‹ De Henri de Saint-Simon à Charles FourierChapitre 12 sur 79 · TOC · texte numérisé non relu

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physiocrates trouvent grâce devant lui, ou tout au moins sont jugés moins sévèrement.

En tous cas, Fourier comme Saint- Sion ont la préoccupation très nette, le souci constant d’écarter la question politique au sens propre du mot. « Nous attachons, écrit Saint-Simon, trop d'importance à la forme des gouvernements » (Vues sur la propriété, p. 255, édit. Rodrigues). Ils n’appartiennent ni l’un ni l’autre à un parti politique ; ils se tiennent et veulent rester complètement en dehors de la lutte des partis: ils se désintéressent de la forme du régime et se rallient au pouvoir établi, dont ils attendent l’aide et aux dépositaires duquel ils prodiguent à l’envi l’un comme l’autre les assurances et les garanties les plus formelles: ils cherchent à amener à eux les hommes de toutes les opinions. Bien qu’aussi résolument pacifiques l’un que l’autre ils ne craignent pas de s’adresser au « vainqueur de l’Europe ». Saint-Simon veut mettre le roi de France à la tête du mouvement industriel et Fourier invoque l'intervention et sollicite l’aide du ministère Polignac. Ne va-t-il pas jusqu’à dire, — lui qui ne veut d'aucune contrainte, d’aucun gouvernement, — que les libéraux s’ils avaient voulu frayer les voies au régime sociétaire auraient dû se concilier avec tout gouvernement füt-ce avec l’Inquisition.

Ce ne sont pas d’ailleurs seulement les disputes politiques du moment qui ne les intéressent pas; ce sont même les questions de métaphysique et de philosophie politique. Et les « chimères connues sous le nom de liberté et d'égalité » (Fourier) ainsi que les principes révolutionnaires trouvent en eux des critiques sévères.

C’est d’abord la liberté, ce « dogme de la liberté üllimitée » que critique Saint-Simon. « L'idée vague et métaphysique de liberté, telle qu’elle est en circulation aujour-

lustre égal à l’opprobre qu’ont répandu sur lui les visions régénératrices des sophistes (Fourier).

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d’hui, écrit-il, si on continuait de la prendre pour base des doctrines politiques, serait contraire. à l’organisation d’un système bien ordonné qui exige que les parties soient fortement liées à l’ensemble et dans sa dépendance » (Saint-Simon, Syst. Ind., p. 15). Et Fourier — qu’on fait parfois passer pour un libertaire — proclame que « de toutes les théories du siècle il n’en est pas de plus funeste que l’esprit de liberté » (Traité de libre arbitre). {n’a d’ailleurs que du mépris pour les «fictions et le sophisme de liberté (x) » (Unité Univ.,t. I, p. 182), pour ce « fantôme dont on ne voit éclore aucun remède aux misères du peuple » (Unité Univ., p.157, 3° vol.). Les « visions de liberté », écrit-il, seront des « niaiseries tant qu’elles ne garantissent pas au peuple la bonne chère et l’insouciance (2) » (Fausse Ind., t. I, p. 39r).

Fourier marque d’ailleurs dans un passage peu connu, mais très curieux, avec beaucoup de force la nécessité de cette interdépendance, de cette liaison des parties au tout dont parle Saint-Simon dans le passage que j'ai cité et sur laquelle il a souvent insisté. « Dans l’état sociétaire, écrit-il, les divers agents s'aiment etse soutiennent par utilité réciproque et sont aussi indispensables les uns aux autres que le bras l’est aux doigts. Ils ne peuvent pas plus songer à s’isoler du supérieur que nous ne songerions à nous couper un doigt pour le rendre indépendant du bras. Ils sont entre eux comme une chaine de postes dont, chacun est indispensable à la sûreté de ses deux voisins et de la ligue entière » (Un. Univ., livre 2, p. 379).

(1) Fourier écrit même : « L’oppression spéculative peut devenir un ressort plus judicieux que ce fantôme de liberté dont on ne voit éclore aucun remède aux misères du peuple » (Unité Universelle, 3° vol., p. 157).

(2) Pour indemniser un civilisé de la perte des sept droits, nos publicistes lui garantissent quelques rêveries et gasconnades comme l’orgueil du beau nom d'homme libre et le bonheur de vivre sous la charte. Ces niaiseries qui ne méritent même pas le nom d’illusions..... (Unité Universelle, t. 1, p. 170). Et encore : Nos libertés électorales ont produit un trio de vertus neuves, une noblesse vandale, une bourgeoisie calomnieuse et des savants pétris de zoïlisme

(Nouveau Monde, p. 420).

NCA

L'égalité n’est pas mieux traitée par nos deux auteurs. Saint-Simon parle à plusieurs reprises des « atrocités. épouvantables qu’entraine l'application du principe de l'égalité en mettant le pouvoir aux mains des ignorants » (lettres d’un habitant de Genève); il se montre sévère pour cette « bêtise sanguinaire : légalité ou la mort » et oppose à « l'égalité turque (il entend par là l’égale admissibilité à l'exercice du pouvoir arbitraire) l’égalité industrielle ».

Fourier est tout aussi catégorique, il l’est même davantage. Ilse moque de « cette égalité et de cette fraternité » « admissibles chez les sauvages mais nullement chez les nations policées »; « aussi, dit-il, quel résultat obtienton de ce monstrueux amalgame ? Une fraternité dont les Coryphées s’envoient tour à tour à l’échafaud, une égalité où le peuple qui se décore du nom de souverain n’a ni travail ni pain, vend sa vie à 5 sous par jour, est traîné à la boucherie la chaîne au cou » (Un. Un., t. II, p. 16). Et d’ailleurs l'égalité, la « sainte égalité » lui apparaît comme un « poison politique en association » (Un. Un., t. IL, p. 4), elle est incompatible avec les vues de Dieu, et « dans le régime harmonien tous les hommes seront «très inégaux en fortune » (Un. Univ. livre 2, sect. III, p.6)(x).

Les droits de l’homme, la souveraineté du peuple ne sont pas mieux jugés : Billevesées que tout cela, selon Fourier ; — Désirs vagues et indéfinis d’un bien imaginaire, selon Saint-Simon. — « C’est persifler le peuple, écrit Fourier, que de lui donner des, droits à la souveraineté » (Manuscrits, t. I, p. 220). — Et Saint-Simon déclare que «le peuple sent très bien, excepté dans les moments

(x) Rien de moins égal et de moins fraternel que les groupes d’une série passionnelle (Unité Universelle, livre 2, p. 167).

des Un tel régime sera aussi loin de la fraternité que de légalité (Jbidem).

Le régime sociétaire est aussi incompatible avec l'égalité des fortunes qu'avec luniformité des caractères : il veut en tout sens l'échelle progressive, la plus grande variété des fonctions et surtout l’assemblage des contrastes extrêmes comme celui de l’homme opulent avec l’homme sans fortune (Unité Universelle,

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