‹ De Henri de Saint-Simon à Charles FourierChapitre 55 sur 79 · OBS · texte numérisé non relu

OBS

par une série d'enfants des deux sexes, enfants voués par religion aux passions les plus répugnantes (à). » Et Fourier ne se lasse pas de célébrer son invention des petites « hordes », « congrégation de philanthropie unitaire », leur zèle religieux pour toutes les fonctions répugnantes. Il nous les décrit « courant frénétiquement au travail qui est exécuté comme œuvre pie, acte de charité, envers la Phalange, service de Dieu et de l'Unité. » Et il exalte leur vertu (car « les petites hordes sont le foyer de toutes les vertus sociales'au sens religieux et civique »). J’ai cité l'exemple des petites hordes; mais on en pourrait citer d’autres. D’une facon générale on peut dire que toutes les fois que dans son système Fourier désire donner plus de relief à un exercice quelconque, fûüt-ce à la « fonction d’opéra », il en fait immédiatement un «accessoire du culte religieux » (2).

La vie au Phalanstère sera d’ailleurs une vie religieuse: la déité, c'est-à-dire en termes civilisés le repas matinal, ‘est suivie de parade et d’'hymne à Dieu ; après quoi les groupes partent au travail — Certains groupes —les vestales par exemple —sont l’objet d’un culte semi religieux, d'une « idolâtrie générale » (3). Il faudrait ici examiner plus à fond cette organisation religieuse et sociale « d’où naîtra, si l’on en croit Fourier, l'enthousiasme pour Dieu auteur d’un si bel ordre » et décrire d’aprèsle tableau enchanteur qu'il en a tracé les délices de la vie des harmoniens où s’entreméleront à tous les plaisirs et àtoutes les voluptés de perpétuelles louanges à Dieu. Maints détails seraient intéressants analyser. Il y aurait lieu notamment d'étudier « la régie passionnelle » qu’exerce la « noblesse amoureuse » par « droit de nature », l’institution du « confesseur sympathiste », — dont Fourier parle dans ses manuscrits, Sans y insister longuement. En ana-

CL) Un Un, tp: 351:

(2) Unité universelle, livre 2, t. HE, p. 70. (3) Œuvres, vol, IV, p. 236,

lysant ces détails, et en allant au fond des choses, on

arriverait sans doute à penser que la doctrine de Fourier

n’est pas aussi différente et aussi éloignée de celle des

Saint-Simoniens qu’on le croit souvent (1). Elles ont l’une

et l’autre ce caractère commun d’être d'essence religieuse. Il faut d’abord constater que l’idée de Dieu ne diffère

guère chez les Saint-Simoniens et chez Fourier. Celui-

ci, comme ceux-là, rejette toute intervention surnaturelle de la divinité. Dieu, pour les disciples de Saint- Simon «c’est cet être infini qui nous enserre, nous embrasse, réagit sur nous dans tous les sens, qui se manifeste à nous par cette apparence matérielle qu’on appelle ordinairement l’univers, comme nous nous mani- - festons nous-mêmes les uns aux autres par nos apparences matérielles; tout ce quinous entoure,les corpsinanimés, nous-mêmes, nos semblables, sommes une portion de Dieu (2) », (décembre 1829, Lettre de d’Eichthal à Stuart Mill). Sans doute, Fourier n’exprime pas dans une langue aussi philosophique sa conception. Son Dieu n’a pas une forme aussi métaphysique. « Chez Fourier, écrit M. Seillère (p. 60), c’est encore le Dieu du christianisme vu à travers Jean-Jacques et son vicaire savoyard, le Dieu du déisme diminué et mis à la mesure du petit bourgeois maniaque qui l’invoque; c’est presque le Dieu

(x) Voir par exemple comment les chefs se décideront à « opérer pour la masse, à lui sacrifier leurs intérêts personnels. » [ls le feront « soit par raison » soit « par inspiration divine » (Fourier, Œuvres complètes, t. IV, p. 587).

(2) « Dieu est un, disent les Saint-Simoniens ; Dieu est tout ce qui est, tout est lui ;..... Dieu c’est l’être infini, l’amour infini se manifestant comme esprit et matière, intelligence et force, sagesse et beauté. » Pereyre écrit : « Dieu vit aussi dans la matière car tout est Lur, c’est la manifestation matérielle de Dieu lui-même qui par l’iNbusrriE est embellie. » L'univers, l’immensité des mondes qui remplissent l’espace, et dans ces mondes, tout ce qui aime, pense et agit, cette terre et sur elle toute la famille humaine, et vous qui m'’écoutez, et moi qui vous parle, tout cela, rour n’est qu’un seul être, qu’un être infini, immuable, éternel, simple, unique, indivisible, vrvaNT, vivant d’une vie qui lui est propre, et c’est lui que nous appelons Dreu. » (Exposition, 1'e année, p. 20.) Et Jules Lechevalier disait à l’enseignement central que «l'humanité et le monde étaient en Dieu »; (c’est presque dans les mêmes termes que V. Cousin — son ancien maître — avait exposé le spinozisme dans son cours de 1829).

