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tions de Saint-Simon sur le développement del’humanité — et c’est ainsi que les Saint-Simoniens reprennent les ter-
mes déjà employés par Saint-Simon d’« époque critique». et «époque organique »; ils en précisent le sens et en donnent une analyse plus rigoureuse que celle de Saint- Simon: les époques critiques sont à Jeur avis caractérisées par un ensemble de faits auxquels correspondent le désordre, l’athéisme, l’individualisme et l’égoïsme — les époques organiques par un ensemble de faits auxquels correspondent l’ordre, la religion, le dévouement et l’association. Au point de vue critique on les voit reproduire avec plus de force encore les critiques que Saint- Simona formulées contre le constitutionnalisme «système bâtard de garanties », — contre le gouvernement représentatif « bon pour répondre aux critiques révolutionnaires du dernier siècle », — contre le libéralisme, (1) doctrine « purement négative» à leurs yeux, qui ne sail guère que « douter, soupçonner, craindre, accuser, gémir », et contre les libéraux qui n’ont pas de doctrine, qui sont « dans la confusion et le désordre et en cela subissent leur destinée » (Globe, 20 février 1831), — contre la liberté (2). (« Le fils du pauvre est-il libre comme celui du riche ? Est-on libre quand on manque de pain ? Sontils égaux en droits? Lorsque l’un a le droit de vivre sans travailler et.que l’autre n’a que le droit de mourir. ») Ils développent l’idée de l'inégalité naturelle de l’homme, qui est pour eux « la base même de l'association et la condition indispensable de l’ordre social », et ce sont là presque identiquement les termes mêmes dont se servait Fourier. Ils déclarent que la souveraineté du
(1) Pellarin considérait pourtant le saint-simonisme « comme là dernière déduction des principes de l’école libérale » (Théorie de Fourier). Il expliquait sa pensée dans la 2° édition de son livre en ajoutant: « par exemple en tant qu’il proclamait l’abolition de tous les privilèges de naissance sans exception. »
(2) La liberté des cultes, voilà la religion. La liberté de la presse voilà la politique. Liberté de conscience, voilà la morale. Liberté de commerce et de concurrence, voilà l’industrie ; égalité devant la loi, voilà la hiérarchie sociale. Liberté partout, c’est-à-dire anarchie partout (Adolphe Guéroult).
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peuple est « incompatible avec toute harmonie, toute direction sociale, toute distribution et combinaison bien entendue de travaux avec tout gouvernement », et qu'elle est « seulement compatible avec l'anarchie » (Globe), que le suffrage universel est vain, et que « le public en est saturé, car on en a mis partout » (Michel Chevalier), que les droits politiques sont inutiles (1). On voit que sur tous ces points leurs critiques sont identiques à celles de leur maître et sont seulement plus nettes, plus appuyées et plus formelles.
Mais il faut ajouter que chez eux la critique des faits est bien plus complète, plus précise et plus nourrie que chez Saint-Simon ; sur ce point ils se rapprochent absolument de Fourier. Ils décrivent et analysent le désordre de la société : toute communion de pensée, toute activité d’ensemble, toute coordination a cessé. L’anarchie est partout : dans la politique qui divise au nom du pouvoir et de la liberté ; dans les sciences qui n’ont aucun lien entre elles, dans l’industrie « où une concurrence acharnée sacrifie tant de victimes et élève des temples brillants à la fraude, à la mauvaise foi » ; dans les beaux-arts enfin, qui languissent, privés d’inspirations larges et généreuses. Ils dépeignent sous les couleurs les plus sombres tous les liens d'affection brisés, « la défiance et la haine, le charlatanisme ‘et la ruse présidant aux relations générales et apparaissant aussi dans les relations les plus particulières » (voir Exposition de la doctrine de Saint- Simon, 1"* année, 1" séance: De la nécessité d’une doctrine générale nouvelle).
