Tome /. A
devant la ^6stéi:Stë% dont le tegne a déjà commencé pour eux. Parmi ces colonnes qui soutenoient eg l^g^ce le temple du génie, une seule peut-être reste élevée dans toi}^,8a hauteur j>et sut cette ofolônne il n'est personne qui ne lise, ou qui ne grave avec nous l^ojn de J. J. Rousseau.
Presque IRis ses, écrits lui survivent, ou du moins sa mort n*a rien changé au degré d'^stinlc que chacun d'eux avoit obtenu de son vivant : il pesp. toujours le même poids dans la* balancé de la renonamée. Sa célébrité n'a même fait que s'accroître depuis qu'il n'est plus , et s'étendre dans toutes les classes de la société. Lorsqu'il vivoit , le nom d'un grand poëtc , qui avoit à ses ordres les cent bouches et toutes les trompettes de la renommée, rivalisoit avec le sien ; on les opposoit l'un à l'autre , sai^s pouvoir comparer ensemble ces deux hommes extraordinaires qui n'avoîentrien de commun ; mais la gloire du poëte semble avoir baissé, tandis que celle de l'écrivain moral n'a fait que s'étendre , et rassembler autour de sa tombe des partisans plus nombreux.
L'éloquence de J. J. Rousseau contraste Hyec isell^ des écrivains de sou siècle i elle
ne piarche point avec une froide majesté, ou armië de pointes et d'ëpîgrammés ; elle fait jaillir, la pensée ^ et le sentiment ,' parofe qu'elle est le résultat- du génie , du senti- .nient et de i'^esprit folidus ensemble ; elFe ^sl souple, et nous dhcliante par tous lès tons <jul , dans Bon style , se mêlent sans ■discordance. La gracè et la clarté è'ottt répandues pkr-tôiit, et Imépùisable -Variété .^des tours répond à cette multitude d'idées , qui 8è pt*essoi€nt sous la plume de l'écrivain. Jl pense sans effort > et av«c une plénitude 'et une richesse d'expressions qui annoncent *ui^ source intarissable et profonde .
Nous n'analysons- point le gémo de ce grand kotànie , nous le sentons ; il laisse toujoui'S dttn^ Tame une impression durable, * soit lorsqu'il éubjugue l'entendement par «a force «upéii^ure^ soit lorsqu'il séduit le -Cœur par ce prestige qui ne fut donné qu'à lui ; enfin tôrsque , dans la discussion, il fait vnaloir les droits de la vérité . alors il anéantit jusqu'à la pensée de pouvoir lui résister.
Si , comme on l'en a accusé , il ^'est permis des paradoxes , qu'il déclare avoir toujours préférés à des préjugés j ne se joue-tii
pas même alors de votre imagination^ par l'inconcevable subtilité avec laquelle il évite ou renverse toutes les objections ?
Jamais écrivain n'avoit montré qu'on pût toucher à la fois deux points aussi éloignés, ^ussi opposés que l'éloquence de l'amoiir .passionné ^ et celle de l'obscure et profonde politique. La nouvelle Héloïse et le Contrat social, spnt.de la même main. Et pour mon* trer ensuite, combien il étoit maître de la lan^e^ et de la sienne en particulier ^ il publia cette lettre , fille d'un mandement , ce chef-d'œuvre plaisant où Tironie est maniée avec tant d'art, et qui étoit faitepour tester sa^s r^onse. Parurent bientôt après les Lettres de la Montagne ; c'est encore un autre accent, mais d'une profondeur et d.'une gravité rares ; elles prouvent un esprit vigoureux, qui avoit étudié toutes les formes possibles de gouvernement , et qui -débor^ doit^ pour ainsi dire , d'idées politiques.
Il ne pouvoit toucher une question sans enflammer les esprits , parce qu'il les jettoit hors des routes battues ; il écrit une lettre sur la musique , et nous lui devons en France la révolution musicale.; cette révolution précieuse dans ua art que les étran^
gers nous ont montré , et que nous aimions^ ayant de le connokre (i).
