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pour qu’on puisse sentir sa valeur comme applhcation, et qu’elle a été coordonnée au point d’en rendre l’exposition simple et facile, les progrès vont être d’une extrême rapidité », écrivait d’'Eichthal, 28 novembre 1829, à Stuart Mill. C’est en effet ce qui se produisit et dans l’automne de 1830, l'impulsion donnée à la doctrine par la révolution de juillet fut telle qu’elle nécessita un grand développement matériel et que la doctrine prit une très grande extension. Le Globe, que les Saint-Simoniens avaient pris aux mains des doctrinaires et qu'ils avaient continué, avait été fort bien accueilli; d’ailleurs les Saint-Simoniens ne reculaient devant aucun sacrifice pour accroître le nombre de leurs adhérents. Au bout de quelque temps on avait supprimé l’abonnement et on envoyait le journal à quiconque en témoignait le désir. Des brochures, des ouvrages destinés à propager la doctrine étaient imprimés et distribués gratuitement. Des réunions hebdomadaires avaient été instituées; puis d’hebdomadaires elles n'avaient pas tardé à devenir quotidiennes ; des enseignements avaient lieu à Paris à l’Athénée, au faubourg Saint-Germain, au Grand Centre, à la salle Taitbout et chaque branche de l’enseignement de la doctrine avait son jour d'exposition. Des missions parcouraient les provinces. En Belgique même, l’église avait six centres. La doctrine, avait grâce à cette propagande extraordinairement active et chaleureuse, fait des progrès tels que les plus ardents et les plus convaincus de ses adeptes n'avaient jamais osé l’espérer. « Ils se croyaient à la veille de conquérir le monde(1). » On ne s’étonnera donc pas qu’ils n’aient point répondu aux appels que Fourier leur adressait, le moment était vraiment mal choisi. Il est vraisemblable que ces succès, cette vogue du saint-simonisme que les amis de Fourier lui signalaient, et que lui-même, qui avait assisté à quelques séances saint-
(1) Carnot.
simoniennes, avait bien été obligé de constater (rt), ne firent qu’accroître son animosité contre les Saint-Simoniens. Il s’irritait de voir que « sans aucun examen on ajoutait foi à leurs simagrées de philanthropie.. » qu’on leur fournissait des capitaux, que les journaux prônaient leur doctrine, ou tout au moins parlaient d’eux, ne fût-ce que pour les discuter ou les combattre. « Notre siècle qui se dit positif, écrivait-il, accueille gravement toutes les fadaises; on voit la jeunesse aller pendant une année entière étudier aux prêches saint-simoniens la nouvelle politique de donner tout son bien aux prêtres de la rétrogradation(2). Sans doute, les dogmes de Saint-Simon étaient absurdes, « en attendant la secte se grossissait avec facilité (3) ».
Fourier était dégoûté et aigri; : sa mauvaise humeur s'était changée en une aversion haineuse ; une rancune s’amassait en lui, une bile amère. Ses lettres retentissent désormais de ses plaintes et de ses récriminations; on sent à chaque ligne le parti pris, l’acrimonie, l'accent de rancune. On dirait que Fourier a des injures personnelles à venger. En réalité, il fait expier aux Saint- Simoniens les espérances trop vives et trop promptes que naïvement il a mises en eux.
Ses amis cherchaient à le bee Ct) Maisil prenait en
(1) « Les Saint-Simoniens, écrit-il, ont une énorme vogue et pourtant ils n’ont ni moyens ni doctrine. »
(2) Pièges el Charlatanisme, p. 9.
(3) « Pour justifier cet accueil fait au charlatanisme, on répond: Le siècle a besoin d’innovation en politique industrielle : le besoin en est si généralement senti qu’on incline pour tout ce qui a une teinte de nouveauté, mais rien n’est plus éloigné de la nouveauté que les antiquailles démagogiques remises en scène par Owen et Saint-Simon qui dévorés de l’envie de former secte et ne sachant rien inventer ont réchauffé et replâtré les visions les plus ridicules des anciens sophistes et des athées de l’autre siècle » (Manuscrits).
(4) « Ne vous lassez pas, écrit Gabet à Fourier, de combattre les obstacles et vous les surmonterez. Regardez les peines que tous les hommes de génie, quand ils étaient comme vous supérieurs à leur siècle, ont eues pour se faire comprendre et renverser les préjugés qui les empêchaient de répandre leurs lumières; mais avec la patience et le temps ils sont venus à bout de leurs desseins » (12 juillet 1830).