CHAPITRE X
L'état d’esprit des Saint-Simoniens convertis.
L'effet de la propagande extrêmement active de Jules Lechevalier et d’Abel Transon ne tarda pas à se faire sentir. Quoi qu'en dise M. G. Weill, les conversions au fouriérisme furent nombreuses dansles rangs saint-simo-
niens(1) à partir du mois de mai 1832; je dirai même que c'est presque uniquement dans les rangs saint-simoniens qu’elles eurent lieu. Les disciples de Fourier et ce dernier lui-même le reconnaissaient d’ailleurs et dans une note du Phalanstère précédant la publication d’une lettre d’Amédée Paget, on peut lire la déclaration suivante : « Il faut le dire à la louange des hommes qui se montrent fidèles au principe du progrès et de l’amélioration effective des classes pauvres (2): Presque toutes
(x) Le Phalanstère, p. 55. Le 5 juillet 1832, le Phalanstère écrit triomphalement : « Une fois désabusés, bon nombre de Saint-Simoniens sont venus retrouver parmi nous d’anciens amis dont ils n’avaient pas d’abord compris les avertissements, et ils reconnaissent dans M. Fourier l’homme qui semble destiné à résoudre au profit de la liberté et par des moyens tout à fait inoffensifs de grandes questions qui d’autre part n’ont été encore que soulevées avec fracas et même fort mal posées. »
(2) Voir Revue des utopies du XIX® siècle. 3e article. Les Saint-Simoniens. .… La masse des Saint-Simoniens, écrit Fourier, ne connaissait point le plan des chefs; elle avait de très bonnes intentions ; nous en avons chaque jour la preuve; surtout dans les provinces, ils se réunissent franchement à nous, et écrivent : « Nous voyons que vous avez un procédé neuf pour réaliser le mécanisme sociétaire que d’autres nous promettaient sans moyen de l’établir, sans aucun ressort pour aller au but, au quadruple produit et à l’industrie attrayante. » Un tel langage prouve que ceux qui se rallient à nous ont l’intention sincère d’agir, de ne pas perdre des années en prédications qui ne réalisent rien. Page 66.