‹ De J.J. RousseauChapitre 10 sur 36 · SECTION IV · texte numérisé non relu

SECTION IV

Xv o u s s E A u possédoit la faculté qui se fait du présent. un point d'appui pour s'élancer dans l'avenir ; il avoit très - bien calculé , il y a dix-huit ou vingt ans , les effets

au-delà de ce qu'elle de voit faire, de sorte que la sagesse la plus calme se marie à la fougue la plus impétueuse* Qui eut dit que des Parisiens auroient saisi ce point juste qui donne aux révolutions tout leu#effet l mais en examinant les lumières cachées dans ce peuple, son extrême penchant à la civilisation » les idées j ustes qu'il s*étolt formées , d'après des écrivains universellement connus , on pouvoit préjuger que cette cité auroit une voix dès qu'elle voudroit parler, et un bras dès qu'il s'agiroitde repousser la cruauté. Elle ne pouvoit pas croire à la perfidie, à l'horrible perfidie; mais dès qu'elle en a été convaincue , et qu'elle vit que la famine et là guerre ctoient à ses portes , elle n'a fait qu'un mouvement , et ce mouvement fut décisif.

Si on vouloit approfondir les causes générales et partîtulieres qui ont hâté cet événement, on vcrroit qu'il étoit inévitable, et que la bureaucratie de Versailles et celle de la police de Paris l'avoicnt tout préparé.

«nccessîfs du choc des Ibrces politiques et morales, puisqu/il a voit écrit en propres termes à mylord maréchal ces mots.singtdiérement remarquables : Si la nation Françoise est aviUcjC^estpar le faitd^ autrui et non parle sien propre; convenez-vous y mylord ^ qu^elle ne sera pas vile dans vingt ans.

Point de doute que la révolution ne s'opère dans toute l'Europe , puisqu'elle existe dans tous les cerveaux ; les livres qui ont tout fait achèveront l'ouvrage. Rousseau fut un planteur d'idées saines ; il a bien fallu , d'après lui , embrasser un projet complet de remède et de régime ( i )• La sûreté de la nation

(i) La philosophie aime à contempler les pas delà raison et de la liberté sur la terre. Le vrai philosophe jouit de tous les biens qui surviennent à ses semblables ; rien n'est indifférent à son cœur , il le dilate sur la terre entière ; bientôt on verra Tinquisition expirante sous ^t% bûchers éteints ; on verra un peuple actif et respectable secouer le double joifg qui l'avilit sur le Tage ; les rois deviendront citoyens, ou du moins seront forcés à l'être : ce phénomène est il possible ? oui , sans doute ; la per-* fectibilité de l'espèce a-t-elle atteint son dernier période? Non y les idées philosophiques travaillent avec succès à régénérer l'Espagne et l'Italie ; l'époque des révolutions est arrivée \ les peuples , à la fin convaincus de la néces?

rcxîgeoît. Eli quoi ! les abus innombrables de Tautorité , les aristocraties régnantes à la place du monarque , les arts et le commerce garottéspar radministration,le système d'oppression le plus honteux de tous ; n'arions BOUS pas tout à détruire ? parce que pour perfectionner tel gouvernement il ne s'agit que de le décomposer ; mais il n'est pas anéanti pour cela , il s'en faut de beaucoup ; le gouvernement se recompose sans cesse selon les circonsranceS|f t les besoins ; les esprits vulgaires ])rennent les mots pour les choses ; mais c'est la nature qui fait le gou- Ternement; il est toujours légitime lorsqu'il défait ce qui a été essentiellement mal fait. Tout homme est magistrat dès qu'on a bespin d'un magistrat^ comjne tout homme est soldat dès qu'il s'agît de défendre ses foyers ;

site de s*éclairer, gravitent vers la perfectUn; d'apréi^ des siècles d^erreurs et d'esclavage , la raison , révoltée contre ses tyrans » combat pour la défense de la digniti humaine , et promet à la terre des triomphes inconnus ; des peuples voisins» émus par notre activité , menacent de sortir enfin de leur humiliante inertie.

Il ne faut qu*ua cri de l'icinocence opprimée , pour, ébranler l'Huivers.