des bonnes gens de Béranger. » Cela, je ne le crois pas, car qu'est-ce que Dieu pour Fourier? C’est l’harmonie des douze passions, leur développement complet et sans aucun conflit. Dieu, c’est l’unité sociétaire. Et l’amour de Dieu chez Fourier, comme chez les Saint-Simoniens, se confond avec l’amour du genre humain. En réalité, Fourier a professé comme les Saint-Simoniens ce que ceux-ci appelaient d’un mot forgé par eux et à la création duquel Fourier n’était peut-être pas entièrement étranger, « le panthéisme d'harmonie ».

Leur conception de Dieu est donc sinon la même, du moins très voisine ; leur conception de la religion est identique (1). C'est une religion sans surnaturel, sans prière, sans culte presque (2), sans paradis et sans enfer, faisant abstraction de toute cause première. « La religion (3), disent les Saint Simoniens, n’est plus pour nous ce lien vague et mystique qui attache l'individu à un Dieu pur esprit, cherche à le séparer du monde et lui fait envisager la magnificence et la beauté que la nature déploie incessamment devant lui comme les pompes de Satan. Notre conception de la religion est bien plus élevée. La religion c’est ce qui lie les hommes entre eux et avec le monde extérieur, Or, tout progrès vers l’association, tout progrès dans l'exploitation du globe terrestre est un progrès éminemment religieux » (Pereyre). La religion est un lien puissant qui combine en un faisceau indissoluble les volontés, les idées et les

(x) La religion de l’avenir ne doit pas être conçue comme étant seulement pour chaque homme le résultat d’une contemplation intérieure et purement individuelle, comme un sentiment, comme une idée, isolés dans l’ensemble des idées et des sentiments de chacun ; elle doit être l'expression de la pensée collective de l'humanité, la synthèse de toutes ses conceptions, la règle de tous les arts. Doctrine, p. 416, 17° séance, 1re année.

(2) Le meilleur culte, c’est celui que les hommes peuvent PRATIQUER le plus facilement sans faire violence à leur nature. J. Lechevalier, Exposilion saintsimonienne. Rouen, mai 1831.

(3) Sur la religion saint-simonienne, voir Carlyle et le Saint-Simonisme, par Eugène d’Eichthal, qui contient des lettres de Carlyle à d’Eichthal, du g août 1830 et du 17 mai 1831, très intéressantes.

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actes de tous. Ainsi donc, pour les Saint-Simoniens, la religion est un sentiment social (1), exactement comme pour Fourier, aux yeux de qui la foi sociale se confond presque avec la foi religieuse, le sentiment religieux avec l’'unitéisme, et qui écrit presque indifféremment les trois mots : social, passionnel et religieux, M. Bourgin écrit très justement : « Cette religion (de Fourier) sera tout intellectuelle et sentimentale ; elle ne connaîtra pas de pratiques; elle ne connaîtra pas d’autre culte matériel que celui des hommes qui ont servi l’humanité en perfectionnant l’industrie, l’économie, la société » (p. 366). Les Saint-Simoniens et Fourier entendent donc le mot religion dans le sens où l’entendait Fénelon ; la religion c'est ce qui rattache ; leur religion a les caractères que J.-J. Rousseau donnait à la religion civile qu’il révait: Ce n’est pas, disait-il, un dogme de religion métaphysique ou surnaturelle mais des sentiments de sociabilité sans lesquels il est impossible d’être fidèle citoyen; telle qu'ils l’entendent, elle est presque une organisation administrative, elle fait office de religion plutôt qu’elle n’est une religion. Ils envisagent les croyances religieuses d’une façon très sensiblement analogue (2), au point de vue de l'utilité sociale qu’on en peut tirer (3). Au fond, comme les Saint-Simoniens, c’est bien d’une organisation religieuse que Fourier rêve, et c’est presque une théocratie religieuse que, sans qu'il s’en vante, (car enfin il l’a trop souvent reproché aux Saint-Simoniens), il veut instaurer. M. F. Strowski prétend que lui font défaut

(x) Le fait primordial essentiel de toute religion, c’est la production d’une conception qui établisse un lien commun entre l’homme et ce qui l’entoure. Transon aux Élèves de l'École Polytechnique, p. 8.

(2) L’amour, disent les Saint-Simoniens, ne sera plus un sentiment purement individuel, mais social, par conséquent religieux.

(3) « .… Si les croyances religieuses, écrit d’Eichthal à Mill (r°* décembre 1823) n’ajoutent rien à nos connaissances, elles influent sur nos sentiments ; elles nous donnent une énergie, une activité, un aplomb que nous n’aurions pas sans elles et c’est pour cela que sans être l'instrument immédiat de nos progrès de toute espèce, elles en sont néanmoins la condition médiale indispensable. Ibidem.