Il est à remarquer que J. J. Rousseau fut presque couvert par uin amas de brochures, dont* quelques-unes même n'étoient pas san» mérite , lorsqu'il donna sa Lettre sur la mu-^ sique } et la raison en est simple. N'est-il point dans l'ordre des choses , que les opinions soient dilFérentes , quand on ne traite
( I ) Rousseau avoit dit que les François n'avoîent point , ne pouvoient point avoir de musique , et que s'ils parvenoient à en avoir une , ce seroit tant pis pour eux , parce que la nature de leur langue s'y opposoit. \iti jour, se trouvant à une des représentations à! Orphie , qu'il vit quarante fois, quelques amateurs, qui Tavoient distingué dans la foule , vinrent le trouver après le spectacle , et le voyant immobile et la tête baiffée, lui dirent avec intérêt«... 3f. Rousseau , préjugé national à part , que pense:^ vous de cet opéra ? Rousseau ne répondit point; mais relevant enfin la tête , et montrant à ceux qui Tinterrogeoient les larmes qui couloient fur ses pues y il chanta à voiic basse et d'un accent étouffé..i.. fai perdu mon Euridice ,, rien rt égale mon malheur l,.„^ Cette rétractation, que la vé' rite obtenoit de Thomme qui la disoit toujours , leva Tanathême qu^une erreur , dont il convenoit d'une manière si touchante , avoît jette sur la nation : sans avoir àes Métastase pour poètes lyriques , nous revenons d'ua préjugé ^u'un grand homme nous avoit donné.
que des objets de goût ^ do;it les notions ne sont encore irrévocablement fixées dans aucune nation ?
Si la mort ne l'eût pas surpris , il auroit fait pour la botanique ce qu'il avoit-fait pour la musique. Il nous auroit délivrés de cette scientifique et repoussante nomenclature, maljieureusement consacrée par un grand nom , et qui ne sert qu*à dessécker la mémoire', qu'à effacer le riant tableau de la nature ; Flore, dégagée de cet amas d'hié* roglyplies inintelligibles , lui devroit autant et plus encoi*e qu'Uranie à Fontenelle.
Qu'il nous soit permis de suivre ici la succession de ses écrits ; on y reconnoîtra sans peine la génération de ses idées.
Ce qu'on connoxt de lui d'abord, ce sont ces lettres écrites, en iy3S, à Madame de Warens , sa bienfaitrice et son amie ; elles inspirent l'intérêt le plus touchant^ même V après qu'on a lu ses chefs-d'œuvre ; ou aime
^ à y voir son ame fiere , sensible et neuve ,
se développer par degrés ; il sembloit dèslors appelle à la profession de musicien , et rien n'annonçpit le penseur, le philosophe^! l'écrivain supérieur.
Ce fut la capitale qui éveilla son génie :
«ne question â.<mdétti&j«fe fafc comïiiè l'étîn* celle qui tomba sur- te &a^ga$in de ses idées, et causa Texplosion dont retentit le mondd littéraire; iïavoif râlss^emblé toutes Ses forcés en silence , sans qsiô lui-^mênle s'en ap^ perçût, ^t il entra ^ans |a carrière des lettres , s&n^ se douter de la gloire qui Vy atteildtiît. Pouvoit-il lui •même prévoir lia ferntehtàtion que son premier ouvrage éx* citeroit dans les (îèrVeaui d*autrui , cotiimô dans le sien? .
Du premier coup , il renverse rântique monument éleVé' àfe3d Sciences, qu'il regarde comme la source de la Ci^ruption humaine, Danls l'alarme universelle , on crtrt voir Erostratè mettant le feu aii temple . de Diane i ceux même qui , danis leur impuissante obscurité, ne paroissoierit pas destinés à éteindre rincendie imaginaire , crurent devoir s'oppoâer à ^oki progrès, et durent au moins à leurs débiles efïbrts le seul moment d'existence dont ils aient jamais joui.
Cependant Rousseau , en répondant au Roi de Pologne , qui avoit déposé lesceptré du monarque , pour prendre la plume dut philosophe ^ et à M.*"*"* ^ à qui il protesté si plaisamment qu'il ne veut pas répondre ,
enrichît le publia de deux nouveaux ovtrra* ges , supérieurs à lOelui qui les ayoit fait naître.
Peut-être Rousseau ne se fâcha-t-il si éloquemment contre ce qu'on appelle les èeaua:arts y que parce qu'il les considéra comme en la puissance absolue de la noblesse et de la finance ^ de ces deux corps dévorateurs qui y dans ces derniers temps , se sont si facilement gonflés d'opulence et d'orgueil au« tour du trône ^ qui n'ëtoit pour eux que le trésor royal.
