‹ De J.J. RousseauChapitre 3 sur 36 · Tome !• B · texte numérisé non relu

Tome !• B

(iB)

pièces , et les maîtres de l'empire littéraîrer furent confondus en voyant cet inconnu s'elancer du premier bond à la hauteur où iU h'étoient montés que lentement et par degrés. Ce second écrit est un ouvrage profond où se. montrent' toutes les facultés de ce puissant génie ; on y voit Tinépuisabie richesse de son style , Ténergîe et la chaleur de son éloquence , la force d'une logique redoutable ^ et sur-tout cette faculté qui lui étoit propre, de dépouiller les objets et les idées des formes de convention et de Talliage social , pour les contempler dans leur origine et commit à la source de la nature (i).

• ( 1 ) Dans son Discour j sur r Inégalité des conditions ^ £x>usseau a fait }a satyre de la société policée ; et il faut avouer avec douleur qu'il s'y trouve une partie de l'espèce humaine qui gémit sous le poids des fers les plus honteux , et pour qui l'état de nature seroit un bien ; inaîs la société dérive évidemment de deux choses contraires : deia force et de la foiblesse , de la possession et de la disette , de l'amour du travail et de l'inactivité. Rousseau a voulu ennoblir la aature de Thomme en portant atteinte à la société policée ; c'est qu'il desiroit vivement que celle-ci le fût encore davantage ; car la société policée ne l'emportera , peut être, sur l état de nature que quand l'homme social aura reçu toutes ses perfections.

Maïs ce qui plaça J. J. Rousseau aù-desâUS de tous les écrivains de son siècle , c'est quel sôn^ éloquence àvoit un caractère moral ^

Mais quels sont donc ces avantages de Tétât de nature? Peuvent -ils entrer en comparaison avec les jouissance^ de l'homme vraiment policé ? Tout est pour lui: la con-s iidissance d'un Dieu créateur*, base de toutes vertus ; la céntempflation de la majestueuse nature ; et certes , H grandeur de ce spectacle n'est que pour l'homme éclairé: lui seul fait hommage au moteur de toutes choses de l^liarmonie de son ouvrage.

L*oirime a dû se réunir , c'est indubitable : réuni , il à clû se policer ; sensibilité , probité , justice , piété filiale ^ amour parternel et conjugal, patriotisme, dévouemenif 9U bien moral : voilà les verctis de l'homme policée

Je le vois empressé à servir un veillard vénérable; s^etudier à le payei*, par des caresses touchantes , Je set tendres et premiers soins ; je le vbi$ penché sur le sebâ^ d'une jeune femme dont le maintien anribnce la pureté dé Tame; il tient par la main un jeune enfaiit, et sa femme présente k sdn à un plus jeune encore. Ils seitk^ btent se disputer à qui démontrera plus de tendresse à. ces rejetions ; je le vois religieux au pied des «ufels y sôfimis aux loix , perféctionnatiit sa raison ^ car la raison éit un insniict qui nous donne dé la r^ugnaace pour toutes actions mauvaises en ellesrinêmes^ et qui noue porte vert le bienmoiral^ )e le vois ^ l'homme policé # aimant la patrie , combattant pour elle ; je le vois eofia embrassant les intérêt^ de l*humaiiité entière ^ traçant H

too) tmob^^t d'utilité réelle étgénérale.SonEimle est un de ces ouvrages nécessaires à rhomme, qu'il faudra consulter dans tous les siècles et dans tous les gouyernemens ; c'estle type de réducation physique et morale ; là il est tout* à-ia-fois peintre et législateur du cœur hu« snain.

Jamais philoso{^ n'^oit écrit plus pri»

de rhomme , et siir des objets pJus imùé*diatement liés à sa félicité ; jamais écriyaiil né s'étoit fait une affaire aussi sérieuse de notre bonheur. S'il nous humilie^ c'est pour nous corriger ; s'il nous gourmande , c'est |iour noits rendre hetireux; s'il s'indigne con* trenos vices^ c'est par intérêt et patafiectio»