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qu'importe que les formes changent, pourvu que l'ordre social subsiste. Ce n'est ni la robe, rabat , ni la finance d'une charge qui consnile titue la magistrature, c'est le service rendu, le service prompt ; le gouvernement appartient à qui sait faire le mieux ; et comme toute souveraineté émane du peuple ^ le peuple est le réservoir éternel d'où sort toute magistrature , tout pouvoir législatif et exécutif.

La politique est donc une science pratique et non purement spéculative ; méfions-nous toujours des termes des charlatans et des pédans ; c'est l'abeille qjai fait la ruche , ce n'est pas la ruche qui fait l'abeille ; le gâteau, de cire peut prendre toutes les configurations possibles ; laissez faire l'abeill* , elle saura toujours bien construire son alvéole ;rhistoire change de face , parce que tout est changeant et mobile ; mais le fond des choses subsite ; quand il s'agit de régénération , comment l'opérer sans des changemens trèsëtendus ; comment refondre la statue, sans mettre toute la matière en fusion ?

Observez qu'il y aune foule de petites loix indestructibles et toujours renaissantes , qui alimentent tellement le corps social y qu'il

pourroit

(m9) pôTirroît se passer à la rigîieur de ces loix hautes et imposantes auxquelles on attaché tknt d'importailce ; c'est toujours rilommé qui fait le gouvernement, et les loix de policé cîôniposerit à elles seules les trois quarts et demi du gouvernement ; or, qiii n'est pas îtitéressé à des loix de police ?

Le gouvernement ii'est que le rc^sultat des lumières universellement répandues ; la société éprouve des divisions intestines qiii né fiônt au fond que des réactions inhérentes à des individus matériels , mais qui servent au maintien où au rétablissement des droîtsi de l'humanité.

Un peuple sage et éclairé devroit comzûencer par se faire un vocabulaire, où les inots principaux de la politique et qui servent de bases à toutes les discussions fussent expliqués d'une manière claire , exacte et précise ; faute d'avoir déterminé le sens des lûots , tel parle sans s'entendre ; .*i la place de ces mots illusoires si chers au pérîodiste ^ mettez des poids matériels ; suivez l'autorité sôuveraiiie de la nature qui veutijue tout se balance du se combatte. Pesez en gros , et laissez aux hommes , amis du repos et dif

feoiiheur j à faire le reste j car les hommçs Tome L O

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image et ressemblance ^ étoît-ce pour le soumettre à des tyrans ? Nos tyrans avoient 3aaguere$ des soldats pour pomper notre or et notre vie ; nous sommes redevenus soldats pour reporoper notre vie et notre or ; c'étoitlà cependant tout le secret : voyez comme ces idées simples sont obscurcies par les publicistes charlatans sous un amas de naots obscurs ! Ils évitent à dessein la vue des poids matériels qui constituent la politique des nations : que le citoyen sache être soldat ^ n'importe en quel pays , et toute tyrannie disparoît; car, c'est avec des soldats ,avec ces marionnettes meurtrières , que les tyrans ont osé se moquer des hommes ; mais un citoyen armé vaut dix stipendiaires ; et quand la lîgue des arts , de cette multitude innomhrable de différens arts travaillera pour la liberté publique , que feront tous les despo- 4ismes ? Puisqu'il ne faut que savoir manier Wi fusil pour faire honorer l'homme , marnions tous un fusil ; puisque c'est avec cet instrument que notre intelligence , notre raison , nôtre génie , toutes les facultés de notre corps et de notre ame enfin ne sont plus captives ^ prenons tous le tube creux. Ainsi l'homme a sous les yeux Taction et la

réaction de la société humaine ; îl n^a pas . besoin de logogriphes politiques pour connoître ses vrais intérêts ; il sent sa tête , il sent son bras , il«ait frapper au but quand il le faut ; il sait sur-tout qu'il n'est pas fait pour être assujetti : au contraire , les ou- •'; Trages multipliés de l'esprit humain attestent qu'il est né pour la liberté civile et politique quand il n'égarera plus sa force* et son intelligence dans des arts trompeurs-, et c'est ce que lui recommandoit si fortement Rousseau ; il répétoit sans cesse r l'homme est à la fois créateur , '^inventeur , constructeur^ reformateur j mais ce dernier titre est \% plus beau de tous , en ce qu'il annonce ùiv plus haut degré d'intelligence.

