Tome IL D
( 5ô ) rigoureux de l'usage qu'il aura fait dé la puissance que Tordre de la iociëté cirile contraint à lui confier sur ses semblables , mette un frein réel et continu au penchant qu'il a de les augmenter en dépit du sentiment de son insuffisance , et à celui qu'il a d'en mal user lorsque ses actes ne sonfe plus surveillés.
L'expérience n'a que trop confirmé lat fiérere et triste vérité dont Machiavel nous donne la connoissance ; il faut que le peuple adopte rigoureusement ce principe : dès-lors p;vjjnéte d* autorité , de puissance, de prérogatives , est un monstre dans l'orbe de la civilisation (i)»
(î)Ah! cruels aristocrates ! et vous, pUis cruels ma- Mrchieru.l laissez-nous. nos jouissances ; celui ^qui tout« â'coup sort de Tesclavage est le seul capable de cpncr-. voir le prix de la iibené ; j'ai vu ma patrie subitement dtlivrée des yiolences d*un gouvernement tymnnique et des injustices de ceux qui avoient Tautorité ; ils s'atolent accoutumés BU despotisme, aux rapines , aux insolences, au mépris des hommes. Ce même palais d*oii partoit l'oppression universelle , il a connu à son totir la terreur ! Non : deux siècles d'existence, riche et voluptueuse à toute autre époque, n'auroient pas valu pour moi les deux sublimes années 17S9 et 1790* J'ai joui , j'ai vit
(Si)
*!f ôute& ks lamentations hypocrites dej prëteiidtis monarchistes offensent éyidem* ment la raîsorl ; les Malouet , les Mounier^ les Tolendal y etc. , ne tendoient rienraoin* qu'à faire de nous autres François de vrai^ Polonnois. Avec leur chafnbre des pairs , qui disparoîtra mâiiie du sein de l'Angleterre , ils alloient légitimer le plus cruel fléau de
itmÊmÉmmttmmÊÊÊÊtt»maàmi^Êmm^mÊmmim>mmmmmÊm^»mmk
tomber ^c^uvn des tyrans; tout ce qu'il y a de dotix ti dVimable dans le monde, est détruit par le pouvoir arbi*' traire ; il gâte tout » il introduit en ifout lieu tout ce qu'il jf a de plus pernicieux et de plus détestable ; mais depuis le 14 juillet, j'ai respiré; et les facultés de mon iame ne sonf plus dans les chaînes. Meuredx , satisfait, pénétré, d'une jbie indicible' , je ne crains jioint les éntfep^sés qui peuvent dcnnet atteinte à Cette heureuse liberté ; je rc* Aiercic le ciel de m'avoif accordé ce grand spectacle de réfi^énération; et prisant plus c^s deux dernières etsolem<' nulles années de ma vie que lesi précédentes , abandon-» fiant le reste sans regret^ je dirai avec le prophète, ef l'ame dilatée par une allégresse comparable a la sienne i jNunc dîmittls servum iuum^ Domine^
Enfin , je dirai comme Rousseau : mort \ tu peux verfir , j'ai tout senti. Je n'ai pas senti comiftë Roiisseatf ,thaïs j'ai vu le cruel gouvernement dé Louis XIV et dé louis XV renversé de fond en comble : cela ffie Suffit j Nunc imittis servum ttium^ Dominée
^t)iit gouvernement , la noblesse ; le monar-* cjue , pour lequel ils prêchent tant et tant , y auroit perdu comme les autres. Tout politique sensë doit confesser que personne n'a plus gagné à la dévolution que le monarque. De roi féodal , Louis XVI est devenu roi constitutionnel ; il n'étoît que le souverain suprême de la féodalité du royaume ; le voilà élevé à la dignité de roi des François , et indissolublement lié à l'empire ; la roryauté ne peut plus périr , car elle est l'auguste ouvrage de la loi. Or , il y a loin d'uti des* y7£?/^ commandant à des esclaves , à un roi qui règne sur une nation libre. Louis XVI est le premier des François, au lieu d'être le premier des seigneurs. Quelle différence 1 Il sera grand désormais de la dignité de son peuple ; et comme l'autorité s'affermit en devenant plus légale , le trône posé-sur des fondemens inébranlables est rendu, d'après le vœu de la nation, solidement héréditaire dans la maison régnante. Est-il sous le ciel une plus majestueuse couronne , depuis qu'elle n'est plus dégradée par les grands , par les aristocrates, par les courtisans , qui en faisoient tour-à-tour l'instrument du /naïf Le roi ^ marié solemnellem^xit k la nation ^
fie sera plus dominé par rasccndant du c&r* g'éj de la. noèlessej, àesparle/ne/ts ; il n'aura, plus à craindre leurs perfides co-alitioiis ; il est seul avec la lai , majestueux comme elle ^ et puissant sur tous par elle / mais sa toute'* puissaoceest en bien, car la loi lui rend tout èien nécessaire et tout mal impossible. Son nom perd en terreur pour gagner en amour. Si le supplice de l'autorité est 1(^ droit de punir, le cœur royal n^ en sera plus aflUgé^ puisque le sceptre ne frappera, plus personne que d'après la volonté générale.
