‹ De J.J. RousseauChapitre 14 sur 36 · LA MUSIQUE MODERNE · texte numérisé non relu

LA MUSIQUE MODERNE

Par M, Rousseau.

Immutat animus ad pristina» Lucn

•jt PARI5\

Chez G. F. Quillau, père, rue Galandç , 1743.

Il en parle dans ses G>nfessions ; l'on voit qu'il ne $*appeIloit pas encore J. J.Rousseau, mais M. Rousseau; Il dit dans la préface : Je ne sais pourquoi la musique rCest pas amie du raisonnement. U avoit lu le plan de cet ou« vrage dans une séance de l'académie royale des sciences, le 22 août 1742. Lors même de son obscurité , Rousseau n'étoit donc pa»un homme ordinaire; il tentoit 4e s'ouvrir une nouvelle route ; il faisoit la guerre aux préjugés qui dominent jusques dans les arts de sendment.

Ceux qui ont voulu dire que l'auteur de la musique du Devin du Village n'étoit pas un musicien, ne peuvent lui contester d'avoir étudié profondément la théorie de

Qa

copîoît de la musique , que Tauteur d'Emile s'abaissoit à ce métier senrile , et qu'il di-

son art ; je ne serai pas entendu , dlsoit il , des musiciens ; la musique pour eux n^ est pas la science dts sons ; c^est celle des noires , des blanches , des doubles croches ; et dès que ces figures cesseront c^ affecter leurs yeux^ ils ne croiront jamais voir réellement de la musique. Rousseau éprouva do leur part la plus grande résistance dans rétablissement de ses nouveaux caractères pour la musique , non pas comme bons ou comme mauvais en eux-mêmes, mais simplement comme nouveaux.

Cest ainsi que , dans les lettres , imaginer d'autres règles de théâtre que celles dont s'est servi le divin Racine , est non-seulement la plus haute extravagance dont Tesprit humain soit capable, mais c'est encore une espèce de sacrilège ; il n'est plus permis de toucher à ces règles sans se rendre criminel. N'avoir que la raison pour soi, ce n'est pas combattre à armes égales; l'habimde et les préjugés , plus forts qu'elle , rapetissent l'art dramatique , et il ne paroit pas possible même au géniç de forcer de si puissantes barrières.

Ainsi plusieurs de nos auteurs hardis au plagiat , à l'exemple de Voltaire, en lisant quelques pièces angloises, n'ont fait que transformer la bonne nourriture en la substance de leurs chers préjugés , et ont repoussé toute impression qui auroit pu les guérir de la manière étroite et françoise; de sorte qu'en copiant les tragédies angloises» ils ont conservé à-peu -pré$ le même goût timide, contourné, baroque, en un mot, éloigné de la simr

(245) BCAt quelquefois : Je suis un peu cheVj mars

personne ne copie comme moi; à-peu près

comiue Fontenelle , à qui on reproclioit de

conter trop longuement ^ répondoit : cela

est vrai , mais je conte si bien !

Quel est le génie qui se doit tout à lui? même ? Rousseau avouait souvent les oblîgatîoiis qu'il avoit à Diderpt , celui de tous les hommes qui ^^ par la parole.^ influoitle plus puissamment çur ceux qui l'écoutoîent; celui do^t.ba a dit que, la conversation valoit mieux qu'un livre, parce qu'elle instruisoitBt persuadoit: ce qTjiérJ^s livres ne font pas tou- }om*s; c'est lui qul^a.d*abord éveillé et en- ^anmié le génie de Jiovsseau. Quand on prononçoit le nom de Diderot en sa présence il étoit ému : sans doute cette émotion vejnoit'du souvenir de l'amitié qui avpit lié ces deux hommes rares , et de3 ôauses qui avoient occasionné leur rupture.

