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des défenseurs de la liberté ; nous aimons la progression successive du son ^ et ce style rapide ou véhément qui vole de front avec la pensée. La voix pleine et sonore de nos orateurs emplit nos clubs et la salle législa» tive ; autrefois nous n'entendions pas trop ce que nous avions lu au collège ; nous voulions mesurer dans nos usages circonscrits, et dans notre étroite conception , cette antiquité dont le colosse nous épouvantoit ; l'éloquence oratoire des anciens nous paroissoit folle et gigantesque , mais nous conunençons à comprendre ses grands effets. Quand la parole et l'action se joignent aux grandes idées j nous apperccvons comment le peuple distrait étoit ramené subitement à l'attention par une période nombreuse , par la chute d'un populi romani majestatem ; mélodie imposante qui rappelloit sous l'empire de la parole l'oreille rustique , mais sensible de la multitude.
Et nous aussi nous pouvoirs dire , la ma-' j esté du peuple Jrançois ; et nous aussi nous respirerons bientôt à Paris Tair de Van^ cienne Rome f nous aiurons devant nous , à l'exemple des romains, lorsque nos orateurs parleront au peuple, nous aurons devant
( »47 ) nous le temple d^un Jupiter tonnant; à
droite ^ celui de V union de Castor et FoU
luœ } à gauche , l'amphitéâtre auguste de
consulaires et de triomphateurs ; et sous
nos yeux ^ \ assemblée mouvante de trois
cents mille rois ; alors la noble chaleur de
la liberté circulera dans les veines de nos
enfans^ et l'on se dira : où est celle poUee
des anciens petits rois de France î leur in*
quisition tyrannique , leurs petites verges
étendues sur la tête des orateurs et des impri*
meurs ? Alors nos neveux ne pourront pas
croire à notre défunte petitesse ; et enflant
leurs poitrines des mâles sons de la liberté ,
portant le geste en avant , et rendant un mo*
nosyllabe expressif^ ils diront les secours
qu'il faut apporter à la patrie. Certes alors
tous les républicains parisiens, émus, fatigués
par la pensée et le sentiment , ne pourront
pas imaginer qu'il a pu exister en France
des esclaves spirituels ; et ils liront plusieurs
écrits de nos poètes pour faire rire leurs en*
&ns, et leur montrer le dernier terme de la
dégradation humaine*
Ces grandes choses , ces importantes
innovations auront des contradicteurs dans
le troupeau gangrené c^ui regrettera la mol*
lease du vice, Topulence sans trayail et la dour
ceûr df rîinpérieux commandement ; maij il est utile à toute constitution, naissante d'avoir en elle-même un levain qui fermante et qui y entretienne la vie et le mouvement; car , tant qu'un gouvernement n'est point parvenu à sa perfection^ le repos dçs oi^ toyens, qui n'est encore qu'un avantage frivole , n'est propre qu'à en retarder les progrès. Une certaine agitation, peut quel* quefois supjîléer au travail dès plu* jages législateurs- Nôtre, philosophe formoit le plus étrange contraste avec d^Alembert ; celui-ci s'agitoit ^beaucoup pour la renoaumée, recevoit et caressoit tout le monde ; le jour d'une séance académique il ressembloit à un enfapt qui a paré sa chapelle et qxd va faire Içi célébrant ; ce jour-là il provoquoit les applaudlssemens dans de petits discours préparés avec art ^ semés <ile pointes^ d'antithèses et de bons mots ; il avoit soin de pçser $.ur la finale comme pour donner le «ignal auxclaquemens de mains, et imprimer plus de reliefau trait «aillant. Il aimoitàproi^éger et s'étoitfait, comme Ta dit plaisamment M. Lin guet ^ le St.- Pierre du petit paradis
