‹ De Henri de Saint-Simon à Charles FourierChapitre 8 sur 79 · RAR · texte numérisé non relu

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fondent, ou plutôt se débattent et s'agitent en un bizarre assemblage, l’aventurier, le financier, l’homme d’affaires parfois un peu téméraire, le philosophe et le révélateur, a connu toutes les extrémités de la destinée. Peu d’existences sont aussi diverses que la sienne. Fort riche grâce à des spéculations sur les biens nationaux, puis complètement ruiné en 1805, après avoir dépensé sans compter l'immense fortune qu'il a acquise, il se voit forcé d’accepter pour vivre une place de copiste au Mont-de-Piété, puis de devenir l’hôte de son ancien domestique ; il mendie presque car il « moeurt de faim », tente de se suicider et meurt finalement en 1825 au grabat commun.

Autant la vie de Saint-Simon est agitée, follement secouée, et remplie d'événements, autant celle de Fourier est prosaïque, unie, sédentaire, bien qu’il ait toujours été — c'est lui qui nous le confie — violemment tourmenté par le goût des voyages, et tranquille, extérieurement du moins; si celle de Saint-Simon est un roman d'aventures où l’on peut glaner les anecdotes, il serait impossible au contraire de signaler dans celle de Fourier le moindre événement mémorable, s’il n’avait été emprisonné pendant la Terreur — tout comme Saint-Simon d’ailleurs —, s’il n'avait pas dû, encore tout comme Saint-Simon, recourir à ses parents ou amis pour ne pas mourir indigent, et s’il n'y avait pas enfin cette anecdote — en soi peu importante, mais grosse de conséquences, et qu'il a bien des fois racontée — de la pomme qui lui fit découvrir les lois du mouvement universel manquées par Newton, et qui forme avec celles d'Adam, de Pâris et de Newton, le « quadrille des pommes célèbres » dans l’histoire.

Leurs caractères diffèrent presque autant que leurs vies :

core plus fâcheuse que ma position pécuniaire ; chaque conseil que je recois tend à me décourager ; eh bien, dans cette position je jouis, je me trouve heureux ; J'ai la sensation de ma force et cette sensation est plus agréable pour moi qu'aucune autre que j'ai éprouvée dans ma vie » (Saint-Simon, Histoire de ma vie, p. I1).

He l’un désordonné (1), dépensier, généreux, voluptueux, l’autre rangé et réglé, minutieux à l'excès, méticuleux et maniaque, aimant, dit M. Gide, « l’arrangement, la symétrie, l'étiquetage, écrivant avec la régularité d’une machine à écrire » (Œuvres choisies. Introduct., p. v, vr et vint).

Mais, tous deux ont le goût de l'observation, de l’expérimentation ; Fourier ne veut s’étayer que sur des « événements récents », ne démontrer que « par application à des faits connus »; quant à Saint-Simon nous avons vu que le programme de sa vie n’était basé que sur l'observation. « Même les affaires et les femmes, écrit Michelet dans son portrait d’après de Fourcy, c'était * visiblement pour lui matière à l'observation, aux expériences hardies »; tout en combattant en Amérique, il en a étudié les mœurs et l’état social. Ils prétendent l’un et l’autre ne raisonner jamais que d’après des faits et non des principes.

Ils sont l’un et l’autre tenaces, persévérants, héroïques même à l’occasion ; ils ne manquent ni l’un ni l’autre — et Fourier moins encore que Saint-Simon — de sens pratique ; ils ont la même confiance admirable et aveugle dans les événements, dans les hommes et surtout en euxmêmes, la même candeur surprenante; ils sont tous deux immensément orgueilleux (2), également convaincus

(1) « Jai beaucoup connu leur dieu Saint-Simon. Il demeurait alors rue de Richelieu, où il vivait très retiré... Son appartement était un modèle parfait du désordre le plus complet. Il n’est pas une chaise pas un fauteuil qui ne fût encombré..... Sur son bureau on voyait les choses les plus disparates : des livres, des papiers, des croûtes de pain, du linge sale, des bouteilles de formes diverses. Sa conversation roulait toujours sur les réformes à opérer, les améliorations à faire, et sur des théories gouvernementeles..…. Il faut lui rendre la justice qu’il était un peu moins fou qu’eux (les Saint-Simoniens) » (Dr Poumiès de la Siboutie, Souvenirs d’un médecin de Paris. Revue hebdomadaire, 8 janvier 1910, p. 236).

(2) M. G. Dumas, qui a étudié au point de vue de la psychologie morbide Saint-Simon, parle de son « immense orgueil » (p. 120), de « l'étendue démesurée de son orgueil » (p. 49), de son orgueil de race, de son orgueiïl de philosophe et de réformateur (p. 46) (2 messies posilivistes). Et M. Seillère de « l’hypertrophie du moi » de Fourier, de son « egocentrisme », de son « égotisme pathologique », de son « individualisme sans boussoles » (p. 30) (Le mal

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