‹ De Henri de Saint-Simon à Charles FourierChapitre 21 sur 79 · RENE · texte numérisé non relu

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crits porte en sous-titre « protestation contre les plagiats et les pièges des 2? sectes] (x). k Fourier se propose dans cette brochure d’exposer, en regard des erreurs et de l’absence de théorie qu'il si- gnale chez ses rivaux, les conditions et les moyens de l'association véritable « de l’association intégrale » que lui seul connaît, dont il a seul donné une « théorie régulière, pleine et sans lacunes, abordant et résolvant tous , problèmes, posant hardiment ceux devant lesquels ont reculé tous les économistes. » Il indique d’ailleurs lui- -même dans une lettre à Muiron ce qu’il a voulu faire : « .… j'expose fort gaiement dans un court préambule l’absurdité de leurs bases théocratie et mainmorte et le charlatanisme de leur manière ampoulée ; ensuite, j'en viens à leur plagiat... avant de disséquer leur théorie et leur tactique, j'ai employé trois articles à faire connaitre en abrégé les deux sciences qu'ils veulent m’enlever ; ensuite, j'examine leurs astuces. » Tel est le plan général de Fourier ; entrons maintenant dans le détail.

« Les Saint-Simoniens et les Owenistes se flattent de savoir associer ; ils ignorent que pour y réussir, il est seize problèmes, seize conditions à remplir. Leurs méthodes, leurs doctrines, loin de satisfaire à aucune des seize conditions opèrent toutes à contresens. » Ils ignorent la solution de tous ces problèmes, c’est-à-dire le premier mot de la question, ils prétendent qu'ils veu-

(x) Gette brochure est actuellement presque introuvable. On lit dans le catalogue raisonné des publications de l’école sociétaire : « P. et O. des Sectes O. et St S. Br. in-8°, Paris, 1831, Cet écrit entièrement épuisé, sera réimprimé à la fin du dernier volume des œuvres complètes. Ce pamphlet est très intéressant quant aux questions de science et de doctrine ; mais les éditeurs et les disciples de Fourier n’entendent point épouser certaines exagérations et certaines accusations dirigées par l’auteur contre les intentions d'hommes aussi recommandables que M. Owen et aussi honorables que l’étaient la plupart des chefs du Saint-Simonisme. L’auteur, du reste, était revenu plus tard sur ses premières opinions à ce sujet » [ce qui d’ailleurs est tout à fait inexact]. Voici la liste des chapitres : Préambule sur le ressort sociétaire exposé sur le faux progrès — association intégrale — progrès réel, son échelle — résumé sur les astuces des 2 sectes — proposition d’une société de progrès réel.

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lent fonder l'association ; « mais ils ne disent même pas laquelle des trois. Est-ce la demie, ou la simple ou la composée ? » Ceci indique le ton général de l’ouvrage qui, bien que dirigé à la fois contre Owen et les Saint- Simoniens, ne vise guère que ces derniers ; c’est contre eux que Fourier s’acharne, et l’on peut dire que c’est contre eux que l'ouvrage est fait(r). Il les invective avec une merveilleuse abondance. Ce sont « des saltimbanques philanthropiques » (p. 5), des « charlatans ascétiques dignes du x° siècle, des schismatiques suspects et dangereux, des captateurs d'hoiries et de patrimoines, des plagiaires dogmatiques n’ayant aucune idée de leur crüû, des caméléons spéculatifs changeant dix fois de systèmes, des cosaques scientifiques pillant et travestissant les idées d’autrui » (p. 47), des frelons scientifiques, des « hérésiarques fardés de philanthropie, trompant méchamment le siècle en lui promettant les deux bienfaits dont il a besoin », leurs doctrines ne sont guère mieux traitées, ce sont « destartufferies philanthropiques, des billevesées de progrès imaginaire, des jongleries, des lubies ascétiques, des caricatures de prophétie » (p. tr), « des oripeaux d’hérésiarques féconds en belles phrases. » Ils ne savent pas comment s’y prendre pour associer. « Ils tombent à chaque pas dans des erreurs choquantes, faute de connaître l’industrie attrayante. On voit leur journal déclamer trois cent soixante fois sur ou contre les oisifs (à chaque numéro du Globe) (2), et ils restent eux-mèêmes dans une oisiveté coupable, ils prétendent connaître l’art d'associer les travailleurs, mais ils ne veulent faire aucun essai, aucune démonstration expérimentale de leur savoir. Du reste, ils n’ont « aucune intention de fonder

(x) « En passant d’Owen à Saint-Simon, vous tombez de Charybde en Scylla. Owen essaie. Saint-Simon rien. »

(2) « Les riches ne veulent pas travailler, nous dit la secte simonienne qui ne saurait écrire une phrase contre la richesse oisive. Si elle est oisive c’est parce que nos sciences m'ont pas su inventer le mécanisme d'industrie attrayante... » Bon sens, 1838, 20 août.