Eh ! combien Ja. révolution n'est-elle pas encore favorable au repos , à la dignité , à. la probité raème du monarque ! La dette du gouvérnen^lint ne pèsera plus sur lui et sur son cœur sensible. Il est soulagé de ce far- , deau terrible et écrasant ; nulle inquiétudesur les réclamations, des créanciers de l'état ; nul danger d'une banqueroute abominablequi eût empoisonné^ sa vie et déshonoré soiv nom à jamais ; mille peine d'esprit sur la pénurie du trésor royal ^^ nulle terreur sur les besoins politiques , si l'état se trouvoit en danger ; nulle nécessité d'efFaroucher le peu-^ pie par des soldats armés,. et de faire le^siég^
f^e la grand^ chambre ( i ) ; de violenter Seg piagîstrats, pour étouffer leurs remontrances.i d'étaler de provinces en provinces Xdijiere. mendicité des deux wiairis royales , en présentant Tune suppliante j et Vautre arTn^e-» Le sceptre ne sera plus un pilon que Voh metloit au mortier pour en exprimer arbi«traîrement la substance des peuples ; le roî ne sera plus responsable ni de la recette ni delà dépenser malheureux caissier^ oiSL voloit , et qu'on forçoit le lendemain à tyran^ niser les peuples pour réemplir le coffre. Soa trône, prêt à tomber dans le gouffre effroyable du déficit et à s'y engloutir , joumelle* ment assiégé par à.e^ larrons fraternels et carressans, yïyavxà^anticipatioi^ naangeant \ avenir y objet étemel ou de railleries ou d'imprécations, rappellera le respect qui lui ^t dû , et fixera le tendre amour.
3i le monarque , n'est plu& la soxirce des
(i) A-t-on jamais rien vu de plus rldicuU, dans toute l'iiistoire moderne , que ce jour où des janfssaws er^ ftausse-col allèrent faire au palais y sur deux hommes dè^ folx^ le même métrer que les exempts de police exerçoîerf% siè^r les bourgeois ?• O inisere! & inconcevablt^ peti{e.^.^t CçÙ sçrtoas-aouç $
<55) jgr^ces immenses et pécuniaires , il aura une autre majesté : celle de la justice , de la vraie grandeur , de l'économie , des vertus aglrsantes. Au lieu de valets dorés et multipliés, le roi verra ses vrais amis j. les rcprésentans de la nation / et.quand il mettra la tête sur \ oreiller ( car il est homme ) , îl pourra se dire : aucun prisonnier ne me maudit dans le fond des cachots ; aucun villageois ne peut ui accuser de lui avoir emporté son dîner^ O* assemblée nationale ! Certes , tu as fait le bonheur du roi en même-temps que celui dti peuple. C'est dieu qui a inspiré le roi; qu'il soit recompensé d'avoir écouté, suivi sa voix ; elle est au-dedans de nous , cette voix ; elle nous parle ; jamais Louis XIV , jamais Louis XV ne l'ont écoutée, cette voix divine^ aussi voyez leur mort, voyez leur mémoire ! On noua pari© de la majesté d un roi! et sous le voile d un tendre intérêt pris à la personne du monarque on ne regrette que la facilité qu'on avoit de dépouiller le peu^ pie en son nom. La majesté d'un roi ! Elle est dans le degré de considération qu'obtient: le peuple chez l'étranger par sa puissance et son bonheur; elle est ensuite dans la fidélité ^veic laquelle le monarque exerce ses m^cm-
(56) dats ; car sa grandeur véritable réside dan» le talent ou le génie de cette exécution. Il s'est ôté , par l'acceptation du trône, tout droit à& faire la loi^ parce qu'alors la loi seroit nécessairement plus favorable à sa personne et aux intérêts des siens qu'à ceux de tout autre. Mais parce qu'il ne fait pas la loi , ses facultés intellectuelles ne sont pas enchaînées pour cela ; tout au contraire. Eh ! n'a-t-il pas l'exécution active , ferme , courageuse , permanente? Ce noble et sublime emploi peut devenir le principe de sa grandeur et de sa haute renommée. Qu'il mette son ambition à bien saisir dans Texécution des loix ce qu'elles ont de difficile , de nuisible ou d'avantageux à son peuple ; permis à lui sans doute d'améliorer la législation , de verser sur elle ses propres lumières , de donner à son expérience féconde un caractère créateur , de planer enfin audessus du corps législatif pour le plus ample bonheur de la nation. La loi ne lui ôte pas la liberté de faire le bien , et le plus grand bien possible ; elle ne lui défend pas la haute prospérité du royaume dans une foule de détails vivifians où il peut entrer etgouvcr* lier. Il peut embrasser la loi avec respect ^
puis TembeUîr de son génie; il peut Im seul^
enfin , servir la patrie tout autant que tous; Quelle glorieuse destinée !
