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L'IDEAL DANS LES DOCTRINES ÉCONOMIQUES

Si nous revenons aujourd'hui sur l'inauguration de la statue de Pouyer- Quertier à Rouen, ce n'est pas pour rééditer l'anecdocte qui nous représente ce Normand jovial et de bel appétit, séduisant Bismark par sa bonne tenue à table et sa capacité à avaler de nombreux flacons de vins.

Ce n'est pas non plus pour déplorer la singulière inspiration que l'on eut de sculpter sur le socle un bas-relief représentant Pouyer-Quertier signant le traité de Francfort. C'est au moins d'un goût douteux et certainement d'un patriotisme mal éclairé d'avoir per-

pétuésur une place publique, à l'égal du traité de Westphalie ou du traité de Tilsitt le souvenir de la paix la plus funeste qui ait été imposée à la France. L'enseignement que nous donne l'érection de cette statue est intéressant d'un autre point de vue; il est significatif de notre évolution sociale.

Ce n'est certes pas à l'ami intime des princes d'Orléans, au monarchiste impénitent, que tant d'hommes politiques républicains, que tant de fonctionnaires rendaient honneur dimanche dernier.

Jusqu'à présent cet oubli des querelles politiques s'était fait seulement en faveur des généraux ou des hommes morts depuis un temps assez éloigné pour que leur vie fut seulement de l'histoire et ne rappellàt pas de luttes contemporaines.

Pour la première fois des hommes de toute opinion sont venus rendre hommage à un homme politique, sans que personne s'en étonnât et prit ombrage de cette unanimité. Le protectionisme a fait ce miracle.

C'est un exemple nouveau de la pré-

AUX CANTINES DO NORD Gl

pondérance que les questions économiques prennent de jour en jour sur les questions purement politiques.

Les vieux politiciens s'en plaignent comme d'une décadence : ils voient dans cette prépondérance des questions économiques une disparition de l'idéal, la seule préoccupation des intérêts matériels.

Mais à considérer profondémsnt les choses on peut apercevoir une part d'idéal dans le libre-échangisme des économistes orthodoxes, qui espèrent du triomphe de leur doctrine rétablissement de la fraternité universelle et de la paix entre tous les peuples. Ne peuton l'apercevoir aussi dans le protectionisme qui ne consiste pas seulement à défendre contre la concurrence étrangère certains profits nationaux au profit de catégories d'industriels ou d'agriculteurs, mais qui introduit le patriotisme dans l'économie politique ?

Trop longtemps des politiciens ont cherché à amuser les masses populaires avec de simples mois et des formules vides; c'est ce qu'ils appelaient proprement L'idéal.

Nous croyons qu'il y a beaucoup plus d'idéal vrai dans les conceptions des économistes d'écoles diverses qui ne séparent pas, dans l'homme, ses besoins matériels de ses aspirations vers le mieux. Et c'est ainsi que nous avons été amenés vers le socialisme où se concrétisent les aspirations du peuple laborieux vers le bonheur, le bien-être et la justice.

(14 Novembre 1894).

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