Quand , d'après cette faculté , l'homme fiappè un coup régénérateur, il ne. trouvera pas tout de suite la perfection , mais il di^ minuera incontestablement la somme de ses maux : toute réformation ^st .un achemine-* ment vers un état plus heureux. Méditez, bien tous les écrits de Rousseau: il dit sarA cesse à riiomme ; use de ton plus beau privilège . sois réformateur.^ .

L'esprit de réforme ne marche jamais sans Tesprit de liberté > • mai$ ce sont les philoso-r

plies quî ont enseigné à l'homme la liberté j; soi. en peignantses cliarmesetses avantages^ 80Ît en marquant la distance qu'il y a entre unêrre libre ctun esclave; l#s philosophes n'avoient qu'à développer un sentiment caché dans tous les cœurs ; l'histoire est pleine des prodiges qu'a enfantés l'amour de la liberté. Mais les jnéchans rois et les mauvais miniS'* très ne lisent point.

On n a jamais subjugué un peuple éclairé ; il réagit lorsqu'on croit qu'il sommeille ; c'est qu'une nation éclairée est un vaste réservoir de force et de puissance qui s'épanche au besoin et met en œuvre tous les moyens qu'il renl'erme ; ce peuple parcourt avec autant de facilité que de rapidité Tordre possible ; il entraîne dans son cours tout ce qui lui résiste ; son intelligence semble se fortifier et s'étendre à mesure qu'elle se met en exer* cice(i).

(i) Le fameux 14 juillet, il n*y avoir à Paris ni roî; fiî parlement, ni échevins , ni pouvoir législatif quelconque , mai5 il y eut un gouvernement ; l'ordre fut partout établi, la prudence enchaîna la fureur; le ni^istere le plus éclairé n'aùroit jamais su sauver Paris du poids d'une armée étrangère 1 comme Paris a su se sauver lui^

Que riiomme est grand qtiand il se dît à lui-iiiênie : je mourrai ou je ne serai soumis quaux loix ! De quoi serviroit-il à riiomme d'avoir obtenu sur la terre le plus beau domaine , d'y exécuter tant d'ouvrages surprenans , d'y manifester sans cesse taut*-' de souplesse de génie , sli restoit dans l'ub-

snéme du pei-flde ministère ot de la cour; celui-là fut magistrat qui fut citoyen » celui-là commanda qui sut commander ; la plus grande sottii»e des anciens adminis* trateurs , c*étoit d*imaginer l'anarchie dès qu'ils retire « roient la main. Tout citoyen est un administrateur dés que le péril commence ; quelques bases superstitieusement respectées peuvem être brisées tout-à-coup sans que Tordre social s'en ressente trop : la société humaine est indestructible, et c'est elle qui compose et recompose le gouvirnementy et sous toutes les formes possibles ; elle n*obéit point aux termes pédantesqiies des publicistes; elle n'établit point des cases chimériques ; elle fait tout à-coup des loix' de police les plus nécessaires ^ lés plus indispensables de toutes ; et quand celles-ci sont faites, les loix politiques s'arrangem toujours d'après les circonstances ; celles-ci font les superbes et les hautaines , mais elles ont toujours leur racine dans les loix de jpolice , qui peLvent braver toutes les autres ou même s%A passer ; les loix politiques servent tout au plus an peuple une ou deux fois dans un siècle , et rien de plus aisé que leuf fabrique.

liégation , dans robéissance passive , dandi ]es entraves de ses semblables ! Hélas ! il pfïenseroit en lui une ame immortell-^.

Ç'étoît à la puissance législative qu*il ap^ partenoit de ré[)ondre aux grandes espé.-^ l'yancçs d,e la n.itioii et à l'attente de l'Europe ; elle y a parfaitement répondu ; elle a abat1;ii ça qu'il falloit abattre ; elle a très-bien senti que pour constituer une nation éclairée , ii ne falloit que délruire , parce que a,lor?. c'était créer ( i ). Le véritable ouvrage étoit d'arracher les plantes parasite» qui dévo-. roient la substance de l'arbre. Il étoit indis-. pensable de faucher ces corps privilégiés ,^ inutiles ou désastreux , qui pespient surles peuples et qui vpuloient encore usurper- Ijeur vénération.

