JEANNE-D'ARC
La rébellion ries Taïpings devait encore enlever à la marine française un officier général, l'amiral Protêt. Nous croyons devoir rappeler ici la un glorieuse de ce brave marin. En 1862, les Taïpïnga menaçaient encore Sliang-haï, et la France et l'Angleterre soutenaient le gouvernement impérial contre les révoltés. Au mois d'avril, l'amiral Protêt chassa 30 ou 40,000 de ces pirates d'une dizaine de camps qu'ils avaient fortifiés à l'ouest et au nord de la ville. Pour compléter sou œuvre, il ne lui restait plus qu'à délivrer la rive droite du Hoang-po et à chasser les rebelles de la petite ville de Nê-kio, à six lieues au sud de Shanghaï. Le 17 mai, vers cm.\ heures du soir, le petit corps franco - anglais arriva devant Nê-kio et canonna les murailles. Puis on donna l'assaut. Les Taïpings, au nombre de 7 à 8,000, bien abrités derrière leurs remparts, accueil lire ut les colonnes d'attaque par une vive fusillade. Un parti anglais dut se retirer, mais les Français avaient déjà franchi les fossés ; deux jeunes gens de la milice de Zi-ka-wei, arrivés au haut du retranchement, donnèrent la main à leurs marins instructeurs, et les rebelles s'enfuirent. Mais la
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joie du triomphe se changea bientôt en consternation. L'amiral Protêt, en conduisant au feu sa petite troupe, était tombé, frappé d'une balle en pleine poitrine, et expirait, peu d'instants après, entre les bras de l'aumônier Goudot.
Le corps du vaillant officier général fut ramené àShang-baï par M. des Varannes, capitaine de frégate, premier aide de camp, et par le E. P. Lemaître, supérieur de la Compagnie de Jésus, et déposé dans une chambre de l'hôpital français, transformée en chapelle ardente.
Les obsèques eurent lieu le lundi 26 mai 1862, en présence des autorités civiles et militaires, des mandarins chinois et des troupes. Eu tète du cortège marchaient les Anglais, dont la musique alternaut avec la musique de la marine française, exécutait des morceaux funèbres. Venaient ensuite la croix et les élèves chinois des orphelinats catholiques, la musique militaire française, le clergé, précédant l'évêque, M ïr Borgniet, et le cercueil, porté par douze matelots. Les quatre coins du poêle étaient tenus par les consuls de France et d'Angleterre, et par deux capitaines de frégate. M. de Kersauson, capitaine de vais-
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seau, chef d'état- major de l'amiral et son remplaçant intérimaire, conduisait le deuil. 11 était accompagné des premiers magistrats impériaux de la ville, d'officiers de tous grades et de toute* les nations et de quinze ou seize consuls en costume. Deux compagnies de débarquement fermaient la marche.
Après la messe, M. de la Borderie, aumônier attaché au service de l'hôpital, prononça l'oraison funèbre, et l'évêque donna l'absoute solennelle. L'inhumation provisoire eut lieu dans la cour du consulat français, dans le mausolée élevé à la mémoire des officiers et des marins du Colbert et de la Jeanne- d'Arc.
Un terrain fut acheté par M. Macaire, aide de camp de l'amiral Laguerre et commandant des compagnies de débarquement, et un monument, recouvrant un caveau, fut élevé près du Iloangpo. En 1871, il n'était pas facile de découvrir ce monument, entouré de maisons. Sur la demande de M. Millot, il fut transporté à la place que le Conseil municipal avait réservée au milieu de son nouveau cimetière municipal.
Peu après la mort de l'amiral Protêt, de
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missions créées à Shang-haï et à Paris ouvrirent uae souscription pour l'érection d'une statue au brave officier général. Elles confièrent l'œuvre au talent de M. Barré. Diverses circonstances retardèrent l'exécution du projet. La statue, envoyée de Paris en septembre 1870, arriva sur les bords du Hoang-po en novembre, et le 10 décembre, alors même que la France succombait sous le poids de malheurs inouïs, eut lieu l'inauguration, par un temps magnifique, en présence des états-majors de trois navires de guerre français alors en rade. Des officiers de marine américains, anglais et russes y assistaient. Des détachements de marins français et anglais et du corps franco-chinois formaient le carré autour de la place. Une foule compacte de tous les résidents français et de nombreux étrangers emplissait le Jardin.
A onze heures précises, une salve de treize coups de canon, tirée par les artilleurs français annonça que la statue était découverte. Des discours furent prononcés par M. le comte Méjan, consul général ; M. Millot, président du Conseil d'administration municipale, et M. le capitaine
de vaisseau de Pritzbuer, depuis vice-amiral et préfet maritime du quatrième arrondissement à Rochefort, au nom de la marine '.
Après la cérémonie, un déjeuner réunit plus de trois cents invités dans la salle des fêtes de l'hôtel municipal, et fut clos par une allocution patriotique de M. Méjaii, pendant que nos navires tiraient une salve de vingt et un coups de canon.
Ce souvenir donné aux événements où la France a joué un rôle glorieux et civilisateur, nous revenous à l'exposé des progrès de notre concession. En 1854, les règlements de 1844 furent : par les trois consuls d'Angleterre,