2 ou

l'instinct religieux, le mysticisme. Je crois que c’est une grosse erreur. Presque tous les commentateurs de Fourier ont parlé de son « culte mystique pour la liberté », « du mysticisme matérialiste qu’il appelle la théorie des accords » (P. Leroux, 8° lettre). Renouvier parle dans la Critique philosophique (1883, p. 12) de la philosophie théiste, optimiste, et essentiellement mystique de Fourier (p.212). Enfin M. Seillère a consacré tout un chapitre de son étude sur Fourier à son mysticisme social qu'il appelle « le mysticisme de l'harmonie naturelle ».Je crois quant à moi que Fourier n’a rien à envier au mysticisme des Saint-Simoniens les plus religieux; il est comme eux — et peut-être plus qu'eux — un mystique du matérialisme. D'ailleurs Fourier est convaincu, au moins autant que Saint-Simon et qu'Enfantin, qu’il de une 7ission divine. Visionnaires passionnés et intraitables, ils inspirenttous trois à leur entourage, à leurs disciples une foi absolue en leur mission et leur personne (x). Ces réformateurs se considèrent comme des révélateurs. Cela a été contesté souvent pour Saint-Simon (2); plusieurs de ses élèves,quin’avaient pas voulu suivre Enfantin,déclarent en effet que Saint-Simon s'était contenté de se poser «comme l’analogue de Socrate », et font observer que du vivant de leur maître il n’y eut pas de religion saint-simonienne —; sans doute, mais on ne peut nier que Saint-Simon n'ait dit en termes exprès dès 1802: « c’est Dieu qui m'a parlé : un homme aurait-il pu inventer une religion supérieure à toutes celles qui ont existé ? », (3° lettre, 1802) et un peu plus loin: « Regardez comme le précepte est

(1) Fourier conteste d’ailleurs ce titre à Saint-Simon avec la plus grande énergie. Les Saint-Simoniens nomment « Saint-Simon révélateur divin ». «On est révélateur divin quand on découvre une des lois de Dieu sur le mécanisme de Punivers, sur les vérité sphysiques et mathématiques..…., je le suis sur le calcul des destinées sociales, des causes et des fins du mouvement universel. »

(2) Nous avons eu l’honneur de connaître M. de Saint-Simon comme un homme d’esprit très supérieur et visant peut-être un peu à l’originalité. Nous pouvons affirmer que de son vivant 1l n’eut jamais la moindre prescience de son apostolat posthume. E. de Girardin, La république et les républicains.

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clair dans la religion qui m'a été révélée » (Ibidem). On exagère donc quand on dit que ce sont les élèves de Saint-Simon qui ont seuls « révélé le dogme prétendu saint-simonien ». Ce qui est exact c’est qu'ils l'ont considérablement amplifié. Enfantin, dès 1828 (t. XXV, 95. Lettre du 15 nov.), écrivait: «nous parlerons au nom de Dieu... et sa parole dans notre bouche sera aussi miraculeuse, plus miraculeuse mille fois que ne l’a jamais été aucune de ses paroles révélées jusqu’à nous par la bouche des prophètes et des apôtres. » Notez bien qu'à cette date le caractère religieux de la doctrine n’était qu’à peine ébauché. Enfantin n’était pas encore monté sur le Sinaï; il n'avait pas contemplé face à face la majesté du Très-Haut. Il ne s'était pas encore proclamé le « chef, le roi, le pontife de la Jérusalem nouvelle » (janvier r830)(1). Quant à Fourier, il a proclamé maintes fois sa mission divine. Il est un « serviteur de Dieu », de Dieu qui «a voulu... que la théorie du mouvement universel échüt en partage à un illitéré » (sic). Et il ajoute modestement cette réflexion : «Eh! ce n’est pas la première fois que Dieu se sert de l’humble pour rabaisser le superbe et qu'il fait choix de l’homme le plus obscur pour apporter au monde le plus important message » (quatre mouvements). Il ést un serviteur de Dieu, il se baptise « l'Augustin social » expression qui revient souvent sous sa plume (Voir Nouveau monde, p. 423-450); Unité universelle, À, +, p. 187). Il est le révélateur annoncé et promis Re Christ lui-même pour la partie industrielle (2). Comme Saint-Simon, comme Enfantin, il est un révélateur, un prophète, — un prophète qui n'est pas loin de se croire un

(1) Enfantin est « celui que Dieu aime par-dessus tous les hommes, parce qu’il est le plus aimant de tous... le chef, le roi, le pontife de la Jérusalem nouvelle, celui par lequel Dieu donne la vie au monde » (Lettre à Thérèse Nugues). $

(2) Le traité d’attraction de Fourier est « interprète divin sur les harmonies sociales comme la révélation est oracle divin sur les choses religieuses. » Unité universelle, t. I, p. 187.

