‹ De Hanoï à Pékin: notes sur la ChineChapitre 50 sur 67 · Canton avait eu depuis les temps reculés des rapports · texte numérisé non relu

Canton avait eu depuis les temps reculés des rapports

avec l'inde et les Arabes

lOfî DE HANOÏ A l'iÏKIN.

les chrétiens poursuivit. A Canton, les officiers impériaux faisaient subir des avanies continuelles aux agents de la Compagnie anglaise des Indes. Celle-ci les soutirait avec patience pour ne pas perdre le privilège exclusif qui la rendait maîtresse du commerce jusqu'en 1834 et lui assurait d'énormes bénéfices. Ce privilège n'ayant pas été prorogé, un grand nombre d'Anglais qu'on appela les fret! traders, allèrent commercer à Canton. Le gouvernement britannique se trouva ainsi directement engagé dans la protection de ses nationaux. Sur ces entrefaites, le Céleste-Empire s'inquiétait du commerce de l'opium, lequel était interdit dans toutes les provinces, mais alimenté par une contrebande effrénée faite par les sujets anglais. L'introduction de l'opium amenait d'une part la maladie et l' abrutissement des indigènes et, d'autre part, imposait à la Chine un tribut annuel de cinquante millions encaissés par les facteurs des maisons de l'Inde. L'empereur Tao-kouang renouvela les prohibitions contre la drogue maltaisante et nomma le grand mandarin Lin commissaire pour la surveillance des douanes de Canton. Ce personnage agit avec une

énergie brutale, bloqua dans leurs comptoirs le commissaire anglais Elliott et les commerçants, et les obligea à lui livrer vingt mille caisses d'opium qui lurent immédiatement jetées à la mer. C'était une perte de plusieurs millions pour les Anglais ; c'était do plus la rupture de toutes lenrs relations commerciales avecl'Asie orientale (7 juin 1839).

La métropole s'émut et arma pour assurer ri son négoce le marché cliinois. Une flotte, conduitipar l'amiral Gordon lïrcmer, et un corps de débarquement, commandé par le général Hugh Gougli, furent dirigés contre le Céleste-Empire et s'emparèrent le 5 juillet 1840 de l'île de Cbusan qui domine tout à la fois le Yang-tsé-kiang et la route du Japon, et est considérée à lion droit comme une des clefs de la mer de Chine. La flotte se dirigea ensuite sur Canton qui, le 25 mai 1841, dut consentir à payer une indemnité de guerre de 30 millions. Néanmoins la ville ne fut pas occupée; le commerce y continua, entre Anglais et Chinois, et les forces anglaises évamême l'ile de Chusan. Un mandarin, Ki-chan, négocia avec le commissaire

108 DE HANOÏ A FÉKIX.

Llliott, et, avec tous les atermoie me nts de la diplomatie orientale, réussit à traîner les affaires eu longueur pendant plusieurs mois. Chose curieuse, les sujets britanniques établis à Cauton consentaient à payer une taxe supplémentaire imposée à tous les commerçants pour rembourser la ville de la contribution de guerre qu'elle avait avancée. Le commerce anglais payait aint-i les fraisde l'expédition.

Les négociations du commissaire Mlliott n'ayant donné aucun résultat, il fut remplacé comme plénipotentiaire par sir Henry Pottinger, et la Hotte passa sous les ordres du contre -amiral William Parker. Une seconde campagne commença.

L'île de Chusan fut occupée de nouveau, ainsi que les ports d'Amoy, Chin-haë et Ning-pô (au nord-est delà province du Tché-kiang), dont la forte citadelle tomba aux mains du général (îough, le 13 octobre.

