SECTION III
iVloNTESQUiEu avoît cru pouvoir déterminer le pivot réel du gouYernement François : selon lui, c'étoit \ honneur; or, c'étoit là bâtir sur un fond nul et arbitraire ; c'étoit avoir iiecours àiin équivoque et inexplicable talis* man; c'étoit ^nSiJL un fanal bien trompeur^ propre à éclairer des naufrages: Rousseau, ne donnant rien aux préjugés les plus agréables, éloignant les superficies brillantes et les autres illusions , creusa le sol , et vit que les* sociétés ( de quelque nom qu'oia lés ap* pelle ) ne peuvent exister ou du moins prospérer que par la vertu publique} il Timplora; il posa les bases de sa théorie , et Tart sur blime de régir les grandes sociétés sur la t^ertu publique ; Montesquieu n'avoit fait qu'affeAnir le redoutable gouvernement monarchique , en lui donnant pour principe XjAonn^eur ; raais son adversaire , en établissant la i^A;t2//72^é/ij^2^^i créa le gouvernement
de la nation sur elle-même ; ce gouvernement ^resqu'inconnu naquît , et l'on vit diàpa^ roître celui d'ua seul ou de quelques-uns ^ car un seul n'a jamais gouverné ; le gouvernement monarchique n'est qu'un être de raison , une chimère imposante ; c'est toujours un conseil composé de quelques-uusf C*eÀtun conseil d' état} c'est-à-dire, que c'est une Bureaucratie plus ou moins étendue : Rousseau ne daîgtia pas même relever l'erteur de Montesquieu infatué du siècle de Louis XIV, et de la robe parlementaire ; Montesquieu étoit bien éloigné de concevoir les démocraties pures ou mixtes ^ grandes ou étendues , où la vertu publique iagit , et devient tout à la fois la cause et \à. préserva^ triceàxx bonheur social.
' Mais si la théorie de Rousseau n'enfanta point , elle développa certainement le principe de \b. vertu publique ; c'étoit4àtm principe sûr , réel , nécessaire ; il existoit dans les gouvernemens populaires; et il étoit démontré, d'après l'histoire , que cette vertu ne pouvoit jamais avoir un accès auptès'destrônes ; qu'elle ne seroit tout au plus qu'une^ velléité dans le cœur d'un monarque > et'" qu'elle deviendroit alors presque matérielle* •
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l ïèi )
ïnent inefficace. Selon Rousscati, lès tràhieè exécrables du satrapisme seront toujours inévitables et souvent victorieuses, tant qu'il y aura un trôrie d'or; le satrapisme y c;cusera nécessairement au pied \\w puisard ^ et ïie voudra le remplir que pour y porter des mains avides. Le satrapisme deviendra Jiéré-» ditaire comme le caissier couronné {y) , Corrompra tous ses rejettons, naturalisera au» tour d'eux Tadulation ^ la perversité des inœurs , et leur insinuera que , pour être le caissier de toutes les bourses, il suffit d'avoîi? das satellites, des bronzes creui, de mon-^ trer l'assemblage de Torgueil, d^e la violence, ttiaîs plus fréquemment encore l'esprit do dissimulation.
Ces vérités terribles étoient trop bien dé- Vieloppées dans les écrits de Rousseau , pouî? tjue l'assemblée nationale n'en fît point son
( I ) De toutes les fables ^ là pluis [fable c^est la fable des membres et de Testomac. Les membres du corps poli' tique peuvent très-bien dire à letir estomac : vous n'aurez point d'indigestion ^ car cela nous fait mal par contre* coup et nous fait trébuckér ; vous $erez à un doux et bon régime ; ainsi v^us ne pourrez nuire ni à y^ys { ni à nous*
prôKt ; elle rejetta le prestige de Yîionneith vanté par Montesquieu , et adopta la vertu -publique recommandée par Rousseau ; on vit naître la déclaration des droits de riiomme et du citoyen ; dès ce moment tout fut élecirisé, et Y assemblée prit en main la massue, la massue nationale , qui abattit toutes les erreurs des ennemis ténébreux de Thumanité Cft des lumières publiques (i). Elle décomposa
(i) Il étoît d^une nécessité absolue, pour cimenter i'é* |;alitë civile, de détruire ce corps interposé entre le monarque et le peuple, qui les sèparolt, les désunissoit, les rendiût emiemîs ; les nobles s*accommodoient fort bien de la servitude, parce qu'ils se faisoient payer chèrement leurs courbettes; mais ils ne vouloient pas de liberté pour le peuple^ afin qu'il n'y eût point de citoyens. Eh î que leur împortoit la félicité publique , lorsqu'ils ram-^ poîent sur les marches du trône pour recueillir des dis- Ânctions et des richesses ? Mais l'assemblée nationale , songeant que Rome^ pour avoir conservé le patriciat, établit dans son sein une guerre intestine, ne voulut pas que la liberté eût besoin d'être incessamment défendue contre une aristocratie toujours prête à l'envahir ; elle décomposa ce corps intermédiaure si fatal à la nation , et décida que la qualité de citoyen seroit le premier titre de l'homme civilisé et le plus honorable dans Tordre poli- ^que } ^%i jadis tous les peuples briguèrent à Rome ce
le satraphmê ; elle fit tomber le despotlsm*^ %M front d'airain et aux pieds d'argille, ^niîn y avec le système de la vertu publique^
Broît révéré dans tout Tunlvers. Si tous sont égaux ed (droits» si telle est la base de la constitution ^ tous les Citoyens sont pairs ; alors les quartiers de noblesse, le fortuit assembbge de plusieurs alliances , Timbécille vanité, de celui qui a acheté une charge » tout disparoit devant la souveraineté nationale qui veut Pégalité fondamentale ; Car la nation ne peut ni créer quelque chose de plus grand qu^elle-même, ni faire sortir personne de ce niveau, première base de la régénération et de la liberté.
Quand les Hollandois fondèrent leur république , ils commirent une grande faute en laissant subsister parmi «eux un ordre de nobles qui forment dans leur constitution Tordre équestre. Cet ordre équestre a toujours été idévouè au stadhouderat : il a favorisé toutes les entreprises des stadhouders contre la liberté publique , et il a joué le plus grand rôle dans l'odieuse conspiration qui ar soumis la Hollande au despotisme du stadhouder actuel:, de sa femme et du roi de Prusse , son beau-frere. On a vu cependant en Hollande quelques familles nobles soutenir les intérêts du peuple , et cette république a eu ses O/^e/i^/z» comme nous avons en ce moment nos Mirabeau; nos Lameth, im Montmorency, un d'Aiguillon, etc*; mais ces exceptions ne peuvent rien contre le principe , elles sont seulement honorables pour Tindivldu qui les (^ ^itre« Si dans une monarchie libre vous introduisez^
^Ue extermina la burlesque hiérarchie de V honneur ; des enf'ms de douze siècles , secouant toutes les illusions , ont arboré sou* dain le chapeau de la liberté ; la chaleur
riMl
si vous souffrez un ordre it patriciens ou nobles hérédi" tdires , tous ses efforts tendront à la monarchie absolue ou despotique; le$ places, les honneurs et les pensions seront le prix de son dévouement servile au prince ; et le prince , secondé par cette caste privilégiée , parviendra à son but , qui est le despotisme , si ces nobles sont mé" contens du prince, ou s'ils veulent profiter de sa foiblesse pour envahir son autorité légitime , alors ils feront retentir l'air des cris de libené ; ils intrigueront parmi le peuple, ils l'entraîneront après eux contre le prince ^^usqu'à ce qu'ils aient obtenu de celui-ci l'objet de leurs désirs. Cela fait , ils rejetteront le peuple dans le néant, et recommenceront à se liguer avec le prince contre le peuple.