académique; au reste, il s'étoit pénétré. toiît le premier d'un respect véritable ou factice. "çoxis: V académie françoise\'çe^x s^^vl faUoit qu'il n'inclinât la tête en pi-o^tonçant smi nom ; on yo^oit sans cesse autour de lui une phalange de précepteurs qu'il pla^oit danstoutes les maisons; iî répo^doit à toutes les lettres ^ au A?z de Prusse et à Samt-Ange^ et finîssoit tou j ours avec respect^ même envers les précepteurs ses protégés : trois fois la se* xnaine il tenoit académie - chez, lui ; là il. aimoit à. faire rire , et cependant il n'étoit jamais gfti f personne ne se donna plus de mouvement pour attraper la gloire (i); maïs
(i) Ce que je dis ici de cet écrivain R*est fait que pour peindre son désir et son impatience de célébrité ; c^étoitun homnie qui avoit des vertus réelles , et d'un désintéressement noble et simple » quoiqu'il affectât la maligmté pour laquelle il n'étoit pas, né j le tripot litté*^ rairc qui exûtoLt , alors gâta^ ^oxi ..esprit et, sa plume ; ma^s presque ,tpus les littérateurs dç ce temps - la sa-^ crifierent plus ou moins à un fantôme de gloire et de gpût^, qu'on SHpposoit ep'e assis sur le tapis verd^ oii M. le flîaréchal , M» le duc et monseigneur Tévèque , et M. le grand seigneur , cuisinier des quarante , venaient rehausser l'existence du poète et de Torateur. Tout, cer
iripot- dont j'ai ri gassablemeat , a'.oi et d autres , tenait
( i5o ) celle«ci, semblable à la fortune^ alla trourèr
celui qui Tattendoit paisiblement et qui iuyoit tout tripot littéraire. Voyez d'Alembert répondant à Rousseau sur la lettre sur les spectacles ; comme cela est maigre ! il n'aborde point ou craint d'aborder les questions principales. Marmontel ne fut pas plus heureux ; tous deux ^ empêtrés de la glu académique , n*avoient pas les mouve* mens libres ; j'ose dire que je compris beaucoup mieux qu'eux les idées de Rousseau^ et c'est d'après lui que j*ai composé l'ouvrage non académique intitulé r du
à Tanclen régime ; U est fâcheux que crAleinI>ert ait usé son activité sur de petits objets , et qu*il ait eu près* que toute sa vie l'inquiétude d'un poète , au lieu du calme d'un philosophe; je croîs qu*il ne s*en est ap« perçu que fort tard, et lorsqu'il n*étoit plus temps de revenir sur ses pas ainsi que sur Venchantcitsst académie ; c'est une leçon pour ceux qui voudront préférer la gloire au bruit. Il s'étoit fait à Paris le lieutenant-colonel de Voltaire » et il n'a jamais su faire dix vers passables ; il étoit beaucoup plus franc dans son ton que dans ses écrits ; un jour que quelqu'un dispUtoit avec Voltaire sur le génie de Tacite , le géomètre passa devant Toreille du dlsputeur et lui dit : Cesse^ ; ie Voltaire n entend rien ^Taciît.
( rSi ) Théâtre^ ou nouvel essai sur VArtdramaû^ que^ \JJ%* Je remarque à ce sujet que dans la jeunesse on a une libre et hardie fhut^ chise que le temps , les circonstances et les hommes nous font perdre ensuite ; et plus circonspect aujourd'hui en roulant être prudent , je sens que je Taux moins.
Je suis ne à une époque où j'ai pu Toir presque tous les gens de lettres célèbres de mon siècle ; )'ai vu les restes de Fontenelle^ j'ai entrevu Montesquieu\ j'ai écrit de bonne heure une multitude dk anecdotes sur un grand nombre de littérateurs tant connus qu'inconnus , mais le siècle des bellesJettres est passé , celui de la politique a commencé , et nos trayaux moins aimables seront bien plus, intéressans pour Tordre public. Notre ]!)émosthene$ Mirabeau eût fait une tragédie il y atrente ans ; aujourd'hui il a fait reculer les bayonnettes du despotisme et fait taire les hurlemens de l'aristocratie; c'est un tout autre rûle. Du Beltoy di'soit dans ses pièces seryiles qu'il n'y ayoit point d# plus grande volupté au monde que de se faire tuer pour le roi de France , afîn> que son trône fût le plus beau et It plus riche trône de Tunivecs : on ne peut {dus
dire cela aujourd'hui, même en vers, quoique tous les poètes soient autorisés à déraisonner sans cesse. Je racontois quelquesunes de mes anecdotes littéraires à Rousseau , et qui ne sont plus bonnes qu'à jet ter au feu , vu que l'intérêt général s'est porté d'un côté non contraire mais tout neuf.