La Chine ne se déclara pas encore vaincue.

fortifiait Tien-tsin et Pékin, où elle pensait que l'ennemi porterait ses coups dans une troisième campagne. L'état-major britannique avait d' très plans. Il avait résolu, non pas de ma:

leral

BBAHO-HAÏ. 109

capitale, mais d'empêcher les produits du sud de la Chine, les tributs en nature d'arriver à Pékin, de couper ainsi les vivres au gouvernement central et de désorganiser toute l'administration de l'Empire. Tel était le plan que pins tard l'amiral Courbet présentait au ministère français, et qu'il aurait exécuté avec d'antres procédés que les Anglais, s'il n'avait été arrêté par la paix.

Les Anglais avaient reconnu que le Yang-tsékiang, dans son long parcours de 3,000 kilomètres, partage la Chine en deux grandes divisions et qu'une armée, maîtresse de Nankin, du confluent du grand canal impérial et du fleuve, empêche tous les transports du sud au nord. Le commandement résolut donc de remonter le Yangtsé-kiang dont le cours fut reconnu par la frégate le Gomvay.

La Hotte comptait deux vaisseaux de 74, le Comwultis&tleBelle-Isle', huit frégates, plusieurs

i marine anglaise militaire compte plusieurs bâUmcuts i français, ce qui s'implique par nos longues guerres. L'amirautù ae servit plusieurs fois des navires lomliés entru j leur nom à de BOUTS

bricks ou goélettes, des transports à voiles et ; vapeur. Le oorpe expéditionnaire était fort de 15,000 hommes, la plupart empruntés aux régiments indiens. Après s'être emparée de Cha-pou, In Hotte parut le 13 juin à Wosung, enleva les batteries qui défendaient l'entrée du Hoang-po et se dirigea sur Shang-haï pendant qu'une colonnfl, débarquée, suivait la rive gaucliedela rivière. Les Célestes n'attendirent pas le choc et, Shang-haï l'ut occupé. Dei plénipotentiaires chinois tentèrent d'arrêter les Anglais par de l'i'inh's négociations, mais sir Pottinger répondit qu'il ne traiterait que si l'on acceptait toutes les propositions contenues dans sou ultimatum et la Hotte, quittant Shang-haï, retourna au Yangteé-kiang pour le remonter jusqu'à Nankin, aneienno capitale de la Chine.

Le CornwalUs, éclairé par la flottille lé, arriva devant Clim-kiang-Ibu, qui fut pris après un court engagement et livré au pillage. La ville ileKoua-tchou, située sur la rive opposée, terri-

ed'un tel exemple, se racheta par une contri-

r remplacer ceux-ci qimud la vétusté les faisait

re,

bution de guerre : le but principal de l'expédition était atteint, le grand Canal se trouvait bloqué.

L'escadre remonta encore le Yang-tsé-kiang et arriva en vue de Nankin, devant laquelle elle s'embossa. Mais trois négociateurs, le général tartare Xiu-kien, Eli-po et le prince Ki-ing, membre de la famille impériale, vinrent apporter lit soumission du Fils du Ciel. Le 29 août 1843 la paix lut BÎgnée, à bord du ComwalUs , aux conditions suivantes : contribution de guerre de 120 millions, payable en trois ans ; ouverture an commerce des cint) ports de Canton, Auioy, Foutcliéou, Ning-po, Shang-haï ; cession de l'île de Hong-Kong. Les Anglais promirent la restitution de Cbusan et de l'île de Kolong-seu, située dans la rade d'Amoy, après le complet paiement de l'indemnité et se retirèrent le 24 septembre

Cependant la France résolut de profiter des circonstances pour obtenir un traité analogue.

M. deLagrené fut envoyé comme ambassadeur.

Il réussit dans cette entreprise et signa le 24 septembre 1844, à Wampoa, l'instrument diploma-

tique qui noua concédait les mêmes avantages commerciaux qu'aux Anglais. De plus, les articles relatifs aux missionnaires nous donnaient un droit de protection sur les chrétiens, qui a fait notre forée pendant de longues années, et qui es! si important que nos rivaux en influence à Pékin ont dernièrement poussé le Céleste-Empire à négocier avec le Souverain Pontife pour essayer de nous le ravir. Peu après, M. de Montigny obtenait une concession pour nos nationaux à Shang-haï.

