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d’un nuage d’encens derrière lequel la réalité apparaît plus ou moins vaguement, embellie et poétisée. Mais quelle que soit la différence des noms, ou des manières, ce sont bien les mêmes rêveries monstrueuses qu’on retrouve. De même, l’omnititre de Fourier qui à par droit de nature la régie passionnelle de sa phalange, qui en sera le premier personnage en hiérarchie harmonique, et jouira de dividendes et de bénéfices attachés à ce rang, l’omnititre qui est, au dire de Fourier, « comme un, diamant passionnel et le foyer de toute perfection », «le suromnititre qui a la singulière propriété de découvrir presque d'inspiration les lois de l'harmonie », peut-être ne serait-il pas difficile de reconnaître les liens d’étroite parenté qui les unissent au pape saint-simonien, dont l’omniarque harmonien qui éfend son autorité sur tout le globe, qui est le commandant suprême des armées industrielles et e réqulateur de la production ne diffère pas non plus beaucoup. Les hauts titres où âmes susceptibles de liens grandioses et d’aptitudes à la direction générale rappellent le prêtre saint-simonien. Et il est très vraisemblable que les Saint-Simoniens n’ont pas ignoré la « noblesse amoureuse »(1) de Fourier,et quele prêtre confesseur Enfantin, prêtre « androgyne » qui attire et harmonise les hommes par l'attrait des sens se souvient du confesseur sympAthsste de Fourier.
Je ne crois pas qu’on puisse contester que « la morale nouvelle » dont rêve Enfantin est empruntée à Fourier. La critique de l’inviolabilité du mariage, de la « loi de
(x) « En harmonie la célébrité en amour peut conduire au trône du monde et aux fonctions les plus brillantes et les plus lucratives. On appelle en harmonie noblesse d’amour la classe des âmes fortes et raffinées qui savent subordonner l’amour aux corivenances de l’honneur, de l’amitié et des affections indépendamment du plaisir. Cette classe... se considère comme noblesse amoureuse. Elle envisage comme rotures tous ceux qui sont assez faibles pour ne pas connaître l’esprit libéral en amour et rester philosophiquement égoïstes pour sacrifier à l’amour le [ici un mot illisible] de l'honneur et de l’amitié en faveur de qui doit pencher la balance selon la loi de nature énoncée, prologue vestalique 5e section, Fragments et notes sur l’Amour, p. 384. La Phalange, Irê série, 8.
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fidélité » qui ne tient pas compte des instincts profonds de la nature humaine, qui donne naissance à l’adultère et à la prostitution, est faite en termes presque identiques chez les Saint-Simoniens et Fourier. Des unions définitives ou temporaires que rêvent les Saint-Simoniens, résulte dans leur système, — comme dans celui de Fourier — un profit pour les individus comme pour la société (1).
[l'est donc absolument hors de doute: qu'on rencontre dans Fourier et les Saint-Simoniens de très nombreuses
ressemblances. Doit-on pour cela crier au plagiat, comme
le fait Fourier, à chaque instant. Sont-ce des emprunts, c’est bien possible — et c’est même probable, mais il est difficile de l’assurer. — Ce qui est sûr, c'est qu’il y a d’évidentes analogies. Il est possible qu’il y ait coïncidence ; il est possible également qu'il y ait réminiscence et adaptation, et c’est ce qui s’est produit presque certainement pour tout ce qui concerne l’amour, les femmes et la morale. Il est pas niable que «la politique galante » de Fourier et ses «libertés amoureuses », ce que P. Leroux appelle « la moelle de Fourier » aient eu la plus grande influence sur la transformation du saintsimonisme par Enfantin ; il est infiniment moins certain qu’on doive en partie à l'influence de Fourier la transformation du positivisme saint-simonien du Producteur en panthéisme métaphysique, comme le déclare également P. Leroux. Sur ce point l'influence de la philosophie allemande est à mon avis beaucoup plus nette que celle de Fourier.
Que quelqu'un parmi les Enfantiniens — Enfantin ou bien un autre, — ou même plusieurs autres — ait lu Fou-
(x) Ils (les passages de légions d’un et d’autre sexe) donnent lieu à tous les couples d’amants de conclure des tréves de quelques jours, lesquelles trêves ne seront point réputées infidélité, pourvu qu’elles soient régulières, consenties réciproquement après tout et enregistrées, dès le lendemain de la variante, en chancellerie de la cour d'amour afin de démentir l'intention de fraude cachée
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rier et s’en soit inspiré, c’est très vraisemblable. Ainsi donc, les emprunts saint-simoniens, dont il s’agit seulement de délimiter l'importance, ne sont pas douteux. Mais somme toute, ils sont assez restreints, quoi qu’en dise Fourier, et si le maître reconnaissait souvent chez les autres ses idées, elles étaient parfois si défigurées que ses disciples eux-mêmes se refusaient obstinément à les reconnaître. Un de ces derniers, dont on ne peut suspecter l’orthodoxie, écrivait avec ironie : «Et ces hommes (les Saint-Simoniens) ont la bonhomie de croire que leur sympathie c’est l'attraction de Fourier. Il ÿ en a bien qui sont allés jusqu’à dire que la hiérarchie de Saint- Simon c'était la série de Fourier. » Il n’y a pas que les Saint-Simoniens qui le disaient, car Fourier se plaint qu’on ait pillé tout cela chez lui. « Quant aux sympathies, écrit-il, c’est chez les Saint-Simoniens travestissements de mes calculs d'attraction... ils me prennent la hiérarchie au lieu de série (1).