Au point de vue social, on retrouve chez eux la critique du sort des femmes, celle du mariage, « sorte de prostitution légale », et de « trafic honteux » qui « consacre si fréquemment aujourd’hui l’union monstrueuse du dévouement et de l’égoïsme, des lumières et de l'ignorance,
(1) Peuple, nous ne demandons pas pour toi le droit de vote dans les assemblées électorales mais nous voulons que tu sois bon, sage et riche (Ch. Béranger, ouvrier horloger, Les Saint-Simoniens, ce qu’ils ont fait, ce qu'ils veulent).
MR jte de la jeunesse et de la décrépitude » (Cf. Fourier, Unité Univ., t. IV, p. 241, 243, 244, 462). Au point de vue économique, ils formulent sur les oisifs, sur le défaut d’or-. ganisation industrielle (1), sur la production qui est anarchique et sur la répartition qui est injuste, sur la concurrence qui « laisse sur le carreau d’innombrables victimes » (Exposit., 1° année, p. 151), sur le sort de l’ouvrier qui est « exploité matériellement, intellectuellement et moralement (2) », sur l'intérêt, sur la propriété privée, des critiques qui ne sont point dans Saint- Simon ou du moins, sauf en ce qui concerne les oisifs, qui n’y sont qu’à l’état embryonnaire et fragmentaire, et auxquelles ils donnent une portée beaucoup plus grande.
Il n’en faut pas conclure que les Saint-Simoniens soient des révolutionnaires ; ils ont l’horreur de la lutte, sous quelque nom qu’elle se déguise, et l’un des résultats de l'association qu'ils rêvent sera de faire disparaître tous les antagonismes. Ils aiment l’ordre, ils le réclament car « la société ne peut exister que là où il y a unité, ordre, association, hiérarchie », et ils insistent sur cette idée de hiérarchie ; c’est la hiérarchie la plus unitaire, la plus ferme que nous appelons pour l’avenir » (Exposition de la doctrine, p. 188). « Car toute socriété véritable est une hiérarchie ; nous croyons que plus la Aïérarchie sociale est
(1) Chaque individu est livré à ses connaissances personnelles ; aucune vue d'ensemble ne préside à la production ; elle a lieu sans discernement, sans prévoyance ; elle manque sur un point, sur un autre elle est excessive ; c’est à ce défaut d’une vue générale des besoins de la consommotion, des ressources de la production qu’il faut attribuer les crises industrielles sur l’origines desquelles tant d’erreurs ont été émises et le sont encore journellement. Si dans cette branche importante de l’activité sociale on voit se manifester tant de perturbation, tant de désordre, c’est que la répartition des instruments de travail est faite par des individus isolés ignorant à la fois et les besoins de l’industrie et les hommes et les moyens capables d’y satisfaire ; la cause du mal n’en est point ailleurs (Doctrine de Saint-Simon, p. 191-192).
(2) Il suffit de jeter un coup d’œil sur ce qui se passe autour de nous pour reconnaître que l’ouvrier sauf l’intensité est exploité matériellement, intellectuellement et moralement comme l'était autrefois l’esclave. Il est évident en effet qu’il peut à peine subvenir par son travail à ses propres besoins et qu’il ne dépend pas de lui de travailler (Exposit. doct., I, 105).
complète, que plus elle est prévoyante, et plus aussi il y a société; que là où il n’y a pas de hiérarchie il n’y a pas de société, mais seulement une agrégation d’individus » (Exposit. de la doctr., p. 428)(x). Ils reprennent donc en les amplifiant et en les aggravant les idées que Saint- Simon avait exprimées sur la nécessité d’un nouveau pouvoir spirituel et d’une hiérarchie nouvelle. Nous avons vu que c'était sur ce point que Saint-Simon s'était éloigné des libéraux ; ses disciples s’en éloignent bien davantage encore en proclamant que « bien loin d'admettre que l’on doive se proposer de réduire toujours de plus en plus l’action directrice dans le sens des sociétés », ils pensent qu’elle « doit s’étendre à tout et qu’elle doit être toujours présente » (Exp. de la doctr., p. 343).
