I. Sur un piédustul de granil a
L'AMIIÏAL PROTET
Sur les cotas, les noms des compagnons d'armes du haros : TardifT do Moindray, Le Breton de Coligny, Risorit, Dura Petit, etc.
! nis et de France, et publiés à nouveau, sous le titre Ae Municipal and fond régulation. Mais, bien qu'il ait été signé par le consul de France, jamais ce règlement ne fut applique sur
la concession française, qui reste en dehors de son action, et notre consul demeura seul chargé d'appliquer les impôts aux dépenses utiles, à l'entretien des rues et des quais. Cependant, la concession française grandissant, il devint impossible au consul de centraliser toutes les affaires et, en 1862, ou créa un conseil municipal composé de cinq notables.
En 1866, eut lieu une nouvelle révision des règlements de 1854 dans uu spécial meeting des tond tenter s, soumise à l'approbation de leurs gouvernements respectifs par les ministres de la Confédération germanique, des États-Unis, de la France, delà Grande-Bretagne et de la Russie. Le code, ainsi revisé, est appliqué sur les concessions américaine et anglaise. Il a subi certaines modifications signées par le consul général de France, M. le vicomte Brenier de Montmorin, 1869, pour l'usage de notre concession, présence de nombreux Célestes sur les con-
euro-
132 DE HANOÏ A i'ihvIN.
cessions européennes a conduit à la création d'un tribunal de justice de paix et de simple police sur la concession française et sur les concessions étrangères. Ce tribunal est appelé cour mixte parce qu'il se compose de deux éléments, un juge rhimiix, délégué du taotaï, et un assesseur européen, délégué dit consul, qui est habituellei l'interprète du consulat.
Ca tribunal connaît de toutes 1 peu d'importance qui ont lieu: 1° entre Chinois résidant sur la concession où siège la cour ; 2° entre Chinois et Européens, lorsque le Chinois est défendeur. C'est une application de notre règle de droit : le défendeur est assigné devant le tribunal de son domicile. Comme conséquence logique, un Chinois appellera un Européen devant le tribunal consulaire, composé du consul juge et d' 'un assesseur chinois, notable de la localité. Dans le cas, heureusement exceptionnel, où un Européen immatriculé à un consulat en attaquerait un autre qui ne serait inscrit à aucun consulat, la cour mixte serait compétente comme tribunal territorial.
Cette institution de la cour mixte est relative-
ment nouvelle : elle ne date que d'une vingtaine d'années. Auparavant, pour toutes les contestations entre Européens et Chinois, on agissait l'article 35 des traités. Survenait-il un litige, le consul français faisait venir au consulat un délégué du taotaï ou Io taotaï lui-même pour juger l'affaire. Cette procédure est encore suivie pour les litiges importants : le tribunal consulaire est donc supérieur à la cour mixte quant à la compétence. Les affaires de police étaient envoyées au tché-chien.
Le principal motif qui conduisit à la création de la cour mixte fut la nécessité de soustraire I Européen demandeur à l'obligation d'assigner un Chinois défendeur devant le juge impérial : la justice chinoise en effet n'est qu'un mot, l'argent seul fait gagner un procès, acquitter un coupable ou condamner un innocent. Parfois, dans les affaires correctionnelles ou de police, il arrivait que la peine prononcée par le magistrat ;tM;iti<[ue n'était pas eu rapport avec le délit ou contraire à nos mœurs. Du reste, les Chinois préféraient notre justice, simple et équitable, à celle de leurs propres tribunaux et considéraient
134 DE HASOÏ A PÉKIN.
comme une grande piiDition le renvoi devant c derniers.
La cour mixte fut donc une bonne institution en soi. Elle est due à sir Harry Parkes qui l'établit d'ahord au consulat d'Angleterre. A la fin de 1868, elle fut transportée dans un prétoire situé dans la nie de Nankin, qui est la grande me rie Shang-haï. Nos voisins auraient bien voulu eil faire une institution cosmopolite et un tribunal commun à toutes les concessions. Le consul des Etats-Unis accepta cette combinaison et, de temps en temps, il envoie un délégué comme assesseur. Mais, avec raison, le consul de France de cette époque, M. Brenier de Montmorin, à qui la concession française doit en grande partie ce qu'elle est aujourd'hui, se refusa à reconnaître cette juridiction. Il proposa au taotaï la création d'une cour mixte franco -cb in oise, compétente pour mitre concession, et l'institua en 1869.