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Dieu. Sans doute, il a protesté qu'il n’était pas « divin » comme Enfantin qu'il raillait de ses prétentions. Il n’est même pas un messie comme Saint-Simon. Il se contente modestement du titre de sous-messie, « d'hypomessie », de vice-messie qu’il s’attribue.

Le messie Saint-Simon (1), le pape Enfantin, l’hypomessie Fourier se considèrent comme les continuateurs de Jésus et de Moïse ou du moins se présentent comme les apôtres d’un nouveau messie envoyé à l’humanité pour lui révéler sa destinée. L’évangile de Jésus n’est qu'une « sublime préface ». « Le règne de Dieu sur la terre a été préparé par Jésus, attendu par toute l’humanité et réalisé par Saint-Simon. » Voilà ce qu’écrit Enfantin à Thérèse Nugues en janvier 1830. Et Fourier dit la même chose en remplaçant seulement le nom de Saint- Simon par le sien propre. Aussi Enfantin et Fourier se croient-ils autorisés à «transfigurer (2) la parole chrétienne » (ils emploient tous deux ces mêmes mots). Peutêtre serait-il plus exact de dire qu’ils la défigurent. Ils commentent les évangiles, ils en donnent de nouvelles interprétations, car l'Écriture, dit Fourier (t. VI, p. 367) dans certains passages mystérieux à « besoin d’un interprète guidé par des connaissances nouvelles(3) ».Ils s’y cherchent des justifications. Le véritable christianisme, disent-ils, doit rendre les hommes heureux non seulement dans le ciel mais sur la terre. Le royaume de Dieu est hors de ce monde, mais il est aussi dans ce monde, et c'est ce que l'Évangile a enseigné en disant que la volonté de Dieu doit se faire sur la terre comme dans le

(1) Ce serait une curieuse étude à faire pour un pathologiste de l’esprit que celle de la confiance qu’eurent en eux-mêmes un Saint-Simon, un Enfantin. un Fourier et en général tous les réformateurs de.1830 à 1848, de la foi absolue qu’ils eurent que leur mission était providentielle, et de la hantise qui les obséda de leur messianisme.

(2) Ma théorie se rallie en tous points aux principes de Jésus-Christ que je vais extraire de l'Évangile. F, Ind., t. [, p. 463.

(3) « Qu'est ce que l'Esprit Saint ou Justice mathématique, dit Fourier ? C’est la connaissance du mécanisme sociétaire, » La Phalange, 1848, p. 391-3092.

ciel. Enfantin pense que Jésus a dit : Mon royaume n’est pas maintenant de ce monde (Cfr. Enfantin et Isaac fc Quant à Fourier, il déclare en propres termes que c’est la destinée sociétaire que Jésus-Christ a annoncée, paraboliquement sous le nom de royaume des cieux (Nouveau Monde, p. 361) (x). C’est Jésus-Christ qui, selon lui, a prédit et « provoqué la découverte du mécanisme d'industrie combinée et attrayante »; c’est Jésus-Christ lui-même qui « prend la défense de Fourier » (F. Industrie, t. 1, p. 464). Enfantin et Fourier se vantent d’ailleurs, l’un comme l’autre, d’avoir été « les seuls qui aient rigoureusement suivi les instructions de Jésus-Christ » (F. t. IT, p. 479) (2); ils se proposent tous deux d'établir le christianisme « général et définitif ».

D'ailleurs, les disciples de Fourier ne s’y trompèrent pas. Ils n’ont pas voulu créer une secte religieuse à la façon des élèves de Saint-Simon, ils n’ont pas proposé l'adoption d’un nouveau culte, ils n’ont fait dépendre la religion sociale d'aucune innovation religieuse, quelles que soient les religions admises dans le pays où elle se développe, et quelles que puissent être les opinions des membres de l’École sur les nogmes de telle ou telle de ces religions (voir le manifeste de l'École sociétaire); cela est certain; mais ils regardèrent leur maîtré avec une véritable vénération. Fourier, c'était pour eux le messie luimême (lettre de Clarisse Vigoureux à Fourier). « Cest le vrai rédempteur du monde et de l'humanité » (Lemoyne à

(x) « J'essaie de dessiller leurs yeux dans cette homélie où j'expliquerai le sens mystérieux d’une parabole non comprise jusqu’à ce Jour, celle du ROYAUME des creux que le Messie conçoit eu double sens; il annonce le royaume de Justice en l’autre monde et celui-ci. » OEuvres Paie t. VI, p. 358. Confirmation tirée des Saints-Évangiles. Cfr. Nouveau Monde industriel, p. 357 et Suiv.

(2) Sur ce point, voir le chapitre intitulé : Doctrine de Jésus-Christ, p. 477. Fausse industrie. « C’est vraiment par l’harmonie sociétaire que Dieu nous manifeste l’immensité de sa providence et que le Sauveur, selon sa prophétie, vient à nous dans toute la gloire de son père. C’est le règne du Christ. » Nou-

veau Monde, p. 380.