£h ! qn'apperceyoît^il autour de lui, notre vertueux philosophe r Des grands imaginer tous les mois des modes extravagantes et coûteuses, et qui par-là leur de venoient particulières. Tantôt leurs châteaux somptueux desséchoient à l'entour dix â douze cents arpens de terre, et rendoient le meilleur sol infécond ; tantôt des boulingrins , des bosquets , des ruines et des jardins anglois^ des montagnes factices , des bassins, des pièces d'eau remplaç oient les phénomènes de la nature ; car l'opulence stupide ose simuler à grands frais des alpes de rochers, dessiner des torrens et des rivières avec un petit filet d'eau contourné , tandis que les artistes de
ces niaiseries dispendieuses se pavanent ^ et
donnent à ces enfantillages les noms lea^ plus pompeux de la langue. Les dilapidations de ces fainéans fortunes font que cent familles voisines sont mal couvertes de haillons ; que près de ces châteaux on voit des mères , encore dans la jeunesse , vieillir de misère , blêmir de jeûne ; des enfans sans pain accrochés à leurs guenilles ; des squelettes , disloqués de maigreur , disputant le reste de leur chair à la vermine qui les ronge,
Rousseau , stupéfait de Tinsolence de ce faste , fait pour propager la servitude des ameSy et sur-tout, interdit du contraste, aura frappé du même coup les arts imposteurs des architectes , des décorateurs , des peintres , et les arts sublimes et consolateurs de la vie humaine ; ces arts qui vivent de la pensée et du sentiment, et qui,depuis Homère jusqu'à Corneille , ont fortifié et agrandi le cercle de Tesprit humain. .
Ou bien^ Rousseau ayant vu ce que la science coûtoit à Thomme , il voulut sans doute lux épargner la peine d'apprendre nos sciences ; nos sciences n'étant au fond que des demi-sciences ou demi-lunlieres , tou-
jours voisinas de Terreur , pire que rigno-* rance. Frappé ensaîte de la* distribution inégale des richesses, il nomma du nom odieu:t de corruption toute industrie , et ne vit pas que les vertus des hommes^ qui précédèrent la naissance des sociétés , étoient des vertus négatives. Loin de riiarmonie civile, ces hommes n'étoient point coupables envers elle ; ils n'avoient ni à combattre l'aniour des richesses , ni la tentation des grandeurs ; au lieu d'accuser les richesses et les arts des maux qui dévoient naître, Rousseau auroit pu balancer lés avantages de l'état sauvage de l'homme et de l'état policé , c'est ce qu'il n'a pas fait (i) ; mais il a parfaite-
( I ) Rousseau développoit dans la converfaiion les principes de son Discours sur l'Inégalité des conditions : c'est alors qu'il revenoit un peu sur l'extrême de ses premières idées ; il disoit que nous n'étions pas faits pour être policés autant que nous le sommes ; la nature avoit voulu nous en avertir en plaçant la misère à la suite du luxe , et les chagrins dévorans à la suite des grandeursil ajoutoit que la nature avoit visiblement placé un invincible obstacle au trop grand développement de nos idées; et ce qui le prouve , c'est que celles-ci finissent toujours par être illusoires, lorsque nous voulons les pousser trop loin. Voyez , disoit-il , tn toutes sciences , les élémens sont
(Il)
nuent démontré que riiomnie peut rîvre heureux , fort et puissant sans lien civil ; c'est» à-dire, sans ces loix politiques échafauxlées à si grandsfrais,et dont nous soninies si orgueilleux ; il peint rhomme nud ; et Vhomme a toujours plus de grâce et de dignité lorsqu'il est peint ainsi , que lorsqu'il est couvert
faciles , farct qiieux seuls sont véritablement utiles^ Il sontenoit que , comme l'esprit humain a une force déiçrrainée, il étoit insensé de vouloir pénétrer au-delà de ce qii'il nous est permis de savoir ; c'est le luxe de l'esprit qui dévoile sa foiblesse ; il ne vouloir donc pas que l'homme , se perdant dans le vague, se transmît des /c^rmuUs au lieu Ôl idées. Il détestoit cette mauvaise philosophie qui travaille moins à édifier qu'à détruire , & voilà pourquoi il préféroit le fanatisme kVathéïsmt. L'ignorance primitive lui sembloit moins dangereuse que cet orgueil de vouloir tout embrasser ; c'est que, selon lui , les écarts de la raison amènent la défaillance du sentiment ; delà , cette foule indigeste d'erreurs et de connoissances futiles qui ôtent à Tsme son énergie, et delà, encore les désastrès multipliés qui font de la société un combat terrible et perpétuel. Disserter et ne rien sentir, voilà le vice des hommes trop policés; les mots chez eux ne forment plu» qu'une raisonnance vaine , et la vertu disparoît quand le génie subtil s'éloigne des objets sensibles ; car ne voiton pas que l'objet disparoît le plu^r souvent à force d'être analysé ?