La place nette on a vu naître \% gouverne^, ment (^2.); cai: comme c'est la nature (je

(i) Ce qui rend pénible l'ouvrage de la législation,' çst moins ce qu'il faut établir que ce qu'il faut détruire.

( Contrat SoctaL )

(2) Tçiate natîon a le souverain diomaine de l'universalité du territoire qu'elle occupe , cela est incontestable.

L'association une fois établie, ( dit Rousseau , qui va plus loin > ) la communauté doit avoir un domaine réel

t^i7 ) lie cesserai de le répéter ) qui le foîme et qu'il se développe de lui-même ; par-tout où il y aura intelligence et bra$j il se formera nn bon gouvernement ; ainsi la destruction des abus suffîsoit au rétablissement de l'ordre social ; il ne falloit qu'efFace^r de notre Ia.ngue ces mots odieux de taille j de corvée ^ de franc-Jiefy de main-morte pour former tout-à-coup une législation grande et uniforme , qui ne flétrira pli;is les professiona pénibles et utiles^.

C'étoit le mélange de pouvoir législatif et de pouvoir judiciaire qui avoit abruti en France la législation , et qui avoit abusé le peuple en lui présentant comme défenseurs des magistrats qui n'avoient fait qi;ie brouiller toutes les idées de l'économie politique. Les cours dites souveraines ne dévoient donc pas être associées au pouvoir législatif; le monarque avoit usurpé ce pouvoir, et les cours 4ites souveraines ( i ) usurpant de leur côté

ot personnel sur tous les membres, en sprte qu'elle ei)i puisse exiger les secours nécessaires pour se mainteiyr*

(i) Si les parlemens veulent bien çonsîdcrer le rôle qulls ont joué entre le peuple et le ministère, ils se con« fieront tellement de leur destruction ^ de quelque côt^.

le droit de veto , ce droit qui a quelque cIio$d

qu*il penchât , !e pari t ment touchoît à un danger ; il avoit à se défendre et contre le cri public et contre Taur torité ministérielle. Dès que la voix publique lui proinettoit protection, le ministère lui annonçoit sa ven^ geance; on ne par! oit des abus inhérens à son corps, que lorsqu'il s'opposoit au pouvoir arbitraire; attaqué de toutes parts , comment auroit-il pu faire quelque bien ? On ne pouvolt alors regarder un militaire que comme uii ennemi de la patrie; il agissoît contre elle à la première réquisition du de<:potisme ; il ne servoit qu*à contrarier la loi, dés qu'elle avoit une physionomie populaire; on ne voyoit dans les édits que le langage gothique des anciens conquèrans. Le tiers-état auroit perdu peut-être tous ses droits , sans les écrivains qui , comme Rousseau; ont demandé de bonnes loix fondamentales,afinJde n'être plus à la merci des événemens et des ressources factices; c'est à la nation elle-même , ont-ils dît , qu'appartient le droit de se constituer , et jamais une nation ne se dé^ pouille du droit de vouloir : tout est subordonné à Tac^ tion de la volonté publique ; c'est ce principe incontes* table et fécond qui a formé et dirigé l'assemblée nationale* Le garant de la volonté publique , qui est la seule loi de la liberté politique, est la force publique ; elle résulte de l'organisation du tout; on voit donc qu'il ne faut dans le corps politique qu une tête pour délibérer et un bras pour agir ; l'union intime du pouvoir législatif et du pou* voir exécutif fera donc d'un état un corps vigoureux et souple , également propre à l'attaque et à la défense ^ plein de yie et jamais opposé à lui-même.

3e supérieur au législateur même , il en étoît résulté une confusion qui avoit fatigué tous les citoyens et désorganisé les loîx.

Il étoit bien temps que ce qu'on appel le tiers- état se montrât ; car le tiers -état (on l'a appris enfin) est réellement la nation, car c'est la force du nombre , c'est la force des lumières, et c'est encore la force des richesses avec la faculté d'en perpétuer la aource, -"—-,.. — .