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Jules, 2 juillet 1833), et c'est encore de nos jours pour quelques fouriéristes attardés le révélateur qui a apporté la vérité (voir Limousin). C’est en termes religieux qu'ils célèbrent en lui « l'inventeur des lois d'harmonie et des destinées universelles, l'architecte du bonheur sur la terre ». Et il faut lire les qualificatifs dithyrambiques (1) que lui décernent ses disciples, les litanies et les invocations mystiques (2) qu’ils lui consacrent, pour se rendre compte qu’il ne fut pas moins adoré que le Père Enfantin. Un adversaire de Fourier pouvait, sans exagérer, écrire dans la Revue des Deux Mondes, dans un article sur l’École de Fourier en parlant des phalanstériens de son temps « que ce n’était pas des disciples, c'était des croyants égarés aux yeux desquels Fourier apparaissait comme une créature toute spéciale, une Divinité venue sur terre pour enlever aux hommes la cataracte qui leur couvrait les yeux » (Ferrari, 1° août 1845). Et un fouriériste convaincu et pratiquant nous avoue qu'il y eut une véritable «église phalanstérienne » (Ch. Limousin, Le fouriérisme). Il y eut donc autour de Fôurier aussi bien qu’autour d’Enfantin et de Saint-Simon (3) un véritable culte.

C’est précisément à cause de cette partie religieuse qui occupe une place prédominante dans la doctrine saint-simonienne, et presque aussi importante, nous venons de le voir, dans la doctrine fouriériste, où elle estmoins connue, — parce que les disciples dans leur vul-

(1) « Fourier... génie de premier ordre... possesseur d’une lumière nouvelle.. etc... » OEuvres complètes de Fourier, t. I, p. 3, préface.

(2) « Fourier, verbe de l’homme... roi des intelligences.. prince des génies. Dieu d’un monde inconnu. »

(3) Saint-Simon est l’« homme divin », «l’homme Dieu » ; il a été élu Dieu pour devenir l'organe d’une révélation nouvelle, il est le continuateur du Christ » (et ce n’est pas dans le Globe comme on pourrait le croire qu’on lit ce dithyrambe, mais dans l’Organisateur du 17 mai 1830 : À un catholique). La vie de Saint-Simon est pour nous un {ype, un emblème de sa doctrine cär elle est le type, l'emblème de la perfectibilité, base de notre religion nouvelle. — En ce qui concerne Enfantin, il suffit de rappeler que son disciple Jourdan l’appelait « mon Christ bien aimé ». Lambert, écrivait M. du Camp, parlait d’Enfantin « comme un dévot parle de son Dieu ».

Ale aatisnton n’insistent guère sur ce point, — que beaucoup __ de réformateurs Saint- Simoniens ou fouriéristes désa- AS busés, revinrent au catholicisme. Il serait extrêmement

Co NPEUr d'étudier les emprunts faits par le saint-simo-

nisme à de Maistre et à la philosophie catholique contemporaine, leurs rapports-et leurs relations (1). L’organisateur manifestait « sa prédilection pour l'institution catho= lique ». On sait qu'Enfantin ne faisait aucune difficulté pour reconnaitre que c'était dans Maistre et les Pères de É Église qu'il avait trouvé « à peu près tout ce qu’il avait enseigné et même pratiqué sur l'autorité et la liberté (2) » (Enseignement, p. 116). O. Rodrigues recommandait vivement la lecture de de Maistre. Les Saint-Simoniens avaient eu pour lecteurs des disciples de Bonald et de de Maistre (3). Sans doute, il n y avait pas identité entre les deux doctrines et l’on ne peut sérieusement soutenir que tout ce qu'ont écrit les Saint-Simoniens soit conforme à l’orthodoxie romaine ; c’est même loin de l’être ; mais du moins une pensée hostile à l'institution catholique ne saurait leur être attribuée, et ils penchent même vers elle de bien des manières et sur bien des points. Sans doute ils ne dissimulent pas ce qu’il y eut de défectueux et d’imparfait par rapport à l’avenir dans les institutions du Christianisme ; mais ils exaltent ce qu’il eut de grand dans le passé. Ils estiment que « le point de vue catholique est arriéré, incomplet (4) »; mais ils reconnaissent qu'il est

(x) I faut aussi signaler l'influence très profonde et très réelle au point de vue religieux des écrits de Ballanche. C’est la lecture de ses prolégomènes qui, vers 1828, contribua fortement à inspirer le souffle religieux à l’école saintsimonienne encore matérialiste (Voir Sainte-Beuve, Portrails contemporains, t. I, p. 329).

(2) Plusieurs Saint-Simoniens se plaignaient vivement de « l’envahissement exagéré des pensées de Maistre et de Lamennais ».