Rousseau a voit lu Cleveland y les Mémoires d'un homme de qualité , Manon Lescaut ^ et ne sachant pas l'anglois^la fameuse Clarisse dans la traduction ; c'est ce çjief-d*œuvre qui l'invita à jouter avec Richardson, et s'il l'a surpassé quelquefois par la force du sentiment, et de l'éloquence , il n'est pas moins évident qu'il a imité sa manière. Or.-il me demanda un jour si j'avois vu l'abbé Prévôt ? oui, lui dis-je, je l'ai vu en 1759 , à St-Firmin près Chantilly ; mon père y avoit une maison qu'il vouloit vendre ; Fabbé Prévôt la marchand^ , j 'eus . 4onc l'occasion de le voir et de: converser avec lui dans le plus beau parc que je connoisse en France ; noua nous y promenâmes plusieurs fois, et comme je ne revois alors que romans et vers, juge^si j'étois content de voir de près le plus célèbre romauçiçr (\umonde: c'étoitun homme dWo^ physioaomi^ très-agréable , de beaux yeiii^
TÎfs et rîans , nn beau teint , des traits anU mes et pleins de grâces ; qui l'eût dit, en le voyant , que sa plume étoit sombre ! une douceur inaltérable formoit son caractère ; aimable dans la conversation, toutes ses parole* couloient avec une facilité douce etmerveilleuse ; il n'y niettoît aucune prétention; des traits de feu qui s'échappoient annonçoient une arae passionnée quoique calme ; il avoit voyagé et avoit séjourné en Angles terre ; il savoit l'anglois , Tallemand , l'italien, le latin et le grec, et jamais pour lui le travail n'a été un effort ; enfin il a fait \eMamiel Lexique y dictionnaire d'une précision admirable , d'une rare exactitude , et l'un des plus instructifs que je connoisse. J'appris qu'il avoit étudié chez les jésuites où il a resté cinq ans, mais qui ne purent le retenir; il sortit de chez, eux et se fît soldat ; au bout de trois ans il quita le métier des armes et se fit bénédictin de la congrégation de Saint-Maur , où il a été sept ans ; il avoit demeuré quatre ans à l'abbaye Saint -Germain -des- Prés ^ d'où il étoit sorti pour aller en Hollande ; une passion amoureuse l'y avoit conduit : là, sans argent , il écrivoit chaque jour une ou dtux feuilles- d'impression pour payer sa pension
chez son libraire où il logeoit. L'ayant enrî* chi^ mais toujours pauvre^ il revint à Paris enrichir le libraire Z)ii/49r; il trayailloit pour lui à un louis d'or la feuille^ c'étoit le taux de ce timps-là» Conune on Tentraînoit facilement dins le monde y et que c'ëtoiv: autant de p:îrdn pour l'entretien de son ménage , une jnaîtiesse qu'il avoit cachoit ses vêtemens et sur-tout le plus indispensable , mais l'unique qu'il possédoit , de sorte qu'il étoit forcé de rester au logis et de faire ses deux feuilles.. Jamais écrivain n'a eu une fécondité pareille^ sans être pour cela trop négligé ; il ins« piroit Tamour ou l'amitié^ mais il étoit tout entier au premier sentiment ; ces passions furent vives dans tous les âges de sa vie et le jetterent dans des vocations opposées : cet homme intéressant étoit doué d'une multitude de connoissances variées; retiré au village de St-Firmin^ et ayant fini par aimer la solitude , il conversoît avec le villageois, non en auteur , mais en homme qui n'étoit point étranger à leurs intérêts^ à lemrs idéeSjp ni même à leur langage. Je crois qu'il avoit oublié de savoir dire lamesse. En 1763 ilfiit frappé d'apoplexie sur le chemin de Senlis ; des passans le rapportèrent , et comm^ on le
(i55) crut mort , on le plaça sans secours sous*' le porche de Tëglise.Des témoins oculaires m'ont attesté plusieurs fois que le cliirur* gien dm yiUage lui ayant donné un coup de scalpel p dans l'idée de connoitre la cause de sa mort , l'infortuné étendit les bras ^ poussa un cri inarticulé , et ses yeux qui s'étoient ouverts se refermèrent pour jamais : il fut inhumé dans une chapelle de bénédictins voisins du lieu ; ses anciens confrères ayant réclamé son corps.
Je puis dire que ce récit^ de la plus exacte yérité , et quelques autres particularités qu© j'omets ici, intéressèrent Rousseau au point qu'il m'ayoua que l'abbé Prévôt ne sortoit plus de sa mémoire, et qu'il n'osoit plus le lire de peur de se rappellersa mort tragique ; il ne prévoyoit pas alors que sa fin seroit tout aussi prompte j et que les secours de l'art n'arriveroient à lui que lorsqu'il ne seroit plus temps.
Mais il est certain que Rousseau vît arriver sa dernière heure de sang-froid, etmênle avec satisfaction.
Les pauvres ont un avantage ( dit Montaigne) , ils ne s'alitent que pour mourir ; le pauvre Jean -Jacques n'eut pas même le
ii56)
temps de s'alîter , il mourut sur une chaise.