Si , au contraire , ils poussent les choses jusqu'aux der*^ nieres extrémités contre le prince , et si , par leurs manœuvres , l'état de monarchique devient républicain , "alors ils s'emparent de la république comme ils avoient lait du trône ; ils concentrent en eux-mêmes la souveraineté nationale, et le peuple est condamné à gémir sous leur tyrannie. Nos orgueilleux paladins , et jusqu*aûx petits secrétaires du roi s'écrioient , au commencement de la révolution : François , souvenez-vous que la nt)* blesse est le rempart de l'état, qu'elle a toujours soufcdu;
active et concentrée du patriotisme â ré^ veillé les intelligences ensevelies dans les ombres des superstitions fanatiques et des politiques impostures.
C'est donc avec la vertu publique (i) de Rousseau qua l'assemblée nationale (après plusiesurs siècles de barbarie et de délire , durant lesquels la politique des philosophes avoit été méconnue , oubliée) recréa lapo*» litique naturelle qui va faire le tour du anonde ; j'entends la morale réciproque et générale , cette morale publique et commune , soit au-dedans^ soit au-dehors , entre les sociétés que les hommes civilisés formenf les unes auprès des autres sur la terre : mais cette politique étoit trop simple ; elle imitoit
le peuple : opï , rèpondoit roplnlon publique y comme la. cordt soutient le ptndu.
• L'assemblée nationale a coupé cette fatale corde , et le peuple françois est retombé sur ses pieds. Maudit soit celui qui voudroit nous remettre au col la corde- de là no-blesse^ pour nous suspendre de nouveau au gibet da despotisme l
( I ) Jouir des droits du citoyen sans vouloir remplir les devoirs de sujet est une injustice dont le progrès causeroit la ruine du corps polinque.
Contrat Social , liv* i , chap. vtu
( i6<î ) trop rîndulgence bienfaisante du créateui* J pour qu'elle ne parût point étrangère aux yeux de certains publicistes , puisqu'elle ne flattoit plus les vices , les préjugés , les pré^ tentions de Torgueil et de Tavarice ; elle tiroît. tout-à-coup du néant das choses des loîx admirables y et rendoit au genre humain lei biens inestimables de la justice et de la liberté. Comment les coupables auroient-îU pureconnoître la hauteur de ces conception^ et de ces idées , eux qui ne voyoientque deux rôles dans le monde , tyrans ou esclaves ^ et point de milieu entre ces deux seryi^ tudes (i) ?
( I ) Quand le maréchal de Villeroî , gouverneur èe Louis XV, menoit le jeune roi d'une fenitre à Tautre au château des Tuileries , et lui montrant les cours et les jardins qui ne désemplissoient pas de monde , lui disoit : Woye^^^ regarde^ bien^ mon maître^ tout ce peuple est à vous; il n'y s rien /i, mon maître , qui ne vous appartienne; vous ^ctes le maître de tout ce que vous voye^ , il ne faisoit que Véduire en une leçon sommaire les principes des court!- 'sans, parce qu'en menant la marionnette^ ils étoient sursi de mener tout le reste.
Quand Louis XIV eut des scrupules stu* l'impôt du ^ixieme^ qu'il étoit rêveur et triste, et que, pour le soula*.
jgemçm de sft conscience » il çooiulu des casuistes de li
Le génie libre et fier de rassemblée natîo** nale adoptant, malgré le satrapîsme et le despotisme y la vertu publique^ se plaça audessus des intelligences vulgaires. Certain dé ses forces et de la vérité , il abjura les prestiges qui Tenvironnoient de toutes parts , et fit luire une clarté inaltérable etpure^ comme ta source et sa cause productrice. Une lumière croissante et progressive se répandit sur ses travaux ; toutes les loix difformes ne purent dissimuler leurs vieilles îhiquitéà ^ elles apparurent et firent horreur. Un rayon pur enfin décomposa tous les systèmes d^ Perreur.
On n'avoît point encore vu en France ce
compagnie dé Jè^us ; quand le Tellier , son intrépide, confesseur , lui assura quM n'y avolt pas matière à scru« pule , parce que té rai ét&it le vrai propriétairey le maître de tous les biens du royaume ; ce n'étoit que là conséquence de b copulation criminelle dU' despotisme et du sacerdoce. . Le cacdinal de Richelieu se vantoit que, dans quatre* mots d'écriture , même indifférens ,. il trouvcroit de quoi* faire metrre leur auteur à la bastille. Un de ses courtisansécrivit sur le champ au crayon > sur une carte ,.«/! et dey oc font trois. — r Trois ne font qu'un, s'écrie le cardinal ^ |C^e$t un blasphème contre la très-sainte trînitc : à la^bas^*tUl^I U étoit.de bonne foi du moins le cardinal !<
grand ensemble de magistrats citoyens , de législateurs pliiîosophes ; et d'où vint sa force : c'est (ju'il s'appuya sur la vertu pu^' hV(:-:e de Rousseau , et non sur la chimère de V kunneuj^ ; le génie de l'assemblée ne fut point aveuglé au point de courir les chances de ces vertus fortuites , de ces lumières insuffisantes et accidentelles que prescrivoit l'auteur de V esprit des loix ; ce n'étoit point là le système solide du citoyen de Genève , qui , dans ses propres principes , avoit dé-^ terminé tout-à-la-fois la base et le fruit des saines institutions démocratiques.
Ce fut donc avec le inarteau du grand eH vertueux publiciste, et qui brisa tous les pouvoirs oppresseurs, que l'assemblée nationale, développant la monarchie démocratique (i), donna un essor plein et vigoureux à X^LvertUi .pubiique^ à la culture approfondie et profitable des connoissances graves et utiles dont le caractère étoit de familiariser Thomnie social avec sa propre raison , et de lui restî^ tuer son énergie.
( I ) Un gouvernement parvenu au point où il nQ |)eut plus se réformer lui-n>émç ^ que perdroit-il à êtrQ
^ Mçntesquifu , Esfrit ics Loix<i)^ '
Ayec ce marteau l'assemblée nationale frappa victorieusement sur tous les ennemis de la vertu publique ; sur ces courtisans insatiables auxquels il ne fallut montrer que des chiffres pour les couvrir d'un opprobre éternel ; sur ces hommes , contraste révoltant de tout ce qu'ils prêchent, adversaires les plus effrontés et les plus dangereux des maxî* mes émanées de leur bouche ; eux qui voudroient retenir , au nom du ciel , le pacte qu'ils contractèrent avec la tyrannie dans des âges de violence et de ténèbres ; eux qui , de concert avec les mauvais rois, ont de*mandé l'esclavage de nos pensées, la servitude de nos personnes , le sacrifice de nos peines et de nos subsistances, • IjQ mèxne marteau a broyé ces légistes ignares , ces légistes impassibles , nuls par l'habitude qu'ils ' ont des absurdités d'une jurisprudence barbare ; c'est dans l'ebscur chaos de tant de loix à deux tranchans qu'ils se réfugioiént jusqu'àce qu'ils y eussent entassé les dernières et les plus grasses "sdcti-*mes de leurs interminables débats.
Enfin , c'est avec le mêjn^ marteau que Vassemblée[nationaleamis en pièces le corpsi le plus 4ur , le plus barbaro , le plus enivra
d-îgnorancc et de cruautés ^ ces guerriers
iustrumena de la servitude , et eux-mêmes asservis à l'injustice inconséquente , bizarre> hautaine de quelques plébéiens devenus s€i^. trapes. £li bien ! ces hommes de fer , métamorphosés subitement par le principe ds la vertu publique, n^ont pu contredire de telles maximes; le mot honneur^ ce mot que Montesquieu avoit employé sans en connoStre toute la perversité et la détestable applica-* tion^ a cédé à la vertu publique ; parce qu'il ëtoît impossible de ne pas reconnoître les vrais caractères du patriotisme , de l'humaxiité ^ et qu'il n'est point dans la nature de l'homme de se refuser au bonheur social> c'est-à-dire , à la faculté et à la joie céleste» d'acquérir la plénitude de la vraie vertu pu^ hlique.