La Grande-Bretagne était victorieuse ; elle avait obtenu un traité, Mais il ne suffit pas avec les Chinois d'avoir une signature. Les véritables difficultés naissent avec la paix; c'est alors qu'il faut être ferme et habile pour empêcher les Célestes de retirer d'une main, par leur inertie et leurs faux -fuyants, ce qu'ils ont accordé de l'autre après la bataille. Aux yeux de ses sujets, l'empereur n'avait rien perdu de son prestige: les forces ennemies n'avaient pénétré ni à Canton ni à Nankin, donc elles avaient été vaincues ; les concessions faites aux étrangers étaient des dons gracieux du Fils du Ciel : c'est ainsi qu'où écrit

SHAKG-IIAÏ. 113

l'histoire en Chine. Les mandarins firent tout ce qui était en leur pouvoir pour rendre illusoires les avantages accordés aux pavillons européens. Les Anglais durent agir en 1847 ; ils menacèrent Canton et obtinrent de nouvelles concessions, mais, a Macao, un gouverneur énergique, le capitaine de vaisseau Amaral, fut assassiné à l'instigation du vice-roi de Canton (25 août 1849). Les Chinois, bien informés de l'état de l'Europe, ne craignaient pas les représailles du Portugal. Les années suivantes, le Céleste-Empire fut désolé par les ravages des Taïpings. En 1855, la concession française de Shang-haï ayant été menacée par ces rebelles, nos marins marchèrent. BOIltre eux et aidèrent les Impériaux à reprendre la ville (18 février). La guerre de Crimée empêchait la France et la Grande-Bretagne de poursuivre plus activement les affaires de Chine. La paix de Paris leur rendit la liberté. Presque au même moment, Yé, vice-roi de Canton, leur donnait un prétexte d'intervention en faisant arrêter un navire sous pavillon britannique (la lorcha Arrow) et en refusant toute réparation au cabinet de Saint-James. D'un autre côté,

raité

les magistrats de l'intérieur, au mépris du traité de Wampoa, faisaient conduire au supplice plusieurs missionnaires. L'amiral Seyinour fit aussitôt retirer ses nationaux a Hong-Kong et bombarda Canton (24-28 octobre 1856). L'année suivante, la guerre ayant été déclarée, les troupes unglo-francaises entrèrent dans la ville qu'elles occupèrent plusieurs années. Yé fut fait prisonnier et interné a Calcutta. Dans la campagne de 1858, les forts du Peïho furent enlevés, et le corps expédiiionnaire pénétra jusqu'à Tien-tsin. La Chine parut céder et signa deux traités, l'un avec le baron Gros, ambassadeur français, l'autre avec lord Elgin, ambassadeur britannique (27 juin). Cinq nouveaux ports, Niou-chouan, Tôûg-tohéou et Swatow sur le littoral continental, Taï-wan dans l'île de Formose, et Kioung-tchéou, dans l'île de Haïnan, devaient être ouverte au commerça, ainsi que le cours du Yang-tsé-kiang; l'exercice du christianisme devait être libre dans tout l'empire et les deux hautes puissances contractantes obtenaient le droit d'entretenir un ambassadeur à Pékin. Les Etats-Unis et la Russie acquéraient les mêmes

SHANG-nAÏ. 115

âges par des traités séparés, et cette dernière puissance faisait consacrer l'occupation du territoire de l'Amour où elle s'était établie pour avoir des débouchés sur l'Océan Pacifique. Une convention commerciale annexe, signée a Shang-baï, établissait un droit de 5 p. 100 ad valorem sur les marchandises importées et exportées.

Il avait été convenu que les ratifications des traités auraient lieu à Pékin dans le délai d'un an. Mais quand les plénipotentiaires des deux grandes puissances occidentales se présentèrent en 18j'J à l'embouchure du Poï-ho, ils trouvèrent Le fleuve barré par deux: fortes estocades et furent accueillis à coups de canon par les positions de Takou. Le commandant de l'escadre anglaise, le contre-amiral Hope, ordonna une attaque de vive force qui fut infructueuse, à cause du petit nombre des assaillants. La guerre dut recommencer'.

