L»E HEGEL
Laissez Roubaix, tout le Nord, poursuivre leur idéal, mais n'espérons pas le faire accepter de la lumineuse Provence. Ne pensez pas qu'une ville de cent mille âmes se satisfasse du même statut qu'une ville de cinq cents. Les sociétés locales, c'est-à-dire la province, le département, la commune, sont des syndicats, comme toutes les autres entreprises collectives qui se donnent pour objet les intérêts professionnels, le commerce, les sciences, les lettres, où même le plaisir. Chacune de ces agrégations, morale ou locale, a ses traits distinctifs, ses besoins propres, ses caractères qui agissant d'une façon particulière, lui imposent sa forme nécessaire. Nous voulons la décentralisation, pour ([ne l'Etat, qui n'est qu'un de ces groupements, ne prétende pas inspecter et ordonner tous les autres, mais nous serions également choqués si telle forme sociale, parce qu'elle convient a certaines régions, devait être inspirée cà la fédération entière.
Au groupe seul, il appartient de s'organiser spontanément, selon la libre
AUX CANTINES Di \or<n 67
initiative des individus qui le composent.
Dans la série indéfinie des nuances de la fédération française, chacun de nous trouvera son milieu sympathique.
Dans ces collectivités libres, constituées par la seule volonté des contractants, le moi enfin échappera à la contrainte impérative, et aux multiples combinaisons si ingénieuses de nos lois, en même temps qu'il trouvera la satisfaction de ses très réels sentiments de solidarité.
C'est en respectant les agrégations, en les laissant libres de s'ordonner selon leurs aflinités et leurs besoins, sous un statut de leur invention, que la décentralisation réconciliera ces deux termes : individualisme et collectivité.
(22 Novembre 1894).