Observée et maintenue dans son degréle plus éminent et le plus assuré par les représentant de la nation , cejantôme de la politique que- Montesquieu avoit caressé devait céder au» principe énergique , sentimental , qui n'est point un fanatisme , et qui n'a besoin que: de se montrer pour obtenir l'amour universel. Oui , c'est lui qui a fait tous les miracles dont mous soinmes témoins ; c'est ce principe actif
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et régénérateur qu'avoit recommandé Vhoffl!# me célèbre dont le nom inspire aujourd'hui le respect ; il Tavoit recommande à ses lecteurs avec la supériorité du génie et la chaleur active et concentrée du patriotisme et de la phylanthropie ; il vit le point de maturité des esprits; il pressentit que le moment étoit arrivé où il pouvoit avec quelque fmic initier un petit nombre d'hommes moins dis* traits que les autres dans Tutileet grand secret des limites nécessaires du pouvoir et des bor* nés de la liberté ; il mourut avant d'avoir vit lanation qu'il avoit chérie et adoptée moins avaûcée qu'il ne l'eût désiré dans les voies de la civilisation : mais l'assemblée nationale a recueilli son esprit et ses principes ; et c'est avec le serment de la vertu publique qu'elle a obtenu, malgré les tyrans altiers ou soupçonneux , malgré tous les esclaves , malgré tous les imposteurs intéressés , les triomJ)hes extraordinaires qu'elle doit en partie au philosophe qui lui avoit appris que le patriotisme enfermé dans le sein de chaque homme ne demandoit qu'à devenir line vertu pu-^ blique ; et c^est-là sur-tout ce qui prouve la noble origine de l'espèce humaine ; c'estlà ce qui démontre q'ue la tyrannie sut
la terre , vu rîmmenslté des siècles , n'est j n'a été , et ne sera iamai qu'un accident (i)» Les repr ésentans de lanation ^ qui ne sont plus les interprètes de loix versatiles > ont combla en un instant l'intervalle du sujet au citoyen; les nouvelles loix sont impérissables y parce que la base en est sainte ; et cependant des hommes renommés n'ont pas eu la force de les adopter , tant une fausse science les avèugloit ; mais ils ont été renversés les premiers par le souffle impétueux du génie de la vertu publique et de la liberté ; ils attesteront aux siècles futurs qu'on peut , dans certaines circonstances, se trouver placé très-haut et ne posséder encore qu'une vulgaire intelligence. L'esprit le plus rare est celui qui se défie le premier de sa force et qui croit à son
( I ) Un magistrat prononçant un discours devant Louis XIV, où il y avoit jccs mots , lo roi et tétat , le ^ prince choqué l'interrompit , en disant, TeW, c^tst moi; il se pourroît bien faire qu'il ait cru cela «mais dans ua sens tout différent da vraû sens politique ; quand le chef ne se sépare pas lui-même du corps , îl nent à rètat. Ah ! si Louis XIV ressuscitoit ! il avoit de la grandeur d'ame , il sentiroit que c'est à la tête d une oation libiC: qu^on peut $'appeller granit
insufiEisance } mais le meilleur est celui qui obéit à la volontë nationale et qui respecte sur-tout le grond mouvement d'un peuple? coiltant à la liberté, fût-elle accompagnée de ces orages inséparables de ces chocs politiques , mais tou j ours préférables aux molles langueurs des jours brillans du despotisme ; car^ il faut l'avouer^ il en compte plusieurs, -et voilà pourquoi il a fait sous quelques rois illusion à r univers (i).
Quand Rousseau a voulu caractériser la monarchie absolue , il a dit plaisamment : les sujets donnent à un roi leurs personnes à ,condition qu^ il prendra aussi leurs biens., ^^ Jje roi reçoit tout et ne donne rien (2) . Certes
fmmÊmmÊmmimÊÊiamftrmmKmmmmmiÊmmmÊÊmÊÊmmimmmmmmmtÊmmmmmtiÊmmmimimmmammmmmmmÊmmÊmmmmimHm
(i) Il n'est pas vrai que le despotisme d'un seul détruise le despotisme de plusieurs: au contraire, il rétablît* Ajoutons que l'aristocratie touche de plus prés au despo* tisme que la monarchie même.
. (2) Toutes les subtilités du malouitisme ne peuvent soutenir l'œil de la raison ; l'on n'a pu et l'on ne peut pas regarder le roi en France comme étranger au corps législatif; le monarque est une puissance collective , et il est en même-temps un représentant perpétuel de la nation ; il n'est point condamné au silence dans ce même empira dont il esjt le chef suprême; toute liberté jnorale ne lui
Mojitesqnîea n'a rien écrit de plus gaî ; ma^ lorsque Rousseau s'exprime sur les assem-i fÀées souveraines du peuple , €ur les assem-.
tst point ra>àe , comme on affecte faussement de le ré« péter ; personne ne doit être esclave dans une monarchie iibre , pas même le monarque ; le nôtre peut dire à la <ête du peuple et au nom du peuple, cette loi ne me xonvïent pas ; s'il s'égare à dessein dans des idées abstraites de puissance et de libené, c*est qu'il ne veut pas rendre heureux son peuple ; s'il feint de ne point appar** jtenir à la constitution, lorsqu'il possède un trône, et que ce trône représente réellement une muldtude d'inté* j-êts politiques et de volontés partielles ; s'il se àkt passif, parce qu'il n'est plus actif d'une manière dure et arbitraire, c'est qu'il regrette aveuglément le despotisme j jdont il jouissoît pour autrui.
Un roi citoyen va au bien sans chicaner sur Pexerdcd |>lus ou moins limité de son pouvoir; c*eft en faifant ide grandes choses qu'il lui imprimera une latitude res^ pectée. Pourquoi chercheroit-il à augmenter ses préroga-> tives , lorsqu'elles sont assez étendues pour qu'il puisstil saisir l'ensemble, et servir la patrie avec grandeur?
Dans notre consdturîon , on n'a point considéré le ilionarque comme individu , mais bien comme un repré* sentant perpétuel. Son pouvoir est le contre -poids de toutes les passions, de toutes les erreurs ; jamais il ne se verra contraint à faire exécuter une loi contre sa propre conscience i il est toujours en droit de yeniç au secours
fAées nationales et constituantes , il a une toute autre expression , et la majesté du sujet anime sa plume .* « à l'instant^ di-tU ^ que le peuple est légitimement assemblé en corps souverain , toutes jurisdictions du gou-
de son peuple, si ses ennemis parvenolent à faîre passer quelque loi qui lui fut funeste ; tout appel judicieux seroit écouté ; car le peuple , ce grand juge , est là , et toujours disposé à se décider sur ses vrais intérêts.
