CHAPITRE IX
La propagande de Lechevalier et de Transon.
On imagine aisément la joie avec laquelle les fouriéristes accueillirent la nouvelle du schisme Bazard. « Le moment est venu de frapper fort, écrivait Considérant à Fourier, et la publication intégrale de votre système est je crois le meilleur moyen de réussir et d’écraser ces pirates saint-simoniens. » Déjà ils escomptaient la disparition complète du saint-simonisme et de ses adeptes; ils l’annoncaient partout. « Le National, écrivait — de Metz — Devoluets à Olivier (24 février 1832), m'avait appris la scission survenue à la tête de la doctrine et une lettre d’un phalanstérien de Paris annonçait que tout était perdu pour les Saint-Simoniens, que le matériel du Globe allait devenir la proie de Fourrier (sic), etc. » En tous cas, les fouriéristes, comprenant que le moment était | opportun, s’agitaient pour recruter des disciples : « je ne peux pas absolument quitter Paris dans ce moment écrivait Considérant à sa sœur Julie; nous devons concentrer tous nos efforts dans ce moment que nous saurons bientôt rendre décisif. » Le phalanstère allait enfin naître ; du moins les fouriéristes le croyaient. Mais ils se hâtaient un peu trop de triompher. Quoi qu’il en soit, la conversion de Lechevalier suivie de peu de celle de Transon leur fit concevoir les plus belles espérances.
Quelques jours après avoir adressé à Fourier son adhésion, J. Lechevalier lui écrivait la lettre suivante (samedi 28 janvier) : « Je songe plus que jamais à l’exposition de
votre doctrine en présence des Saint-Simoniens. Ils sont tous fort avides de l’entendre. Le Père Suprême est, je crois, embarrassé de ce petit obstacle que nous allons lui mettre entre les jambes, mais comme ce n’est pas l'adresse qui lui manque, il fait semblant d'être parfaitement content et m'offre un local. Je ne donnerai pas dans ce piège ; nous aurons, je l’espère, la salle de M. Cassin, rue Taranne, qui contient 200 personnes. Je commencerai dès que ma voix me le permettra. » On voit qu’il ne perdait pas de temps. Il estimait, en effet, qu'il y avait urgence à faire connaître Fourier aux Saint-Simoniens. Et puis, sans doute, il n’était pas fâché d’ennuyer un peu Enfantin. Il fait donc, à la hâte, toutes les démarches, prépare ses lecons et, le 3 février, il écrit à Fourier pour lui annoncer que tout est prêt et que le cours commencera le 5 février (1). L'ouverture en fut retardée
(2) Paris, vendredi 3 février 1832.
Monsieur,
Je vous annonce avec plaisir que dimanche 5 février, nous pourrons commencer l'exposition que j'ai promis de faire aux Saint-Simoniens et à quelques-unes des personnes les plus avancées de la société actuelle. J’ai refusé le local du père suprême. M. Cassin n’a pas consenti à me prêter la salle de la rue Taranne heureusement nous en avons trouvé une autre à louer, cour des fontaines. On ne sera admis à la réunion que sur billets que noûs distribuerons.
Je travaille à un plan général que j'espère vous transmettre avant la 1re séance. Voici au reste le sujet de la leçon de dimanche :
Ma position par rapport aux Saint-Simoniens. Ma ps vis-à-vis de vous comme simple annoncialeur de votre découverte, laquelle est à mes yeux pluslarge, plus complète plus facilement réalisable que le Saint-Simonisme, promet tous les avantages moins les inconvénients, enfin résout le problème de la destinée de l'individu sur lequel nous barbottons depuis si longtemps sans rien produire. Après je ferai connaître votre but, l’ensemble de vos vues et de vos moyens mais je résumerai tout dans la fondation de l'association, de la phalange industrielle, que vous résumez si bien lâme intégrale. Ce sera là l’objet spécial et primordial de mon enseignement. [Il sera donc intitulé : Leçons sur l’art d'associer les individus et les masses. Exposition du procédé découvert par Ch. Fourier. Les Saint-Simoniens et autres personnes qui se feront connaître pourront demander des éclaircissements.
Deux de mes amis sténographes se proposent de recueillir le cours, s’il vous paraît bon et si le résumé est bien fait, nous pourrons essayer de le faire paraitre par voie de la presse, afin de nous emparer en même temps des provinces. Je ne ferai rien sans votre agrément et vos conseils et J'ai le plus vif désir de
d’une semaine et n’eut lieu que le 12 février 1832. J. Lechevalier en informa les Saint-Simoniens par une note très courte qu'il adressa à Lambert et qui est ainsi concue : « Je préviens les Saint-Simoniens et les Saint-Simoniennes, que je commence demain à madi précis l’exposition des vues de M. Fourier sur l’Assocrarion. Je ferai 12 séances. Elles auront lieu à l’amphithéâtre Guesneville, rue du Colombier, n° 23. Je les prie de vouloir bien y assister avec attention et je leur témoigne le vif désir qu’ils étudient avec soin Les ouvrages de M. Fourier(1) » (J. Lechevalier. Paris, 11 février 1832).
