ENCORE L'INGERANCE DU POUVOIR CENTRAL
Ainsi, la Chambre a repoussé un ordre du jour si sage (1) I
Elle n'a pas voulu admettre l'initiative locale !
Vous avez entendu, vous avez lu le ministère : « Les communes ont un cercle d'attributions et de travaux rigoureusement déterminé. Il ne leur est pas permis de le franchir... Quoi ! Roubaix se permet d'avoir une initiative ! de chercher à s'organiser ! Une tentative de collectivisme local ! Je le lui défends formellement. »
(1) Il s'agissait de la création d'une pharmacie municipale à Roubaix.
A notre avis, la doctrine inspirée par le ministre et sa majorité est désastreuse. Et ceux là même qui répugnent au collectivisme, s'ils ont le sens de l'évolution historique, seront surpris de la maladresse de nos dirigeants.
Nous ne saurions trop revenir sur cette importante vérité. La transformation sociale ne peut être entravée. Tout le problème est de la faciliter.
Beaucoup de types économiques sont en lutte à cette heure dans notre pa\ s ; le meilleur n'est pas celui qui contente le mieux notre logique dans notre cabinet, mais celui qui, sur un terrain libre, se développera le plus fortement. Et voilà pourquoi nous mettons notre confiance dans la décentralisation qui facilite la vitalité, et qui permettra le jeu de cette uismédicatrix natura inhérente à tout organisme. Force médicatrice de la nature ! écrivions-nous, il y a quelques semaines, en développant cette thèse que le socialisme serait décentralisateur. Voilà toujours la ressource.
C'est aux organes souffrants à s'orienter vers leur salut.
Comme il fallait laisser Roubaix len-
ter sa généreuse entreprise ! Une telle initiative devait être admirée, encouragée par qui possède un peu le sens de révolution et de ses bonnes conditions.
Non, toujours cette odieuse ingérence du pouvoir central, que Taine, — qui n'est pas un socialiste peut-être — dénonçait avec violence. Sans doute, la décentralisation n'est pas la solution du problème social, mais qu'elle la faciliterait!
D'abord, nous n'aurions point un seul lieu d'expériences mais autant que de groupes locaux. Et cette variété, outre qu'elle multiplie l'intérêt, nous semble une condition indispensable de la bonne solution.
En' effet, les conditions économiques ne sont pas les mêmes dans toute la France, et si ce sont elles qui décident de l'organisation, peut-il y avoir une même organisation pour tout le pays ?
Admettrions-nous que des régions dominantes se substituassent aux classes dominantes pour décider du système social ! (1)
(i) "N'est-ce pas déjà l'auteur desLézardes ? (Note de l'éditeur).