I . Nous n'avions, h l'affaire île Takou, qu"un bâtiment, le Du-

rhayta. Les Chinois prolllernnl de cette circonstance pour

séparer la France de la Grande-Bretagne il.iiis l-Mir

demande commune do réparation adressée à la cour de

116 DE 1IAX0Ï A PÉKIN.

En 1860, la France envoya une Hotte, sous les ordres du vice-amiral Cliarner, et une petite division commandée par le général Cousin-Moatauban. Les troupes anglaises avaient à leur tête le général Graut. Les forces alliées comptaient 23,000 combattants. Elles occupèrent d'abord l'île de Chusan pour leur servir de base d'opérations, et sa dirigèrent sur le Peï-ho. Les torts de Takou furent tournés et pris après un combat livré à Pétang, et l'armée s'empara de Tien-tain et de Tong-tcbéou, à 16 kilomètres de ■ Pékin. Les Chinois parurent vouloir reconnaître leur défaite et entamèrent de nouvelles négociations : c'était une trahison de leur part. Ils mirent à mort plusieurs des parlementaires alliés, parmi lesquels trois officiers français, MM. Fuulon de Grandchamp, Dubut, Aller, deux soldatsordonnances et un missionnaire interprète, le P. Duluc. En même temps, la cavalerie tartare, commandée par San-ko-liu-tsiu, attaquait le 18 septembre nos colonnes près de Tchang-kiawang. Cette trahison ne fut pas heureuse. L'attaque fut repoussée, le pont et le camp de Palikao furent emportés, le Palais d'été de l'e

brûlé par représailles par les Anglais et les troupes alliées entrèrent à Pékin. Alors, la paix lut définitivement signée aux conditions suivantes ; 1" rétablissement de la paix; 2° paiement d'une indemnité de guerre de Q'2 millions à la France et de 62 millions à l'Angleterre, dont une partie était payable en argent immédiatement et le reste devait, être prélevé sur les recettes des douanes chinoises établies dans les ports ouverts, les dfux cinquièmes seulement de ces recettes pouvant être retenues pour cet usage et partagés les deux puissances européennes contractantes ; 3" ouverture du port, de Tien-tsin au commerce des nations étrangères qui pourraient y entretenir des consuls; 4" liberté de commerce et Ùq transaction, droit d'acquérir et de posséder djuis toute la Chine pour les sujets des deux nations européennes; 5" liberté des cultes chrétiens et protection efficace accordée aux ministres des religions chrétiennes; 6° restitution des édifices et defl terrains ayant jadis servi au culte ou ayant appartenu à l'Église catholique dans toute la Chine; 1° révision des droits de douane; 8" droit des alliés à hiverner en Chine, dans des lieux U

leur choix, et à conserver des garnisons à Takou Tien-tsin, Shang-haï, Canton, jusqu'à complet paiement, de l'indemnité; 9" résidence à Pékin des ministres plénipotentiaires des deux nations pour traiter directement des affaires avec les pre iniers ministres de l'empereur, sans autre inter médiaire.

La Chine était désormais ouverte aux Eu:

péens. Nous verrons plus loin quelles sont les relations diplomatiques actuelles du Céleste-Empire et des puissances européennes.

Mais revenons à la description de Shang-haï.

Le port, situé à 26 kilomètres de l'embouchure du Yang-tsé-kiang, est un des dix -neuf ports ouverts à coupa de canon au commerce international sur le sol chinois. C'était autrefois une petite sous- préfecture ou kien sans importance. Aujourd'hui le mouvement d'échanges de Shanghaï dépasse un milliard de francs, et le port est le premier de l'Asie après Bombay.