âédtnhiovi <)e& droits de Phoimne, et dépteyimtomse» gÉfrie four V9fl»t9nte d^vaac eonstitmfm U6ra ' • Voilà fkomroe policé, noit t«l qat% en flOHJoiir», niaié tit ^pLÏl pourrok tavjauts être; rien ne s'y oppose qjaé lliUlKAttf ; car dès que Fhoinit est piste» 'û es# heHreiul* Akisl ce «^est point la tie sari^ge qne RMsseoa t touI» Imttiger; S ^Vù^ ftàtûiêttUmi dire, en d'Mtfas tetmes^ tfm la société qcd ii'éiok pelicée <px*àrdQnà wfstfok pes^ mtmo éÊcim dwm lïottitfe ses tîoes ; fa^aMs elle dét natiHMît liiM gitàde^ pxik des cèjecs tpâ soet pour le iàm de lli^ta»^; Mi» îkz W tfifei d'en conclure que tilc^ftÉii ler^kpt^s immÊnAamlfèm de mtare^

^<Mxf ttOtis. Contîniiellenènt occnfé âh toitt ce qui peut avoir rapport avec le bieurfitre de rbomnie ^ il épie ses afFectioBS, naissantes pour lui conserver ses facultés morales dans* leur vigueur et leur pureté primitives i.

C'est à lui que ralmable enfance doit ^ou bonheur et sa liberté; il a brisé tous ces li«ns. însensës qui renchaînoient aux portes de la vie ^ il lui a épargné ces études pénibles et déplacées qui fatiguent ses tendres organcp. avsuit quHls soient formés , qui éblouîsseiit l'entendement au lieu de l'éclairer ; il lui m lout appris en nous enseignapt l'art difficile de Aeluitienapprendre.L^Bmilepar&it^telqu'it l'a formé dans son livre , est sans doute înir possible dans l'état de la société actuelle ^ mais du moins la vieille idole est brisée,. Rousseau a rebâti un modèle plus conforma à la nature , et dont chaq^ue élevé approcherf: plus ou pioîns, suivant le degré de courage^ de tendresse et d'intelligence du père ou de l'instituteur. Il nous a démontré d'une maliiere palpable les vices de l'ancienne ii^tédiode ; il a persuadé notre raison ^^ et mëfaè- Il a commencé à vaincre notre paresse, En^ fin is'est lui , et lui seul » qi^i a ^t honorer li| piateroîté à^ns, k pli^ douce et Ig. |^ aii^

(sa J

gnstc de ses fonctions ; il a rendu la mère k Tenfant et Tenfant à sa mère : croyons-en M. de Buffon ; on le louoît de ce qu*il avoit dit et prouvé que les mères dévoient nourrir clles-même^ leurs enfans ; oui j nous V avons ^zV, répondit- il; mais M. Rousseau seul le commande et se fait obéir. Ce mot dispense de tout autre éloge.

Rousseau dit dans une de ses lettres : ne pourroit-on pas commencer l'éducation de Tenfant dès Tinstant qu'il commence à se développer dans le seîn de sa mère ? Cette idée dominante plane sur tout son Emile; or quand on ne pense que ce qu'on dit^ et qu'on ne* dit que ce qu'on pense , il en résulte dans Je style une plénitude d'idées, une francliisç et une liberté d'expressions qui frappent au premier coup-d*œil ; V Emile en est Iq. preuve (i). L'auteur n'aimoit point ce qui )rah3.issoit l'homme. Onavoîtdit que Tinsr

(?) \»Qrs de r-appii-l^on de çç. livre, le prînçe dç Çoiidéluifit proposer réducatipn de son fils ; le philçr ^oplje répondit ainsi : SI J'acceptois cette offre et que je me tromp4sse dans md méthode , cîp seroît une éducation manr fttée i si je réussis sois , ce Sêroit bien pis ; mon ékve unie-, fçit {OH titre ^ et ne yaudroit plus être priutce. Trç$*I)ienf