(ta) dliabillemens ; du moins a-t-îl voulu naoB faire aimer les sociétés du premier âge , sociétés touchantes y bornées à des familles, et exemptes de révolutions , puisqu'elles n'avoientp^sde gouvernement; Rousseau paroît être l'ennemi constant , non des loix naturelles ni de l'autorité légitime, mais de toutes les loix hautaines et tracassieres que l'homme a imaginées ; voilà celles qu'il flétrit de tout son pouvoir ; il vît que nous avions trois sortes de loîx qui se contredîsoient, \à, loi naturelle ^ la. loi religieuse et la loi civile ; falloit-il s'étonner qu'on les enfreignît toutes trois dans l'occasion y et qu'on ne fût ni homme, ni citoyen, ni religieux? Il voulut , pour les concilier , que l'homme , appuyé sur lui-même , et véritablement le fils de ses œuvres , tînt sa morale de sa conscience, sa dignité de sa force intellectuelle, sa liberté de son mépris pour les conventions humaines , et sa subsistance d'un mé* tier méchanique et portatif; ce fut dans ce dessein qu'il composa V Emile , et cet ouvrage est évidemment et intimement lié au discours sur \ Inégalité des conditions.
Un livre est souvent comme un instrument de musique : il ne dit rien à l'oreille d'u^.
( i3 ) homme peu fait pour le toucher , maïs il devient éloquent sous les doigts d'un habile symplioniste^ JJ Emile est le livre le plus fécond en idées ; interrogez-le sur riiomme , et il vous répondra à chaque page ; chaque page vous prouvera ces deux importantes vérités : que la nature récompense toujours aveausurele respect que nous avons pour ses loix, et qu'elle nous résout d'elle-même à tous les maux qu'il n'est pas en son pouvoir de nous épargner. » '
. Ce livre , enfin , nous révèle le yicé antique et invétéré de notre gouveï*Kémëht ; c'eSt qu'une infinité d'hommes sôiit dans des états
vouloit enlever son élevé à ces états, dangereux ; voilà, pourquoi il insiste pour qu'il soit plutôt cordcuaaier que poëte : un poëte de,no&. jourg ,.flàttaant*le9 gWtods pour leur table , étant bien au-dessous d'un cordonnier^ Quand on a vécu avant Tapparîtion de Y Emile , on ne peut plus de nos jours voir un enfant se jouer au milieu de nous sans se dire ; c'est Rousseau qui lui a restitué la liberté , les grâces , la joie naïve du premier % âge ; c'est lui qui l'a désentravé des rldi*
cules liens qui le * gaxroUoîiçnt , cmblênie des senrituaes iniiouibrables dont on clevoit bientôt opprimer s^ îaicultés îiitellectuelles (t )•
L'on ne pense jamais bien cjue Tohue soit parvenu à, .penser -encore mieux. .Il fit la
Çt ) Décrété pour cet ouvrage , Rousseau ne vouloir 'pas fuir; Tamitié lui fit une heureuse violence; elle a sauvé le parlement de Paris (Tune confusion éternelle* Car c'eût été , dans Tavenir , le pendant du* jugement de r.Socrate^'l,Rf2fUtàem dùPzth'jiï^ttiit Fauteur A^ Emile . coiqme uB,<çrU|û}elt ces ^ands scandales des tribunzvix oppresseurs», irévél^i^t leur barbare; ifiabécillké ,. tournent, je le sa^ , au profit de la raison çt^ de la philosophie ; mais le granj^ homme ^ en passant, en devient Knfbrtuiièt Victidè, et la nome eh rejaillit sut; tout* une nation;^ ' '-' ' '^"'^' ' " ' '
' Le fànadquè' et sot Christophe deBêaumom faillit à perdre /eanJacque^r,' eusâ^miicsant à Cavocat^ginéral dcFleury^p quoiqu'il fût Temidm lopins opiniâtre des parlemens. Les haines $*embrassereqt pour persécuter notre philosophe. Il se trouva an milieu des combats des jansénistes et des molinistes ; car i^avqcat - général de FUury ne fît condamner et brûler V Emile ^ que parce que Rousseau avoir dit dans une note : (^ue si Us jansénistes itoîent wi jour Us plus forts , /// seroient beaucoup plus imolérans que leurs adversaires. Où sont aujourd'hui ces deux sectes ?