On pénètre à Shang-haï par Gutzlaff, où se trouve un phare construit par les ordres de sir Robert Hart, directeur général des douanes impériales, eton remonte le Yang-tsé-kiang jusqu'à

;erro-

BHAJtG-HAI,

Wooaung, où l'on franchit «ne barre qui s'ensable tous les jours et donne de sérieux sujets d'inquiétude pour la navigation future. La Chine, dans un but politique de défense, appelle cette barre une barrière donnée par le ciel. Elle ne veut pas la draguer et refuse aux Européens l'autorisation de le faire. Au delà de la barre, sur la rive gauche dn Wang-poo ou Hoang-po, affluent du Yang-tsé-kiang, s'élève la ville européenne. Les quais, où sont accostées des milliers d'embarcations de toute forme et de tout tonnage, steamers, jonques, barques et sampans sont embellis, sur toute l'étendue des concessions européennes, de squares et de kiosques. Les criques qui séparent les concessions sont franchies par de beaux ponts.

L'entrée du Yang-tsé-kiang (fils de l'Océan), ou Kiang (le tleuve), présente quelques difficultés à cause des bancs de sable qui se sont formés des dépôts de ce puissant cours d'eau, long de plus de 3,000 kilomètres, le quatrième du monde par le volume de ses eaux, dont le débit dépasse vingt mille mètres cubes par seconde, six fois celui du Nil et dix fois celui du Ehône. La côte

cst basse et, sur plusieurs points, ou a dû construire des digues pour défendre le pays contre les inondations.

Les Européens appellent souvent le Yang-tsékiang le fleuve Bleu, quoique la couleur de ses eaux soit loin de rappeler la belle teinte du lac de Genève, à cause des matières qu'elles tiennent en suspension. Suivant certains auteurs, le nom de Heuve Bleu proviendrait cependant des Célestes, qui considèrent cette grande artère fluviale comme une émanation du principe mâle, c'est-à-dire du dragon, représenté par l'azur.

Outreles produits de l'Europe et del'Amérique, le port de Sliang-haï, tant par les jonques que par les bâtiments à vapeur des compagnies anglaises ou chinoises qui sillonnent le fleuve Bleu jusqu'à Ichang, à 450 lieues dans l'intérieur, reçoit les soieries, les cotonnades, les poteries, la porcelaine, les cristaux, le thé, la cannelle, l'indigo, le bois de construction, les fruits, les salaisons, le poisson sec des diverses provinces de l'Empire, etc.

Shang-haï est une ville sino-européenne et se compose d'une cité asiatique et de trois conces-

sions européennes. La ville chinoise, de forme ovale, fortifiée de hautes murailles crénelées percées de cinq portes, est placée sous l'autorité des fonctionnaires impériaux. Viennent ensuite : la concession française, s'étendant des fortifications chinoises jusqu'au canal du Yang-king-pang, la concession anglaise entre le Yang-kîngqmng et la crique de Tou-tchéou, et la concession américaine. Les concessions forment la ville cosmopolite dont nous allons raconter l'origine.

L'article 2 du traité de Nankin, conclu entre Il i bine al l'Angleterre, à la suite de la guerre de l'opium, avait ouvert au commerce britannique cinq ports et avait permis aux sujets anglais de s'y établir avec leurs familles pour faire le trafic. Le même article donnait le droit a l'Angleterre d'instituer des consuls dans ces ports pour protéger les intérêts de ses nationaux.

En conséquence, le capitaine Balfour, nommé consul anglais à Shaug-haï, arriva à son poste le 9 novembre 1844. Par une notification en date du 14 novembre de la même année, il annonça rétablissement temporaire de son consulat dans la ville chinoise même. Le port fut définitivement

ouvert le 17 novembre. Dès son arrivée, le capitaine Balfour chercha le lieu convenable pour l'établissement des demeures et des magasins de ses nationaux. Un terrain, alors inculte, marécageux, situé entre la crique Yang-king-pang au sud et le fleuve de Woosung au nord lui plut ; là où aujourd'hui sont les plus belles maisons, les palais, il n'y avait que des champs de coton et de riz coupés par des lusses, entremêlés de marais et semés à chaque pas de tumuli; où se trouve le club, était alors un village et, à la place du consulat anglais, un vieux fort en ruines.