tînct des animaux les sert plus que notrt raison dans certains cas, comme pour la Tiourriture,ponr les maladies; on âvoit ajoutç que l'amour ne cause chez etix ni embarras, ni peine ; oui , rëpond Rousseau : ils sont perpétuellement soumis aux mêmes règles, çt ce sont les écarts de Thomme qui m'ait- Tioncent la libeité et la moralité de ses ac-' lions. Rousseau voulut rapprocher l'homme' de la nature, mais sans éteindre en lui le' rayon de la pensée ; il voulut seulement l'affranchir de cette foule de conventions' hu- Hiaînes qu'on a appellée/oi:r pendant tant de sie<:!es; de-là cette foule de questions qu'il se fait à lui-même sur nos sciences , sur nos arts ; mais telles questions qui paroisse :it ' ridicules dans un siècle deviendront, le témoignage de la plus haute sagesse dans un autre. Quand on veut traiter le fondement de la société , on chercha long-tems une hase splide ; Rousseau voulut d'abord là, destruction de nos arts, tels qu'ils sont,, mais non celle des arts rçela qui appjartiennent, ou

mais après ce bilfct , je trouve qii'îl met à trop haut prix , dans ses mémoires , les deux visites qUe lui fit le feu prifiee de Conti.

^ui ppiirrpiçnt gippartwir à Vhomme;f^(ixxX'C% sqnt peut-être epcQre sous le yoile , coxzune dieu est fiou$ 1^ y.oile;ii|i^3 dieu n'en existe paa jQoîns ; op. sent sa présence à trayer$ co Quage QÙ il s'enveloppe : ^insi Thomme sensible appei:^Qi(leserts, les véritables arts^^ qui manquent encore à Thomme pour si^ félicité p^ait^ ; et ce$ arts sia^pli^s sont p^uU ^tre ^ussi élpigné$ de nQ& SiTtSf orgu^iUf^m; qife le g^énie qui i^ivente est éloigjaé àa goût qui façonne. Nous déyeloppoqs ici Je^ i4éf s d^ Rousseau ; }l $i tp^ijour^ mis uj|>q 4fStanx}^ infinie entre les arts » reladvepaent

h leur utilité ; ce qui ^st bien différent d'avpir

vaijlu l^s anéantir (i}.

^H^^'^"^*»«7»^'^»**«»*^pfw^*»»w*w»*y'*i^«*»i

(i) Voilà pourquoi i^art du cordonnier lui semble prè^ férable à l'art du versificateur; ce a*étoitpas qu^l toulàf ^WfèA^t un abbé DelUU d*user une yïe enéer^ d'bpipixtç m cinq à siy mille hémistiches m^^colinsi et féniinîi)s phis ofi moins sonores ; ce n*est pas qu*il vou^ lût lui interdire la frivole passion de ^vouloir faille ressembler un vers françois à un vers latia; mais il aimoit mieux des souliers qui ne prissent point Teau qu*unepa-^ tleme tcaducitoa des Géoi^îques ; le cordonnier lui étoit donc pl^s çhfx 9^ H versifipit^lir , et sous ce point dt^ vue le^ trois-^|^t$ et de;9i de» hommes som et auroieni iié de son avis ; c'étoit classer les ans de k société ,,]nai^

J. J. Rousseau à remarqué que les trôubleS' qui agiteront la république de Rome avec Ip plus de foreurs n'^voient d*autre source que la ÙLVie qu'avoientf^itp les Romains^ de

ci^ vfétQlt pts anfaniir les arts , pas même Pacadémicien rimeuTy igi^ 4^ yi^Pf fi|}-^d«^M$ i^eux et les bons cor-i' donniçrs de la v'ùle ^ jet \^$ botûn^ \nen ffii^s. Q«iqI ^st le preoiier d^^ arts? (Ç[ui p$pra réppojdre ? L'ignpr^nc« et Torgueil décident ; Le philosophe médite çt $ç tatt. Ar^ ftitUes, arts dangereux , ^rts aimables , Tesprît çt nm^gination vous inventent et vous caressent j arts grossiers , aris simples 9 aaC6 ignprés , Vest vous qui faites les ver« ti|f fx 1^ kiml^fvff d» l^hoflRfnje : ti quoiqu'en dise Terreur iogénieiff e , ua ç)iaM f^ mtufft v$i)dr^ mieux qu^œi diou efl poéf i^ ^ en pe^oiiirç , q:païp4t-il ^ Ja ^is l^^il f|t la maia»