Le monarque n'est pas isolé ; s^il fait U mort , c'est qu'il veut arrêter le jeu de la machine pour jetftr la nation dans l'embarras. Placé au sommet pour que son œil découvre tout 9 il est l'œil vigilant du cabinet politique ^ il doit suivre les mouveme ns des voisins jaloux , il doic veiller à la défense extérieure et à la sûreté intérieure ; il doit pénétrer du même esprit le corps militaire et U marine ; la force nationale est entre ses mains ^ loin de lui ôter une pensée , loin de lui ravir une affection , on les lui commande toutes;' on n'exige donc pas qu'il marche sans cause , ni qu'il avance sans convicdon , un* bandeau sur les yeux ; on lui crie , au contraire, d'élever la voix à chaque instant pour l'intérêt public ; le caracr tere du despotisme est une volonté qui ne veut pas être combattue; une bonne loi se forme de deux volontés qui se combattent ; le roi a tous les moyens de débattre la.^ loi; et s'il ne le fait pas, c'est qu'il voudrolt la faire tout' seul; chose fort commode , mais déiçontrée contraire oi|'^ l^çste à.rintérêt d'une natioui ^
Vernement cessent , la puissance exécutîvé
est suspendue ; ces intervalles de suspeit* siens , où le prince reconnoît ou doit recon-^ jioître uir supérieur actuel , lui ont toujours été redoutables; et ces assemblées du peuple, qui sont Tcglde du corps politique et le freiil du gouvernement , ont été de tout temps l'horreur des chefs ; aussi n'épargnent-ils jamais ni soins , ni objections , ni difficultés ^ jii promesses , pour en rebuter les citoyens. Quand ceux-ci sont avares , lâches , pusillanimes , plus amoureux du repos que de la liberté , ils ne tiennent pas long-temps contrd les efforts redoublés du gouvernement »• ( Contrat Social. )
Quel citoyen , digne de ce nom , ne sera pas ému profondément , en lisant ces paroles foudroyantes pour tous ceux qui • n'aiment la liberté que d'une affection molle et incertaine, qui redoutent ou les travaux ou les sacrifices faits à la chose publique, oc La liberté , dit le philosophe m de Genève , est un aliment de bon suc , » mais de forte digestion ; il faut des esto- » macs bien sains pour le supporter. Je rîa » decespeuples avilis qui, se laissant ameutei* $9 par des ligueurs , osent parler de liberté ^
>3 6an$
( ^77 ) ♦ sans înême en avoir l'idée ? et le cùsnt
m plein de tous les vices des esclaves, s'ima* » ginent que pour être libres il suffit d'être » des mutins ' Fiere et salinte liberté ! si ces >• pauvres gens pouvoient te connoître , s'ils » savoient à (jueî prix on t'ac:juiert et te » .conserve, s'ils sentoient combien tes loîx a» sont plus austères que n'est dur le Joug des » tyrans , leurs foibi es âmes, esclaves des » passions qu'il faudroit étouffer, te crain- Dj droient plus cent fois q\ie la servitude. » (Et ailleurs ) « Le repos et la liberté me pa-« » roissent incompatibles ».
Ce passage pénètre de terreur j ma!sRou3<« seau n'ignoroit pas lui-même que quand une grande idée saisit l'homme j elle l'élevé , elle le métamorphose ; il trouve alors de la volupté dans tout ce qui est hardi et périlleux; il lui suffit de s'agrandir à ses propres yeux pour régénérer tout à la fois se& mœurs et ses idées ; pour devenir un être nouveau , qui sache marier le courage à la sagesse, et la Fermeté aux grands principes ; ce n'étoît pas JL Rousseau à nier cette grande et belle opération de l'entendement humain , cette force capable de supporter les nobles trayaux de la chose publique , cette grandeur
(tyS) innée susceptible des sacrifices les pluâ Ii^ roïques; pourquoi n'a-t-il pas rendu hommage ^M patriotisme dont Timpulsion généreuse est incalculable ; pourquoi a-t-il vouluen dépouiller les autres peuples de la terre pour en honorer seulement sa patrie ? Ah l nous lui avons répondu d une manière éloquente et victorieuse ; notre enthousiasme a égalé son enthousiame républicain; nous^ n'avons plus voulu de la paix du despo-^ tisme ( 1 ) ; et si , comme il l'a dit , il n'y
(i) Ah ! si le peuple parisien n^avoit pas érè un so^ bllme improvisateur, où en serions-nous aujourd'hui? Les législateurs «le la nation étoient déjà enveloppés de^ troupes y le rot des Francs leur avoir parlé comme à des esclaves , la perfidie sanguinaire les environnoit , les pre* miers coups hostiles étoient ponés , et annonçoient les impitoyables ;\ttentars de la tyrannie : mais dans Tespace d'une nuit, l'improvisateur arma trois cent soixante mille bras ; on devina oii il falloit frapper ; le fort du despo^ tisme est conquis , la peur blanchit tous les visages, de la cour ; mais ce môme peuple dont on avoit ordonné le massacre , et qui avoit à se venger de la trahison la, plus basse et la plus scélérate , il ne fait tomber que quatre têtes criminelles! Comparez cette justice ou cette fureur passagère à ces ordres donnés à des troupes lointain nés, à des troupes étrangeres,dc traverser tout le royaum»
; fOLura jamais de bonne et soUde constitution ique celle oh la loi régnera sur les cœurs ^ tant quela force législative n^irapasjusques-là^ les loix seront toujours éludées , nous pouvons nous flatter aux yeux de l'univers de porter gravé dans nos cœurs le saint amour de la patrie et des loix ; et déjà nous chérissons les fêtes patriotiques ^ nous adorons les
pour circonvenir la salit des états- généraux et la caphate^ à ce calcul lent , homicide , combiné , raisonné , ré<* fléchi , qui devoit unir le glaive à la famine et la bombe au pillage , et voyez le peuple qui surprend le cabinet ministériel de Versailles en flagrant délit , que fait-il ? se répandra-t-il en torrent ? agira-t-il comme un forcené? mon : il veut le lendemain prouver à son roi qu'il a dix fois plus d'humanité que tous les tourtisans , depuis Henri IV, n'ont eu de perfidie et de cruauté.
La victoire étoit au peuple improvisateur; il connoîs* soit ceux qui avoient prémédité sa ruine et le grand forfait ', il savoit que des ordres tyranniques avoient accom-^ pâgné les affiches insolemment trompeuses de la paix ; il savoit qu^on a voit parodié à Torangerle de Versailles les fêtes qui précédèrent la St-Barthelemi ; il le savoit; et pouvant se permettre les actes vigoureux de la plus légitime vengeance , il est rentré dans l'ordre et dans le calme : si ses cruels ennemis avoient eu le dessus , eussent-ils agi aussi généreusemej^t ? Non , et ils en . {Conviennent eux mêmes.
Ma
înstîtiitions nationales^ et notre ame s'ouvre 4e toutes parts aux plaisirs où tous les ci-» toyens , qui sont tous frères , sont indistinct tement appelles.
L'association une fois établie ^ Rousseau croure que la communauté doit avoir un iflomaine réel et personnel sur tous les mem-' ^res , en sorte qu'elle en puisse exiger les $ecours nécessaires pour se maintenir y ne diroit^^on pas qu'il a traité d'avance le beau système de nos gardes nationales, cette confédération qui donne un si grand poids à la puissance législative ; c'est qu'il étoît per-»suadé avec Mably , que malgré les établisseinens les plus sages pour affermir l'empire des loix et s'opposer à la naissance du pouyoir arbitraire , un peuple finira toujoura^ par être esclave, si chaque citoyen ne se croît pas destiné à être soldat. On sait quel a été le sort de toutes les nations lâches , paresseuses ou inconsidérées , qui , pour se débarrasser des fatigues ou des périls de la guerre^ ont confié à des mercenaires le soin de les défendre.