(3) « D’autres le lisent plus sérieusement (votre journal) notamment M. Valette, lieutenant de frégate, ancien élève de l’école, qui trouve votre système très intéressant, la plupart de vos idées fort justes. Ses doctrines sont cependant celles de M. de Maistre et de Bonald » (Levesque, ingénieur de la marine. La Calypso en station au Levant, 19 décembre 1831, à M. Lechevalier).

(4) En effet « les chrétiens ont divinisé Dieu et n’ont adoré qu’une de ses

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« le seul qui puisse satisfaire des cœurs aimants, et les esprits éclairés auxquels la loi nouvelle n’a pas encore

été annoncée (1) » (Lettres à un prêtre catholique, 8 novembre 1829. H. F.). Aussi paient-ils au catholicisme « leur tribut d'amour et d’admiration ». Ils ont avec les catholiques des sentiments et des principes communs (2): la haine de l’anarchie individualiste, l’idée que l’égoïsme tue les sociétés dont la religion ne fait plus la vie, etils ont aussi le sentiment profond de la nécessité absolue d’un même but, d’une foi religieuse commune et d’une discipline imprimant aux volontés individuelles une direction commune pour que l’ordre et l'harmonie s’établissent; ils ont le sentiment profond qu'il faut effacer, faire disparaître, tuer en soi la personnalité; ils ont comme eux le sens social, c’est-à-dire le sens de la subordination nécessaire du bien individuel au bien collectif, le sentiment très

deux faces ». Le Christianisme ne voyait dans l’homme que la face esprit, et détournait les yeux de la face matière, et si, quoi qu’il pût faire, 1l se trouvait malgré lui ramené à elle, il eriait anathème aussitôt qu’il Papercevait. Ce dédain de la matière se retrouvait dans tous les ordres des conceptions humaines: dans la politique, dans la morale individuelle, dans la poésie. (D’Eichthal à Mill, rer décemhre 1829). La doctrine religieuse des Saint-Simoniens a ce caractère unilaire qui doit rallier autour d’elle les hommes de l'avenir. Elle ne met ni l’espril au-dessus de la matière ni la malière au-dessus de Pesprit. Elle les regarde comme entièrement unis l’un à l’autre, comme étant la condition l’un de l’autre, comme étant les deux modes par lesquels se manifeste l’élre, l'être vivant, l'être sympathique... Elle pense que dans l’ordre polilique comme dans l’ordre poétique nous devons également tenir compte des facultés spirituelles et matérielles de l'humanité afin de produire son bien-être moral (Eichthal à Mill, 1er décembre 1829).

(1) Pour pratiquer Saint-Simon il faut avoir été chrétien et ne plus l'être. Il faut avoir puisé dans les instructions d’un ministre de l'Évangile, à quelque secte qu’il puisse d’ailleurs appartenir, ce besoin d'amour, de fraternité que la parole chrétienne fait naître dans le cœur des hommes et auquel aucune des sectes chrétiennes existantes ne donne aujourd’hui satisfaction.

(2) « Le Saint-Simonisme c’est une religion moins un Dieu, c’est le christianisme moins la foi qui en est la vie ; c’est PÉvangile moins la raison et la connaissance de l’homme ». (Lamartine). Ozanam dans l’étude qu’il consacre aux Saint-Simoniens déclare qu’ils se rattachent.sur plus d’un point aux traditions chrétiennes et qu'ils veulent seulement donner de nouveaux noms à d'anciennes vertus, changer les conseils de l'Évangile en préceptes et fixer sur terre l’idéal du ciel.

nes nd des responsabilités que tous ont dans le bonheur ou le malheur du prochain, le souci d’une distribution des biens telle que nul n’en soit dépourvu et que le partage en soit de plus en plus équitable ; Je désir de l’accroissement continu de l’ordre, de l'égalité réalisable, de la paix entre les peuples et de la confraternité des hommes, et la même sympathie pour la misère des pauvres, le même dévouement pour leur amélioration morale. Ils comprennent que dans la société, telle que les événements, et les doctrines l'ont faite, on ne peut exercer d’action que si on porte au cœur ce goût,cetamour, cette intelligence du peuple, et que l’on ne peut résoudre le grand problème social que si l’on est profondément religieux. Surtous ces points, catholiques et Saint-Simoniens ne diffèrent que par des nuances (1). Aussi les Saint-Simoniens, qui étaient d’ailleurs attaqués très violemment par certains journaux catholiques, critiqués sérieusement par d’autres qui, tout en ne méconnaissant pas la générosité de leurs illusions, en voyaient le danger, étaient-ils jugés avec plus d’indulgence par ceux qui catholiques (2) et libéraux, partagés

(1) « L'église, écrit un Saint-Simonien, c’est une institution qui est fondée

sur la prétention à luniversalité et par un charpentier; qui ne pratique pas

la conscription ; qui ne reconnaît pas de castes ni même de race parmi ses membres ; qui n’admet ni l’hérédité des fonctions ni l’hérédité de fortune, ni même la root privée ; qui a réalisé l’association de travaux et de vie ; c’est cette association qui nous a donné le goût de toutes les bonnes choses. »