Cest dans TEmile que la raison et la vraie politique repoussent les Idées chimériques de la noblesse. Rouçseaa fait sentir combien est absurde ce mérite d antiquité que se dpQnent quelques fiimill^ ; il veut que le législateur i-eijforce 4ç 44F^kf ^P^ cii#tinctio9« toujours fat^uaates» î(fipqi»fQ|S$ , lil tsllf ^ m ^om p^s dangeceiises ; il veut qfi*iV frgppe sur gette m^iltitu je de préjugés iaconséqucçis et bi^arr^s qui en émirent; qu'il les anéantisse autant poqr l^honoeur do Tesprit humain que pour le bonheur des homaieft ; #e«i €e que je vois de mieux, dît-il plaisamment^ doiu ks pfMUg^ des MokUs , <i\si celui de ifim fat

ne pas abolir le patriciat lorsqu'ils expnl'serent les Tarquin. Il observe aussi que les révolutions de Suéde , et toifs les malheurs qui les ont accompagnées , ont eu pour principe l'orgueil indomptable de la noblesse et du sénat:.

. Le marquis d'Argciison avoit souvent imprimé que le salut du peuple étoit attaché à Tabolition des titres. M. dTntraîgues disoit , en 1788 , que le plus grand fléau dont le ciel en courroux ait pu affliger une nation, c*étoit la noblesse héréditaire.

Le czar Théodore convoqua un jour tout les nobles de Russie , avec ordre d'apporter à la cour leurs titres et Chartres ; il s'en' empara , et les fit jetter au feu , en déclarant qu'à l'avenir les titres de noblesse de ses snjets seroient fondés uniquement sur \% mérite.

C'est dans l'Emile , c'est dans ce livr# utile qu'il a inséré, ce morceau que les hommes liront et méditeront dans tous les* siècles , parce que dans tous les siècles il sera le code le plus respectable de la religion naturelle. C'est-la que se trouve coiisigné !• plus digne éloge que jamais homme ait fait de Tévangile ; nous le rapporterons ici pour

rènouveller le plaisir qu'on a souvent prff a le lire.

ce J'avoue que la majesté des écritures (i)

riMMériMMi

(i) Rousseau lîsoît fréquemment la bible. La rellgiod^ cette alliance sacrée entre Thomme et son créateur , nf fut jamais Tobjet de ses plaisanteries f cette misérable x^St «ource étoit faite pour un Voltaire , pour ce poète tou»« jours indécis sur ce que Dieu et la nature ont donné aux iiommes , et par suite , sur ce que leurs propres lois et leur co^istitution leur ont confirmé, delà vient que Voltaire a toujours été étranger aux matières politiques et; à ce qui con&rne la liberté des nations ».et qu*il s'imar ginoit que les rois étcient incrustés au globe comme le mont Athos et les Pyrénées.

- Quel livre que celui où il est écrit dans un style su-' blime que toutes les choses que Dieu a fiites , grandes ou petites 9 sont toutes également parfaites et dignes de# éloges de leur auteur , dont elles célèbrent toutes égale* ment la gloire et la grandeur, non pas par leurs voix, qui sont des actes de créatures , et par conséquent imparfaites par elles-mêmes , mais par leur être , qui est un iicte par&it du créateur , non pas parce qu'il parle, mais parce ^u*il parlé lui-même par elles l Qmt faciunt vcrbum ejusm Chaque verset de ce livre est un abyme d'éloquence; seroit-il donc déraisonnable à des chrétiens de le placer au milieu d'une assemblée nationale , lorsque ce livra indique la conduite qui convient le mieux à des chrétienst fu aimeras ton prochain comme toi-même»

§çr(^it-U dppç si déplacé, dapMliit gisembUc 4e çhrée

iô m'^^ton&t ; que i^ sainteté do Vé^unplé a» parle à inon cœur. Voyez les livres des 90 philosophes avec tpute leur pompe ; qu'ils

de porter au milieu de l'assemblée aatiooate TéfaiK gile, ce livre divin qui oblige Thomme à priser tout autre homoM autant que lui*in£jne , parce que diaqu* -k&mme vgut autant « et est aussi esûmaUe etausd pté^ cieux que Ittî-mline ? Voilà le principe fondamental et tAtrinseqiif et cette loi sacrée qui nous oblige d'aisMr notre pfocbain comme nous-*oiémes , loi qui parle égale» ment k tou^ les bomiees , et qui précède toutes les.

