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art d'associer dont il est l'inventeur... c’est une mission de piraterie ; ils attendent qu’un accident quelconque, un décès prématuré les favorisent dans le larcin projeté de sa méthode » (p. 5). Aussi Fourier veut-il dès maintenant les démasquer ; « entrevoyant les intentions de ces corsaires je proteste contre eux et vais signaler leurs intrigues » (p. 9). Il dénonce donc leur plan et leurs mobiles.
« Leur but secret est d'attaquer la religion catholique : c'est là ce qui rallie leurs partisans » (1) (p. 10). Le plan des Saint-Simoniens, pour arriver à leurs fins, peut se diviser en deux parties : l’une politique et l’autre dogmatique (p. 52). Au point de vue politique, Le but des Saint- Simoniens serait de « s'emparer de la moitié des donations etlegs qu’obtenait annuellement le clergé de France avant juillet 1830 » (2), «Les donations s’élevaient de qua-
(x) Leur doctrine, ou plutôt leur semblant de doctrine, est un « masque, une intrigue dont le plan paraît être de renverser la religion catholique, de lui enlever au moins la moitié de ses sectaires et par suite d’exciter des troubles qui ménageraient aux prêtres saint-simoniens quelque moyen de s’emparer du gouvernement ; en attendant, ils se créent des places d’évêque bien payées, diton, par les donations de quelques dupes; il en faut de riches pour subvenir aux frais énormes de cette nouvelle mission » (p. 11). « Les patrons secrets de la secte, les esprits forts ont l’espoir de réaliser le yœu des encyclopédistes : écraser l’in-
“fâme. Aussi voit-on que cette secte est poussée, soutenue par des personnages qui gardent l’incognito » (p. 6x) et encore: « la Religion est réellement menacée par le Saint-Simonisme qui ne déguise pas son projet de la détruire. Les Saint- Simoniens n’ont rien de menaçant pour la philosophie; ils en remanient les dogmes et c’est une philosophie de plus » (Réponse à la Gazette de France).
(2) « Ladite secte, au nom de son dieu, se crée des fonctions de papes, cardinaux, évêques et curés d’un schisme tendant à établir le plus obscurant des gouvernements la THÉOCRATIE et à ressusciter le plus odieux des rites féodaux, la MAINMORTE, générale et même en ligne directe. De par ce nouveau Dieu, la secte, dans un transport d’amour et de sympathie, somme les Parisiens de lui livrer leur fortune, hoirie ou patrimoine, peu importe; elle prend tout indistinctement et elle accorde une petite pension viagère à tout bénin disciple, à tout badaud qui lui a remis sa fortune. Les Saint-Simoniens appellent cela organiser : oui, leur bourse. En outre, ils veulent s'emparer du gouvernement et des finances, diriger les rois et peuples, fournir un conseil superposé aux ministres. Ils offrent aux savants une part au gâteau de cette cupide association. Préface, p. nr. Ils se créent (les Saint-Simoniens) des canonicats oratoires, des papautés et épiscopats qu'il faut alimenter par des intrigues peu honorables » (Manuscrits).
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tre à cinq millions par an et aujourd’hui que le clergé paraît avoir perdu de son influence, les Saint-Simoniens ont d'autant plus de chances pour obtenir chaque année dans la seule France deux millions et plus en donations de patrimoines ou d’hoiries qui ne leur coûteront que du pathos oratoire, qu’un GONFLEMENT d'amour et de sympathie pour les bonnes bourses » (p. 52) (1).
« Leurs moyens sont au nombre de trois » (et nous retrouvons ici les divisions et subdivisions chères à Fourier); ils veulent séduire les femmes, les savants, les artistes et les industriels, aussi ne sont-ils occupés qu’à les flagorner ; en réalité, ils leurrent ces trois classes et ils n’ont aucune connaissance de ce qui peut les satisfaire. Ils les « amorcent par quelques perspectives d’émancipation et d’avènement à un rôle qu’on ne fait pas entrevoir, qu’on dissimule avec soin. » Ils veulent « exalter l'imagination des femmes en les élevant au rôle de papesses, cardinales, évêquesses, rôle à l’appui duquel une jolie femme gonflée d'amour et de sympathie (cette plaisanterie revient souvent sous la plume de Fourier) pourra facilement capter les patrimoines des jeunes héritiers majeurs et les héritages des barbons tombés en enfance. » « Quand ce nouveau ressort de moisson sera mis en jeu, la récolte annuelle sera peut-être plus copieuse que celle du clergé français avant juillet ; mais la secte n’est pas encore assez forte, il faut temporiser...…. ils veulent gagner du temps, bien étayer leur intrigue avant de mettre
(1) Fourier va même plus loin dans des notes manuscrites, il ne s’agit plus seulement d’un envahissement politique mais d’un « envahissement universel » que la secte saint-simonienne « médite sous le nom d’association ». « Elle tend, écrit Fourier, à la quadruple invasion des pouvoirs existants : 1° pécuniaire (tout absorbé en 30 ans); 2° politique (conseil superposé, élections, banques); 30 industrie (estimer capacités arbitrairement) ; 4° intellectuel (sous masque de hiérarchie. » Encore Fourier spécifie-t-1l que « dans cet exposé du plan saintsimonien » il se borne à signaler « l’envahissement notoire » et qu’il « néglige les on-dit : le plan de baillon universel » — « l’accaparement des journaux ! a été assuré, ne garantis pas; seulement on connaît l'esprit théocratique saintsimonien de baïllon. »
en jeu le ressort des grands miracles, les jeunes prétresses » (p.53). Et pourtant toutes les flatteries qu’ils prodiguent aux femmes ne servent de rien ; les Saint-Simo- niens ont mal jugé de ce qui peut leur plaire, « surtout quand ils lesastreignent à subirune inspection sacerdotale dans leurs capacités et dans leurs œuvres ; cela ne favoriserait que le petit nombre, que les plus jolies » (p. 55).
La secte saint-simonienne n’a pas été plus habile avec les savants et les artistes. L'organisation sociétaire réservera au monde savant « des perspectives autrement brillantes qu’un triste avenir de soumission à des théocrates à qui il devrait de viles complaisances pour aider leur machiavélisme, et de basses flatteries sur le gaspillage des hoiries versées entre leurs mains » (p. 56).
Quant aux industriels, ils ne sauraient être heureux en dehors du mécanisme de travailattrayant que le régime saint-simonien est incapable de réaliser.
Pour ce qui est de la partie dogmatique, Fourier, qui, signale le goût des Saint-Simoniens pour les « trinités grotesques », la résume sous ces trois titres : « théocratie fardée de sympathie et d'amour, mainmorte ressuscitée et généralisée, loi agraire en variation en mode consécutif », eten dénonce la misère doctrinale. D'abord, les Saint-Simoniens n’ont pas une seule idée neuve et personnelle : ils sont « stériles en génie personnel et en raison ».
« Au lieu de faire des recherches exactes, ils ont mis en scène quelques antiquailles démagogiques replâtrées, quelques haillons d’athéisme et de théocratie qu’ils ont donnés pour l’art d'associer » (Manuscrits). « Sur tous les points leur doctrine heurte la raison et la nature » (p. 62); « alors que « le vrai progrès doit faciliter l’essor « des passions, le régime saint-simonien les étouffe en « tous sens »; c’est ainsi qu’en voulant supprimer lhéritage ils détruisent l’affection paternelle, l’une des plus fortes qui existent ; ils étouffent l’ambition et l’émulation, car quel stimulant un homme âgé trouvera-t-il dans ses