‹ De Henri de Saint-Simon à Charles FourierChapitre 39 sur 79 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

Deux transfuges : Lechevalier et Transon.

Nous voudrions esquisser rapidement la figure des deux principaux transfuges du saint-simonisme qui passèrent au fouriérisme : Jules Lechevalier et Abel Transon; et dire un mot de la place qu’ils occupèrent dans la doctrine saint-simonienne et des conditions dans lesquelles ils se séparèrent d’'Enfantin pour venir à Fourier. Beaucoup d’autres Saint-Simoniens, nous le verrons, les suivirent dans leur évolution, mais nous n’étudierons spécialement que Jules et Abel qui ont joué un rôle important dans les deux doctrines. Ils sont, en effet, dans les galeries saint-simonienne et fouriériste, qui contiennent tant de figures intéressantes, deux des plus originales; en eux sont venus se condenser avec toute leur force les traits épars autour d’eux. Sans doute, il y eut, parmi les sectateurs saint-simoniens ou fouriéristes, des hommes qui les égalèrent par le talent, l’éloquence ou le dévouement, mais il n’y en eut pas, je crois, qui incarnèrent de facon plus complète ce que j’appellerai l’état d'âme socialiste de 1830. Et à ce point de vue, leur biographie intellectuelle et morale est du plus haut intérêt.

Cette étude aura de plus l’avantage de nous permettre de jeter un coup d’œil rapide sur l’histoire intérieure du saint-simonisme: chacun d’eux personnifie d’ailleurs avec une intensité particulière l’une des deux faces de cette doctrine : l’un, la face religieuse, l’autre

Dre

la face philosophique, et ils nous en offrent, si je puis dire, deux images symétriques et complémentaires. Ils présentent comme une synthèse, comme une réalisation en deux esprits de l’état d’âme du socialisme romanti-

que.

Page 1