Le pouvoir exécutif ; c'est-à-dire , la réa^ lîté de la loi , est dans sa main ; voilà le roi citoyen ; titre fort au-dessus de celui de grand roi. Saisi d'une ardente et sainte ëmulatioiji , qu'il rivalise en patriotisme avec le corps législatifs qu'il sache lui indiquer ses fautes , qu'il lui donne ses idées lumineuses ou d'expérience ; l'œil ouvert sur les changemens inévitables des choses , qu'il sache deviner le mouvement insensible qu'elles en doivent recevoir ; prévenir les désastres, accélérer les remèdes; et tandis que la loi naissante est pour ainsi dire encore foible et muette , qu'il sache lui donner Téloquence nécessaire^la conviction touchante, et en temps et lieu , sur-tout , \dL force active pour maintenir la conservation , la paix et l'unité de l'empire. Voilà l'éclat véritable de la couronne , les moyens nouveaux de la bienfaisance royale , la majesté du trône / or, lautorité royale est-elle avilie ? L'ancienne majesté de nos rois est-elle anéantie quand on a de telles fonctions à remplir à la tête de vingt-cinq millions d'hommes ^ et sous le
regard de la divinité ? car un roi doit Tado-i rer, Timplorer. Ce trône est-il indigne d'une nation éclairée et reconnoissante ? Ce trône, c'est le plus beau de tous , parce qu'il esfc porté par des hommes libres auxquels on ne commande pas la servi! e obéissance , mais l'observation de la loi ; et le monarque n'est-il pas plus grand par la liberté de sa nation ?
Qu'étoit ci-devant le roi de France ? Osons le dire : C'étoit une idole , un samt sacre-* mentj)olitiqucQ\{ie les grands et les cour tisane paroient , promenoient,, montroient , cachoient, mangeoient , etc.; mais le voilà mi des François. Elevé par le veto suspensif au-dessus de la législation , maître d'en augmenter tout le bien et d'en modérer les écarts , maître absolu de déployer toutes lea vertus civiques d'un roi citoyen , d'un grand homme , d'un héros : ce qu'il ne pouvoit pas lorsque la noblesse et le clergé étouffoient ou entravoient à chaque instant son génie ; quel poste plus honorable faut-il de plus , même à l'honjune de génie qui auroit le sentiment de ses forces ? Donc la royauté du roi des François , loin d'être avilie , a dd nouveaux droits à l'homniage , au respect ^
( ^9 ) lilâ confiance et à Tamour des peuples. Chef
vénéré de la plus belle nation de la terre > agrandi par la majestueuse masse des législatures assemblées tous les ans sous ses re^ gards / délivré à jamais de la honte der//zsohabilité et du malheur de signer pour les vengeances d'autrui des lettres-de-cachet f il régnera en paix et en repos avec lui-même. Plus cher au-dedans , plus puissant au-d eh ors , il ne marchera plus qu'au milieu des libres cris d'allégresse et des bénédictions des citoyens fidèles ; et lui , tête de l'empire , pour répondre à cet honorable dépôt de confiance , à cette acclamation universelle qui lui dit : agissez ; il ne fera point le mort ^ il ne privera point l'état de cette unité da force y de cette perfection de mouvement nécessaire à sa sûreté et à sa splendeur ; car alors il.seroit aussi grandement coupable que son rang est élevé.