Et ils en arrivent bientôt à une théocratie religieuse. « Que si l’on entend par #héocratie l’état dans lequel la loi politique et la loi religieuse sont identiques, où les chefs de la société sont ceux qui parlent au nom de Dieu, assurément, et nous n’hésitons point à le dire, c’est vers une théocratie nouvelle que l’humanité s’achemine » (Exposit., p. 478 et 193), et ils conviennent peu à peu de prendre pour synonymes les mots « social » et « religieux ». Non seulement la religion dominera ordre politique, mais l’ordre politique sera dans son ensemble une institution religieuse.
Voyons maintenant quel est le programme des Saint- Simoniens. Ils veulent substituer une civilisation pacifique et industrielle visant à la production, à l’exploitation industrielle du globe(2), à une civilisation féodale visant à la destruction, et ils arrivent ainsi au système
(x) « Sans les idées de hiérarchie et de pouvoir il n’y a point de société possible, point de progrès à faire », disent-ils encore.
(2) « Une innombrable et fraternelle population n’ayant plus qu’un même intérêt et qu’une même pensée: l’exploitation complète et méthodique de la planète » (Produc., 125), une exploitation savante, réglée, fraternelle du globe. L'idéal serait que chaque individu ou chaque peuple pût dans tous les cas être livré au genre d’activité auquel il est le plus propre, soit par ses dispo-
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de l’avenir, à l’association pacifique, universelle, scientifique, religieuse et industrielle, c’est-à-dire à un système essentiellement industriel, qui aura de plus en plus tendance à devenir une doctrine religieuse. Ils aboutiront finalement à un industrialisme religieux, ou plutôt à un papisme industriel, ainsi que le prévoyait Benjamin Constant dès les débuts de l’école. Leur but c'est l’organisation du travail, qui sera faite de telle sorte que chacun trouvera sa place dans le grand atelier social après avoir appris à le remplir et qui mettra fin aux résolutions. Leur principe de répartition, ils le formulent ainsi: « À chacun selon sa capacité, à chaque capacité selon ses œuvres » (le Producteur avait dit : chacun sera doté suivant son mérite, rétribué selon ses .œuvres) ; il résulte de ce droit nouveau, substitué à celui de la conquête et de la naissance, en premier lieu l’abolition du droit d’héritage (1), qui dans le nouvel ordre sera transporté à l’état devenu association des travailleurs ; et en second lieu, l'abolition de la propriété(2) qui ne sera plus seulement individuelle mais deviendra sociale.
Ils ont gardé le principe de Saint-Simon, disant que toutes les institutions sociales doivent avoir pour but l'amélioration progressive du sens moral intellectuel et physique de la classe la plus nombreuse et la plus pau-
.sitions naturelles, soit par ses antécédents, soit par les circonstances spéciales où il se trouve placé. » Confer sur ce point encore Fourier.
(1) Ts (les légistes et les économistes) prétendent que les privilèges de la naissance sont détruits : Eh! qu’est-ce donc que lhérédité dans le sein des familles ? Qu’est-ce que la transmission de la fortune des pères aux enfants sans autre raison que la filiation de sang, si ce n’est le plus immoral de tous les privilèges, celui de vivre en société sans travailler où d’y être récompensé au delà de ses œuvres (8° séance).
(2) Ils nous répètent sans cesse que la propriété est la base de l’ordre social ; nous aussi nous proclamons cette éternelle vérité, maïs, qui sera propriétaire ? Est-ce le fils oisif, ignorant, IMMORAL du défunt ou bien est-ce l’homme capable de remplir dignement sa fonction sociale ? Nous aussi, nous répétons, si lon veut, que la propriété est la base de l’ordre politique, mais la propriété est un fait social, soumis comme les autres faits sociaux à la loi du progrès; elle peut donc à diverses époques être entendue, définie et réglée de diverses manières (Bazard, Doct. saint-simonienne, Exposition, p. 108).
en his vre, car bien que, comme Fourier, ils veulent assurer à tous les hommes, sans exception (x), le bonheur sur la terre, c'est surtout à la classe pauvre, aux travailleurs qu'ils pensent, et ils sont même dans l’ensemble bien plus démocrates que Saint-Simon.