L'enseignement fut suspendu après la cinquième leçon le 25 mars 1832, à cause de quelques difficultés avec la police et surtout de l'épidémie de choléra qui sévissait alors sur Paris (ces cinq premières leçons (2) furent
causer avec vous quelques instants. Je vous serais bien reconnaissant si vous aviez la bonté de venir demain : je ne sortirai pas de toute la matinée. J’ai copié votre tableau du progrès passé et à venir qui sera de la plus grande utilité pour le cours. Je vous serais bien obligé si vous vouliez bien me confier le’ tableau qui représente les divers ralliements. Je ne doute pas, Monsieur, que . d’ici un mois nous ne soyons en état de bien marcher.
Je crois que vous approuverez mon idée de ne donner vos principes généraux et votre synthèse universelle que superficiellement : il sera meilleur de n’aborder cette partie ardue que dans une autre série de lecons. J’avoue d’ailleurs que sur ce point je ne suis pas aussi ferme que sur les autres.
Agréez, Monsieur, l'assurance de mon respect et mon dévouement. Lechevalier.
(x) Transon de son côté insistait beaucoup auprès des Saint-Simoniens avec lesquels il était resté en correspondance pour qu’ils étudiassent Fourier : il écrivait à Aglaé Saint-Hilaire : (14 mars) je vous invite toujours à étudier Fourier ; parce que je n’ai pu en une heure vous le faire comprendre ce n’est pas une raison à donner... Mais encore une fois au nom de Dieu et dans l’intérêt de ceux que vous aimez rendez-vous un peu compte de ce que c’est que Fourrier (sic).
(2) Cinq leçons sur l’art d’associer, ou réfulation du Saint-Simonisme au moyen de la théorie sociétaire de Ch. Fourier.
« Ges leçons ont été écrites dans toute la première chaleur de mon enthousiasme par la science d’association. Elles appartiennent à un moment de crise intellectuelle où je brisais en mille pièces le fallacieux système au moyen duquel le Saint-Simonisme voulait confisquer à son profit la liberté et le progrès de l’esprit humain. En détrônant l’usurpation et réintégrant dans tous ses droits de supériorité et d'initiative celui qui, dès 1808, avait produit une théorie homogène et compacte, je remplissais un double devoir pour lequel je n’ai aucune
publiées par livraisons, puis réunies en volume en 1832)(1).
Le Phalanstère (t. I, p. 24) déclarait que « les lecons reprendraient mais que l'ouvrage ne serait plus publié en livraisons. « La publication, ajoutait-il, trop dispendieuse et trop hâtive, ne nous a été utile que pour le temps où les idées de M. Fourier n’avaient pas encore d’organe périodique et tant que le saint-simonisme avait conservé le sien. » Mais l'interruption qui devait d’ailleurs être de courte durée se prolongea, Jules Lechevalier ayant dü s'occuper d'organiser le journal et de préparer la fondation de la société.
Ces lecons furent faites « devant un assez nombreux auditoire » et furent suivies spécialement par des Saint- Simoniens. C’est d’ailleurs à eux qu’elles étaient destinées ; Lechevalier déclare qu’il les entreprenait surtout pour attaquer les solutions proposées par le saint-simonisme (2). Elles paraissent avoir eu le plus grand succès. Gabet et Muiron, ainsi que presque tous les amis de Fourier, étaient enchantés de leur nouvelle recrue. « J'ai recu vos deux leçons qui ont rempli mon attente, car connaissant le talent oratoire de M. J. Lechevalier, je. m'attendais à être pleinement satisfait... Mais ce qui est pour vous d’un grand intérêt, c'est que pour bien se pénétrer de votre magnifique système, il faut en répéter les lecons
récompense à demander ; mais les causes de ce changement auraient dû empécher qu’on imputât, chez moi, à une mobilité capricieuse et inconséquente, ce qui était un pas de plus et un degré plus avancé dans une même route où beaucoup sont restés en chemin. » Sommaire explicatif, pages x1v et xv.
(1) (Œtudes sur la science sociale. Cet ouvrage donnait pour la première fois, sous une forme accessible à tous, un exposé méthodique de la doctrine de Fourier ; réédité en 1834, mais épuisé depuis longtemps, souvent redemandé.) Toutefois, J. Lechevalier avait dégagé la réimpression de ses leçons de beaucoup de détails et de controverses qui n’avaient d’intérêt qu’au point de vue polémique « qui avaient, dit-il, leur opportunité en 1832 mais étaient aujourd’hui sans valeur ».