C'est un grand mal ( s'écrîe Rousseau ) que le chef d'une nation soit V ennemi né dei Iç^. liberté ^ dont il devroit être le défenseurs
il n*y a j}ûint ( continue-t-il) de tentation ^an^ espoir : rendez V usurpation impossible à vos rois , vous leur en ôterez lajantaisie , et ils mettront à vous bien gowi/erner et Ht vous défendre tous les efforts qu^ihfontpour vous asservir^
Un des points politiques sur lesquelis ît pesé le plus, est que là puissance exécutrice est V ennemie de la puissance législative ^ tï appelle les troupes réglées la peste et la dépopulation de l'Europe ; ©t tout pays où Ton supposera des corps toujours subsistant' de soldats mercenaires , Ton en verra fidr ta liberté , le calme et le bonheur. Les iroupes réglées (^^îoxxle-tAl) ne sont bonnet qu'à deux fins ; ou pour attaquer et con^ quérir lés voisins , ou pour enchaîner et asservir lès citoyens ; l^ état ne doit pas rester sans défenseurs ^ je le sais ; mais ses vrais défenseurs sont ses membres ; tout cito^em doit être soldat par devoir ^ Jiulne doitVêtrir par métier {y). Voîlà &^^ leçons que nou^ sommes enfin en état de recevoir et d'en*-
(i) Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir , il faut que » par la dispo^iûQA des choses , le pouvoir arrête 1^ jouvoir,. (^ Hàntcsq. \
tendre ; puisse bientôt l'assemblage et ForJ ganisation de nos gardes nationales n'avoir point eu de modèle dans l'antiquité et présider au repos de l'empire ! imposantes par leur force , mais sur-tout étonnantes par l'accord , elles poseront les bases inébranlableSi de cette constitution si désirée, et qui .ne tardera pas à être enviée ou imitée par lea autres peuples.
Pour que la liberté politique des citoyens . existe ( dit Montesquieu ) il faut que le gouvernement soit tel qu'un citoyen ne puisse pas craindre un citoyen ; nous sommes parvenus à ce terme heureux. Un gouvernement est bon lorsque, combiné sur la connoissance du génie et des goûts de la nation , il ne les gêne ni ne les contrarie jamais , et s'y adapte toujours ; tel est enfin le nôtre ; et chacun peut faire aujourd'hui , avec sûreté et tranquillité , tout ce qui lui est nécessaire, utile et agréable.
L'on ne verra poînt renaître parmi nous ( grâces aux écrivains philosophes tels que Rousseau ) j ces jours horribles où des loix bursales émanées de Versailles , dictées par la voracité^ soutenues par la force militaire , çotamaxidoient fièrement des impôts cxce^
»îfs , qui ressembloient aux contributions que le vainqueur exige en pays ennemi ; on ne verra plus ces combats scandaleux entre le fisc et la nation , ces combats sinistres entre le monarque et la magistrature ; le premier portant sur le numéraire des citoyens ' des mains violentes, et les citoyens, à la suite des plus inutiles remontrances, se défendant parles pleurs , par les soupirs de l'indigence ou par les imprécations du désespoir ; la nation est rentrée dans le droit d'éloigner ces impôts d'une multiplicité perfide , d'une distribution inégale, d'une complication bizarre et d'une perception ruineuse ; la nation réglera la mesure des subsides et choisira \^. forme de s'imposer ( i )►
On ne connoîtra plus ces loix proliibîtives qui entravent l'industrie et la dégoûtent ; tout ce qui porte le nom de privilège étoît une barrière désastreuse et devient un attentat à la circulation générale des choses et des personnes ; la circulation libre des bleds
(i) Il y a long-tems ( disoit Ducios ) que de bons François en sont réduits à souhaiter l'excès du mal d'où sortira peut-êne le remède ; mais Ducios n'espéroit pas ijue la réformation nous fut réservée.
(i84) nourrira le peuple malgré son ignorance et 5on erreur, parce qu'un système contraire seroit un système dépopulateur sous le |uel l'agriculture seroit suffoquée par sa propre abondance ou ruinée par le monopole,
La manie de l'ancien gouvernement étoît de tout soumettre à sa surveillance ; point de commis qui ne voulût être un inspectcpr^un directeur , un ordonnateur ; comme si les lumières d une grande nation sur ses intérêts commerciaux n'émanoient pas des commerçans; comme si c'étoit à d'autres qu'à eux d'en accélérer les progrès, de connoître les obstacles et de les vaincre ; les bureaux ministériels tuent tous les arts en croyant les faire fleurir^ et desséchent la fécondité par la gêne desré-" ^em^i\s\ les bureaua: ont toujours méconnu par avarice et par avidité le grand principe d'administration de tout faire prospérer par la liberté el par les lumières.
On ne verra plus subsister l'opprobre delà vénalité ; le pouvoir judiciaire étoit devenu redoutable à tous les pouvoirs par cette jurispr^adçnce qui rivalisoit avec les loix nationales , qui remplaçoît leur grandeur et leur majesté par une foule d'arrês opposés, et,^ui| pour la plupart^ porloient l'empreinte
5e la barbarie , de la petitesse et des prévetuions les plus dangereuses : le pouvoir judiciaire , maître absolu du sanctuaire de la justice , Touvroît ou le fermoît à son gr^ : versatile dans ses rapports avec le trône , le clergé , la noblesse et le peuple , il s'allioît selon ses intérêts à^es quatre puissances^ les vexoît , lesdévoroît tour-à-tour; et formant une corporation oppressive , une corpora-: tîon de membres inamovible» , s^opposoît au gouvernement , c'est-à-dire , à la puissance législative dont il avoit usurpé toutes ïes fonctions. Enfin le pouvoir judiciaire aroit tellement brouillé le code des loix ci- TÎleS, qu'aucun citoyen ne pouvoît plus avoir la conscience de sa propriété , et n^envisa-* geoit les tribunaux que comme des sièges oh ëtoîent assis des hommes altérés d'efpices, et partageant les dépouilles des familles avec les satellites qui , pour des monceaux d'or , ne rendoîent , comme Ta dit Boîleau , que des papiers noircis.
De-là tous ces rapports haineux de la magistrature et du peuple ; de-là cet effroi pour la justice et cette crainte de toucher à la barrière de son temple : une magîstratiiror nouvelle et mi^ux organisée fera cesser 1^
idouble fléau de la multitude des jjrocès et d<S celle des praticiens ; des juges amovibles et changés par intervalles jugeront les causes au lieu de juger les personnes ; ils seront chargés uniquement de l'application de la loi : alors le riche n'aura plus contre le pauvre cette suite oppressive de ressources judiciaires au moyen desquelles il étemisoit ses iniquités.
Et les gentilshommes eux-mêmes (car il j a nécessairement plus de cadets mâles et femelles que d'aînés ) , les gentilshommes ne doivent-ils pas être enchaînés par la re» connoissance au décret de l'assemblée nationale qui abroge le droit de primogéniture et de masculinité ? Cette loi n'existe point pour les gentilshommes dans les autres royaumes , où les souverains veulent bien donner aux nobles quelques richesses , mais non la liberté.