Dans un article du Globe du 9 février 1830, les Saint- Simoniens formulent d’ailleurs ainsi leur programme économique : « Nous voulons l’abolition de tous les privilèges héréditaires sans exception, c’est-à-dire l’abolition de l’hérédité, l’émancipation des travailleurs et la déchéance de l’oisiveté qui les ronge ; il ne peut y avoir honneur et abondance que pour les savants, les industriels et les artistes ; nous voulons que celui qui sème récolte, que les fruits du travail des classes laborieuses ne soient pas dévorés par les oisifs : à chacun selon son travail, à chacun selon ses œuvres. »
Maintenant qui fera la répartition entre les associés ? Ce seront les chefs suivant les besoins du travail et du travailleur.
. On voit donc que le rôle de l’état, — dont le mot ne figure pas chez Fourier qui élimine absolument cette notion, comme les Saint-Simoniens éliminent celle de l'individu pour ne voir que l'espèce humaine, et qui,
nous l'avons vu, chez Saint-Simon avait une si petite
place, — puisque le gouvernement des personnes devait . dans son système être remplacé par l'administration des choses, — s’accroît considérablement. Les Saint-Simoniens proclament qu’il peut exister sur la terre un pouvoir légitime, et ils préconisent la soumission absolue à ce pouvoir, dont l’action doit s'étendre à tous, être toujours présente, embrasser l’ordre social tout entier. Ils élargissent donc considérablement les limites du do-
(1) Tous Les hommes naissent avec le droit de développer et d'employer dans leur plénitude les facultés diverses que Dieu leur a données. Tous doivent recevoir de la société l'éducation selon la vocation, la fonction selon la capacité, la rétribution selon les œuvres. Voilà la véritable doctrine démocratique, légalité véritable, les véritables droits de l’homme (Ibidem, p. x [Préface]).
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maine de l’État, transformé en une vaste association des travailleurs. Non seulement lui revient la répartition des instruments, du travail et du crédit, et l’autorité économique centrale, mais toutes les fonctions et tous les métiers vont devenir des fonctions publiques conférées et rétribuées par l’État qui exerce une direction de tous les instants portant sur tous les modes d'activité. Un tel régime ne peut se passer d'autorité, il le suppose, il l'exige. Il faut donc reconstituer une autorité très forte ; cette autorité sera revêtue d’un caractère théocratique et la partie religieuse de la doctrine prédominera de plus en plus. Les Saint-Simoniens professent d’ailleurs qu'il n’y a pas de milieu possible entre l'autorité et la liberté, pas de conciliation entre la centralisation et l'anarchie. La liberté existe bien sans doute dans leur système mais elle ne consiste à leurs yeux que dans le fait d'aimer ce qu'on doit faire. On voit la différence avec, Fourier pour qui elle consiste dans le fait d’aimer ce qu'on veut faire, ce qui est bien différent. Les Saint-Simoniens se sont d’ailleurs énergiquement défendus de favoriser le despotisme ; ils adjurent les hommes de bénir le joug qui s’imposera à eux par la conviction.
Pour rendre applicables tous ces principes, il faut une transformation absolue et radicale des mœurs, des idées, des sentiments, des intérêts. La réforme mentale doit précéder la réforme matérielle; en d’autres termes, il faut d’abord changer l’homme. C’est ce que Fourier contredit formellement en nous disant qu’il ne s’agit pas de changer l’homme pour l'adapter au milieu, mais de changer le milieu pour l’adapter à l’homme. Il faut inspirer à tous les hommes, développer, « cultiver en eux les sentiments, les connaissances, les habitudes qui doivent les rendre dignes d'être les membres d'une société AIMANTE, ordonnée et forte, préparer chacun d’eux, selon sa vocation, à lui apporter son tribut d'amour, d'intelligence et de force ». Il faut créer entre les hommes cette unité d’action et de pensée que seule peut donner
une croyance religieuse commune. D'où l'importance du problème de l'éducation, la nécessité d’une éducation nouvelle, qui mettra les one individuelles en harmonie avec le but général et qui est, à leurs yeux, l’un des aspects prépondérants du règlement social (r). Et ils distinguent l’éducation générale qui fait l’homme, qui développe en lui l’amour, c’est-à-dire l’amour de l’ordre social impliquant l’obéissance absolue à ceux qui commandent, et l'éducation spéciale ou professionnelle qui fait l’ouvrier et qui dirige chacun selon ses aptitudes vers les fonctions d'artiste, de savant et d’industriel.