(2) « J'ai attaqué écrivait-il le 13 décembre 1832 bien rudement la famille saint-simonienne. Ce sont les principes que j'ai attaqués et non pas les
hommes. »
dans le silence du cabinet, et si votre auditoire est nombreux, le débit en doit être considérable » (Gabet). Muiron (1° mai 1832) n’était pas moins enthousiaste: « Le livre de Jules m'est parvenu hier; on ne peut mieux dire ni mieux faire. J'ai été enchanté ; je suis content même de ses réserves, de ce qu'il ne se présente point comme admettant tout. Il est bien positivement dans la bonne voie, il écrit à ravir... » Et dans une autre lettre : « Les lecons de Jules font merveille ici » (à Clarisse Vigoureux, 10 mars 1832). Seul, Gréa n’était pas dithyrambique et ne partageait pas l'enthousiasme général. « Gréa m'a écrit que le bel orateur parle très bien mais qu'il est long et qu'il y a trop de vague dans ses discours, qu’on sent trop qu’il ne connaît pas à fond ce qu'il professe » (Muiron à C. Vigoureux, 10 mai 1832).
A la vérité, ces lecons écrites avec verve, où Lechevalier exposait le duel entre les doctrines de l’école saint-simonienne et de l’école sociétaire, avaient le tort de développer peut-être trop exclusivement, sous leur aspect métaphysique, les principes de Fourier (1). Il se tenait peut-être un peu trop sur le terrain de l’abstraction (2).
Il est bien certain néanmoins que l'influence personnelle de J. Lechevalier sur la propagande fouriériste fut énorme. « Ses lecons, écrit Pellarin, contribuèrent beaucoup à dissiper les idées saint-simoniennes. » Il apporta d’ailleurs dans son nouveau rôle avec son talent d’exposition, Sa clarté, sa forme incisive, sa « dialectique fine et puissante » (Pellarin), une activité plus grande (3) encore
(1) L’T troduetion au Phalanstère qui est due à la plume de Lechevalier a un caractère rettement plus pratique.
(2) Je voudra : pouvoir vous montrer immédiatement ce qu’il y a de social, de vraiment réalisable dans les vues de M. Fourier, Mais par la nature de vos préoccupations et par les habitudes de votre esprit qui sont beaucoup plus scientifiques que les hommes à sympathie ne les croient, je suis obligé encore aujourd’hui de me tenir exclusivement sur le terrain de Pabstraction... Séance du 7 février 1832.
(3) « Je sais, actif ami, que vous vous surpassez dans le saint courtage. Succès, succès, succès, vous en méritez tant ! » Muiron à J. Le Chevalier 20 juin 1832.
one à que celle qu’il avait dépensée au service du Saint-Simonisme. Et c’est avec une ardeur pleine d’allégresse qu'il prêche le fouriérisme, qu'il organise lejournal (1), qu’il prépare la fondation des sociétés. « À aucune époque de ma vie, écrivait-il à Clarisse Vigoureux (20 août 1832) la réalisation n’a cessé d’être mon œuvre favorite. La meilleure harmonie sociale règne entre nous. Fourier est charmant depuis quelques jours. Abel et Victor s’aiment et se conviennent et moi je m'entends très bien avec eux, ma position pécuniaire est tout à fait changée et me permet enfin de travailler au Phalanstère d’une manière tout à fait désintéressée. »
Son zèle, la publicité qui s'était attachée à son nom, et sans doute aussi les sympathies dont il était entouré, amenèrent au fouriérisme de nombreux Saint-Simoniens. Beaucoup de ces derniers qu’il avait convertis, et qui lui en avaient conservé des sentiments d'affection et de reconnaissance, le suivirent dans son évolution et on peut dire qu'ilentraîna avec lui une grande partie des débris du Saint-Simonisme en déroute. Tout compte fait, il eut, dans la constitution de l’école, le rôle le plus actif. Jusqu’alors la propagande de la doctrine de Fourier avait été très peu importante et même nulle. Pendant 23 ans, privée de journal, elle avait été seulement renfermée dans les livres de Fourier qui rebutaient, et dans ceux de Muiron (qui était depuis 1814 son disciple), lesquels étaient méconnus. La presse, sauf quelques très rares journaux, n’en avait pas soufflé mot. Des tentatives nombreuses avaient pourtant été faites auprès des publicistes et des principaux journaux pour obtenir un examen, une critique, ou tout au moins un résumé ou une annonce. Mais ces démarches avaient été infructueuses, et on peut dire que pendant 23 ans la doctrine n'avait pas gagné un pouce de terrain dans le domaine de la publicité. Ce n’est qu’à partir de 1832, lorsque Fourier a
(1) Il en devint directeur le 22 novembre 1832.
recueilli une partie des débris du naufrage saint-simonien, que sa doctrine entre en pleine activité et en pleine propagation, et que datent les premiers succès de l’école sociétaire. C’est surtout à J. Lechevalier qu’elle les doit.
QI y a dix aus, lui écrit Imbert... que la théorie des quatre mouvements était pour moi un sujet de rire et de plaisanterie... grâce à vous, j'y vois à présent un des ouvrages les plus étonnants qui soient sortis d’un cerveau humain. Il avait besoin d’être traduit etcommenté. Vous vous êtes chargé de ce rôle ingrat et vous vous en êtes acquitté avec le talent dont vous avez déjà donné tant de preuves. » Lyon, 16 août 1832. Imbert à Jules (x).