Le voilà mort. Quelle a été sa récompense ? Les grands hommes se paient de suffrages et de gl oire . Les hommes Tulgaires ne devroientils pas s'estimer heureux d'avoir des génies à si bon marché et de posséder leurs chef»^ d'œuvres avec cette monnoie ? Il vécut près* que toute sa vie dans la solitude ; c'est que la solitude est le véritable asyle des êtres^ pensans , et l'infirmerie des âmes qui veulent 8*améliorer,
Soumis à la providence , et convaincu del'immortalité de l'ame (i) , il étoit depuis-
Prière de J, /• Rousseau^
( I ) ce Souveraine puissance de Tunivers , être de^ 99 êtres , sois- moi propice ; jette sur moi un œil de »» commisération ; vois moa cœur , il est sans crime ; y} je mets toute ma confiance en ta bonne infinie, et » tous mes soins à m-occuper de ton immensité , de ta 99 grandeur y de ton éternité. Tattends sans crainte Tarrêr »f qui me séparera des humains ; prononce ; termine ma 93 vie, et je suis prêt à paroltre aux marches de ton w tr&ne, pour y recevoir la destinée que ta m*as promise M en me donnant la vie, et que je veux mériter, ear » faisant le bien. »
long- temps dans ses principes de ne rien faire pour avancer la fin de ses jours , quoi-
Socrate pensoit ainsi. Socrate en plein conseil explique ses sentimens sur la divinité. O Athéniens ! je vous dis que l'unité est nécessaire à rètre-suprême » et qu^ii ne peut y avpir qu'un seul Dieu tout-puissant. Toute autre puissance qui n'est pas de lui exciut nécessairement la toyte-puissance dans lui. Il ne peut pas être la cause de tout 9 s'il y a quelque chose dans Tunivers dont il n'est point la cause.
Ce raisonnement est simple et convaincant. Supposez les êtres; il doit y avoir un être qui n'est produit ni déduit de rien , et dont tous ces êtres dérivent , dans lequel tous ces êtres sont tput, sans lequel ils ne sont rien ; tellement que chacun pourroit dire : omnia possum in co : sine eo nîhil sum*
Quel est le nombre qui compose tous les autres nombres y qui les égale tous , qui les surpasse tous , qui donne l'évidente connoissance et démonstration de leur qualité, du plus ou du moins jusqu'à l'infini ? c'est le un ; ajoutez mille zéros à cet un^ il les investit de son immensité ; mais si vous les en séparez , ils ne sont plus rien. Ainsi nous trouvons jusques dans les mathématiques des preuves de l'unité d'un Dieu , et nous aurons des vérités sûres quand elles sortiront directement de principes sûrs. Le wi, cette simple idée du iwi, n'est produite ni déduite de rien ; donc il est de lui-même : s'il ^t de lui-même , il est éternel et immense , et produit des nombres immenscs.Le un est par lui-même indivisible.
(i58) que la vie lui &Lt à charge par les grandes peines d*esprit et de corps qui avoient fait de
infini dans le grand , infini dans le petit ; tons les autres nombres ne font que le un additionné et multiplié; leu/i» en un mot, peut en quelque façon mesurer le créateur, puisque lui seul, en se concentrant en luimime, peut le définir. En effet , on ne peut défimr Dieu que par cet un qui esi^ de même que 1er un fui tst ne pept convenir qu'à Dieu. Ego sum qui sum.
Religion ! religion 1 consolation des âmes justes % effroi des scélérats, espérance étemelle pour la foiblesse et le repentir , attente de repos et d*une joie future, commuiiicaûon intime avec le créateur ; malheureux qi^ a fermé son ame à tes douces influences ! L'univers , cet ouvrage si admirable aux yeux de l'adorateur de l'être suprême , n'est pour le vil incrédule qu'un amas d'êtres fortuits, et d'effets sans liaison et sans cause; le tableau vivant de l'espèce humaine ne lui présente que le froid spectacle d'animaux aveugles qui se meuvem et %9 détruisent au hazard ; jamais son cœur ne s'est ouvert à la grande, à la douce pensée d'un ordre immuable, d'un Dieu rémunérateur dont l'œil incessamment ouvert encourage , attire à lui tous les êtres vertueux» c'est-àdire, qui tâchent de lui ressembler, en aimaiit l'ordre , l'harmonie , la vertu , en chérissant leurs semblables , en éprouvant les jouissances célestes de Izjus" tice , et les douceurs ineffables de la pitié. Si les rayons du soleil descendent du globe lumineux et lointain d'ob ils sont sortis pour entrer dans l'œil de l'homme;
son existence un tourment continuel. Le suicide étolt contre les principes où il s'étoit alors arrêté (i ) ; mais accoutumé , depuis
Si celui-ci reconnoit la majesté de Tastre , il en est ainsi de Tadorateur sensible de la divinité ; il n*a pas besoin qu'elle séjourne k ses côtés pour la reconnoitre ; il s'é«. levé à la céleste origine de son être, il la contemple ^ il y aspire , il y reste comme attaché , il sent que pour être descendu du ciel il n'est pas expatrié de son Dieu.