La cour mixte tient ses séances trois fois par semaine. Les journaux chinois y envoient leurs reporters et publient des comptes rendus des affaires intéressantes. Il est curieux d'assister à quelque séance ; on voit d'abord le magistrat
BHASQ-HAÎ. 13Ô
chinois, en costume officiel, le chapeau surmonta du bouton. Insigne de sou grade, prendre place
au tribunal auprès de l'interprète du consulat assesseur. Auprès d'eux se rangent un lettré faisant (onctions de greffier, le chef de [b poticfl (Européen) et son interprète. Les prisonniers, au nombre de douze à quinze, sont entravés par leurs queues attachées les unes aux autres et conduits par un seul agent français. Le sinologue qui vient du nord où il a appris la belle langue mandarine, parfumée de littérature et de poésie, demeure absourdi : il a beau ouvrir les oreilles, se torturer l'intelligence, il ne comprendrait pas mieux les habitants de la lune ; tous les dialectes défilent l'un après l'autre, dialectes de Ning-po, de Shang-haï, de Canton, etc. Autant de provinces, autant de patois. C'est une cacophonie générale : se tire de là qui peut ; ce n'est que par l'habitude et la pratique qu'on y arrive. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est le talent avec lequel les plaignants exposent leur affaire, l'habileté des accusés dans leur défense. Les femmes se distin- <j in/ii t parla volubilité du langage dans leurs récits ou dans le débit d'une leçon apprise à l'avance.
13ti DE HANOÏ A PÉKIN.
Le juge écoute tout avec gravité et, selon le cas, ordonne une distribution de coups de bâton, prOBonoe une condamnation à la cangue, ce cadre de bois massif que le condamné porte sur les épaules, ou impose une simple amende.
Les concessions renferment environ 3,000 Européens qui vivent en présence de 300,000 Célestes, dont 100,000 au moins habitent les quartiers européens, où ils se sentent plus à l'aise. La concession française est la moins peuplée d'Européens, mais non la moins grande; aussi y a-t-il sur son territoire de nombreux fils de Han qui fournissent les meilleures ressources de son budget, ce qui, on l'avouera, ne manque pas d' certain piquant.
Toutes les concessions renferment de somptueuses maisons à plusieurs étages, élevées surles quais ou sur de magnifiques boulevards , des usines aux hautes cheminées, mais la plupart des riches Européens habitent des villas sur la route du lïubbling-Well (le puits murmurant, Haï-yan, œil de la mer, des Chinois), où s'élèvent des maisons de plaisir et des restaurants, près d'une source minérale sulfureuse. A Shang-haï, le sol
SHASG-HAÎ.
étant plat, il n'est guère d'Européen aisé qui ne possède une voiture. C'est un luxe ijui remplace les chaises a porteurs de Hong-Kong, et que commandent à la fois l'étendue des conoessîons et le climat, très chaud en été et très froid en hiver.
Parmi les édifices de nos nationaux, les plus beaux sont le Comptoir d'escompte ' et la Municipalité dans le jardin de laquelle se trouve la statue de l'amiral frotet. Notre consulat général, fort belle maison agrémentée d'un jardin où joue la musique municipale, tombe en ruines et, faute de quelques centaines de mille francs, le consul est obligé de loger en ville. Ce n'est vraiment pas digne d'un grand pays comme le nôtre, et nous dépensons assez d'argent inutilement pour qu'on ne lésine pas pour un crédit d'un caractère national. Mieux vaudrait raser le consulat général que de le laisser dans cet état de délabrement.
Les Européens mènent grande vie à Shanghaï et cependant le luxe, au dire des anciens habitante, a bien diminué. Tout est d'ailleurs assez cher, le superflu plus que le reste, et une
siruii bot la concession anglais*:.
famille ordinaire subsiste difficilement à moins d'une vingtaine de mille francs. L'existence est d'ailleurs fort agréable. Dès que l'heure de la fermeture des bureaux ou des magasins a sonné, chacun se retire chez soi ou se rend aux lieux de plaisir ou de réunion, au club, au théâtre. Les Anglais ont porté en Chine leur amour des courses et des paris ; ils ont communiqué cette passion aux Célestes, eton voit conrirdes poneys mongols montés par des jockeys chinois. Shang-haï abonde en ressources apportées par les trois grandes malles, française, anglaise et allemande (cette dernière créée en 1887). Nos magnifiques paquebots des Messageries maritimes arrivent toujours bons premiers dans ces luttes de vitesse et sont presque toujours préférés, à cause de leur confort, aux autres malles.
La ville indigène de Shang-haï est très animée, comme toutes les cites chinoises. Dans ses rues, les passants, les uns avec la petite calotte noire, les autres avec le chapeau conique, se pressent sur les étroits trottoirs ou croisent sur la chaussée les portefaix avec leur charge en balance sur l'épaule, marquant le pas par des
SHANOJIÀI.
Iti-lto , lu-ho rythmés , les brouettes chinoises couvertes ou découvertes traînées par les coolies. Sous les enseignes de magasins, s'étendaiit souvent d'un côté de la rue à l'autre, les marchands attendent les acheteurs, appuyés sur la balustrade à jours, qui orne la devanture dos boutiques.