Et qui oseroit en même - temps accuser la révolution d'avoir porté des coups barbares même aux médians qui bercent eii* core leur orgueil de projets insensés., qui réjouissent leur imagination d'une invasion étrangère , qui appellent de tout leur cœut toutes les machines à bayonnettes pour t^
( 6o ) mener en France le règne des préjugés antî* queSy et pour remettre aux ennemis de cette liberté , qui rend les hommes égaux , Ys. garde du trésor royal f ce dieu de la noblesse et des larrons ? La révolution n'a puni personne. Jadis les états-généraux auroient cru manquer à ce qu'ils se dévoient à eux-mêmes en n'envoyant pas quelques-uns des principaux agens du pouvoir arbitraire à Montfaucon f^ ainsi Louis XIV et le régent , quand ils firent des réformes , créèrent des chambres de justice pour examiner les consciences financières et punir les fortunes scandaleuses qui insultoient à la misère publique. Le. peuple françois , en opérant une refonte générale , n*a point fait dresser un seul échafaud ; il a oublié tous les anciens torts et même les crimes d'une administration dé-* sastreuse. Occupé à se régénérer, il a éloi* gné les délateurs, les peines et les châtimens; satisfait de ralKer les esprits autour de la chose publique, et de les faire tous concourir et marcher d'un pas égal vers un heureux but. Le bon et nouveau gouvernement a proscrit tonte accusation rétroactive ; enfint jamais peuple n'a traité ses violens adversaires avec eette modération et cette clé«
jtnence. Il attend que les cœurs rebelles Tsoient échauftés par le génie de la liberté et adoptent la plus des belle causes (si supérieure à celle; des rois) , la cause des peuplea et du genre hu main • Or, comme Ta dit un éloquent orateur , la plus sublime des institutions ne seroit-elie pas celle qui , créant une seconde fois l'espèce humaine , la rapprocheroit de sa première et vertueuse origine , de cet âge d'or qui cessera d'être une chimère dès que l'homme aura bien compris que sa pensée et son bras doivent également attaquer la race des stupides tyrans qui^ sous des vêtemens sacrés , sous des cou-' rpnnes ou sous des thiares , sous des 6o7i>^ nets de toutes couleurs , en imposent à la foible humanité pour lui distribuer la moirale abominable de l'ambition , pour métamorphoser les hommes en bourreaux , pour mettre les villes en cendres? et n'est -il pas temps que la philantropie marque au coin de l'exécration universelle tous ces êtres < qui se sont dépouillés de tout sentiment humain , maîtres et valets élevés dans la fourbe des cours ? N'est-il pas temps que leurs vic«toires et leurs immenses richesses ne les sauvent poi^t du juste oiépris des philosophes ,
(5±) âuâsent tous les autres humains îéùr prodîi guer leurs éloges ; dussent tous les journalistes et toU8 les historiens vanter leurs sanglans exploits ?
La nature pafoît avoir formé la France pour arriver à tous les genres de grandeur j mais îl falloit placer au milieu d'elle und bonne constitution : c'est ce que. nous arôUd fait. Le coup dû canon qui a ouvert la forteresse de la bastille a retenti dans toutes les parties de FLurope et fait sortir les peuples de leur léthargie; ils y gagneront à cotipgûr , car ces malheureuses guerres qui finissent toutes par les écraser et augmenter leur misère , ils n'y prendront plus aucune part*^ Si sous Louis XI Via France étoit la meilleure école de guerre qu'il y eût au monde , sous Louis XVI elle devient l'école de la politique humaine. D'abord , le commerce roulant ses tonnes d'or fascinera moins les regards ^ parce que Findustrie et la cupidité sont deux choses bien différentes dans leurs effets ; la première est utile , la seconde n'a qu'une splendeur apparente et mine le pays qui Tadopte. Un état agricole, assez riche de son propre fond p our se suffire à lui-môm^ f act bien sûr d'une prospérité constante, y et'
qtie les liaisards ne sauroient lui enlevef i Ensuite doit tomber la politique fallacieuiè des cours ( i ) ; ces ateliers de faussetés et de perfidies sont déjà Joercés à jour ; et Ton voit manœuvrer à trois cents lieues de dis* tance tous ces joueurs de gobeUts qu'on a décorés du nom dé ministres. Leurs tours de gibecière ne sont plus rien, pour peu qu'on soit; instruit du jeu. On ne se laissera donc plus
( I ) Le même système qui avolt voulu arranger la petite ville de Genève pour la plus grande gloire dâ f aristocratie présida dernièrement aux affaires de Hoh-, ^ lande , lorsque Tarmée prussienne y pénétra. Toutes les , règles de la politique furent violées , parce que notre mU, nîstere ne voulut point qu'un grand exemple fût pro-; mulgué. La Fraace interrompit son ouvrage et refusa de lier la Hollande à sa destinée , et pourquoi ? afin qu^il ne fiit pas dit que le stathoudcr avoit été forcé , pour conserver ses titres et ses honneurs , d'acquiescer au plan dt constitution qui lui àuroit été présenté; un des principaux articles eût porté : quo toutes les fois que les état^ auroient déterminé de fournir à un allié un nombre quel-( conque de vaisseaux , d'hommes et de munitions , cç prince ne pourroit , sous quel prétexte que ce fut , et retarder le départ.