guerre à notre théâtre , d'abord parce qu'il ressembloit au gotivemeoijent ; on y faisoit parler les rois d'une étrange manière , eux çeuls iîguroient sur la scène ; dans la co-r piédîe on traitoit légèrement le^ objets sé-^ rieux ; l'affectation de style , dit-il , y an-^ ponce l'absence des grâces, et le jargon l'absence de l'esprit. Rousseau n'avoit jamais lu Shakespeare (i) ; il lui étpit' pardonnable de ne pas croirç à la tra^gédie moderne ; le patron immuable .de Içi tragé^ 4ie françoise lui déplaisoit ; cette éternelle yersificatipn n'étoit pas encore de. son goût ; son ouvrage surjes spectacles jeut nous dire d'un bout à l'autre cjue la tragédie nationale n'appartient qu'à un peuple î libre, et que nos compositions théâtrales sentent l'école de la. servitude; les princes et Içg grande y occupant seuls la scene^et pids de$ marquis
.•"'■ ■ I ■ ■ Il \ ' I II II n III '■
( I ) La force et les nerfs ne s'empruntent point , ( dit Montaigne ) les atours et le manteau s'empruntent. Il y a plus ; il suffît de vouloir faire une tragédie françoise pour ne plus savoir Xix% Shakespeare. C'est qu'il est véri» lablement impossible à un versificateur de sentir le génie d'un poëte original ; il traitera le même sujet , et il le défigurera ; il ne saura pas voir ce qui est sous ses yeux; il parlera de goût^ et sera dépourvu de sensibilité»
Tenant y déployer leur hautaine futilité et la jargon de leurs mœurs dépravées ; ceux qui voulurent alors lui répondre n'étoîent pas nés ou formés pour le comprendre ; un goût timide .et resserré coiirboit alors toute la littérature. Des académies entières combat** * tirent Rousseau , et Rousseau a dû sentii^ quelques mouvemens d'orgueil , en voyant les préjugés les plus misérables dominer des hommes qui voul oient combattre tous les autres préjugés ; ce respect superstitieux p qu'ils reprochoient à tant de fanatiques, ils le conservoient pour des formes puériles auxquels ils étoient accoutumés (i).
L'habitude chez les hommes est le plus souvent la règle qui décide de leurs opinions sur le caractère du beau et du vrai ; tout nous ramené à suivre ce qui s'est fait, plu* tôt qu'à réfléchir sur ce qu'il faudroit faire ; de-là nos méprises continuelles sur les vrais
(i) Pai publié , en 1771 i un ouvrage intitulé : Du Théâtre^ ou nouvel Essai sur t Art Dramatique ^ qui me Valut alors un déluge d'injures, et une persécution prèsque sérieuse : or, je savois bien en ce temps-là que j*ayois complettement raison ; et je n'avois pas besoin de la ré« volution actuelle des idées pour le sentir,
plaisirs
f\aUlt$ âa VespTit, tihé petite pcAgfiéè cî'âéd*
dëhricieiïS a dit AUX frâriçoîs : voilà ce qu^il faut adtnifeP j V invention êst une èhimere } tie yandroît-îl pîtô mîeul âvoîf- àffaurè à iift fyeuplô tout neuf qu'à celui dofît les gôàtà ont déjà priô une forme plus fiitë ; et xïé voyous- nous pas encore sur nos théâtres / malgré le triomphe de la liberté cîvite et pd- Ktiqué, mille pratiques fausses , mille appîî*»' cations discordantes et inalliablés, obècurcîf' la so tirce des plaisirs de l'atrié ?
Son premier discours annonçoît bien uîï fâleïrt heureùsefnént Hé et cultivé, ûîie plùmrf façonnée aux fôYôiês brillantes de réloqûènce et faîte pour en cueillir les palmes; mars ladistance est gtaridèd^ ce premier triomphe du second qtii le sràîrit. Son pféinièr oitt- Vrage, malgré Ses beautés, dut scrfi plus gtaAd ^clat du parti qu^it choisit dans Tatterhatiye de la question , et au paradoxe brillant qu'il soutint avec l'instrument mâme qu'il condamnoit. Mais soii discOuj's sur l'origine de l'inégalité des confditions fût tm pas de géant dans la caarrîeré. Ce tour de forcé esitraordinairè fit sentir toute là vigueur et les ressources de ce nouvel athlète. Comme Minerve , il sauta danslalice armé de toutes