(2) Montalembert Écrit dans l'Avenir: « n’est-ce pas la foi incomplète, incertaine, égarée, mais toujours elle, qui reparaît dans ce groupe d'hommes nouveaux, parmi ces St niQn qui tout bafoués qu’ils sont et quelque répuguance qu'ils nous inspirent, méritent au moins notre étonnement puisqu'ils viennent parler au monde de foi et qu'ils se disent prêts à affronter le martyre, oui le martyre, le cuisant et impitoyable martyre de notre société: le ridicule. ». Avenir, 3 août 1831. N'est-ce pas en effet le ton d’un apôtre que celui d'Enfantin ? Il écrivait : « Non, le ridicule, la honte même, que dis-je, la diminution de l’affection des personnes qui nous aimaient et que nous chérissons toujours quelle que soit leur froideur pour nous, ne nous feraient pas garder dans le secret de notre pensée le nouvel Éane qui doit sauver tous les hommes, ceux mêmes qui nous lapideront. … Les stoïciens naquir ent par une admi- “nie lassitude de Dieu qui ne parlait pas, des hommes qui se disputaient entre le despotisme et l'anarchie un vil pouvoir. Or, la même misère qui les à pro-

entre deux amours, celui de la religion et de la liberté, voulaient comme Montalembert les concilier, et montrer que « leur union est non seulement chose possible, mais chose nécessaire », et qui étaient intéressés ou étonnés par le saint-simonisme etses progrès. Certains même, comme l'abbé Jacques, ancien professeur de l’Université, comprenaient et expliquaient fort bien les causes de son succès qui venait, selon lui, « d’une magnifique couleur de philanthropie, des idées de progrès, de perfectionnement de l’espèce humaine qui, à les en croire, ne pouvaient se réaliser que par leur système » (Cité par Buffenoir, Les Saint-Simoniens à Lyon, 1831-1834. R. bleue,

18 septembre 1905).

Les analogies entre la doctrine catholique et celle des

Saint-Simoniens « ces pieux ajusteurs de l’église catholique aux besoins de la philosophie nouvelle », comme

duits autrefois a créé aujourd’hui les libéraux de Saint-Simon. Comme les stoïciens, ceux-ci ont désespéré de Dieu et de la république; ils ont fait un schisme avec tout ce qui a été, tout ce qui est, tout ce que le xrxe siècle espère; ils ont compris que cette triple cause était perdue et laissant la foule s’enivrer des mensonges d’une société finie, ils se sont réfugiés dans leur cœur pour y chercher quelque chose qui füt puissance et vérité. Mais au lieu que les stoïciens ne crurent pas possible un dieu nouveau ni une société nouvelle, les libéraux de Saint-Simon éclairés par le miracle du christianisme ont concu le dessein de retremper leur œuvre en refaisant Dieu. C'est-à-dire qu’ils ont compris juste ce qui manque à la société moderne pour être une société, la foi. Curieux événement sans doute. Pendant qu’on sonne partout les funérailles de Dieu, voici de nos contemporains, des jeunes gens comme nous, dont l’incrédulité mal à aise soupire après la foi jusqu’à s’en faire une, jusqu’à se soumettre à une hiérarchie religieuse et à prêcher des dogmes au peuple. Lacordaire, 13 novembre 1830. L’Avenir.

Toutefois ils ne travaillent pas pour eux. Ils séduiront peut-être beaucoup d’âmes, car des temps approchent où quiconque parlera de Dieu aux hommes les fera pleurer tant le cœur humain sera las des hommes. Mais un obstacle plus invincible encore dans les temps éclairés qu'aux époques d’ignorance empéchera toujours la propagation d’une foi fondée sur le seul raisonnement. Le libéralisme de Saint-Simon nest trop visiblement qu’une philosophie, qu’une politique recouverte de prétentions religieuses qui ne subsisteront pas devant l'examen et qui prouvent seulement la nécessité de la foi semblable à ces astres longtemps l’effroi du monde, dont la lumière errante laisse entrevoir celle de l'étoile immobile. Lacordaire, Ibidem. « Ce qu’ils sont et ce que nous sommes ». L’Avenir.