Faisons encore mieux que la constitution angloîse , puisque nous sommes favorisés par les plus heureuses circonstances et que nous avons tons les élémens propres à cela ; ëlevons-nous au niveau de nos lumières et de nos forces, pu'sque notre émancipation Xie ressemble pas à celle des autres peuples ; que notre gouvernement ne soit pas une servile imitation de nos voisins, nous ne sommes pas eux et ils ne sont pas nous ; pourquoi les trois pouvoirs qui régnent en Angle* t.^rre ? jamais ils n'ont produit un équilibre réel , c'est un balancement imaginaire, c'est une multiplication de rouages inutiles ; nous livons prouvé que nous n'avions pis besoin de noblesse , qu'il ne nous falloit qu'un© tête et des membres dispos ; nous avoua

écarté le charlatanisme qui vouloit traiter dêf la science du gouvernement ; nous aurons! une volonté publique et ^xnQ force publique , et nous nous en tiendrons là/ et l'organisa» tion du tout sera plus sûre qu'ailleurs , parcel qu'elle sera plus simple ; nous verrons tomber riiydropique Angleterre y et notre constitution ne fera que s'accroître en vigueur ^ parce qu'elle est conforme aux loix étemelles de la nature (i).

(i) Il seroît inutile aujourd'hui de prouver que les, bénéfices militaires pouvoient être repris par la nation et par le souverain, parce que les possesseurs alliant rin-»

gratitude à la barbarie , les tyrannisèrent Tun et l'autre ^ de sorte que les bienfaits de la patrie tournèrent contre elle-même.

L'intérêt du monarque est inséparablement uni à celui de son peuple ; car les rois ne sont mangés et dépouiîîés que par ces nobles mendians, qui n'environnent le trône que pour en enlever les franges d*or, et qui auroient fini par laisser le monarque nud sur une escabelle de bois j %\ des serviteurs intègres et fidèles ne l'eussent défendu contre la rapacité des grands ; car ceux-ci dètruiroient toute liberté publique et particulière pour quelques jouissances de plus.

On a vu Charlemagne faire les plus grands efFortî. pour rétablir l'homme dans sa dignité naturelle, et effa.-^ çex ces 4istinçtioos outrageantes que les préçàdenxè%

11 faut avouer que la cause des colonies angloises a été infiniment utile à notre révolution ; si la boussole , selon l'expression de

révolutions avoicnt produites : mais bientôt l'anarchie reparut; ses sages institutions fiu'ent renversées » et la fin de la dynastie carlovingienne fut caractérisée par la violence , les crimes et les trahisons des nobles.

C'est alors qu'on vit naître l'impure féodalité ; l'autor rite souveraine ne pouvoit plus protéger le peuple , et le peuple ne pouvoit plus protéger le souverain ; le véritable gouvernement fut renversé de fond en comble ; ce n'étoit plus la monarchie de Charlemagne ; elle n'avoit conservé aucun de ses traits , car l'autorité royale et la liberté des peuples étoient à la me^i des nobles qui Vouloient composer à eux seuls la nation.

Us furent donc les plus grands ennemis de letirs con« jcltoyens, et cependant ils ont osé réclamer des privilèges qui portoîent l'empreinte de nos fers. Quels privilèges l jet comment ose-t-on les implorer! quand ils dérivent , presque tous des serviles devoirs du vasselage , qui pottoient tous les caractères de la plus basse servitude; posture humiliante, serment avilissant accoifipagnoient leur foi et hommage ; cette noblesse héréditaire étoit donc inarquée elle-même de la tache originelle de son établis-* ^sèment.

Pai ouvert bien des cadavres , disolt Lîeutaud , le prcïi «nier médecin de Louis XVI; je n'ai jamais apperçu auS ^uAe différence entr& un sang nQbU çt un sang roturier^