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l'Association, ni d'opérer le progrès ». S'ils avaient voulu associer, ils le pouvaient ; et même s’ils le voulaient ils le pourraient encore, ils y gagneraient « brillante fortune et lustre éclatant » (p. 47). Ils n'auraient pour cela qu'à accepter les propositions de Fourier qu’ « il leur a plu de dédaigner » (1); « au lieu d’accueillir la voix du progrès réel qui leur était offerte », ils ont préféré la carrière banale des critiques politiques, des captations d’hoiries, leur pathos superstitieux, leur ascétisme démagogique, leurs schismes, et germes de guerre civile », et ils n’ont rien fait, ils n’ont pas « opéré » comme dit Fourier ; malgré toutes les facilités qu’ils en avaient, ils n’ont fait «aucun bien réel », ils n’ont « introduit aucune grande amélioration généralement reconnue ». Owen, qui n’était guère plus fort qu'eux, a lui du moins tenté un essai, essai qui n’a pas réussi, et quine pouvait pas réussir. Les Saint-Simoniens « plus rusés » avec une clientèle décuple du nécessaire « ont eu l’habileté de n’en rien faire et d'esquiver toute épreuve en association industrielle », « brillants en paroles, ils craignent d’échouer en action » au lieu d'aller directement au but, ils gagnent du temps, ils disent qu’il faut avant d'associer prêcher la doctrine par toute l’Europe (2) (p. 27). Mais ce n’est là qu'un prétexte. La vraie raison de leur inaction est qu'ils ignorent tout des conditions de l'association. Aussi se contentent-ils de promettre vaguement une association théocratico-démagogique sans dire comment seront distribués les travaux agricoles et domestiques, c'est-à-dire en oubliant l'essentiel, la base qui doit « s'appliquer avant tout aux trois fonctions agricole, domestique et manufacturière, amalgamées combiné-

(x) D’ailleurs Fourier leur propose de mettre au concours l'invention du procédé. « Si donc les Saint-Simoniens et les Owenistes ou autres sectaires avaient voulu faire franchement l’association, ils auraient mis au concours l'invention du procédé, le mécanisme des passions et instincts, attractions et répugnances, accords et discords.. » (Manuscrits).

(2) Ils veulent fonder la cité universelle et ne savent pas fonder le petit canton sociétaire (Manuscrits).

ment et exercées par des masses très nombreuses. » Ils séraient d’ailleurs bien embarrassés de le faire, car ils sont condamnés à cette alternative ou bien « d'essayer une association industrielle sans suivre la méthode de Fourier» —etalors«ils tomberont à plat commeOwen »—., ou bien d'adopter sa méthode ou tout au moins de la « piller en toutou en partie » (1), — et c’est la seule façon pour eux de réussir car il n'existe pas deux méthodes d’association mais une seule, celle que Fourier a découverte, la méthode naturelle dont l'invention lui appartient. Mais Fourier veille : il signalera le plagiat, qui sera « confondu par un traité publié en 1822 avant qu’il n’existât des Saint- Simoniens, et un plus récent de 1829 intitulé le Nouveau Monde » ; Fourier se rassure d’ailleurs en pensant qu’ «ils : ne manqueront pas s'ils le plagient de faire beaucoup de fautes de mécanisme, d’attraction industrielle », à moins qu’ils ne l’appellent lui-même « pour inspecter les dispositions. »

Et pourtant il est inquiet. Il attribue aux Saint-Simoniens les projets les plus ténébreux : N’a-t-il pas en effet reconnu « à divers indices que les Saint-Simoniens méditent de s'emparer de la théorie d'industrie attrayante ou

(1) « Mais un contre-tems les gêne : le véritable inventeur du régime sociétaire existe L’impossibilité de travestir sa théorie de l’industrie attrayante réduit la compagnie saint-simonienne à temporiser tant que l'inventeur existera et pourra signaler le plagiat. Elle gagne du tems ; elle distrait l’attention par une intrigue de schisme religieux, par des doctrines théocratico-démagogiques, par des incursions dans la politique du jour, le tout en attendant la mort de l'inventeur. Lorsqu'il ne pourra plus réclamer, la secte simonienne s’évertuera à remanier son invention et s’approprier la théorie du mécanisme sociétaire et du quadruple produit. De là vient qu'ils n’osent pas faire une tentative d’association sur un canton agricole de 300 à 4oo familles ni même proposer cette épreuve décisive : ils seraient dans l’alternative de voir leur établissement tomber comme ceux d’Owen, qui étaient en tous points à contre-sens de la nature ou de mettre en pratique la méthode naturelle, sa distribution en séries de groupes contrastés, méthode dont l’inventeur les confondrait comme plagiaires d’un procédé publié avant l’existence de leur secte et annoncé depuis plus de 20 ans (Extrait d’un manuscrit intitulé : Réfutation contre les plagiats de la société saint-simonienne et proposition d’une société de réforme industrielle qui réalisera les biens que les sophistes n’osent pas promettre, le quadruple produit et l’industrie attrayante, fruits de la véritable association).

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