L'ère saint-simonienne sera marquée par l’affranchissement complet des travailleurs. Elle sera aussi marquée par l’affranchissement des femmes qui restent « frappées de l’anathème porté contre elles autrefois par le guerrier », et qu’il faut relever de la tutelle à laquelle elles sont soumises. « L’individu social n’a été jusqu'ici que l’homme ; il doit être désormais l’homme et la femme » (Lettre à M. le Président de la Chambre des députés, 1® octobre 1830, de Bazard et Enfantin). Enfin, elle sera marquée par la réhabilitation de la chair.
Toutes ces idées découlent du principe de la perfectibilité infinie, de la croyance au progrès (2) — à laquelle Saint-Simon était déjà attaché — et de la conviction qu'avaient les Saint-Simoniens que l’humanité est soumise à une loi dont la formule peut se réduire à ces termes : tendance vers l’unité de sentiment, de doctrine et d'activité (3). « L'unité systématique », ce qu'ils appellent
(1) Fourier dit de même que « tout serait manqué en Harmonie si on manquait éducation soit en matériel soit en passionnel » (Livre Il, p. 15. S. IT).
(2) Fourier a vivement critiqué cette idée de Derfectibilité indéfinie des Saint-Simoniens. — Et pourtant on retrouve chez lui, comme chez les Saint- Simoniens, la notion du « développement successif de lhumanité ». C’est Fourier qui nous parle du « mouvement social » qui « répugne à l’état stationnaire et tend au progrès » (Nouveau monde, p. 418), et qui nous dit que « notre destinée est d’avancer ».
(3) Fourier aussi croit à « l’unité universelle » (c’est le titre d’un de ses ouvrages).
DS pompeusement « l’unité absolue de l'être », est le principe général de la doctrine. Cette unité, ils veulent l’introduire partout : entre l’homme et la femme formant l’individu social — entre la chair et l’esprit formant l'individu humain — entre Le pouvoir spirituel et temporel — entre la religion et la politique, entre la doctrine et l’action.
Ainsi les ressemblances entre les Saint-Simoniens et Fourier sont plus grandes sur certains points que celles entre Fourier et Saint-Simon ; sur d’autres, au contraire, des analogies, que nous avons constatées, qui existaient entre Fourier et Saint-Simon, disparaissent chez les Saint-Simoniens. Sur la critique du présent, Fourier et les Saint-Simoniens se rencontrent, ils se rapprochent, je dirai même : ils se confondent. Mais ils s’éloignent sur l’organisation de l’avenir — bien plus encore que Saint-Simon ne s’éloignait de Fourier — en aggravant ce que le système de leur maître avait déjà d’autoritaire et d’industrialiste.
Les deux systèmes présentent pourtant ce caractère commun qu’ils ont l’un et l’autre comme but l’association. Mais, comme M. Gide le fait observer, les Saint- Simoniens cherchent la solution des questions sociales dans la socialisation plutôt que dans l'association universelle, ou, comme dit Transon, l'association politique générale. Fourier leur oppose « l’assotiation domestique » ou « le ménage ». Par lequel de ces deux termes extrêmes faut-il aborder le problème de l'association? En d’autres termes, l’unité doit-elle venir d'en bas ou d’en haut? Là est la divergence fondamentale entre Fourier et les Saint-Simoniens (1).
(1) Le philosophe Saint-Simon préche Passociation universelle ; fadaise sans portée. La vraie association humaine, pratique et restreinte à un petit groupe, c’est le Phalanstère (Fourier).