Ainsi notre ministère avoit en horreur dès -lors toute idée . tout plan de constitutim , et c'est pour en écafr ter X image qu'il a cmassé fautes sur fautes » hontt sm hQute , etc»
surprendre par quatre ou cinq bateleurs, vou* lant escamoter aux nations la venté y et occupés à charger le fil électrique qui doit mettre en explosion les machines à bayonr nettes. Les peuples verront qu'ils n'ont rien que de sinistre et de calamiteux à attendre des grands et des petits despotes de l'Europe. Les nations libres sont sœurs et se doivent mutuellement appui , assistance ; elles ne sacrifieront pas leur tranquillité aux rêve$ coupables ni aux intérêts particuliers de quelques souverains altiers ; chacun se dira : qu'est-ce donc qu'un trône ? Dans une ma* tinéeW. commande à quarante mille hommes de mourir , et il trouve quarante mille automates bouchers , obéissans et tueurs de leur espèce ; y-a-til un gouvernement plus stupide , plus révoltant pour la dignité de l'homme , que celui où un seul dise : Allez vous faire égorger par millierspour ma gloire f €ifin que je puisse abandonner à loisir le trône de Pétersbourg y pour aller m^ asseoir sur celui de Constantinople ( i ) ?
^HlÊammmmÊmÊmmmmm^mmmmmm9mÊmmm
(i) En ce moment Catherine, dont la gloire est fondée snr le malheur des humëns , précipite jes féroces guer* «iers 9 tueurs monarcliiens , amis des longs massacres et
Le jour n'efit pas éloigné' où les grandes fédérations des peuples européens peuvent jet doirent avoir lieu. Rousseau ayoit ap*
du pillage ; la prise d^Isinaïlpw a tu périr trente- qv^atrè^ mille hommes en quelques heures de temps, et à la fin de cette boucherie le Danube rougissoit de sang jusqu'à quelque distance de la forteresse; ô les amis des rois, voilà les tableaux qui vous plaisent, et puis vous avez des crispations de nerfs quand on porte au bout d'une pique la tête de deux ou trois traîtres scélérats qui ctoient vendus au trône , pour égorger nuitamment leurs concitoyens !
Peut-on , sans que le cœur ne se soulevé , parler d'un prince de Hesse , qui , au milieu de l'Europe , a vendu des hommes comme des bêtes de somme; les a vendus par tête ; a stipulé tant pour les morts , tant pour les mutilés y tant pour les blessés ; les a envoyés au-delà des mers pour grossir son trésor , et pour massacrer des habitans éloignés qu'ils ne connoissoient pas même de nom!
Les Européen^^ à moins qu'ils ne veuillent être confondus avec les (TJOMchcs Africains ^ devroient ils souf* frir qu'on ose ainsi se jouer de l'espèce humaine ; et que fait donc la majesté de l'empire germanique , si elle tolère un pareil ^ttQntzt}V Africain est déshonoré, parce qu'il livre des esclaves à l'avs^rice brutale ; pourquoi le Hessois ne le seroit-il peint, quand il métamorphose ainsi ses sujets en les envoyant dans des contrées lointaines tuer, sous le drapeau du despotisme , ceux qiû