(i) Voulez- vous rejetter l'intelligence universelle f les causes finales vous crèvent les yeux; voulez-^vous étouffer l'instinct m^ral? la voix interne s'élève dans Yotre coeur , y foudroyé les petits argumens à la mode » et vous crie qu'il n'est pas vrai que Thonnète homme et le scélérat , le vice et la vertu ne soient rien ; car il faut être un mauvais raisonneur pour ne pas voir qu'en rejettant la cause première , et faisant tout avec la ma* tiere et le mouvement » on ôte toute moralité de la vie humaine. £h quoi 1 mon Dieu l le juste infortuné , e« proie à tous les maux de cette vie , sans en exceptée même l'opprobre et le déshonneur ^ n'auroit nul dédommagement à attendre après elle, et mourroit en béte après avoir yéçu en enfant de la divinité ! Pour moi , ea sentant approcher la dissolution de mon corps » je sens en même-temps la certitude de vivre; la nature endere m'en est garante , elle n'est pas contradictoire avec elle^ même; j'y vois régner un ordre physique, adiÉirabte» et qui ne se dément jamais; Tordre moral y doit cor* respondre* (JLtUres diJcan-Jacqua^
( i6o ) sombre d'années , à considérer ce moment comme le seul où il pût oublier tout-à-fait les trahisons et les persécutions passées j et la crainte de les voîr se renouveller (i ) , il txe caclioit pas que sa fin lui parolssoit désirable (2). '
Lors de son premier séjour à Paris , il écrivoit à son amie ces mots déchirans : Tout est cher ici, et sur-tout le pain ^ je l'ai vu, mePlâtrierey dans un état qui approclioît de Tindigence ; il refusa d'y payer sa capi'tatioTi qui montoit à trois livres douze sols ; les éclievins lui en firent remise , mais non sans quelques difficultés ; il mettoit un grand prix à gagner sa subsistance du travail de ses mains. Un ministre osa dire devant lui :
(i) ce II est étonnant y dît-il dans ses confessions, avec 9f quelle facUlté j'oublie le mal passé (le mal physique) , 99 quelque récent qu'il puisse être : autant sa prévoyance 9» m'effraye et me trouble , autant son souvenir revient v foiblement et s'éteint sans peine , aussi-tôt qu'il est » arrivé. Ma cruelle imagination, qui se tourmente sans SI cesse à prévenir les maux qifi ne sont point encore, ^ fait diversion à ma mémoire. *»
(a) La superstition craint le Dieu qu'elle devroît aimer ; «Ue profane la bonté divine qu'elle veut adorer,
tous
( i6i) tous ces écrivains font des livres pour gagner de V argent. -* Et votre excellence pourquoi chiffre-t-^lle ? repartit \b philosophe. Dn Marsais , Gebelin furent indigens comme lui(i).
Voyager à pied , c'est voyager comme Tlialès. Rousseau a peine à comprendre comment un philosophe peut se résoudre à voyager autrement. Il vint deux fois pédes-^ trementdeLyon à Paris, portant sa perruque au bout de sa canne , quand la chaleur l'incommodoit ; V impérial àe la maussade ûS/zgence étoit encore trop cher pour lui. Il n'eut jamais la chaise de poste ; et tandis qu'une multitude d'êtres riches et bornés ont
(i) Savoir être pauvre, c*est avoir acquis la véritable il&vation de Tame , car c^est là ce qui caractérise cette tupëriorité-des âmes vigoureuses sur les esprits vulgaires; c*efrt là le garant le plus solide de l'honnêteté des mœurs, «^est là enfin la preuve du respect constant qu'on a eu pour soi-même ; il faut remonter à cent ans pour ren« conjirer un homme de lettres qui ait souue/iu l'indigence avec autant de simplicité et de dignité que Rousseau ; C*étoit duRier; il avoit fait dix-neuf pièces de théâtre et treize traductions utiles , et il n'avoit, pour régaler ceux qui venoient le visiter, que du lait , des cerises , de l'eau fraîche et du pain bis à leur of&ir.
Tom^ II. I L
parcouru commodément l'Europe , pour n'y lien Foir que de favorable à leurs préjugés ëtroiu et nationaux , que n'eût point acquis. Rousseau , examinant de ses yeux la Hol«> tande , l'Allemagne , la Pologne^ la Prusse et la Russie ? Que de choses ne seront jamais apperçues^ faute des yeux faits pour les Toir ! La foudre toihba dans la cour d'une maU son avec fracas ; un muet voulut faire comprendre à un sourd la cause de divers mouvemens qu'il avoit observés ; le sourd dit : Lisez toujoiu*s ^ madame , j'écoute. U aveugle dit : Le coup étoit terrible , et j'ai vu que je ne voyoisrien.Me voilà remise de ma frayeur^
dit la vieille Or , voilà l'histoire def
voyageurs et des voyages.