L’inaptitude de Fourier à exposer sa doctrine était en effet remarquable. Julien, directeur de la Revue encyclopédique, qui « connaissait depuis longtemps M. Fourier » et appréciait tout le mérite de ses travaux « sentait qu’il avait besoin de s’associer des interprètes et des propagateurs pour populariser sa docrine, la rendre facilement intelligible et immédiatement pratique » [Lettre à J. Lechevalier, 18 juin 1832].
Ces propagateurs et ces interprètes il les trouva dans Jules Lechevalier, Transon et aussi dans Considérant qui furent pour lui des auxiliaires très dévoués, et qui eurent le mérite de chercher dans leur propagande à attirer l'attention sur les moyens d'association de Fourier et sur ce qui parmi ceux-ci paraissait d’une utilité
(1) Béranger écrit: « M. Jules Lechevalier dans un cours public a expliqué et propagé les idées de M. Charles Fourier, et sans lui peut-être ne saurions nous pas encore ce que l’inventeur a entendu par Phalanstère (groupe, fonetions attrayantes) etc... et il ajoute : « Sans M. Lechevalier et Transon j’aurais été condamné à ne pouvoir me rendre compte de la portée scientifique de son œuvre. »
Danrio éerivait à Muiron : vous savez que la doctrine de Fourier n’est entrée réellement dans le monde que par les efforts de J. LC. Et Eugénie Niboyer écrivait à Jules : Macon, 16 juillet 1832 : « Toutefois, il (Fourier) est bien heureux d’avoir un vulgarisateur tel que vous ; cela le fait marcher à pas de géant et je ne doute pas que vous fassiez des prosélytes partout où vous irez faire entendre une parole dont l'esprit et le cœur sont également satisfaits. »
incontestable et d’une application immédiate. Mais Lechevalier déploya une telle activité et un tel zèle que beaucoup de gens le considéraient comme le chef de l’école fouriériste (1). L'activité de Transon fut moins grande. Néanmoins le simple Écrit eut du succès auprès des Saint-Simoniens. Borel et Rességuier le trouvaient « très bien (2) ». Il faut de plus signaler qu’il écriviten février et en mai 1832 dans la Revue Encyclopédique de Jean Reynaud dont il avait été l’initiateur au Saint-Simonisme et qui sans admettre les vues fouriéristes avait pourtant consenti à leur prêter le concours de sa publicité une exposition succincte de la théorie sociétaire qui était regardée par Fourier comme la meilleure analyse qu’on ait donnée de son système, et dans lequel l’auteur cherchait à donner un aperçu des éléments de la science sociale et à en présenter les principales applications. Cette exposition résumée dela théorie sociétaire, claire, élégante et Done est restée dit Pellarin « l’une des meilleures qu’on ait faite (3) »..
Il faut d’ailleurs ajouter que si Lechevalier et Transon montraient beaucoup de zèle dans la propagation de la doctrine, les nouveaux convertis ne restaient pas inactifs. Lautour écrivait à J. Lechevalier : « Je vous promets autant de zèle que j'en déployais pour la propagation du Saint-Simonisme, car celui-là s’étendit autant que mes forces et les occasions le permirent. » Et Eugénie Niboyet : « Pour moi qui ai suivi de très loin et longtemps la même route que vous, disposée à l’œuvre nouvelle, vous me trouverez prête quand ma participation pourra vous être utile ; déjà jai fait un bon usage
(1) Voir Ferrarr, L'école de Fourier. Revue des Deux Mondes, 1er août 1845.
(2) Lettre de Borel 26 octobre 1832. Et le Saint-Simonien Bourgeois, architecte à Lagny, écrivait au fouriériste Eudes architecte à Paris : « Jai enfin la brochure de Transon. Elle est fort bien ; mais elle ne donne qu’une idée tout à fait imparfaite de Fourier. Comme elle est, elle est cependant indispensable pour commencer avec fruit la lecture de Fourier. »
(3) Transon avait été désigné comme gérant du journal. Et il remplit à Condé-sur-Vesgres les fonctions d'ingénieur.
