsi que les Portugais, arrivés eu Chine eu 1504,

t. Ces marchands répondaient au IIo-po ou cher de la douane chinoise de tous les individus arrivés en Chine et considérés comme des barbares.

.spaguols venus quelques années plus tard, tes Français (1520), les Hollandais (1601), les Anglais (1635), les Suédois et les Danois (1732) et les Américains (1784), conduisirent pendant longtemps leurs opérations commerciales dans la Chine. Ces diverses nations louaient daus le faubourg de Gaston, au bord de la rivière des Perles, des factoreries ou entrepôts; il y avait la factorerie hollandaise, la factorerie française, 1» factorerie anglaise, etc. ; des compagnies dites deB Indes Orientales furent créées en Europe pour diriger les entreprises commerciales sur la Chine.

<r La première compagnie française, appelée Compagnie de Chine, date de I(j(i0; quatre ans plus tard elle fut réunie à la Compagnie des Indes; deux autres sociétés, établies en 1697 et en 1713, ne réussirent point, et en 17 lî) les compa- Oooident, des Indes et de Chine se réunirent sous le nom de Compagnie des Inde*.

i A l'origine, cette compagnie n'eut pas de factorerie à Canton ; elle faisait des expéditions annuelles et ne gardait pas de pied-à-terre en Chine. l'ar la suite elle institua à poste fixe un « conseil

de direction » chargé de la gestion des affaires. En 1770, ce conseil se composait de trois membres. Six ans plus tard il fut créé un consulat français à Canton <c à l'instar, dit l'ordonnance royale, des consuls de la nation française résidant auprès des princes de la Barbarie » ; le chef du conseil, M. Thimothée, fut choisi comme consul, et un des membres, M. Clouet, comme chancelier (3 février 1776). Ces deux personnes n'ayant pas accepté ces fonctions, M. Vauquelin, qui avait été pendant vingt-quatre ans attaché au service de la Compagnie des Indes en qualité de subrécargue, fut nommé consul, et M. Vieillard, membre du conseil de direction, désigné comme chancelier.

ce L'Angleterre, de son côté, avait accordé à sa compagnie des Indes, dite London Company, le privilège du commerce avec la Chine. Le roi Guillaume III autorisa une compagnie rivale à s'installer sous le titre de East India Company (1678), et les directeurs (présidents) obtinrent des commissions de consuls. M. Catchpole fut le premier consul anglais en Chine (1699). Dès lors, les chefs de factoreries conservèrent les attri-

butions dévolues aux consuls du Levant par l'ordonnance de Charles II (1662). Le privilège de la Compagnie des Indes ayant pris fin en 1834, la porte de la Chine fut ouverte àla libre concurrence, et des maisons de commerce, agissant chacune de leur côté à leurs risques et périls, s'établirent à Canton ; les deux plus puissantes forent Jardine Mntheson et C" et Dent et C" ; elles eurent à lutter dès le début contre une forte maison américaine, celle des Hussel. Les opérations de ces maisons, qui portaient spécialement sur les thés, les soies, les cotons et l'opium, étaient colossales; déjà riches par elles-mêmes, et opérant sur des masses de capitaux considérables appartenant à d'anciens marchands hongs chinois et à des capitalistes parais, elles tinrent longtemps les rênes do commerce étranger en Chine et tirèrent des prolits énormes du monopole des Hanistes, dont elles avaient acquis toute la confiante. a La guerre de l'opium et le traité que l'Anirlcterre conclut avec la Chine pour y mettre fin supprimèrent le privilège des Planistes et portèrent le premier coup à la prépondérance commerciale de Canton en ouvrant ce port, on même

. que Shang-haï, Ning-po , Amoy et Fou-

tchéou, ati commerce étranger. L'étf d'une colonie anglaise à Hong-Kong et l'ouverture de nouveaux ports par les traités subséquents achevèrent de miner le commerce de Canton : les produits de l'intérieur, au lieu de se centraliser dans le Kouang-tonog, se divisèrent entre les nouveaux ports ouverts, plus rapproches des lieux de production, et les denrées étrangères pénétrèrent dans l'intérieur, au détriment de la cité cantonnaise, par ces nouvelles voies commerciales. C'est ainsi que les soies et les thés, principaux articles d'exportation, qui arrivaient autrefois de toutes les autres provinces pour être expédiés de Canton sur les marchés étrangers, sont aujourd'hui exportés directement de Shanghaï, de Fou-tcltéou et de Han-kéou.