Dans les transes qu'il éprouvoit continuel iement^ il s'étoit imaginé que le gouverne-

pie , grande, saine et vraiment belle nature; mais qu'enséîgnei' à des gens qui veulent renfermer l'art dans -qtièlques beaux vers de détail , et qirî'om peur 'de tous lcs.grsûids«£fets} » . • • "' " - '-/-

ment lui avoît défendu d'ëcrîrè : îln'cn ëtoit rien. Une lettre de M. de Clioiseul prouve expressément le contraire. Rousseau n'étoit pas de la classe de ces écrivains turibulens et séditieux , qui allarment l'état et nécessitent la proscription. Il respectoit les personnes et les événemens récens , sur lesquels il est toujours si dangereux et si diffîcile d'écrire , sur-tout quand on veut conserver son repos > que Newton appelloit la substance du philosophe. Pre^é iin jour, en notre présence, d'une manière éiier^què et sentimentale, sur ce qu'il' laissoit sa plume oisive dans une crise violente du gbtiTernement, il répondit avec ufte naïre siffi** plicité..... J'ai dit tout ce que je savais.

Il se jugeoit rigoureùsëmeiit îûî-mêmè, et avec la bonne foi qui ne l'abahdonnâ jamais ; il ne se di^simuloit point que sels derniers écrits, toutefois si précieuit, ô'avoient plus ni la mémfe fôï'ce, ni ïa même chaleur. Un jour/ après* nous av^iréîtpôsé l'idée d'un roman a'ssez bizarre 4 mais dont il auroit su , lui , faire sortir des situations neuves et pathétiques, il pous dit :•? Tous » devriez vans charger. dp l'écrire j |^::?ft)i8 » donnerai mon plan; car^ j^ofùx sxixn f,wA

js> voîlà YÎeux , ( il avoit alors soixante ans) » et je sens que je n'ai plus assez d'éner- » gie ». On devine bien que cette ofïre fut reçue pour un compliment , et qu'on laissa à Rousseau à exécuter , s'il le vouloit , ce ^ue Rousseau avoit conçu.

La couleur rembrunie de son âge , de ses souffrances , de ses malheurs , tant réels qu*imaginaires , domine souvent dans les productions de sa vieillesse. Il y discute avec aigreur de petites choses qui lui sont personnelleis iil s'y égare dans le labyrinthe d'une ■ dialectique -iJQjat il est continuelle*^ ment le centre et l'objet. C'est Thomme malade qui écrit, pé n'est jpJus.lcjpbUosopue éloqueiit et profoad ; :et l'auteiu: :d'£iBile y f^st pi?c?sqî<e totaleiaeat éclipsé. Ainsi aii milieu des variétés qui séparent les iadWidus, l'honlfiiëi -àhiis tes différens mômens de son èxî&tencé V est èncôYe "différent de luim'i^e ,.!j|usqu'à devenir cj^uelqiiçfaîe méconn.Qiô§a.blfi«. : ;,./ : ,. ., .• • ; . ; Ë^jEiaijsa^t ksrpiisitu^rSipdJjdax]» la carrière ^ie-iia Ikti^ature , il les avoit semés d-une foule de petite -vers- His^rettseitt que «liédiôcfes ^ «t Û6m le pe^^e suçoèi^ le IB*' îfénOhcer -à ^la -science deiS iirots-y'pdtu:

embrasser celle des choses. S'il eût été poëte médiocre , Rousseau étoit perdu ; nous posséderions quelques tragédies, quelques opéras , quelques poëmes héroïques, et TEurope étoit privée de ces ouvrages immortels dont la France se glorifie , et où toutes les nations puisent les. instructions les plus Urécessairés au bonheur de l'humanité (i).

Nous avons souvent çu occçision d'observer que Rousseau , comme la Fontaine et Corneille, brilloit peu dans la conversation (.2) ; et que son entretien ne laissoit

(i) On ne sauroît lui reprocher sa passion pouf, des auteurs de^deuî mille ans ; il né les avôit pas lus ; à l'exception de Plutarque j toiît'le hfaghge'de l'antiquité Tinté* ressolt fort peu. Une morale' applicable à là géhéçatibii présente lu] parot^soH .bi^n. préférable à des connoi&« sances oi^e^^es; il n'apprit le latin que fort. tard, et U sut toujours assez mal; il souripit de mes hérésies l^tt^ raires, et il y trouvoit quelquefois du bon sens. Gcand admîratêui^dëS ytts de Voltaire , il aiiroît vou}^. en Ifaîré comme lui; je l'en plaisantois ; mais il n'avbît'tiàs 1M« même la conscience de ^ôn métalent eti fût de versification ; car , pour, pp^'tç 1} Tétbit , et uo peu pluls ; ja^éroi% que St-l4imbcrt,rwl'abi|é décile., .'ijoî