' Cette loi , OM plutftt cette justice lotnnseqoe , est If principe fondamental de toutes les loix humaines : ce te •k basp des l^isbteuirs de toutes \es naôoas , des l^isiaseurf vénérés; ils n'ont jamûs eu d'autres objets en vue ^He eetiç justice , parce qiMlc est Pimage de riqtrilihe» ifai règne dans les ouvrages admirables de Pauieur de la .«ftoie.

Ek I les mta4t»es d*ntt Dieu qui a déêeroMoé les reiai» ^oes que FhMiiee doit avoir gvec lui , ainsi que celLtf ipn, doivent «egner entre les créatures, seroiem4ls lef jMPemîers à briser les Hens d'oïl naissent les dKfflrens de^ veirs d^ tous les hommes, placés dans 4es états diftérens les ues des autres, mais qui tous tendent au même bi^ d^une fustiee exacte , d*im ordre plus parfait t Eux qui flious ont enseigné dans tomes les chaires évangéliqueè que Dieu tient U bidence entre tous les hommes , qu^ls; ^m tous la làisM cri|toi, qu- ils som tous conduits parlet

1» sont petits près de celtti-là ! Se "f eut- il » qu'un livre à- la-fois si sublime et si simple ^ doit Touyrag^ des hommes ? se peut-il que

inéme providence, oseroîeht-ils décider (^ii€ lé hiûti-ëttûiè Vhcmtnû U pitis vil en a]^parénce ^ le phi^ igoofam et là plue patt^re ^ né lui cât pà$ atissl ch<fr et aftssi pfèclaux ^ue celui du monxrqQe, dû plulo^phe et du riche? Otez cette! loi^ vous ne verrez qu^injustice ^ désordre y. confusion , et les malheurs qui les accompagnent ; repre* nez cette loi , soutenue de la parole de Dieu , lé bon ordre et la psdx vont se manifester. De cé preiniér |)nncipe , c!est-à-dir6 , de ce liéh juf^e et nécessaire qiii » pititA les homméà, le^ iilét k lèuf jtfsie frAkfntfet les réduit conséqueminent à une parfaite égalité entre eux^ vous tn verrez sôrtk les iheilleures lolx politiques. L* homme svec l* homme: quel est le lien moral qui uait ces deux idées physiques! Quand il sera bieh compris ou sen< ti , la iégisfatioQ sera toute faite.

Qtiand il s*agit d'être trtile à fhpmme , d'être ttttle à sat patrie , et par suite à la postérité et à Tunivers , ce grand bue, cette grande fin, seroient-ils oubliés , du moins par ceux qui nous ont enseigné que c'étoit de Tordre moral qiue réfittltoit la marche de Tunivcrs dirigé à la propre; gloire de son auteur 1 11 y a plusieurs hiérarchies parmi Ifs hommes , sans doute; mais celle qui parott inférieure . est aussi bonne que celle qui paroit supérieure, puisqu'il ne pourroit y en avoir de supérieure, s'il n^y en avoit pas dfinférieiire ; c'est par cette raison que Dieu a trouvé . paiement bon tout ce qu'il a fait, etqu'il a éit également^

» celui dont îl fait l'histoire ne éoît qti'iïiÉ

i% homme lui-même ? Est-ce là le ton d'un

34 enthousiaste ou d'un ambitieux sectaire ?

D>. Quelle douceur ! quelle pureté dans ses

» mœurs ! quelle grâce touchante dans ses

D> instructions ! quelle élévation dans se»

y> maximes ! quelle profonde sagesse dans

>^ ses discours ! quelle présence d'esprit î

3i quelle finesse et quelle justesse dans ses

y> réponses ! quel emipiré sur ses passions !

» Où est l'homme , où est le sage qui sait

» agir , souffrir et mourir sans ibil^lesse et

» sans ostentation ? Quand Platpn peint son

» juste imaginaire couvert de l'opprobre du

yi crime , et digne de tous les prix de la

yi vertu , il peint Jésus-Christ trait pour*

» trait. La ressemblance est si frappante'^

^^\dït quodessctbonum. Quand on lùédite l'écriture sainte^ tout sY trouve rehfermé ; car son autorité est celle de là raison.

