‹ De J.J. RousseauChapitre 12 sur 36 · MO · texte numérisé non relu

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pour lui nuire et pour le rabaisser ; la crainte perpétuelle de Thuniiliation le tyrannisoit : tel étoit le foible de son orgueil délicat et profond , qu'une moquerie suffîsoit pour troubler sa tête. Son regard soupçonneux épioit sans cesse dans les yeux ce qu'on pensoit de lui ; et le moindre geste , ou le moindre sourire qui ne s'accordoit point avec sa pensée actuelle le perçoit jusqu'au fond de Tame : il éprouvoit des. douleurs morales, inconnues aux autres hommes. NousTavons vu passer tout-à-coup d'un mouvement de joie à la plus sombre tristesse ; être heureux et malheureux dans l'espace de trois minutes , sans que rien eût para changer autour de lui ; son imagination effarouchée avoit tout fait. O vous ! qui êtes si jaloux de sa grande renommée , voudriez-vous posséder son fjénie au prix que la nature le lui avoit vendu? Nous nous sommes quelquefois,en sa présence, attendris jusqu'aux larmes. Enfin , ou Rousseau étoit le seul sage , et tous les hommes de la société actuelle des insenses ; ou , si nous avons peine à Souscrire à ce partage , il falloit donc que Rousseau eût un grain de folie dans Tîmagination ; ou bien il aura donc été un âtrç à part , qui ne

voyoit

voyoît , ne sentoît , ne jugeoît en rien comme les hommes de nos jours ; déplacé en quelque sorte dans notre monde social , auquel il ne pouvoit s'unir , et fait pour une sphère moins grossière et plus parfaite que la nôtre.

Un tel caractère est inconcevable^ sans doute ; mais il a existé ^ et la solution de ce problême sera long-temps le désespoir des observateurs du cœur humain. On ne peut croire cependant que toutes ces terreurs, dont l'inMigination de cet homme sensible s'étoit remplie, fussent Tunique effet d'un affoiblissement ou d'un dérangement dans ses organes, et qu'il ait toujours crié à la persécution sans jamais avoir eu d'ennemis. Tous les spectres qui Talarmoient n'étoient sans doute pas des fantômes ; sans doute l'envie offensée de sa gloire , et sur-tout de ce sentiment dç vénération qu'on avoit pour ôes vertus , cabàloit sourdement , tramait en secret contre sa réputation et sa personne > et s'efforçoit de le faire passer pour un itt^ sensé , un maniaque , un charlatan dange^ reux... Il faut le dire... pour un scélérat. Si on parcouroit , disoit-il, le dépôt des hoipmes puissans , on pourroit y trouver àet

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