(2) Non-seulement il patk){t peu, ^^is il parloit vbA^ en Tevancbe U ^a^t écouter, y^josi le fameux daps$||r

pas même soupçonner ce style énergique i impétueux ou touchant^ qui caractérise ses écrits. Il avoit même , comme on Ta dit , une pesanteur maxillaire , qui contrastoit avec sa réputation,;. niais, au défaut de la parole^son regard étpit toujours éloquent (i); et, pour peu qu'on Tétudiât , on sentoit bien que ce regard n'étoitpoînt celui d'un homme ordinaire. Aucun dé ses portraits- n'a su rendre son œil perçaht et plein des étincelles iquî partoient du foyer brûlant de son ame , expression qu'il faut prendre au physique comme au moral ; car une phsJeur plus qu'ordinaire circuloit. 4ans ses Yei;pçs : nous ter* nons de sa bouche que, dan^ lé plus grand froid de l'hiver, comme en été, il ne pou-»

Dupré rie sàroit pas marcher* Il écoiutoît avidement Thistoire des convulsions et des prétendus miracles du diacre Paris, Il étoit embarrassé des cbmprimens; il l'étoit en- Core pfui dés critiques. Il falloit l'entretenir ^ et le dispenser idè toute répohsé,.taàis il étoît enchanté lorsqu^on ridiculisôit devant lui les inusicieiis françoîs.

•:ndCO..?^^"55çau Q^jitijtffas.du nombre de ces hommes ^^ssiniulés qui ont .u>ujpui$ Iç. viiagç trànqui^e et l'cs^ HÇÎtiinq^içt;; sp/)..i^^e> ch^ogeoltV salon :qu!H étoît ^i^ ^té, sv<Ç4U)04^sm4i$éi$q^WMOte». , ù

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Toit la nnit. Supporter que le simple drap sur lui (i).

(i) Il fut souffrant plus de la moitié, de sa vîe, ce qui dut altérer son caractère. On auroit la philosophie de Socrate que les organes du corps faisant mal leuri fonctions entrahietoient rafifaîsscmeÀt de l'ame.

L'organisation de Thomme de génie est ^esqne toti'' jours une orgaûisadon malheureuse; k natare Itn fait payer chèrement ce don , en doublant pour lui la pdinc attachée à Texistence ; Thomme de génie, ordlnairemenr mécontent de lui-même, parce qu'il voit extrêmement loin , et qull a une profonde idée de sa foiblesse , ( dans Texp^nsidn même de sa force, ) est^conséquemfilent mécontent des autres ; il ne pent vifre pli^Aldbent ayee eux ; il cherche et ne trouve pas ailleurs le ixki de son ame ; il ne sent rien à demi : alors il aspiré -à là re* traite ; mais il s'apperçoit bientôt qu'il est seul ; il a le besoiiï de répamfre'ses idées, et iVest^âtùs runpolssance

de $^ faire entendre; obligé de communiquer^ ^yec luir même , son genre de vie s'en ressent. La foule ordioaire des hommes veut que l'on porte les entniyes domjlU se surchargent, et vous ave^ .pecessaireineiu pour ennemis touk ceux qui ne. comprennent ^as. vos ^idéçs^ Ainsi la jalousie et la méchanceté se donnent la mai« pour nuire constamment à t%omme tant soit peu célèbre ;. or, si l'homme de girnït' ift^lk pis méh^^v^Jpzt lui-même #p3f.ie vuide qu'it ap^^efi^éit atAoâr-ilè-ltâV par Ja patesse"4^a éyéneirt^^ âPe^éôiidêt :i'icâ^ M son imagination , il l0 t#Mftj4^li$l^ iAi^'pi^''^^

On noii^ pardonnera ces détails exposés en peu de lignes , si on se rappelle que l'abbé Trublet a labôrietisement rassemble , dars un volume de quatre cerlts pages, des particularités sur Fotitenelle bien moins intéressantes.