Eh ! où les nobles rencontreroîent-ils ail* leurs plus d'avantages réels ? Pour un misérable blason , brevet de sang ou de misère , condamnés à être jusqu'ici des instrumens aveugles du despotisme , ou à souffrir l'îndigei^ce la plus accablante ; aujourd'hui les :Yastes routes du génie civic[ue , du corn-
Imerce et de tous les genres de travatqJ i^ et d'industrie leur sont ouvertes , ainsi que les places de fonctionnaires publics, L'ëlan de la liberté ne leur sera pas moins utile et favorable qu'au dernier citoyen , soit pour faire briller leurs talens ^ soit pour mettre leur vertu nationale dans tput son jour. Dispenses de valeter dans les cours , et de plaire à des commis , si des col^ liers , des rubans (i) ne les distinguent plus de la multitude , du moins esclaves affranchis d'un orgueil de palais qui a toujours surpassé le leur , ils peuvent se livrer à la sa-
(i) Quel coup-d'o&il prophétique dans ce pass;ige de Rousseau î ( tiré de TEmile , tom. ii. ) ce Vous vous fiez 9> à Tordre actuel de la société , sans songer que cet s^ ordre'est sujet à des révolutions inévitables. Le grand n devient petit , le riche devient pauvre , le monarque )» devient sujet. Nous approchons de l'état de crise et du
» siècle des révolutions Je tiens pour impossible
9» que les grandes monarchies de l'Europe aient en-
rt core long*tems à durer Tout ce qu'ont fait les
15 hommes , les hommes peuvent le détruire ; il n'y a » de caractères ineffaçables que ceux qu'imprime la na* }» ture , et la nature ne fait ni princes , ni riches , iv^ » grands seigneurs. Heureux celui qui sait quitter alors » rétat qui le quittQ , et rester homme en dépit dii a> sort l n
(i88) gesse de notre constitution, apprendra à !• chérir et à Tadmirer en ce qu'elle releva toute la dignité de l'homme , sans, en humi^ lier aucun. Les nobles ne sont plus forcés dm ramper ayec des reptiles dans les boudoirs ^ ies antichambres et V œiLde-bœuf. L'accueil et les applaudissemens d^un peuple-roi peuvent , s'ils ne sont point totalement corrom^ pus , leur donner une idée plus juste de la gloire yéritable et d'une imposante renonv^^ mée ; ils étoient nés esclares maîgré eiix> mais voici qu'ils peuvent être indépendans de ces magnifiques fariboles que distribuent les rois ; ils portoîent des chaînes dorées ,' mais souvent les publicains et les courti^, sannes les humilioient au pied du trône ; et ce n^est pas sans doute ^ comme le.disoit Voltaire , en venant rendre à Paris les dé* dains qu'on a essuyés à Versailles qu'oz^ peut se flatter d'être grand ou heureux.
Les moyens d'illustration ne sont point interdits aux ci- devant nobles , il s'en faut 5;^ ne peut -on pas s'honorer du nom de François encore plus que du nomJ de cour^ tisan ? Ne peut-on pas arborer l'enseigne de l'indépjendance en ne dépendant que de& loix j et troquer le tumultt des Qout^ Qt 1»
honte des revers fi) contre les beaux ûrâges de la liberté qui ont leur charme , leur gran^ deur et leur développement utile? Là du moins l'on est bien sûr de ne point rencontrer des maîtres tyranniques ou capricieux f ' ch ! n'y a-t -il point de la joie et de la vo« lupté à donner à son ame , jusqu'alors con* trainte , de l'essor , et à lui restituer sa fierté naturelle ? La patrie ! ah ! que ce mot a de charmes , quand le cœur n'est pas entièrement mort aux douces émotions de la sensibilité , de la fraternité , du patriotisme ! Ces nobles défunts î eh bien ! ils n'ont , pour jouir des avantages les plus désirables (2) ,
(i) L'on attribue au ci-devant duc d^Orléans ce mot iieureux et sensé : ce n^tst pas tout que (Titre né prince du 4ang^ il faut encore être homme libre.
(2) Un haut et bas clergé, une haute et basse noblesse; une haute et basse robe , telle étoît la classification de rorgueil. Celui qui étoit placé sur un gradin un peu plus exhaussé donnoit un coup de pied à celui qui occupoit un gradin inférieur. Ainsi chacun fbulolt son voisin et étoit foulé»
On yoyolt un seul Individu englober une multitude de bénéfices qui aurolent pu servir à nourrir plusieurs des*» tcrvans à la fois. NVt on pas bien fait de faire dlsparoitre ^tte disproportion honteuse ^u*oii voyoit trop scandas;
qU*à cïiaiiger quelques mots de leur dîctîott-î
ieusement régner entrer un prêtre et un prêtre , entre un ecclésiastique udle, édifiant et respectable par ses mœurs apostoliques ^ et celui qui n*a eu que de Hntrigue pour se gUssef' reptîleinent dans les anuchambres et en fortif tout- à coup gros bénéficier} N'étoit-il pas révoltant aussi de voir de jeunes enfans, encore sous la férule, posséder déjà des pensions ou des bénéfices considérables dont la vertu la plus courageuse se seroit trouvée sansfàife sur la fin de sa carrière , et après les travaux les plus, censtans et les plus pénibles ? Enfin , la loi de résidence est devenue pour tous les bénéficiers de stricte et rigour reusc observance. Cette loi aura désormais assez d'empire sur leur délicatesse irréprochable pour leur enjoindre despotiquement qu'il est de leur devoir d'arroser la terre qui les nourrit, c'est-à dire, de répandre personnellement sur le sol et le pays où leur bénéfice est situi la rosée de la bienfaisance et la bonne odeur de la vertu ; car ci-devant leur non présence , leur éloignement pério-* dique ou continuel , furent toujours regardés comme un prétexte propice à cacher, dans le tourbillon et dans Fombre de la capitale, leurs mœurs et leurs plaisirs. La loi de la résidence, une fois et pour jamais rétablie , ne remédiera-t elle pas à ces abus grossiers qui autorisoient Toisiveté à pressurer les sucs de la terre pour courir en engraisser un sol étranger?
Vous vous pi lignez , prélats ambitieux ! On vous remet dans la route des cieux^ £t rassemblée au siècle apostolique A reportée on clerjfé catholique.
Aairè ? Le sûuverain j c'est la nation ; \é peuple ^ c'est \di force publique j c'est la /7za« jesté réelle ; Xdi vertu patriotique ^ c'est le complément de toutes les lumières et de tous les genres de courage; un citoyen est Y homme de la patrie y et conséquemment un être considérable ; car celui qui marche immédiatement après le roi ne peut pas porter un plus beau titre ; c'est même l'épithete la plus honorable qui puisse accompagner le nom de roi.
Or , ce vocabulaire d'une constitution libre abrège infiniment le courâ des sciences morales et politiques ; il doit plaire aux nobles comme aux autres hommes , parce qu'il peut leur apporter plus de grandeur et de félicité réelle que toutes ces chimères auxquelles ils s'attachoient , et qui les tourmentoient des convulsions d'un orgueil trèssouvent trompé ; car tous ces individus ïiobles , sans cesse occupés à se classer entre eux , étoient opposés les uns aux autres j et souffroient également des oppositions et des préférences ; c'est que loin des principes moraux il n'y aplus pour Thomme', (quel qu'il soit^ ni tranquillité ni bonheur.
Ajoute? qu'ils déroboient leurs terres à
rùnpdt ; maïs Rousseau les avo't condamné» d'avance , et ^es principes ont été adoptés* m Tous les biens royaux , terrestres, ecclém siastiques et en roture doivent payer égai» lement , c'est-à-dire, proportionnellem ment à leur étendue c:t à leur produit, cj[uel f9 qu'en soit le propriétaire (i^ ».
C'est à coup sûr l'impût le meilleur comme le plus naturel ; cai' enfin c'est ce qui pro* duitqui doit payer.
Mais à travers quels dangers et quels obstacles le corps législatif n'a- 1- il pas pour- • suivi ses immenses travaux ! c'est au milieu des tempêtes et des convulsions orageuses des passions qu'cnfantolt la cupidité qu'il il bâti le plus superbe et le plus neui édifice dont puisse encore se glorifier un peuple ami des loix. Rien ne mei: dans un jour plus évident et plus honteux de combien de mé-* clians et de scélérats l'espèce humaine est malheureusement composée, que cette foule d'ennemis armés contre la régénération , lorsqu'il s'agissoit d'une constitution nécessaire pour le bonlieur d'un royaume prêt à
(i) ConsidcrudoQS sur le gouvernemem de Pologne,
Ct93)
Se tUssoudre ; que la corruption est profonde dans !• cœur dèô courtisans ! ils ont tous rugi de douleur devant le simulacre du bien public !'