or —

dit spirituellement M. Dolléans, étaient telles que des Saint-Simoniens restés libéraux s’en inquiétaient : « je crains toujours, écrivait Guéroult à Lambert, en 183», que vous ne tourniez au catholicisme. » Lamartine avait prédit que le saint-simonisme « hardi plagiat qui sortait de l’évangile y reviendrait (1) ». C’est ce qui arriva du moins en partie: lorsque plusieurs Saint-Simoniens se rendirent compte après le schisme de Bazard de l’impossibilité qu'il y avait à fonder quelque chose sans la tradition et contre elle, ils se convertirent au christianisme; les uns allèrent à un christianisme vague, les autres àun catholicisme fervent. C’est le saint-simonisme qui les y conduisait; c’est lui qui amena Buchez à son seuil — et qui ramena avec éclat dans le giron de l’église catholique le carbonaro Dugied. « Nous sommes passés près de la demeure de M. Dugied fervent Saint-Simonien sous le règne de M. Bazard, écrivait la Saint-Simonienne Suzanne Voilquin partant en Égypte pour y retrouver le Père; aujourd’hui on nous le fait remarquer sombre et recueilli; il revenait de l’église entendre la messe ainsi qu'il le fait chaque jour. Est-ce une pose ? est-ce une conviction ? me suis-je demandé en voyant cet ex-apôtre ?...» [Il y eut d’ailleurs parmiles Saint- Simouniens bien d’autres conversions : celle de Margerin (2), celle de Claire Bazard, et celle de son gendre

(x) Tout ce qu’il y a en lui de sincère, d’élevé, d’aspiration à un ordre terrestre plus parfait et plus divin, s’apercevra bientôt qu’il ne peut marcher sans base, qu’il faut toucher au ciel par ses désirs, mais à la réalité humaine par les faits, et reviendra au principe qui donne à la fois la vérité spéculative et la force pratique, l’espérance indéfinie du perfectionnement des sociétés civiles, et la règle, la morale et la mesure, qui peuvent seules les y diriger ; ce principe d’où nous émanons tous, croyants ou sceptiques, amis ou ennemis. Cest le christianisme !... (Lamartine, Politique rationnelle, cité par Dory, p- 246-247).

(2) « Margerin écrit dans l’Université catholique, espèce d’enseignement encyclopédique publié par l'abbé Gerbet, Montalembert, Cazalis et autres. J'ai vu Margerin plusieurs fois : son attitude comme catholique m’a paru équivoque et diplomatique. Il n’a pas reculé, m’a-t-il dit, sur aucun des points capitaux de ses anciennes convictions et il croit y arriver plus vivement par le catholicisme

Saint-Chéron, qui devint rédacteur à l'Univers religieux, celle de Dory qui publia une brochure (retour au Christianisme de la part d'un Saint-Simonien, par A. Dory, avocat, Marseille, 1834) — celle de Chéruel et de tant d’autres. D’autres, sans revenir au catholicisme pratiquant devinrent des admirateurs du catholicisme. « Disons-le une fois pour toutes, écrivait un Saint-Simonien: par la doctrine de Saint-Simon, nous avons compris tout ce qu'il y avait eu de grand, de sublime dans les institutions que notre éducation nous avait fait méconnaitre. Remplis d’une admiration sainte, nous avons senti toute la valeur des mythes chrétiens, nous avons compris que par eux seulement la divine morale du Christ avait pu se réaliser (1). » Cerespect et cetteadmiration du catholicisme, la compréhension de son rôle historique et social furent pour plusieurs une étape sur la voie du retour à la religion catholique.

Il semble bien que l’individualisme de Fourier n'avait pas avec le catholicisme l’affinité qu'avait le sens social

qui professait depuis longtemps in petlo toutes ces nouveautés ! (Guéroult à Lambert, 5 mai 1836). Margerin devint bientôt professeur dans une université catholique en Belgique. »

(x) « Aucun de ceux qui ont passé par le Saint-Simonisme ou qui y ont touché d’un peu près n’y ont passé impunément, dit Sainte-Beuve. ; ‘En dehors de la direction industrielle et économique, il donna à plus. d’un qui en manquait l’idée d’une religion et le respect de cette forme sociale la

plus haute de toutes. » Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, LV, 146.

Ayant passé moi-même en si peu de temps grâce au saint-simonisme de l’athéisme à un sentiment contraire. D’Eichthal à Mill, re' décembre 1829.

J'ai vu 20 jeunes Français qui, d’antagonistes moqueurs du christianisme, sont devenus grâce à l'influence de Saint-Simon des admirateurs sinéères de cette noble religion. Du Saint-Simonisme. Gazette d’Augsbourg.

D'ailleurs tout le monde constate entre 1832 et 1835 la renaissance du sentiment religieux. « [1 se passe, écrit Dupanloup en 1835, et s’accomplit depuis un certain temps quelque chose d’admirable parmi nous; les influences religieuses ont repris leur empire, au fond il y a toujours un mouvement religieux, vague pour plusieurs, mais irrésistible et de plus un retour certain et sérieux pour un grand nombre. » Et déjà en 1832 le philosophe rationaliste Jouffroy constatait avec surprise le changement d'orientation des esprits. « Messieurs, disait-il à ses élèves, il y a 5 ans je ne receyais que des objections dictées par le matérialisme.….. -ujourd’hui les esprits ont bien changé : l'opposition est toute catholique. »

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