« Canton n'est plus, comme il y a un siècle, un contre de distribution générale, mais seulement un centre de distribution pour quelques districts. Par suite, il n'y existe plus de grandes maisons premières, ainsi que les appelaient les Anglais, accaparant tout le commerce d'importation et d'exportation, mais il s'y trouve un certain

nombre de maisons rivales dont les opérations limitées se bornent à un commerce de détail.

« On ne voit plus de grands spéculateurs détenir des stocks considérables de marchandises et faire varier les cours des marchés en envoyant ces produits en Europe ; on n'y fait plus des fortunes colossales, on y vit, pour ainsi dire, au jour le jour.

« D'autre part, la cession de Hong-Kong à l'Angleterre et l'extension rapide qu'a prise cette colonie (jadis un rocher nu et aride, maintenant l'une des plus belles villes de l'Extrême-Orient) ont modifié d'une façon presque radicale les conditions du commerce d'importation. Malgré les efforts des négociants, les marchandises étrangères se centralisent dans cette ville et les marchands indigènes, en raison du peu de distance qui sépare Hong-Kong de la capitale des deux Kouang, ont pris l'habitude d'aller eux-mêmes faire avec avantage sur ce grand marché , sans passer par l'intermédiaire des négociants de Canton, leurs approvisionnements de denrées européennes.

« Les marchandises étrangères arrivent à Hong-Kong de toutes les parties du monde et sont débarquées dans d'immenses godowns ou magasins, où elles attendent qu'elles soient vendues : bien que des échantillons soient envoyés» Canton et dans d'autres ports du littoral, la livraison doit être faite à Hong-Kong même. La position géographique de l'île et les communications qu'elle a par vapeurs avec tous les ports de Chine sans exception permettent au commerce d'importation de rayonner en quelque sorte sans se déplacer. De plus, et ceci est un point important à noter, Hong-Kong est un port franc, et offre ainsi des facilités de toutes natures aux négociants européens et indigènes.

ce Le commerce de détail qui se fait à Canton est entre les mains des maisons anglaises, américaines et allemandes, succursales pour la plupart de maisons mères établies à Hong-Kong.

«Je ne crois pas qu'il soit néanmoins impossible au commerce français de suivre la même voie que ses concurrents et de soutenir ici la réputation de nos articles ; mais il ne faut pas que nos négociants restent inactifs, qu'ils manquent

de courage ou d'ambition ; il est nécessaire qu'ils prennent l'initiative ; qu'ils se donnent la peine de venir eux-mêmes examiner de très près les conditions actuelles du commerce de Chine, d'étudier soigneusement le champ d'action, de voir enfin quels seraient les nouveaux articles qui pourraient être introduite. L'exportation ne se fait pas toute seule, ni même par l'appui d'un gouvernement, ainsi que le pensent beaucoup de nos commerçants ; elle ne se fait pas non plus par correspondance. Si les négociants ne veulent pas s'expatrier, qu'ils envoient au moins des voyageurs sérieux à leur place : c'est le meilleur moyen de relever notre commerce en Chine.

« Ce que je viens de dire pour le commerce d'importation s'applique également à celui d'exportation, quoique celui-ci soit moins nul que le précédent, grâce à la présence ici du représentant de la maison Cozon et Giraud, qui fait de grands achats de soie pour le marché de Lyon.

c La chambre de commerce de Lyon connaît cependant suffisamment le marché de Canton pour savoir tout le profit que notre industrie

92 DE HANOÏ A l'ÉKIX.

[jouirait eu retirer. Plusieurs négociants de Lyon sont venus eux-mêmes autrefois en Chine. 11 me semble qu'il serait facile de constituer une sorte de syndicat dont les représentants viendraient s'installer a Canton même. Un syndicat des soies aurait à Canton, dans cette spécialité, les mêmes succès que le syndicat placé sous la direction du Comptoir d'escompte a eus et a encore a Tien-tsin.

« Après avoir examiné rapidement l'état iu commerce de Canton dans le passé et dansleprésent, il nous faut l'envisager clans l'avenir.