SRG =
des journaux et des livres... je compte vous amener M. Arlès, jeune Saint-Simonien très distingué, riche et qui habite Lyon... il n’a jamais été hiérarchisé dans la doctrine, c’est un avantage pour porter la nouvelle parole... Je vais tâcher d’enrégimenter mes sœurs que j'ai rendues saint-simoniennes zélées et je me trompe fort ou elles vous seront un jour acquises ». E. Niboyet [à J. Lechevalier, 16 juillet 1882]. « Soyez assuré, écrivaitelle (sans date) qu’à Lyon et à Mâcon nous ferons tout ce qu'il sera humainement possible de faire pour servir une cause qui est aussi la nôtre. »
Il faut reconnaître d’ailleurs que Fourier ne facilita pas la tâche de ses disciples. Les diatribes violentes et les injures qu’il avait lancées contre les Saint-Simoniens et continuait de lancer presque chaque jour contre eux dans le Phalanstère portèrent un grand préjudice à la propagande de la doctrine. De nombreux Saint- Simoniens, qui ne voyaient pas d’un mauvais œil les doctrines de Fourier et qui, à moitié détachés du saintsimonisme, les auraient volontiers étudiées, en étaient empêchés par l’indignation réelle qu’ils éprouvaient de l'attitude de ce dernier vis-à-vis des Saint-Simoniens. « Ce que Fourier a écrit contre eux est infâme et m’a profondément indigné, s’écriait, Gérardin » (Besançon, 28 juillet 1832). Les plus modérés pensaient avec Lautour, vétérinaire à Laigle, « que l’auteur de la {héorie des quatre mouvements supposait aux Saint-Simoniens des torts qu'ils n'avaient réellement pas » (Sans date. Lettre à J. Lechevalier). D’autres, comme Rességuier, souriaient de la rage violente de Fourier : « … Fourier nous amuse beaucoup par sa rage atrabilaire contre le saintsimonisme et les Saint-Simoniens. Il nous fait passer des moments assez gais; cet homme sent instinctivement que malgré la crise qu'il subit, le saint-simonisme est encore puissant. Il a raison, mais il a tort de s’en dépiter. Cela ne changera rien au cours des événements » (Lettre à Jules).
La scission des Saint-Simoniens et la désagrégation de la doctrine n'avaient, en effet, pas désarmé Fourier qui répétait, en les aggravant dans ses articles, les injures de ses premiers écrits. Cela génait, retardait ou même empêchait les conversions. « Il est un peu pénible pour d'anciens Saint-Simoniens, qui sont justement les hommes les plus disposés à vous comprendre, d’entendre anathémiser si fort les doctrines qu’ils ont professées et pour lesquelles il ne leur est guère possible de ne pas conserver une véritable affection », écrivait de Lyon le 18 juin 1832 Peiffer à Jules. Il leur était douloureux « de voir » des imputations de fourberie tomber sur la tête « d'hommes qu'ils avaient aimés et suivis », et « le saint- « simonisme traité avec une rigueur et un mépris tout à « fait injustes. »
« La lecture de votre journal que je poursuis avec intérêt m'a néanmoins fait éprouver déjà plusieurs fois un sentiment bien pénible. L'article intitulé « Utopies « du xix* siècle » qui paraît dans les derniers numéros n’a su ni me plaire, ni m'attacher, ni me convaincre et je ne puis vous dissimuler que le dernier article surtout a achevé de me ravir toute estime pour M. Fourier et toute la confiance que j'avais en lui... Est-ce par un langage aussi hostile qu'on fait connaître les grands novateurs ? Sans parler du jugement qu’il porte sur le saintsimonisme et les chefs de cette association (1), qui. est logiquement faux sous plus d’un rapport, cette aigreur qu'il y exprime, cet acharnement qu’il y manifeste contre tout ce qui n’est pas lui, ne peuvent que vous faire douter de la mission de M. Fourier » (25 juillet 1832).
On reconnaissait généralement qu'il était vrai que les Saint-Simoniens avaient eu le grand tort de repousser Fourier, « mais du moins ne pouvait-on leur reprocher
(1) « M. Fourier attaque le Saint-Simonisme sans lui reconnaître aucuné bonne face et mes opinions sont toutes différentes » (Lemoyne à Transon, 16 juillet 1832).
celui d’avoir avili et trainé dans la fange ceux qui différaient d'opinion par leurs principes et leurs sentiments. Au contraire, écrivait Fanny Schmalzigang, « ce qui « m'attache à eux, c’est surtout un esprit de paix et de « conciliation envers tous les partis et tous les indivi- « dus. » Et comme Brisbane, elle reprochait à Fourier « son principe d’exelusivité » (Cfr. Lettre de Brisbane à Lechevalier, juin 1832). Les plaintes sur ce point, et je n’en cite que quelques-unes au hasard, sont ‘unanimes, et il est hors de doute que l'attitude de Fourier nuisait aux conversions. Ceux qui faisaient de la propagande pour lui s’en plaignaient. « Je vous donne l’adresse d’un M. Gérault que je connais de réputation seulement. Il désire l’association la plus prompte et la plus efficace pour le bien des masses. La personne dont je vous parlais tout à l'heure lui a annoncé la nouvelle œuvre de Fourier qu’il désire connaître. Je vous invite à lui envoyer le prospectus et non le dernier numéro du Phalanstère qui pourrait ne pas faire bon effet sur son esprit saint-simonien (le numéro 8) (Thomas à Transon 18 juillet 1832). » Et Peiffer écrivait à Jules et à Transon que « peut-être il serait préférable pour la cause qu'ils avaient embrassée d'apprécier le saint-simonisme que de le déprécier ».