Le corps législatif \ Il a été attaqué de la manière la plus insolente et la plus criminelle ; il a été attaqué et par le grand maîtrâ des cérémonies qui avoit mis àe% panaches sur telle tête , et des chapeaux à clabeau sur telle autre ; et par des maçons qui avoient muré la salle ; et par àeg gardes- da-corp s ^ massacreurs domestiques ; et par des bayon^ nettes y et par des grils y et par des canons masqués. La cour , pour payer en un instant sa dette et la recommencer le lendemain , méditoit des projets sanguinaires. Trente mille hommes de troupe , deux millions de cartouches y le généralissime de Broglie , et vingt-sept officiers d^ état - major ; cetoiç ainsi que la cour s'étoit proposé d'accueillir le corps législatif %x. les représentans du peuple.
Ou cherchera vainement dans Thistoira l'exemple d'un complot plus lâche , plus téméraire et plus atroce ; il faut avouer que le peuple , maître et vainqueur , n'en a tiré qu'une bien foible vengeance , et que la gêné- Tome I. N
rosîté et la miséricorde ont caractérisé ses actions; car aucune autrenationn'eûtémissi humainemenl: \e pardon d'un si grand atten^ tat ; tout eût été légitime alors ; la trahison la plus insigne s'étoit manifestée dans des placards imposteurs (i) , le jour même où la cour de Versailles tenoit la mort suspendue sur la tête des Parisiens et du corps législatif : mais c'est au burin d'un nouveau Tacite qu'il appartient de livrer à la postérité le tableau d'une cour altérée de notre sang , parce qu'elle devinoit qu'^elle ne pourroit plus dévorer à souhait nos capitaux.
Le corps législatif l II a encore été attaqué dans les premiers jours d'octobre 1789 ^ lorsque les vils satellites de la même cour foulèrent aux pieds le signe de réconciliatiork que Ip monarque avoit baisé ^ et qu'il fallut^ pour sauver la patrie , sauver le roi , sous le nom duquel on alloit conunander la guerre civile.
(i) Qt^l ce qui a- le plus révolti les Parisiens : le matin , Breteuil faisoit afficher U paix ; et le soir , le Sabrtur'Lamhesc rougissoit de sang la promenade de$« TuUenes. Crime heureux !
Le corps législatif l II a été attaqué par les plus basses manœuvres dans la boutique des boulangers , où Ton avolt intercepté lejpai/t pour soulever la populace affamée, et guider sa rage aveugle contre ses amis et les protecteurs de ses droits (1).
Lé corps législatif! Il a été attaqué dans son propre sein par les moyens les plus infâmes ; ici l'avarice, ici l'orgueil ont déchiré ses entrailles ; et ces lâches déserteurs, ne pouvant plus soutenir la honte , et se voyant démasqués j ont fait retentir les pays étrangers de leurs plaintes absurdes et de leurs impuissantes menaces ; traîtres et poltrons, ils ont crié de loin , quoique le mépris fût le plus sûr rempart de leurs personnes*
Le corps législatif l II a été attaqué parmi
(1) Ainsi précédemment, onavoit fait hrûltr les barrières par des brigands , afin d'avoir le prétexte d'entrer à main armée, d*égorger légalement les citoyens et de les calom« nier le lendemain ; car les gazetiers ministériels n*au« relent pas manqué d'annoncer la rébellion du peuple et la v'tgiUnce du trône. N'ont-ils pas appelle répcides ceux qui ont sauvé le roi , le 6 octobre , des embûches meurtrières oii il alloit tomber, et qui ont fait grâce aux gardes du-corps qui , sans être provoqués , avoiem nri sur le peuple l
Na
les troupes des grandes garnisons , parmi les gardes nationales , tantôt travaillées par l'argent , tantôt parles libelles ; il a été attaqué à Nismes , à Montauban, à Castres, à Nanci (i) ; îl a été attaqué jusques dans la misérable jurisdiction du châtelet et à la table des mîjiistres , laquelle transformoit des législateurs en parasi:es ; il a été attaqué dans le grefïe obscur des banquiers , qui arrêtent encore aujourd'hui la circulation du numé-
; (i) il est bien prouvé aujourd'hui que si M. Bouille, (en s'enveloppant d'un décret de l'assemblée nationale, et qui lui fut surpris . ) ne peut ère poursuivi par la loi, îl sera éternellement blâmable d'avoir précipité l'effusion du sang en vainqueur firouche ; d'avoi^ traité N^nci comme une ville ennemie ; de n'avoir accordé aucun délai aux- rebelles , comme si Ic^s destin* de l'empire eus» sent tenu à quatre ou cinq lieure* de miséricorde : l'heure du massacre le prcssoit donc étrai-gjment . pui.>qu'ayant des forces plus que suffisantes pour contenir les mut:ns , impanent de les déployer, il n'a pas tremblé d'ensanglanter gratuitement les murailles d'une ville qui , dans l'intérieur, dut être ménagée Les malheurs de cette ville infortunée , qui feront long temps le deuil et la consternation des patriotes, sero- 1 imputés à ce dur commandant de troupes, qui n'a pas vou'u , sans doute , que la révolution, qu'il n'uiinoir pas , eût la gloire de s'affermir sans de& déôastres sanglans»
( 197 ) raîre , et dans le greffe des percepteurs, qui
«'opposent au paiement des impôts.
Le coxps législatif l II a été attaqué dans la personne d'un prince du sang qui a témoigné le plus de zèle et de patriotisme pour la révolution , et à qui nous devrons le redressement de nos torts et la joùissanco de nos libertés.
Enfin , il a été attaqué sans pudeur , et avecr une rage insensée chez les puissances étran» gères qu'on voudroit soulever contre lab France , dût le royaume être morcelé , divisé , pour ramener à Versailless les Jours du despotisme et son luxe insolent ; pour remettre au pîed du trône V énorme bassin où l'aristocratie bavoit à longs traits le sang du peuple (i). C'est le Jiassin qu'elle regrette ; et il n'y a plus pour elle de patrie depuis qu'elle ne peut plus dévorer l'indigence publique ^ ni écraser les hommes du poids de «on orgneiL
Et c'est ce même corps législatif {^kA , re^ jettant jusqu'à la loi de la nécessité} que
(i) Une nation entier e ne s'est jamais soulevée san» les plus fortes raisons; car les peuples sont tranquilles tant que leurs maux sont suppoitidU^s.
( 19») '• . ; tant d'autres gouvememens ai^rolent invor .
quée , réclamée , s'est impdsé les travaux les plus pénibles , les plus difficultueu^ , pour payer les dettes d'une cour coupable d'avoir xnangé jusqu'aux murs des hôpitaux (i) ; et pour sauver l'honneur de la nation, et corroborer le crédit public, il a émis ces décrets généreux , lesquels ont indistinctement coujrert tous les engagemens de l'état de la loyauté Jrançoise. Il n'a point protégé la prévarication qui l'entouroit , et qui auroit bien voulu lui faire adopter une doctrine perverse , si familière à l'ancien régime.