« Les négociants étrangers, jaloux des avantages commerciaux qui nous ont été récemment concédés par la Chine, notamment par la convention conclue le 26 juin 1886, cherchent à les contre-balancer à leur profit dans le sud de la Chine. L'ouverture de Long-tcliéou, dans la province du Kouang-si, au commerce franco-annamite, portera un coup sérieux au port de Canton. Les produits français et étrangers pourront en effet pénétrer plus facilement dans cette province par la rivière Song-ki-kong qu'en remontant les cours d'eau qui vont se jeter dans le Si-kiang

CASTON. 93

on fleuve de F Ouest, et il est à présumer que les envois de casse ou de cannelle, principal produit du Kouang-si, seront faits dorénavant par le Song-ki-kong et par le Tonkin, afin d'éviter les droits de li-kin considérables imposés par le gouvernement vice -royal des deux Eouang. La chambre de commerce de Hong-Kong insiste donc pour que les villes de You-tchéou-fou et de Nan-ning-fou, situées sur le Si-kiang ou fleuve de l'Ouest, dans le Kouang-si, soient ouvertes le plus tôt possible au commerce étranger, avant que le courant commercial se soit dirigé vers Long-tchéou et sur le Tonkin ! .

c Vou-tchéou-fou est située dans la province du Kouang-si, à peu de distance de la frontière du Kouang-toung, sur le Si-kiang ou fleuve de l'Ouest, au centre même d'un cercle imaginaire qui passe par Canton, Hong-Kong, Koueï-lingfou (capitale du Kouang-Si), Nan-ning-fou et Pakhoi, et est mise en communication directe avec l'intérieur de la Chine par plusieurs cours

1. On voit par ces considérations combien nous devrions nous hâter d'achever le chemin de fer de Langson. A. H.

d'eau tributaires du Si-kiang, et avec Hong- Kong par le Si-kiang même, qui se jette dans la mer à côté de Macao. Cette ville est appelée, si elle est ouverte au commerce, à devenir l'entrepôt de tout le sud-ouest de la Chine et à prendre sous ce rapport la place de Canton.

« Le cours du Si-kiang a été parcouru par plusieurs Européens : le lieutenant Bullock, officier de la marine anglaise, en 1859; M. Mayers, vice-consul d'Angleterre à Canton, en 1862; M. Michael Moss, délégué de la chambre de commerce de Hong-Kong, en 1870; MM. Colquhoun etWahab, en 1884; M. H. Schrœder, employé d'une maison allemande de Canton, en 1886; M. Stewart, ancien commandant d'une des canonnières du vice-roi de Canton, en 1887. On sait, d'après leurs observations, qu'il est navigable jusqu'à Vou-tchéou-fou pendant toute l'année pour des vapeurs calant 12 pieds anglais (3 m ,65), et que, pendant la saison des pluies (de février à septembre), des vapeurs de tirant plus élevé pourraient même le remonter. Cette route fluviale est aujourd'hui parcourue par des jonques transportant du riz, de l'indigo, de l'huile d'ara-

Canton. 95

■lii'lft, défi bestiaux, des fruits, (lu poisson de ner salé et des étoiles, de Canton et de Fatshan Mit de la rivière des l'crles dans le Sitiang au moyen de plusieurs petites rivières (ui unissent ces deux grands cours d'eau. Une chinoise possède treize énormes

■'Hnpagnie

onques faisant un service régulier entre Vouchéou, Fatshan et Canton et réciproquement, ta commerce par jonques aurait pris un très ;rand essor si les bureaux du li-kin installés le Mjg du Si-kiang ne l'avaient entravé par leurs ^actions. Si Vou-tchéou-fou était ouvert et mis ur le même pied que les autres TrcnUj - Paris

i traité); et si, par suite, les vapeurs traugers avaient la faculté de remonter le Siîang, toutes les marchandises éviteraient les otarda, les délais et les taxes du li-kin, et "«liraient plus qu'à acquitter les droits de ouane entre les mains des employés européens h service des douanes maritimes, conformément ux tarifs actuellement eu vigueur. Le commerce

ans ces conditions, singulièrement faci- '■ et prendrait alors une grande extension. Ou •t, en moyenne, aujourd'hui une vingtaine de

96 m Hanoï a vixas.

jours pour aller de Hong-kong à, WiiL-tchéi.

ton fii passant par Canton et Fatsbair, il s possible de faire le même trajet en trois joi par vapeurs, en passant par la voie directe du S kiang. En présence de tous ces avantages, ou s'explique aisément l'insistance dos négociants étrangers en général, et de ceux établis à Hongkong en particulier.

s Nan-ning-fou ne présente pas des conditions aussi favorables que Vou-tchéou-fon : également située sur le Si-kiang, qui, à partir de Ping nan -chien, non loin de Vou-tchéou-fon, coule du nord-est au sud-ouest, au lieu de continuer sa course dans la direction de l'ouest, mais aussi éloignée do Vou-tchéou-fou que cette dernière ville l'est de Hong-Kong, cette cité n'a pu être encore visitée en détail par les Européens. Cens qui sont arrivés jusqu'à ses portes ont rencontré une telle hostilité chez les habitants, qu'ils n'ont pas osé passer outre, ni enfreindre les ordres des autorités locales, opposées à leur débarquement, pour se rendre un compte exact des produits qui y sont entreposés et étudier en connaissance de cause le marché qui pourrait y exister. D'ailleurs