On est peu connu des siens ; soyez élo* quent ^ ayez du génie ; occupez toutes les bouches de la renommée ^ tout cela ne sera rien ou peu de chose pour la femme dont vous serez le mari , ou pour vos froids et égoïstes parens ; la Fontaine et Rousseau ne furent pas plus heureux l'un que l'autre dan^ leur choix. Mais^ hélas ! c'est le pl^s souvent » le hasard qui préside à des liaisons qui viennent ensuite empêtrer tout le cours de notre Tîe. La femme de Rousseau n'étoit ni une
Julie , ni une Sophie (i) , et ôependant elle exerça le plus grand empire sur un être d'ailleurs indépendant et fait pour braver l'orgueil ou là colère des puissans , rois ^ académiciens ou journalistes. Pour mieux le captiver elle renforça le penchant qu'il avoît à la méfiance ; elle multiplia autour de lui les fantômes ; elle parvint à Tisoler en lui persuadant qu'il n'étoit environné que d'en* nemîs ; afin que le besoin qu'il auroit d'elle lui tînt lieu des qualités qui lui manqu oient ; ainsi , les caractères infimes se connoissenç parfaitement et se relèvent par la ruse et par l'astuce ; puis cfai sait parmi nous conmient les événemens de la vie s'enchaînent les uns dans les autres , se succèdent , se profon* gent et rompent notre prévoyance, ainsi que nos premiers plans ( ^ ) ?
(i) Je sens bUn (disoit-il à sas amis ) qu'elle ri est pa$ nécessaire à mon moral ^ mais elle me donne du bouitton par* fait quand je suis malade. La Fontaine n'eût pas mieux
dit.
(2) Comme il en coûte beaucoup pour trouver des amis , les acquérir , se les attacher , les cultiver , tel philosophe va au plus aisé , il s'en passe. Hélas ! on peut avoir vécu long-temps et n*avoir pas encore trouvé
II- eut la foiblesse pendant quelque texnps •de prendre Thabit arniénîen> mais il renonça Hentôt à cette affectation , à cette enseigne indigne de lui j car ce n'est ni l'habit ni la barbe qui constitue le philosophe , mais seulement la vérité de ses leçons.
Pascal disoit que quelque pauvre qu'on fût on laissoit toujours quelque chose en gnourant ; Rousseau laissa à sa veuve de ijuoi subsister. Ses romances , ses manuscrits lui composèrent un revenu au-dessus de celui dont notre auteur avoit joui au milieu de sa gloire.
Fuyant un décret du parl^inent de Paris , il n'en reçut pas moins à Amiens le corps municipal qui viut lui offrir le vin de ville ; Gresset étoit un des officiers municipaux. Le poète ayant interrogé le pliilosophe sur sa profonde mélancolie ^ celui^ ci lui répondit : Vous avez pu faire parler un perroquet ; mais vous ne pourrez faire parlôr un ours.
un ami , sans qu'il soit pour cela de notre faute ; il vaut mieux être sévère sur cet anicle que d'être Taroi de tout le • monde ; Rousseau disoit publiquement quMl ne vouloit plus d'ami, parce qu'il avoit passé Tâge d*en avoir; <ela est franc et noble*
Son repos étoit difficile >. il chérclioîîr toujours/^ le bonheur qui étoit ici. Dans sa^ retraite à Ermenonville (i) , il s'étoît attaché à un des enfans de M» de Gerardin , il lùî enseignoit les ëlémens de la botanique , maïs comme il de voit être toujours malheureux, par trop de sensibilité, il s'affligeoit profondément quand Tenfant ne yenoit pas le voir ou se promener avec lui à l'heure indiquée ; il soupiroit au mois d'avril d'une peine anticipée , en songeant que l'enfant scroit de retour à Paris à la fin de l'automne , et qu'il lui manqueroit pendant tout l'hiver.
Il me dit un jour : je crains la vieillesse
(i) La reine a visité sa tombe ; le bonheur de son fils seroît peut-être dans la vraie connoissance de ses ouvra- {es moraux ; il y apprendroit la véritable politique,et des choses que Ton n*apprend bien que par sol-même ; cette lecture » qui lui seroit préparée par degré .» lui donneroit un tempérament philosophique nécessaire au bonlieur , et sous ce point de vue » encore plus utile aux rots qu'aux simples particuliers ; car ceux-là ont des chagrins <pii nous sont inconnus , leur vie est plus conte ntieuse et p\u$ fatiguée que la nôtre; j'ose dire qae j*aurois été malheureux sans les écrits de Rousseau ; ils m'ont si bien guéri d'une ambition inquiète , que je n'ai plus Tonlu rieb être autrcchose sur terre que d'être hommÇii.
