‹ De Henri de Saint-Simon à Charles FourierChapitre 37 sur 79 · RU · texte numérisé non relu

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enseigné naguère ». Car Enfantin ne fait que tirer logiquement toutes les conséquences des principes qu'ils ont ensemble enseignés d’accord sur la réhabilitation de la matière et l'avenir religieux de l’humanité.

Lechevalier concluait que la saint-simonisme, qui allait continuer dans la mauvaise voie où il s’était engagé, y échouerait fatalement : « 1° parce qu'Enfantin voulait trôner avant le temps et qu’il marchait vers le pontificat avant que cette question füt éclairée; 2° parce que les Saint-Simoniens n'étaient pas encore en mesure soit en hommes, soit en doctrines. soit en capitaux, de réaliser sur une grande échelle; 3° parce que les théories sur la femme et le pouvoir indiquaient par les dernières conséquences du dogme posé, que tout devait être de nouveau élaboré et modifié; 4° parce que l’appel de la femme n’était point fait d’une manière convenable et avec une conception morale acceptable; Enfin, parce que la liberté humaine et la dignité personnelle seraient complètement anéanties si pareilles idées étaient jamais adoptées » (lettre, p. 28 et 29).

On sent nettement déjà dans ces critiques l’influence de Fourier. Jules Lechevalier ne cache d’ailleurs pas que sa brochure a surtout pour but de faire connaître Fourier aux Saint-Simoniens (1).

Le simple écrit de Transon aux Saint-Simoniens (à Paris, chez Everat, 1° fév. 1832, broch. de 32 p.) a un caractère encore plus nettement et plus directement fouriériste. Transon n’a pas quitté le saint-simonisme en même temps que Lechevalier. Il en est parti parce qu'ayant assisté aux premiers essais de réalisation et ayant constaté leur peu d’efficacité, il est convaincu que

(x) Si je n'avais voulu qu’écouter mon propre désir, et même obéir à la loi de mon esprit, je me serais voué longtemps à la méditation et à l'élaboration des idées que je vous expose aujourd’hui ; mais l’urgence de la situation saintsimonienne m'a décidé à vous parler et, je vous le répète, c’est parce que j'ai vu dans le système de M. Fourier, même pour ceux qui ne l’adopteraient pas, une raison suffisante de se détourner des préoccupations saint-simoniennes, que

J'ai voulu immédiatement vous les faire connaître et attirer sur lui votre attention,

la doctrine saint-simonienne est impuissante à réaliser l’association. Il énumère les raisons de cette impuissance et indique ensuite la vérification scientifique très simple et très facile à laquelle doit satisfaire toute doctrine d’association ; il termine en montrant comment les Saint- Simoniens pourraient commencer immédiatement à réaliser association. Tel est le plan général de la brochure: Entrons maintenant dans le détail.

La plupart des critiques de Transon portent sur la question de réalisation. « Aussi longtemps que nous n'avons eu rien autre chose à faire que d'annoncer une transformation religieuse de l'humanité, j'ai donné en plein dans l’erreur générale qui nous faisait croire à tous - que Saint-Simon nous avait légué la science universelle, l’organisation de l’industrie et la RELIGION définitive, mais depuis que nous sommes entrés dans l'ère de réalisalion, mon illusion s’est nécessairement dissipée, soit par Péveil que m'avait donné J. Lechevalier, soit par l'impuissance où est la doctrine d’Assocrer réellement les hommes, impuissance qui devenait chaque jour plus manifeste pour moi. » Ce qu'il faut faire c'est organiser le travail pacifique ; or, comme l’a dit Transon à Enfantin en se séparant du saint-simonisme : Saint-Simon n’a produit aucune idée neuve sur la nature et les destinées de l'individu, non plus que sur les relations intimes de l’homme et de la femme, sa doctrine ne peut donc fournir aucun procédé nouveau, aucune conception originale d’association(1); « elle nous laisse dans l’impuissance de rien réaliser comme association qui ne soit une copie du passé » (p. 5). D'ailleurs, les Saint-Simoniens ont-ils des travaux industriels communs ? « Il est trop clair qu’ils n’en ont pas et pourtant ils se croient associés. » La vérité est que l’industrie est comme la femme « sous le joug abrutissant de la morare chrétienne », de cette morale qui fait de la constance un devoir essentiel et uni-

(x) Phrase qui sert d’épigraphe à la brochure.

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versel(r) (on sent ici l’influence de Fourier très nettement). Et Transon développe cette analogie(2) en s’inspirant de la théorie des instincts fondamentaux : constance et mobilité qu'Enfantin, dans une lettre à sa mère du mois d’août 1831, avait formulée : « Le même homme avec la même femme toute la vie, voilà une des formes de la religion ; le divorce et une nouvelle union avec un nouvel époux, voilà une seconde forme de la religion. » Sans doute Enfantin cherche à réaliser et ce souci est louable. « Mais vous allez fonder, lui dit Transon, des ateliers de tailleurs et de cordonniers, et vous croirez avoir affranchi ces ouvriers parce que vous les aimerez comme vos enfants et vos frères ; ... montrez-moi donc l'homme ou la femme des classes privilégiées, füt-il Saint-Simonien, qui ne croirait pas entrer en SERVITUDE s’il lui fallait se résigner au travail de vos ateliers. » Les ateliers saint-simoniens ne diffèreront en rien des autres. Ils auront « nécessairement » l’uniformité « monastico-chrétienne qui est aujourd’hui le caractère général et spécifique de tous les travaux industriels » (p. 6 et 7). On constate ici très nettement l'influence de Fourier sur la critique de Transon qui reconnaît d’ailleurs l'exactitude sur ce point des objections et des critiques du pamphlet : Pièges et Charlatanismes. Relativement à la femme, dit Transon, il ne suflit pas de répéter après Saint-Simon, l'individu social c’est l’homme et la femme, car on pourrait très bien accommoder

(x) Le cordonnier, le tailleur, etc... sont mariés chrétiennement, c’est-à-dire sans divorce possible à l’uNIQUE métier qu’ils ont une fois épousé.

(2) On voit ici que Transon n’est pas de ces dissidents dont parle S. Voilquin qui quittèrent la doctrine parce qu’ils étaient « placés plus spécialement sous l'influence du spiritualisme chrétien ». Enfantin a nié la morale chrétienne et celle des philosophes ; il a annoncé hautement que tout est naturellement bon dans l’homme, qu’il faut donner satisfaction à la chair comme à l’esprit et que le problème social de l’avenir consiste uniquement à savoir diriger, ordonner, combiner les appétits des sens et les appétits intellectuels. Ces principes, Transon les a acceptés. « Pour moi, écrit-il, acceptant complètement la solution du problème social, d’ailleurs n’imaginant pas d'autre solution que celle du Père Enfantin, je le suivais. »

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