Il fat l'émule de Ratnean dans la théorie dé cet art eharmant qui soumet toute la sensibilité ef toute la profondeur dé notre ame à des sons , à des accords , à \ine harmonie qui touche éridémment à Cette fibre intellectuelle et cachée que Platon a reconnue. Il donna soil Dictionnaire de Mu^ sique et composa le Devin dû Tîllage:^'EsX'Ce là encore le même horirine qui > vers la fin de sa vie, s'appliqua infatigablement à l'étude des plantes, et donàa quelques leçons aux: botanistes les plus expérimentés ? Comment des trayaùx aussi disparates trouvèrentils leur Source dans la même tête ? Le cerveau

la sotCfseet U basse BntUnmté des êtres qui l'envlronnem; S le ^eroit, enfin-^^par le simple aspect des âmes arides eç sèches , qui partaient avec lui la vue du firmament et iâ cdntemplariôn descnoses créées; qui partagent, 3ïs-je,*cebîenfaîtsàns en avoir été émus une seviefois liteletdurs ife lOT VÎ5.' '

( a52 ) âe cet lioinme unique possédoit-il des case» séparées et particulières pour des arts différons et quelquefois opposés ?

Nousavouonsnotre insuffisance pour juger le Dictionnaire de Musique : ce qui nous prouveroit qu'il est fondé sur des principes puisés dans la nature, c'est que ces principes soulevèrent dans leur naissance tout9 la populace musicale ; les syrnphonistes pendirent J. J. en effigie sur le théâtre de l'opéra. Ces exécuteurs sont en général les gens qui déraisonnent le plus complettement sur l'art qui les domine ; ainsi que les versificat^rs sont les hommes les plus étrangers à la poésie , et les comédiens à l'art draina« tique.

Une observation pe.u coxnmune que uoijs avons faite , c'est que l'écriture de cet orateur véhément 6t passionné étoit propre, nette et légère. L'impétuosité de sa tête ne troubloit point le calme de sa main , et le métier patient de copiste nê"pesoît pointa cette ame de feu qui, à cet égard , au moins savoit se dompter. On a remarque* que Pécrt* ture des têtes foibles ou mi^uvaises a quelque chose de chargé, de bizarre et de çpn^ fu«. Il semble que l'extraj^açttîe^dp^l^^

cerveau se communique jusqu'au bout de leurs doigts. Diderot avoit aussi une écriture fine, légère et de plus très-exacte. Cet honmie, qui joîgnoit à la plus rapide volubilité d'expressions une foule d'idées qui s« pressoient tumultueusement, dessinoit, pour ainsi dire , son écriture , et mettoit dans son style cette précision qui manquoit à la cha* leur de ses discours.

La musique de Rousseau est très- volumineuse; nous en avons reconnu dans beaucoup de maisons ; ainsi cet homme , que dévoroit le feu sacré, fîit volontairement scribe {i) quinze années de sa vie; ce qui doit bien plus nous étonner que de l'avoir vu y olontaxcement pauvre. Encore une fois^

(i) Je conçois que Ton rame et cependaat que Ton vive aux galères ; mais que Ton copie journeilement les idées et les sentîmens d'autrui , quand oti a sol-xnémet des sentîmens et des idées ! oh ! un tel modèle de patience me fait admirer la force de son caractère ; car ce sont les petites choses qui doivenr coûter le plus à ceux qui sont nés pour les grandes. Ayant d'abord écrit ses Mémoires ou Confissions avec une encre fort « blanche qui papillotoit à la Tue , il repassa laborieuser shent la plume sur son ouvrage depuis le premier mot jysqu au dernier , et j'ai vu la copie ainsi retravaillée.

qu'on ne nous interdise point des détails qui cessent d'être minutieux, quand ils font çonnoître le Q^ractere d U9 honune aussi problématique , • et qui , par l'influence de son génie sur son siècle, lui a donné une impulsion qid se propagera dans les siècles suiyans*

. Disons donc «que Rousseau avoit un penchant léger pour le bon yin ( i ) , et qu'il ne ^'en cachoit ni dans ses écrits, ni dans la conversation de la table , persuadé qu'on ne craint point l'indiscrétion du cœur, quand le cœur ne recelé point de secret qu'il faille cacher. Nous savons encore qu'il aimoit de

passion la société des feipnies ; et lorsque le cercle. étoit peu nombreux, et qu'on l'avoit mis à son aise , il étoit facile alors de

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(x) C'e$t avec chaleur qu'il écrivit à l'abbé Raynal sur les mixtions perfides et les meurtrières fripponneries des marchands de vio de Paris ; et c'étoit , selon lui , la ré« forme la plus urgente qu'on dut faire. Il exprimoit la plus violente indignation contre ces empoisonneurs qui

font du vin sans raisin j sa lettre fut insérée dans le

Mercure; mais toutes les ordonnances de police sont rçstées à ce sujet sans exécution. En sera-t-il toujours de même ?