L'homme superbe s'imagine que toute loi a été fahé' pour lui , lorsqu^au contraire il a été fait lui-mèffle pour la loL Ce fol orgueil éloigne Thoiiïme pré^omptueiu# de la chaîne morale qui unit les cœurs de tous les hommes ; mais en voulant ronipra ces liens admirables ^ il s^abandonne à la haine et se précipite dans le mal' heiif*

» que tx)tis les pères l'ont sentie , et qù'îj » n'est pas possible de s'y tromper. Quels » préjugés ^ quel aveuglement ne f ant îl » point avoir pour oser comparer le fils de » Sophronisque au fils de Marie ! Quelle » distance de l'un à l'autre ! Socrate , mou- » rant sans douleur et sans ignominie , » soutint aisément son personnage ; et si >3 cette facile mort n'eût honoré sa vie , on » donteroit si Socrate , avec tout son esprit, » iùt autre chose qu'un sophiste. Il inventa , » dit-on , la morale ; d'autres avant lui Ta- » voient ipise en pratique : il ne fit que » dire ce qu'ils avoîent fait , il ne fit que » mettre en leçons leurs exemples. Aristide » avoit été juste avant que Socrate eût dit » ce que c'étoit que justice. Léonidas étoît y> mort pour son pays avant que Socrate » eût fait un devoir d'aimer la patrie. Sparte » étoit sobre avant que Socrate eût loué » la sobriété ; avant qu'il eût défini la vertu, y» Sparte abondoit en hommes vertueux.

» Mais où Jésus avoit-il pris parmi les >> siens cette morale élevée et pure , dont

» lui seul a donné les leçons et l'exemple? >^ Du sein du plus furieux fanatisme la plus » haute sagesse se fit entendre , et la sim-

#» pUchë des plus héroïques vertus honora ^> le plus vil de tous les peuples. La mort to de Socrate f ptiUosophant tranquillement 97 avec ses amis , est la plus douce qti'oii >> puisse désirer ; celle de Jésus f eitphrant ^ dans les tourjuens , in)urié , raillé > maadil »> de tout un peuple , est la plus horribte » qu'on puisse craiiKlre» Soctate , prenant >3 la coupe empoisonnée ^ bénit celui qui }a >> lui présente et qui pleure ; Jéius ^ au miliett >y d'un supplice afFreufx , prie pour ses y> bourreaux acharnés. Oui , si la vie et la » mort de Socrate Sont d'un sage ^ la vi^ » et la mort de Jésus sont à^iin dieu y^.

Qui doutera du christianisine de Rotes»

seau , quand il est fondé sur l'évangile , et lorsqu'un des chefs de l'église avoue publia quement qu^il survit difficile de rendre un plus bel hommage à V authenticité dm i évangile (i) ? Qui doutera que la religion chrétienne , si nécessaire ^ si touchante et SI sublime , n'eût fait la conquête de cet écrivain qui ^ par 1er charme tictorimix de

son éloquence , lui a donnd où du moina

¥ mil I \ i ' r •

(i) Voyez le Mandement de M. de Beaumont, pag. ^f de rédiiou ih-8^ ckr 176}.

conservé

conservé des disciples pret$ à devenir incrédules ? T .

. Nous conviendrons cependant qu'on accuse ce vertueux écrivain de s'être éloigné de sa rigide austérité , lorsqu'employant l'attrait d'un pinceau voluptueux qu*on ne lui connoissoit pas ^ il a peint l'ampur , dans sa nouvelle Héloïse , avec des couleurs propres à justifier les égareraens dé cette passion. Noy3.np répondons point à cette objection ; mais en jettant les yeux sur l'état des mœurs actuelles de la société , nous demandons oùestle père qui rougiroit d'avoir une fille qui , dans les inêni©3 circonstances , se seroit rendue coupable comme Julie, si d'ailleurs elle possédoit toutes les vertus de son modèle P On sent bien que saris cette condition , ce ne seroit plus Julie qu'elle auroit imitée , et qu'alors rien ne pourroit la justifier.

Jamais la magie du style ne fut portée plus loin ; on oublie en lisant que Ton tient un livre ; les sens sont loin , la passion de l'amour n'a plus rien de terrestre ^ elle participe de ' ces affections pures qu^. sont le partage des subtances intellectuelles. Les anciens ( que je cache ) n'ont pas coxmu

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