Ainsi, Fourier le reconnaît lui-même : les Saint- Simoniens travestissent sa doctrine, ils l’adaptent, et il avoue d’ailleurs naïvement qu'il ne s’en plaindrait pas si les Saint-Simoniens puisaient dans sa théorie des « doc- « trines complètes », mais ceux-ci, qui « ne cessent de « marauder sur ses traités » y prennent «des lambeaux », « des pierres d’attente », des parcelles qu’ils amalgament « avec leurs doctrines tout opposées (2) » — et ceci est parfaitement exact.
(1) Fourier écrit le 13 février 1831 : « Les Saint-Simoniens dans le Globe d’hier s’émancipaient déjà à parler de séries; on voit qu'ils voudraient s’habituer à prendre le mot, s’en emparer pour ensuite s'emparer de la chose. C’est dommage pour eux que j’en aie imprimé la théorie en 1822 et qu’il existât des Saint-Simoniens. »
(2) Fourier écrit encore, très justement: « Vos doctrines étant l’opposé des miennes, les vôtres étant doctrines d’oppression, de statuts répressifs, coercitifs, moraux, et les miennes étant méthode d'attraction, de plaisir, d’impulsion naturelle, je ne peux pas avoir dit que votre système d’éléments sociaux soit un plagiat fait sur moi! J’ai déclaré au contraire que les sectes et le théories Owen, Saint-Simon, Bellers, Combe, Rapp, Wright, les Secoueurs, les quakers, les coopératifs, étaient en hostilité avec la nature. C’est assez
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Que font les Saint-Simoniens ? Ils « grapillent » des bribes du programme de Fourier au dire même de celuici (r), mais ce sont de « menus plagiats » il le reconnaît lui-même, comme les fouriéristes le reconnaissent également; admettons même qu'ils lui font de larges emprunts mais ceux-ci de l’aveu même de Fourier s’ils sont pleins d’impudence le sont plus encore d’incohérence. — Dans l'innocence de leur cœur les Saint-Simoniens n’oublient qu'une chose, celle que Fourier ne voudrait point qu’ils oubliassent, le support central(2), l'organe vivant, le nœud du système, « le moteur général » de ces pièces diverses
dire que je m'isole de leurs doctrines bien loin de les revendiquer. Ce que je vous reproche à bon droit, c’est d’avoir emprunté mes titres « association et progres » pour les appliquer à vos méthodes ennemies de l'association industrielle et du progrès réel... Nos plans, nos moyens sont, vous le voyez, si différents que loin de réclamer contre vos plagiats, je serais dans le cas de les désirer, si vous vouliez effectuer l’association industrielle, celle des cultures, fabriques ménagères, car vous ne pourriez y réussir qu’en adoptant ma méthode de la mécanique d’industrie attrayante ; il me resterait l’honneur d’invention et à vous les honneurs et bénéfices d’exécution. ...Tel serait l’effet de ma méthode dont vous empruntez certains titres et parfois quelques ressorts. C’est ce que vous avez fait au sujet des adoptifs continuateurs d’industrie, coutume qui n’est pas applicable aux sociétés civilisées. En vous l’appropriant, vous commettez un plagiat de disposition secondaire mais non pas élémentaire » (2 octobre 1831). Projet de réponse de Fourier qui ne fut jamais envoyé.
(1) Vous avez vu par cette lettre combien les Saint-Simoniens sont plagiaires de mots, d’idées, et de rameaux de ma théorie qu’ils veulent calquer par leur baragouinage de sympathie’ et d’hiérarchie. Ce que je leur reproche, c’est ‘de ne pas piller le fond, de tâtonner et piécoller sur de menus plagiats DÉNATURÉS, je voudrais qu’ils s’emparassent franchement du fond, qu'ils fissent une application de l’agriculture à une masse vraiment sociétaire. Ils verraient bien vite qu’elle ne réussit que dans les détails où elle se rapproche de ma méthode. Lettre du 24 septembre 1831 à Considérant.
(2) Lechevalier disait aux Saint-Simoniens : Qu’importe qu’en face de cette conception si large et si complète, les Saint-Simoniens, tout en attendant la femme, s'amusent à fureter autour des livres de M. Fourier et grignotent les rognures de la:théorie sociétaire pour les enseigner ensuite en balbutiant au nom du progrès ? Qu'importe cet étroit système de larcin et d'emprunt, sans titre ni garantie. Hommes de tätonnements et de circuit, rafistoleurs de systèmes et ravaudeurs de doctrines, il n’y a entre nous qu’une question. Acceptez-vous toute la méthode de M. Fourier? Oui ou non. Accommodeurs, il n’y a pas de juste milieu ici. Entre oui et non, je vous le dis, il y a la nullité et non pas le progrès. Acceptez-vous la méthode ? Alors faites un progrès et transformez-vous. Science sociale, p. 298.
qui isolées sont dans l'impossibilité absolue de marcher. Aussi Fourier déclare-t-il que sa méthode n’a « aucun rapport avec les monstruosités théocratiques et démagogiques des Saint-Simoniens » (Pièges et Charlatanismes, p- 4 et 5 (1). On ne peut donc, de l’aveu même de Fourier, que parler d’adaptation et il ne reste véritablement pas grand’'chose des accusations virulentes qu’il lançait contre ses concurrents.
A quoi bon dès lors tant crier ? A quoi bon un tel flot d’injures (2) ? D'ailleurs si les Saint-Simoniens ont pris quelque chose chez Fourier — et ça ne peut être que ce qui concerne les femmes et l’amour — ils en ont été bien punis car c'est là ce qui les a perdus. « Sivous n’acceptez pas la doctrine de Fourier tout entière, disait J. Lechevalier dans une de ses conférences aux Saint-Simoniens, vous n’avez rien à prendre; — ce que vous prendriez serait un poison mortel pour vous-mêmes. » Il avait raison ; sans doute le savait-il par expérience.