J. Lèchevalier s'était déjà expliqué sur son attitude, — et celle des fouriéristes sortis comme lui du saint-simonisme, — vis-à-vis de la doctrine, dans un passage de l’introduction du Phalanstère. « Pour le fond des idées, écrivait-1l, le 1° juin 1832, nous admettons la critique de Fourier et la condamnation dont il frappe et la doctrine de M. Owen et celle des Saint-Simoniens. Mais sur plusieurs points, nous accordons à ces derniers une valeur qui leur est déniée par celui que nous servons comme notre maître en science et en association et qui ne s’arroge point pour cela la MaINMoRTE de nos principes et de nos sentiments. » « Qu'il nous suflise de dire que plusieurs d’entre nous sont sortis du saint-simonisme et
que pour avoir reconnu la supériorité et l’antériorité là où elles sont éclatantes et.sans réplique, ts sont loin de répudier la responsabulité des premières paroles qu’ils ont portées » (Le Phalanstère, t. 1, p. vi. L'introduction est signée J. Lechevalier et V. Considérant, membres de la Commission de propagation).
Il avait été encore plus net dans son exposition aux Saint-Simoniens où il avait déclaré (3° séance, 26 février 1832) que le saint-simonisme conservait toujours à ses yeux une grande importance. « Les principes généraux de la foi sociale et religieuse de tous ces hommes sont encore les miens. Toujours association, liberté, progrès ; en adoptant les vues de M. Fourier, je suis persuadé de n’avoir fait qu'étendre et préciser la signification de ces grandes idées qui sont la vie de notre siècle. Loin de vouloir détruire le saint-simonisme, je cherche à sauver ce qu'il a de vraiment bon, je cherche à le pousser dans les conséquences extrêmes de son dogme favori en lui faisant faire un PROGRÈS qui en ce moment de dissolution doit être une transformation radicale. » P. 132, 7861, Br. 9 (x).
Les protestations unanimes des Saint-Simoniens blessés par les attaques de Fourier décidèrent Lechevalier et Transon à désavouer formellement et publiquement Fourier. Déjà, au cours de la 3° séance (du 26 février 1832), Fourier ayant pris la parole suivant son usage pour expliquer certains points spéciaux de la doctrine, avait entremêlé et parsemé son discours de quelques critiques sévères sur Saint-Simon et sur ses disciples ; Jules Lechevalier avait cru devoir s’en expliquer: « J'ai besoin de vous dire, avait-il dit, que je suis loin d’accepter les opinions de M. Fourier touchant les doctrines ou les hommes du saint-simonisme... La position de M. Fourier n’est point la même que Ja mienne. Il est, il veut rester un homme sui generis. Il apporte une
(1) l'ouriérisme et Saint-Simonisme.
Sort
doctrine qu'il regarde comme très supérieure aux autres, il critique sévèrement ceux qui l” ont méconnu et dde gné ; il proclame hautement et sans réserve que les Saint- Simoniens n’ont fait que des promesses et qu’ils n’ont pas de moyens pour les réaliser... Sur le fond, je partage son opinion, et pour la forme je l’excuse parfaitement; car à cet égard les Saint-Simoniens n'ont rien à revendiquer envers M. Fourier ot ils se prétendent des apôtres d'amour et de justice. » (Le fouriérisme et le saintsimonisme. Conférence “ J. Lechevalier, 3° séance). Mais ces déclarations manquaient encore de netteté. Elles ménageaient la chèvre fouriériste et le chou saintsimonien ; seulement, elles montraient un peu plus d’indulgence pour la chèvre. Et pourtant, J. Lechevalier, au cours de ses conférences sur le saint-simonisme, l’avait traité sans aucun ménagement et n’avait pas été tendre pour ses adhérents. Il en recut lui aussi des reproches nombreux (1). « J’ai lu les leçons de Jules... elles m'ont fait plaisir, sauf le ton qu’il a pris à l’égard des Saint- Simoniens (ou plutôt des Enfantinistes), que je ne saurais approuver même en tenant compte des griefs qu'il peut avoir contre eux » (Borel à Transon, 5 juillet 1832). Carnau, Brisbane écrivaient la même chose (2). Et Ressé-
(x) 3° séance. Dimanche 26 février 1832. « À la fin de la 3e séance, Lambert, membre du collège de la religion saint-simonienne s’est levé pour témoigner de sa douleur et de sa surprise d’entendre J. Lechevalier attaquer avec chaleur et en termes peu religieux des principes que lui-même avait naguère professés et enseignés. Lambert a déclaré de plus que J. L. lui paraissait avoir oublié le Saint-Simonisme et qu’il aurait l’occasion de le faire remarquer dans la discussion publique qui s’engagerait entre les Saint-Simoniens et les partisans du système de M. Fourier... J. L. a annoncé qu’il ferait appel à la discussion publique, aussitôt que ses leçons rédigées et imprimées pourraient présenter la seule base solide sur laquelle il soit possible d’asseoir un jugement, la parole fixée par l'écriture... »
(2) Carnau à Jules « ... J'ai lu vos vives attaques dirigées contre le Saint- Simonisme et principalement contre les hommes généreux qui sont à notre tête. Je trouve beaucoup de talent dans vos écrits, mais aussi un peu de méchanceté. J'aurais mieux aimé entendre des paroles de conciliation que de critique. »
Et Brisbane. Lettre à Lechevalier, juin 1832 : « Vous les attaquez (ceux qui représentent le Saint-Simonisme, le parti d’Enfantin) de temps en temps