( %BS )

reconnoître Tauteur aimable et passionné à% la Nouvelle Héloise , sur-tout si un fortinpiano se rencontroit à quelque distance de ia main ; il y voloit , et il faisoit régnet dans l'expression pure de son chant des accords graves , tendres et mélancoliques^ qui, par degrés, amenoient le sourire sur les lerres, et les larmes dans les yeux.

Enfin , couGLime: ôi ce grand homme devoit avoir en tout une destinée qui le séparât des autres hommes , sa mort fut prompte et douce ; il ne connut ni les an* goisses du dernier moment, ni les douleurs de la maladie qui forment le cortège fune«» bre de la mort, et sont souvent plus cruelles. Rousseau s'éteignit en regardant le ciel avec le ravissemont d'une ame religieuse , pénétrée de la grandeur et de la bonté de 'l'Etre - Suprême , et après avoir «xhalé ce souffle, qui fut certainement chez lui une émanation de la divinité , il fut le premier des hommes , en Fr4nce , qu'on ait enterré à la manière des 'Grecs et des Romains. Son tombeau^ visité par ceux qui, dans toutes les nations, ont lu ^e,^ ouvrages, est jnaintenant un monument sacré auquel ou ' rend un honunage que peu de rois obtient

nent , celui d'être couvert des larmes que répandent l'admiration et la reconnoissance publique ; tant il est vrai que l'honune de génie vertueux jouit aussi ^ même lorsqu'il n'est plus , d'une souveraineté qu'il ne doit qu'à lui-même ! O Roussepji ! Les épitaplies accumulées sur ta tombe attestent qu'à Tenthousiasme qu'inspirent tes ouvrages êe joint un amour tendre pour ta personne , et une pitié sentimentale sur les malheurs de ta vie et les erreurs de ton imagination : oui, en te lisant, on dira : // rend t homme de bien plus content de Vêtre , plus décidé à V être toujours ; et ton éloge sera fini (i)«

(i) Les portraits que nous avons de Jean- Jacques le calomnient, excepté celui de Moudon. Tous ses traits se terminoient en finesse; la taille bieh prise, la jambe fine, tm joli pied, la physionomie animée, la bouche mignonne, les yeux petits , mais qui lançoient le feu ; tel il étoir. Le son de sa voix étoit d'une douceur ravissante , et son chant avoit beaucoup d'expression. Il n^arvoit point le charme de la saillie ; il seinbloit s'arrêter pour compren-> dre;ses réponses, quoique naturelles ^ portoient l'empreinte d'une sorte de méditation ; on eût dit , si on ne l'eût pas connu , que sa conception étoit lente et difficile ; véritablement civil et chaste dans ses paroles » fl ae coafondoit point les nuances dans la société^

La

La cendre de Voltaire n'a pas reçu les mêmes honneurs; on épuisa les louanges sur le théâtre de Paris , où il fut justement couronné , et son triomphe finit avec la représentation de sa pièce ; mais pourquoi ne fi'arrête-t-on point devant son tombeau avec ce recueillement profond , avec ce respect religieux et tendre qui saisissent i'ame quand on aborde Vile des Peupliers ? Voltaire cependant fut le bienfaiteur de la raison humaine, Tennemî triomphant du fanatisme, le restaurateur de l'innocence opprimée, et le protecteur ardent d'une foule de malheureux !

Un petit résumé des injures prodiguées à

jamais son ton, son geste, son attitude, ne voulurent dire aux autres : Je suis un homme célèbre. Il se coëffa de bonne heure avec une petite perruque ronde; ce qui lut ota le trait de physionomie , et cacha la forme antique de son front ; dès-lor6 il se revêtit d'habits propres, simples, unis , bruns , et sans épée , quoique ce fût alors la mode reçue et universelle. Causant luie fois avec lui , vers le Pont-Royal , je le quittai , et un élégant de ce temps-là me dit : Vousétiei-là avec votre tailleur ; quand je lui eus* dit que c^étoit Jean-Jacques , il courut précipitamment à lui, et tourna vingt fois autour de sa personne ; ce qiû inquiéta beaucoup l'ombrageux philosophe.

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