(166) parce qn^elle détruit le moral de rhomme ,' qu'elle amené malgré nous telle idée dans notre cerveau , qu'elle nous environne d'erreurs , de misères et de terreurs , qu'elle éteint nos afîections et les concentre en nousmêmes ^ qu'elle commande enfin à l'avarice de nous saisir.... Emu de ces paroles , je lui dis : cependant il y a une vieillesse aimable ; otii , répondit-il , mais elle est bien rare ; après ces mots , il fut plus d'une heure sans parler. Puis sortant de ce long silence ; il proféra ces paroles : Je nfaime point urk vieillard la plume à la main ( x )*
( 1 ) Malheureux celui qui s*occupe des acuités cfé son ame lorsque les ressiorts en sont usés \ La machine ne vaut pas les frais dç U réparation.
{^Lettres Je RoutseaM^^
Les vieillards, et m^meçeux qui touchent à la cioquaataine» aiment le vin ;^ Rousseau avoit aimé le vin depttU Tâge de trente ans ; mauvaise passion; Mahomet ra'^ toujours paru avoir été un très-grand législateur, uoiqucr ment parce quUl avoit apperçu le dangereux, e£fet dir vin ; la moitié dç la Suisse est abruide ^ à la lettre , par U mauvais vin blanc qu'elle hoit ; le quart de TAngleterre est frénétique à la suite des vins falsifiés ; en France, le peuple des campagnes périra inévitablement par Tur >3ge immodéré de cette boisson ,, parce que tQut xxmo^
(1^7) n est le premier qui se soit dispensé parmi
nous de finir ses lettres suivant l'usage , parce qu'il n'étoit , disoit-il , le serriteur de personne ; combien il eût été satisfait de n'avoir plus à monseigneuriser un fat ! Combien il eût applaudi au renversement de ce protocole stupide qui^ formant une échelle de vanité et d'orgueil , sembloit consacrer l'iné^ galîté des citoyens , et les séparer pour huK milier le plus grand nombre»
^rïcr dépense en via le double au moins de la subsis* tance de sa famille ; politiquement parlant , il faudroit arracher en France ta moitié des vignes ; voyez le? Lettres de Rousseau ; it aimott le vin , par-tout il se plaint amèrement des eabareders cpii falsifient et fre* latent leurs vûp , ioit avec Talun , soit avec d'autres drogues. Pal tonné aussi de mon côté, dans le Tahleau di Paris et ailleurs, coiMK cet empoisonnemem pubhc;. mais îe Tai retrouvé chez Tétranger \ et les Suisses, entr'autres, au gosier (erré^boîvent le plus mauvais verjus de Tunivers avec une fareur qui fait horreur; Taristocratie de ce pays , celte de Genève , de Berne , de Basle, dé Lucerne, même de la pedte vilte dtf Neuchâtel, est véritablement à proscrire , pour les insolentes et dures petites loix avec lesquelles tes avides propriétaires de ces tristes idgnes font boire leurs abominajiles récoltes à un très-haut prix, en interdisant Tentrée du vin salutam.
Le genre épistolaire est celai qui lai a toujours le plus coûté ; je le crois sans peine* Tout penseur est aussi avare de phrases que de paroles , et elles ne coulent en abondance de la plume non ordinaire que pour ramitié ou pour Tintérêt du genre kumain*
Il a fait layeu humiliant mais couragetuL qu'un service rendu lui pesoit ; osons dir« ^ sans prétendre le justifier, que tel bienfaits humilie une ame délicate ; elle ne peut vivre avec ridée de devoii* à un autre» Ce n'est poin t ingratitude alors ; c'est un certain désespoir de ne pouvoir égaler la reconnoissance aii service. Oh ! qu'elle doit être pure la. main qui offre ! Qu'il est grand à sesyeus celui qui peut se dire : je n'ai rien reçu et )'ai quelquefois donné (î). ^
(i) Une des idées les plus profondes de Rousseau est certainement celle-ci: que le premier écu étoît plus difficile à gagner que le second million; ce qui prouve que les richesses sont douces malheureusement d*une sorte d^at* traction dont la force > comme dans les corps célestes ^ est en raison directe de la luasse; ce qui prouve encore que le malheur des grands états est la grande inégalité daijs les' conditions, et que celui à qui la modicité de la fortune demande le travail de chaque jour pour l^cs bcsoiûS d^
( t69 ) Il aroitle ton de la très-bonne compagnie^ ce qu'il est si difficile d'avoir j lorsqu'on ne le possède pas de bonne heure. Il persifloit agréablement quand il vouloit s'en donner la peine ; la lettre à V ancien archevêque de Paris est un ouvrage polémique du premier ordre , et qui prouve que les hommes tristes et mélancoliques sont quelquefois les meilleurs plaisans ; c'est qu'on peint mieux les
chaque jour » ne peut faire aucun sacrifice , même à la patrie , parce que , dans un autre sens , il lui livre ses' bras et tout son temps ; on frémit quand on songe que Franklin et Rousseau ont porté le poids de l'indigence à un tel point que la plus petite addition rompôit TéquIlibre de leur courage et les écrasoit ; ainsi il ne falloic pas interdire à tant de millions de François , qui ne sont point assez riches pour payer une quantité d*impositions déterminées , le droit de paroitre aux assemblées oii le peuple délibère sur ses intérêts ; car quel rapport y a*t-il entre un misérable écu et le génie civique? ceux à qui l'assemblée nationale érige aujourd'hui des statuts auroient donc été exclus des assemblées pri** maires , par le décret du marc d'argent ; ne paie-t-oit qu'en métal ? et les actes du patriotisme ne sont ils pas un paiement et une véritable contribution ? Je crois bien que Rousseau se seroit cru déshonoré dans tout pays d'avoir acheté son droit de citoyen ou de repréetntant uh icu , lO 11 v, ou 50 liv.