Parmi les différentes conspirations qui ont *ïnpnacé les villes , on compte celle de Catilina contre Rome ; cette superbe ville fut menacée d'une destruction entière ; mais Catilina y parut en personne , et mourut avec une sorte de grandeur ; d'ailleurs , les
(i) Les fonds des quatre hôpitaux de la capitale, offerts par la charité publique, ont été dilapidés par Tarchevéque Lomcnie , ministre. Oh t il étoit bien temps que la nation arrivât. Cachée derrière le l^uste des rois , on la voyoit si peu quW Testimoit un être imaginaire ; mais elle a dit mz voici y et elle a existé ; et sans ce réveil subit , il n*y auroit plus eu que des décombres*
('99) motifs les plus puîssans le portoîent à cet
horrible attentat. Égaré dans la débauche , criblé de dettes , Catiiina n'avoît vu de ressources pour lui que dans le consulat. Quand «on coup fut manqué , son caractère violent et impétueux le porta à se venger de ceux qui Tavoient fait échouer ; mais , comme ses principaux ennemis étoient à la tête de la république , il résolut de tout immoler à son ressentiment. Ajoutons qu'il avoît devant. • les i|ftux Texemple des Marins et des Sy lia, soiflffesquels il avoit appris à se familiariser avec les plus horribles forfaits. On né devoît attendre que crimes et attentats de la part de ce monstre quîs*etoît baigné dans le sang ' de son frère , et qui ^ dans les proscriptions , avoit surpassé les bourreaux en cruauté • Mais les. nouveaux Catiiina (i) qui ont
( 1 ) Quel est le corps politique qui ne doive pas^ Veiller à sa conservation ? Lorsque nous étions envirOB*» nés de tous l'es suppôts de Tancien despotisme , que Fcffet de la révolution étoit encore incertain , le comité des recherches a éclairé les pas des mauvais citoyens, fait avorter le «omplot de« mechans j il a opéré le salut de Fètat dans des temps difficiles , en se chargeam de foncions périlleuses* Ne faut-il pas être insensé, ou avoir W
( 2?o ) menacé Paris étoient des hommes payés et
enrichis par la nation y jouissant de ses
logique d'un faiseur de vers , pour avoir osé représenter le comité des recherches comme un tribunal inquisîtorial altéré de sang? Quoil la police ministérielle, sur un simple soupçon, entassoit des victimes qui ne reparoissolent plus ! et ici, lorsqu*il s'agissoit àfi nos vies , on poussera Fingratltude jusqu'à injurier des citoyens qui se sont identifiés avec leur patrie pour le salut commun ! L'astre de la liberté luiroit-il sur Hos têtes , si ces sentinelles actives , mues uniquement par leur patriotisme-, nftroient pas épouvanté les vivans d'abus, et tous ces Mhmes décidés à se vendre ?
Sans le comité d:s recherches , les ennemis du bien public aurolent fait mûrir leurs détestables complots ; tous les hommes de sang, indifférens à la liberté, auroient vendu leurs bras ; et Tanclen despotisme resalssissant son pouvoir , nous eût traités sans pitié : nous sommes ▼ainquenrs , et les vaincus tiennent, dans nos murs le plus horrible langage , ne parlent que d'occasions mariquées et qui peuvent renaître , ne dissimulent pas que s'ils avolent la force ils exerceroient la pluSi. terrible ven« ^eance!
Quoi 1 lorsque aous étions sous le couteau , il nous auroh fallu détourner les yeux du danger, oublier toutes les menaces l
N'y a-t-il pas un pacte tacite entre la société et ses membres ? et quand la société est en péril, il faudroit fer? mer les yeux !
hommages, et qui , loin d'en être les plus cruels ennemis , paroîssoient devoir en être les premiers défenseurs.
L'incroyabilité d un forfait n'est pas la preuve de sa non-existence : assassiner une ville entière , une ville à part ; assassiner Paris f le rendez-vous de toute l'Europe ; faire marcher , au nom du roi , des troupes féroces ! Si les forfaits politiques n'étoient pas un faux calcul , on auroit peine à concevoir que ces nouveaux Catîlina eussent pu ajouter foi à la soumission et à la défection de cinq cent mille hommes , quoique surpris dans leurs foyers : mais ces nouveaux Catilina éioient des princes et des valets de princes , c'est-à-dire , des hommes incessamment plongés dans le délire de l'orgueil , et qui prennent leurs préjugés pour des principes. L'expérience d'une trop longue impunité leur avoit fait croire que le Parisien étoit un troupeau de moutons ; le Parisien , de son côté , ne soupçonnoit pas qu'on pût l'investir par trahison ^ ni qu'on osât parodier à son égard la parole du bourreau qui étrangloit Dom Carlos , et qui lui disoit : Paix p paix ^ ne criez pas ^ tout ce
qu'on fait là y c'est pour votre bien ( i ). Le Parisien se réveilla de son long assoupissement ; la réaction fut prompte et vigoureuse ; les nouveaux Catilina ne surent point payer de leurs personnes ; lâches
(i) Le despotisme comptolt sur ses soldats ; il avoh dit en hii-mêmc : je leur donnerai le pillage, ^t ils égorgeront les citoyens ; puis je serai légataire universel de la patria en deuil , je régnerai par la terreur , et tout For in*appartiendra. Maiii les milices-citoyennes se sont élevées tout-à-coup ; l'esprit public formé par la philosophie y l'énergie de la liberté communiquée par les écrivains , ont élevé en un instant un rempart qui a fait reculer la tyrannie et ses complots atroces , qui l'a couverte de confusion ; et r;:irmée nationale a dit à tous les talens : mettez-vous à votre place. Il s'en est trouvé sans nombre de ces hommes qui joîgnoient une tête à des bras et des bras à r.ne tête vigoureuse : Paris est de« venu un? pépinière de citoyens.
C'est bien en assiégeant et en prenant la bastille que le Parisien a cru que le mot impossible^ ainsi que le mot inattaquable^ n'étoientpas h ançois; quel coup de dez poli* tique, s'écriera un ami de h servitude 1 soit : mais il falloit s'cB aviser; c'est VœufdQ Christophe Colomb.
Comme Paris appartient à l'Europe , l'Europe nous devra une reconnoissance éternelle d'avoir empêché 1# plus furieux despotisme de s'asseoir insolemment sur sti liébris f d'oii il auroit insulté au reste de l'empire*
conspirateurs, ils crurent déjà voir leurs têtes au bout d'une pique , ils se sauvèrent ; car ce qui les avoit enhardis àla cruauté, c'étoit la fausse opinion où ils étoient qu'ils pour* roient tout rèjetter sur les ordres du roi ; et que, sous cet égide ^ aucun péril ne rejailliroit contre eux.
Nous pûmes parler à notre tour de no% forces ; et loin d'en abuser, nous avons respecté le roi et la souveraineté : ces Catilina rodomonts , nous les avons abandonnés non au remords de leur abominable conspiration y ils en sont incapables, mais à leur rage impuissante.
Oli / combien il est essentiel aux villes de France ( et nous leur en avons donné Tcxemple ) de conserver dans leur sein des forces suffisantes pour résister tantôt à l'égarement du corps militaire , tantôt aux aventuriers et brigands que les Calilina aristocrates soudoyentpour attaquer la tranquillité publique! car il n'y a point de moyens honteux qu'ils n'emploient pour renverser toutes les bases de la société : ils croient se raffermir en ébranlant tout ce qui les environne. Les insensés ! ils ne voient point la masse nationale qui , avec cent mille yeux, pénètre leurs
desseins ; qui , avec six cent mille bras , va les frapper. Ils ignorent que chaque siècle a sa pliysionomie ; que l'opinion publique est le torrent qui renverse ce qui s'oppose à son passage : ils ignorent quel est le poids invincil)le de la raison écrite , et voilà ce qni les conduit dans leurs propres pièges ; ils s'étoîent imagines que le mot nation n'avoit aucun sens ; ils avoient concentré le gouvernement dans tout ce qui concernoit leur folle ambition ; ils étoient tout , et le reste des hommes n'étoit plus rien : ces nouveaux Catilina feignirent un instant d'être attachés au pouvoir royal , mais pour commander en son nom , pour voiler leurs plus grandes iniquités du nom du roi , et mettre enfin entre ses mains Tarquebuse de Charles IX (i).
(i) Quelle ville parolssott plus endormie sous le joug et dans la mollesse que la ville de Paris l Qin auroit cru à cette insurrection subite et générale, à cet accord, à cet ensemble! Elle pourvoit en un clin-d*œil à sa subsistance, à sa police , à sa défense. Elle combat d*unc mala les brigands soudoyés , et repousse de Tautre les attentats des princes ; elle s'associe pour un instant ceux quVJe doit désarmer le lendemain ; elle saisit le. plan d'une réconciliation auguste et simple^ elle n^ va point