De ses nombreuses entrevues et conversations avec le taotaï Hong-maoken sortit un arrangement, d'après lequel les étrangers achèteraient le terrain aux propriétaires chinois. Ainsi fut signé un règlement, connu sous le nom de Land régulation, qui fixa les limites du British seulement et forma un conseil composé de plusieurs membres, chargé de répartir les impôts, d'établir leur assiette, leur perception, leur emploi, de veiller à l'établissement des rues, des quais, etc. Le règlement fut publié le 29 novembre 1845; c'est de ce jour que date la concession anglaise.

Shanghaï. 123

Sur ces entrefaites, la France, elle aussi, avait conclu avec la Chine le traité de Wampoa et l'article 22 du traité donnait aussi aux Français arrivant dans les cinq ports ouverts, le droit de ■ louer des magasins et des maisons pour déposer leurs marchandises, ou bien acquérir des terrains pour bâtir. Un vice-consul, M. de Montigny, ancien aide de camp du général Fabvier, en Grèce, et naguère attaché à la mission de Lagrenée, qui avait négocié le traité français, fut envoyé à Shang-haï. Arrivé à son poste le 25 janvier 1818, il s'occupa dès l'abord de donner à la France une place honorable, non seulement visà-vis des autorités chinoises, mais encore des étrangers rivaux déjà établis, ce qui était plus encore. M. Rémi, négociant français, fixé depuis six ans à Macao, ayant demandé des terrains pour s'installer à Shang-haï, il en profita pour réclamer, comme concession française, l'espace entre le Yang-kiug-piug et la cité chinoise.

Malgré les difficultés qu'on lui opposa, il obtint du taotaï l'emplacement demandé au commencent de 1849.

France et l'Angleterre furent donc les

deux seules nations qui conclurent des conventions spéciales pour fixer l'endroit le plus convenable à la résidence de leurs nationaux. Quant nu quartier appelé encore aujourd'hui quartier américain, voici comment il s'est formé. En 1846, quelques missionnaires américains vinrent s'établir au nord de la crique de Fou-tcliéou, presque au confluent de celle-ci avec le Hoaug-po, y achetèrent des terrains et y bâtirent. Peu à peu se groupa autour d'eux une population de marins étrangers, de petits employés et de petits négociants chinois ; jamais ce quartier n'acquit beaucoup d'importance ; aujourd'hui, c'est en quelque sorte le faubourg de la ville européenne de Shang-haï.

Les concessions, surtout la concession anglaise, prirent peu à peu une grande extension, et des étraugers de toute nationalité vinrent s'y fixer. L'intervention armée de la France fut nécessaire pour contraindre le gouverneur de la ville à respecter les traités, et l'amiral Laguerre occupa la ville avec les compagnies de débarquement du Colbert et de la Jeannc-d'Arc. Cependant les Chinois bâtirent eux-mêmes des habitations près

des maisons européennes, surtout quand eut lieu la rébellion des Taipiugs et que les troupes impériales vinrent faire le siège delà ville; nombre de Chinois vinrent se réfugier, avee ce qu'ils sivaient de précieux, sur les concessions, qui lurent elles-mêmes mises en péril par le siège de dix-huit mois; mais, grâce aux mesures prises et aux secours des marines américaine, anglaise et française, elles furent respectées par la soldatesque effrénée des Impériaux et par les légions des rebelles de la cité.

Au cimetière municipal, sur le monument en granit élevé à la méinuire de nos officiers et de nos marins tués en combattant les rebelles à cette époque, on lit :

AD MEMORUM GALLORUM

QUI, VINLill. ANDU JUSTITIi; l'.T HU M AN 1 TAT1S J

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