GANTO». 97

la navigation du Si-kiang est très difficile audessus du Ping-nan-chien : on a à lutter à la t'ois contre un courant très violent, le peu de profondeur de l'eau et des rapides dangereux. Pus steum-launches ou chaloupes à vapeur seraient seules capables de remonter jusqu'à Nan-ning- « été, toutefois, des vapeurs d'un assez Tort tirant d'eau pourraient, à cause de la crue annuelle des eaux, entreprendre le voyage sans trop de peine, mais à la condition que cette partie du Si-kiang eut été étudiée avec soin, et qu'une lionne carte, indiquant minutieusement les récifs et les rapides, les chenaux et les passes, BO eût été faite. On voit, par ce qui précède, que Nan-ning-fou se trouve occuper sur le Si-kiang une situation à peu près analogue à celle de Tchong-king (Sseu-tcli'ouan) sur le Yang-tsékîang.

« 11 est hors de doute pour moi, dit M. Iluart, que le gouvernement chinois cédera tôt ou tard ii la pression des puissances étrangères interes- I ijue le Si-kiang aura dans un avenir peu éloigné, comme le Yang-tsé-kiang, des ports ouverts, auxquels les vapeurs étrangers venant

directement de Hong-Kong auront accès. Le premier port ouvert sera nécessairement Voutchéou-fou. Quant à Nan-ning-fou, il se peut que le Cabinet de Pékin, eu égard au mauvais esprit dont la population est animée envers les étrangers, ne veuille pas consentir à l'ouvrir de sitôt au commerce étranger. Ce ne serait toutefois que partie remise et qu'une affaire de temps, car l'intérêt des négociants étrangers est le même dans cette question que celui des commerçants indigènes et du Trésor impérial ; le gouvernement central est assez intelligent pour le comprendre et pour donner satisfaction aux demandes incassantes des représentants étrangers, surtout s'il voit que la population accueille plus favorablemant les Européens, et (jue, par suite, sa propre responsabilité ne se trouve pas engagée.

« Le jour où le Si-kiang sera ouvert, le commerce de Canton diminuera encore : les vapeurs ne passeront plus par cette ville, ils iront directement de Hong-Kong à Vou-tchéou-fou et transporteront les produits étrangers plus près des lieux de consommation. D'autre part, les produits

indigènes, au lieu de parcourir en jonques le Sikiang et la rivière des Perles, seront embarqués dans le nouveau port à bord des navires étrangers, qui les dirigeront immédiatement, sans transbordement, sur Hong-Kong. 11 ne restera plus à Canton qu'un petit commerce d'importation de détail, localisé aux besoins peu étendus des quelques districts qui l'entourent, et le commerce d'exportation sera réduit aux soies et aux thés. Canton, jadis le port le plus commerçant et le plus florissant de l'Empire chinois, sera relégué parmi les entrepôts de troisième ou de quatrième ordre. »

Dans une fort intéressante brochure, Les Grandes Voies commerciales du Tonkin, le capitaine Devrez, de l'état- major des troupes de T Indo-Chine, dit au sujet des différentes voies de la province de Canton par lesquelles on peut arriver au Yunnan :

«t On peut gagner le Yunnan par la rivière de Canton de deux manières, soit en remontant directement de Canton, soit en partant de Packhoï pour aboutir par voie de terre à Nanning-fou.

« 1° Voie directe.

« De Canton à Wucheou 1 , la rivière peut être remontée par des bateaux à vapeur de faible tirant d'eau. Le trajet, long de 300 kilomètres, demande deux à trois jours.

A partir de Wucheou commence la navigation par jonques.

« Le voyage de Wucheou àNanning-fou s'effectue en bateaux ne tirant pas plus de m ,70, et dure 17 jours. De Nanning-fou à Paï-see, il faut 12 à 20 jours, suivant la direction du vent.

« Vient alors le portage à dos de coolies ou d'animaux de bât. Il faut encore 23 jours de ce mode de transport pour arriver à Yunnan-fou, ainsi répartis : de Paï-see à Quang-Nam-fou,

1 1 jours ; de Quang-Nam-fou à Yunnan-fou,

12 jours; c'est donc un total minimum de 65 à 70 jours de Canton à Yunnan-fou.

« Paï-see est l'entrepôt général de cette route commerciale. Il y transite tous les ans une valeur de 9 à 10 millions d'opium qui sert de monnaie d'échange, car c'est avec l'opium qu'on paie les

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