guier désapprouvait très nettement Lechevalier à qui il envoyait même une lettre de reproches assez vifs : « Vos écrits sur le saint-simonisme et surtout sur les Saint-Simoniens étaient maladroits et peu convenables ; vous avez voulu prouver le contraire, vous n’y avez pas réussi; je ne comprends même pas votre aveuglement à ce sujet; vous reconnaissez une grande valeur à l’œuque vous avez accomplie ensemble. Saint-Simon est pour vous un homme de génie. Vous déclarez sans détour que vous devez à Enfantin bon nombre de vérités; vous avez même pris l'engagement dans une lettre de conserver toujours pour lui des sentiments de reconnaissance et d'affection et néanmoins vous traitez le saint-simonisme comme le font ceux qui n'y ont jamais vu que des folies, et l’homme dont je vous ai vu solliciter la bien- veillance et les faveurs, celui que vous avez nommé longtemps votre père et qui l'était en effet, vous le traitez avec injustice, légèreté, aigreur et mépris, et vous voudriez encore légitimer votre conduite. Jules, cela devient diflicile. » Ces reproches furent sans doute sensibles à J. Lechevalier car il devint bientôt plus réservé et parla du saint-simonisme et des Saint-Simoniens en termes plus mesurés. Il reconnut même dans une lettre à Lautour que Fourier supposait aux Saint-Simoniens des « torts qu’ils n’avaient réellement pas ».
Enfin, il fit paraître dans le Phalanstère, à la suite d’un article sur les Saint-Simoniens intitulé: Revue des utopies du xix° siècle (3° article) où Fourier se montrait particulièrement violent (1), une note signée de lui et de
avec amertume ; voilà ce qui me fait de la peine. Cela montre d’abord qu'il y a un principe d’exclusivité quelque part chez vous, et d’ailleurs Enfantin et ceux qui sont avec lui travaillent sans aucun doute avec la plus grande pureté de sentiment pour le plus grand des buts qui est aussi Le vôtre, qui est celui de l'humanité ; vous différez en détails de systèmes. Mais le parti d’Enfantin a le bon sens de ne pas attaquer les autres. »
(x) Voici ce que Fourier y écrivait: « Mais leurs chefs, au lieu de spéculer sur l’art d'associer des masses de 1 500 à 2 000 personnes en travaux de culture, ménage et fabrique, n'étaient préoccupés que de cette-utopie religionnaire dans
Transon dans laquelle ils protestaient contre les termes de l’article de Fourier (1) ». Celle-ci est beaucoup plus
laquelle ils ont persisté jusqu’au bout. Il eût été commode à eux de se distribuer des prélatures, des archevéchés simoniens ; ce projet perçait dans toute leur tactique, ils voulaient grelfer le jésuitisme sur le jacobinisme ; car ils se disaient TRIBUNS ; ces prétentions n'étaient qu’un vacarme étudié pour attirer la foule par une teinte d'originalité, de romantisme, de grandiose démocratie. — .… Ils flattaient les femmes pour mettre à profit l'influence du sexe en intrigues de schisme religieux... — ... ]1 n’existe dans la politique des Saint-Simoniens qu’une seule utopie celle de renverser la religion chrétienne et de l’introniser à sa place ; amener à eux les donations qui dans la France catholique s'élèvent à 4 millions par an, et se former une église bien dotée, bien pourvue... (p. 66). — … C'était un aliment qu’on donnait au vulgaire, un os à ronger, [l’abolition de la propriété, la distribution des revenus, etc...| —
. Un grain d’analyse suffit à la faire crouler [la doctrine saint-simonienne] comme un château de cartes. Sur quoi repose-t-elle? Sur la prétention de tout prendre, tout envahir, l'autorité, les revenus, les propriétés et mêmes les femmes : un congrès de cosaques et de bédouins n’aurait pas mieux opiné. — Les hyperjésuites (c’est le vrai nom des chefs saint-simoniens). — ... Le projet d’une nouvelle religion qui aurait nanti ses chefs de bonnes prélatures. — Quel est done le « vice » de cette doctrine, et de celle d’OwenP « Toutes deux ont empêché l’examen et l’essai de la vraie théorie sociétaire, elles ont favorisé la philosophie obscurante, qui redoutant une invention de l’art d’associer, machine en secret pour étouffer ma découverte, et accrédite sous le nom d'association cent jongleries scientifiques, afin de dégoûter de la chose par abus du mot et de détourner toute recherche exacte sur ce problème, le seul important, l’unique planche de salut pour les riches et les pauvres ». Fourier reconnaît d’ailleurs « leur voue passagère », mais « Le Saint-Simonisme est
une bulle de savon brillante qu’une eee fait évanouir. » — « Euxmêmes ne croient pas un mot de leur doctrine, qu'ils ont fort bien nommée transiloire, car elle varie comme la girouette. » — Cosaques dans toute leur
carrière dogmatique, ils n’ont jamais eu une idée de leur crû, tout est d’emprunt chez eux ; ils n’ont eu que l’art des rhapsodes et arrangeurs. Ils ont pris de ma théorie beaucoup de pierres d’attente, comme l’idée d’armées industrielles, abolition de la guerre et de l’aumône... — Le caractère le plus visible de leur secte est l'incapacité en fait d'invention; stériles en ce genre, ils ont bonne grâce à s’ériger en juges suprêmes de toutes les capacités, eux qui nient la mienne en invention (p. 68). — On prétend qu’ils ont donné à l'opinion une impulsion qui favorise ma découverte, et que je leur en dois de la gratitude : ils ont au contraire donné la direction la plus vicieuse en renforçant les antiques préjugés qui supposent la providence limitée, incomplète, impuissante, et qui placent la voie du progrès dans l’attaque des gouvernements, des religions et de la propriété, au lieu de spéculer sur la réforme des quatre industries, culture, fabrique, ménage et commerce (p. 69).