Montesquieu , a servi à nous ouvrir l'unîvcrs , rémancîpation de rAmérique nou»

a donné des pensées et bientôt la voix d'hommes libres; elle nous a fait entrevoir la possibilité Je la résistance et la nécessité d'une constlrution; Torgansation des étatsunis de rAmérique nous a enseigné ce qui ëtoit en notre pouvoirr, et tandis que le cabinet de Versailles n'avoit pour but que de démembrer Tempire d'une puissance rivale, il nous apprenoit à délibérer sur nos intérêts propres , et à déraciner cet esprit de servitude qu'une longue suite de siècles avoit en quelque sorte naturalisé parmi nous ; le visir Kergenrœs (heureusement avec sa vue courte pensoît que le François raisonneroit sur la liberté américaine, et seroit toujours idolâtre de ses fer« ; l'ignorance profonde du ministère et le mépris qu'il faisoît de nous a favorisé notre premier élan ; Timpéritie des bureaux a commencé notre salut; les troupes qu'on avoit envoyées au-delà des mers , en revinrent toutes clectrisées ; les Anglois mécontens nous dirent : hh\ faites pourrons ce que vousfaites pour rAmérique. Alors la philosophie qui étoit occupée à démolir sourdement Tautel de la superstition, ^

s'est mise à attaquer Tédifice antique du despotisme, ^

Ce qui a manqué à plusieurs peuples pour devenir libres , c'est la navigation, heê royaumes qui ne sont pas baignés par des mers vaincront tou j ours beaucoup plus difficilement les attaques du despotisme ; voilà pourquoi Tempire Germanique , la Pologne, les déserts de la Russie retiendront plus longtemps les entraves de la féodalité et les chaînes de l'esclavage ; tandis que les peuples assis sur l'océan , en faisant voguer des vaisseaux , seront comme les poissons qui baignent leurs côtes , habiles à chercher la liberté ; et dans les momens les plus inatten* dus , offriront comme l'Angleterre j la Hollande, les états-unis d'Amérique et la France, des révolutions heureuses et promptes,

La navigation favorise merveilleusement la liberté ; cette observation n'a point échappé à Rousseau : le monde , sans la navigation , ne pourroit que devenir de jour en jour plus corrompu , politiquement parlant, La vérité perce au travers des fables antiques; elle prouve clairement que la Grèce , et les pays voisins avec lesquels elle étoit en commerce , étoient civilisés , tandis que toutes

|e$ auti^es nations étoient plongées daxU l'ignorance et la barbarie.

La Grèce porta le ilambeau des arts et des sciences , et civilisa tous les peuples que son commerce et sa navigation lui fît connoître x ce fut alors que les arts et les sciences com-* mencerent à fleurir à Syracuse ^ à Messine ^ et dans toute cette partie de l'Italie appellée la grande Grèce.

Ce fut la navigation qui procura à Rome les loix grecques des douze tables ; ^ans la navigation^Rome n'aur oit jamais su qu'il existoit des loix sublimes ; mais Rome souhaitoit d'être vertueuse , lorsqu'elle ne connoissoit point encore la vertu ; c'étoit à la navigation qu'il étoit réservé de la lui fairc^ connoître.

Il n'y a aucun fleuve considérable qui abou-» tisse à la Grèce ; cette position géographique fut fatale aux peuples éloignés d'elle ; la na-« vigation ne put s'ouvrir un chemin jusqu'à eux , et ils restèrent plongés dans leur barbarie jusqu'au temps des conquêtes des Romains dans l'occident et des Grecs dans l'o-* rient : c'est une chose digne de remarque ^ que la culture des arts et des sciences,- la politesse des mœurs ne parvinrent que jusqu'où

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tju*oîi leurs armes et leur navigation arrivèrent.

Comme les mers du nord et Tocéan ëtoîent peu pratiquées , les peuples de ces contrées restèrent dans une invincible barbarie ; elle ne fitqu'augmenter jusqu'à ce que les Danois, et ensuite les Anglois^ entreprirent la navigation ; retondue du commerce de ces derniers dans toutes les parties de l'univers est ce qui a donné à leurs mœurs et à leurs gk loix un caractère presqu'unique ; les arts et les sciences sont les fruits de leur navigation; et ces fruits , transportés sur un sol que la liberté fait fructifier de jour en jour , sont devenus un des plus beaux ornemens de l'univers.

Que seroient de nos Jours les peuples de l'Amérique dans leurs profondes forêts , si la navigation ne les avoit pas civilisés ? Partout où la navigation n'a pu parvenir sur cet immense continent là résident la barbarie et la cruauté.

La France , si bien favorisée de la nature à cause du grand nombre de fleuves navigables qui l'arrosent , compte pour son siècle de gloire le siècle où la marine a été la plus florissante : les idées grandes et ma,-

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