On ne doit pas certainement avoir les mêmes idées quand on arrive directement de l'Europe à Shang-haï que quand on y parvient après avoir étudié les Indes néerlandaises, Singapore, Saigon et le Tonkin et après avoir pris depuis longtemps le contact avec les Célestes. Le Chinois, quia' expatrie toujours avec esprit de retour, ne ressemble guère au Chinois chez lui, tel qu'on le voit à Shang-haï, où il nous tolère parce qu'il ne peut (aire autrement et parce que notre présence profite à sa bourse. Il est certainement curieux de voir dans cette ville le fils de Han enrichi, — méprisé d'ailleurs par les partisuns des mœurs antiques, — reudu audacieux par notre voisinage, fouler aux pieds ses vieilles coutumes, Couler carrosse sur la route de Bubbling-Well avec des femmes somptueusement parées. Mais
ces frasques que lui permet à Sliang-haï le dieu dollar, s'arrêtent à la fin de cette célèbre promenade de quelques kilomètres. On est, en effet, en pleine campagne au bout de Bubbliug-Well, et le gouvernement chinois n'a pas voulu prolonger plus loin la route sur laquelle circulent les Européens et dont profitent quelques-uns des plus riches indigènes.
Une compagnie anglaise avait relié Woosung à Shang-haï par une petite voie ferrée de quinze kilomètres. Les Chinois aimaient à se faire transporter en wagon. Au bout de quinze mois, le gouvernement inipéiàal retira la concession qu'il avait accordée et fit détruire la voie, sous le fallacieux prétexte que le railway portait atteinte au culte des ancêtres et du Dragon protecteur de la terre. Le vrai motif était la crainte que ce petit tronçon ne devînt la tète de ligne d'un réseau considérable. Cependant les Chinois viendront aux chemins de fer, comme à toutes les inventions de l'Occident, quand ils seront en mesure de les utiliser à leur profit exclusif.
I. Depuis la guerre rranr.o-diinoise du Tonkiti, les Célestes uni compris l'utilité des chemins de 1er. C'est niast qu'ils ont
SIUXCi-IlAI.
Cette manière de procéder est bien chinoise et on la retrouve dans tous les ports ouverts. Aussi, en voyant l'hostilité non déguisée pour les titahlrs étrangers, surtout chez les petits mandarins et les lettrés, on se demanderait naturellement comment l'avenir des concessions n'est pas plus menacé, si l'on ne m rappelait que le Chinois est avant tout commerçant et que, quand il n'est pas surexcité par des mandarins ambitieux ou travaillé par des sociétés secrètes, il est doux comme nn agneau. Ainsi peut-on s'expliquer comment notre ami, M. Bruuat, peut faire des voyages de deux a trois mois dans l'intérieur de l'Empire fleuri, sans arme3 et sans aventures avec son comprador' ,
Cependant, et l'histoire de la Chine est là pour le prouver, il n'en est pas toujours ainsi, témoin les événements de 1891 dans la vallée du Yang-
conslruit un chemin «le fer Je Tien-tsin aux charbonnages de Kai-lintf, da 260 kilomètres, qu'Us prolongeront sans doute jusqu'aux limites du Tché-ii et de la Mondchourie, reliant Tienlu-lchoang, Port-Arthur, Moukden-kirin et se dirigeant vers la frontière russe. Les Russes, da leur cfité, |)iir Ittr milwftf transsibérien, atteindront bientôt l'Amour, mé auï interprètes dans l'E.UrfcLiie-Orient.
tsé-kiang. Aussi les Européens, pour se garantir, ont organisé à Sang-haï un petit corps de quelques centaines d'hommes, recrutés parmi les différentes colonies française, anglaise et américaine, fort bien équipés et armés, et prêts à défendre les cuncessions. Il existe aussi un petit corps de sapeurs- pompiers avec des engins à vapeur. Puis, il y a les navires européens. Enfin, heureusement pour tous, la question des intérêts concilie bien des choses. Toutefois, on ne saurait être trop prudent; car la dune est certainement menacée de graves révolutions que peut précipiter l'irrégularité de la succession au trône.
Nous repassâmes par Shang-baï le M juillet et nous assistâmes aux fêtes que donna M. Dejardin à l'occasion de la fête nationale.
Avant de quitter Shang-haï, nous voulons faire ressortir l'importance, au point de vue de nos intérêts, de notre établissement à Laokay. Jusqu'ici Shang-baï a été la grand'route de la province du Sé-tchouen. Or, nous pouvons arriver bien plus vite dans cette province par 1 Rouge et le Tunnan que les Anglais par le Vai
SIIANtï-HAl.
tsé-kiang. Le Sé-tchouen est habité par 35 millions d'âmes. II produit des soies jaunes et blanches vendues à Pékin, dans le Chen-si,le Cban-si, le Kouang-si, le Yunnau et, par Tali-foa, jusqu'en Birmanie. En 1875, les marchands de Tehong-kin-tou, entrepôt des soies qui y arrivent par le Kia-ling, affluent du Yang-tsé-kiang, avaientdirigésurShang-haî du i>. 000 à8,000 halles de soie et, en 1883, 17,500 piculs', d'après les renseignements tournis par M. Hosie, agent anglais dans cette ville. Le Sé-tchouen produit aussi de l'opium dont le pris de revient est moitié moindre de celui de Bénarès (100,000 piculs, valeur 20 millions de taels i ), de la cire blanche pool Isa chandelles, exportée par terre à Canton et à Pékin, de la canne à sucre exportée au Yunniiii, de l'huile d'elœococca qui sert a la fabrication d'un vernis très estimé en Chine, du tabac,