(x) Après avoir vainement essayé de ramener M. Fourier à de meilleures dées sur la doctrine saint-simonienne et sur la personne de ses chefs, nous croyons devoir déclarer en notre nom comme en celui de lous les saint-simoniens
nette : elle contient un désaveu formel de Fourier, et indique avec beaucoup de précision les divergences de vues qui existaient déjà entre ce dernier et ses disciples (Phalanstère, 19 juillet 1832).
En tous cas elle recut le meilleur accueil et fit une excellente impression : « J'ai vu avec bien de la satisfaction, écrit Fanny Schmalzigang, que ni vous ni Transon n’acclamiez la manière de voir, d’agir et de juger de Fourier.. » (25 juillet 1832). Et Peiffer: « Je vous remercie
qui se sont unis à nous, que nous n'acceplons en aucune façon les termes de l’article qui précède. Comme appréciation de doctrine, la critique de M. Fourier nous paraît bien inférieure à celle qui peut être faite au moyen de toutes les grandes idées émises dans le Trailé d'association et le Nouveau Monde Industriel. Comme jugement sur les hommes et sur leurs intentions nous affirmons que M. Fourier est dans la plus grande erreur.
La scission qui a éclaté dans le sein de l’association saint-simonienne, au moment où son mouvement extérieur était le plus prospère, et qui a eu lieu au grand détriment de l’aisance et du bien-être des chefs du Saint-Simonisme atteste bien évidemment que pour eux il s'agissait avant tout de principes de vérilé, de bien et de mal. À ce titre de conscience et de haute bonne foi, jamais doctrine ne mérita mieux le nom de religion que le Saint-Simonisme. Les chefs, suprêmes ou non, ont pu manifester des prétentions exorbitantes, bien au-dessus de leur valeur personnelle, bien au-dessus même de l’humanité, et à cet égard leur conduite envers M. Fourier infirme honteusement le droit qu'ils s’arrogeaient de classer tous les hommes et de gouverner pour le progrès. Mais s'ils ont été injustes envers M. Fourier, celui-ci le leur rend à usure et à outrance. C’est un fait que nous recommandons à l’attention de ceux qui seraient tentés de croire à l’universalité d’un homme quelconque.
Pour nous, ce n’est point à ce que l’auteur du nouveau monde industriel comprit ou ne comprit pas le Saint-Simonisme que nous avons attaché quelque importance. Îl ne s’agit pas du tout en ce moment de se bénir ou de se glorifier les uns les autres. Il s’agit de mettre fin à la crise violente où se trouvent les Peuples, il s’agit de remédier le plus directement, le plus promptement possible aux douleurs qui résultent de l’état de morcellement et de duplicité en toutes relations. Nous nous sommes ralliés à Fourier parce qu'il nous présente pour ce but le plus saint et le plus noble qu'on puisse se proposer, des moyens inconteslablement supérieurs et incomparablement plus faciles, plus sensés, plus actuels. Quant au reste, nous prions de noter une fois pour toutes que nous faisons les plus larges réserves. Lorsqu'on cherche à nous rendre solidaires de ce qu’on trouve d’amer et de faux dans les critiques de M. Fourier sur tous les partis et sur toutes les opinions, nous croyons que l’on doit nous savoir gré de sacrifier ainsi quelques sentiments personnels aux grands intérêts de l’humanité qui nous sont encore plus chers... Signé: Jules Lechevalier, Abel Transon.
des explications que vous m'avez données dans votre dernière lettre et je vois avec plaisir que vous avez compris combien il est pénible de voirattaquer avec rigueur et sans ménagement des doctrines que l’on a propagées soi-même » (Juillet 1832). Rességuier lui aussi le félicitait lui et les fouriéristes « de bien bon cœur d’avoir enfin abandonné ce ton d’aigreur, de malveillance qui les avait trop longtemps dominés et qui n’était pas propre à attirer à eux ».