( 17^ ) choses qui sont hors de nons que celles qui
nous affectent profondément.
Sur la fin de sa vie il fit des romances sor des airs simples et sensibles ; -c'est dans la situation la moins douloureuse de saisie qu'il a fait cette musique où Ton reconnoit TaC* cent du malheur qui parle aux malheureux; et tandis qu'il traçoit cette mélodie plaintive^ il vouloit dans ses écrits que Thomme ployât avec soumission sous la nécessité muette et inilexible,sous l'empire de ce'cte nécessité qui commande à tous les êtres et qui les faittous obéir.
C'est par le même tour d'imagination qu'il a peint Sophie des plus belles couleurs , et qu'il la représente ensuite trahissant son époux ; le secret de sa composition tenoit chez lui à une fibre intellectuelle qui parcouroit rapidement les contrastes , et qui mêloît quelquefois la dérision sur Tindividu au plus grand amour pour l'humanité ; il tendoit perpétuellement à faire la satyre des femmes^ parce qu'il les aimoit trop^ et parce qu'étant très - sensible par le cœur , il étoit encore plus indépendant par le caractère.
Il aimoit fort que je lui racontasse l'histoire des convulsions opérées sur le tombeai^ du
( Î71 ) diacre Paris ; comme je tenoîs ces récits
d'un témoin oculaire , son attention f edoubloit lorsque je hii parlois des prophétesses qui figuroiènt lors àxx jansénisme ^ l'une, ( la Salamandre ) se mettoit sur un brasier ardent , et quand le feu expiroit , elle crioit sucre d'orge ; ce sucre d'orge con sis toit en un bâton aussi gros que le bras et pointu par le bout ; on en frappoit la malheureuse ; Rousseau se récrloit sur Ténergie de ces acteurs , et sur cet emploi immense des force» humaines déployées contre la bulê unigeni-tus ; et parodiant Molière : où le courage alloit-il se nicher , disoit-il , chez des énergumenes ?
S'il parut à la cour un instant (i) , ce fut
(i) Louis XV s'étoît procuré la satisfaction de s'entretenir avec Rousseau chez ses filles qui faisoîent répéter sa musique : le roi dît à ses filles : ({Ut c'était t homme te plus raisonnable qu'il eût jamais entendu , et fut^l satisfait de Tentretien, qu'il assigna au philosophe un second rendez - vous ; mais un philosophe redoute les alentours d*ane majesté ; il se cacha et le monarqtre parut Toubtier ; mais nous le demandons , qn'auroit fait de J. J« Rousseau Thomme couronné qui trafiquoit des bleds du royaume et qui afFamoit son peuple pour, mieux thésauriser? N*étoient-ils pas placés, ces deux personnages, aux ^Cxtrémités de Tcchelledes êtres? Il peint trés»plaisam<
( 17^ ) lorsqu'on répéta son Devin du village c&e7.
Mesdames ; il parla à Louis XV , qui parut le goûter. Denis aima Platon ^ mais ne put jamais aimer la philosophie. Le philosopha ne reparut point chez ses protectrices ; peutêtre mit - il un peu trop d'affectation dans^ cette conduite ; on peut dédaigner les richesses y mais il ne faut point d'afiectation*. Je dirois à tm homme sur la route de la for*. tune : sois riche ^ si tu peux l'être sans aToir rien à te reprocher ; tu tiendras ce qu'il y a de plus d^cieux sur la terre ^ le moyen de faire des heureux ; pourquoi renonceroit-onr
ment dans ses Mémoires ce projet d'entrevue , et le roi ne cessant de chanter « pendant plusieurs jours, avec la. voix la plus fausse de %)n royaume iJ^aiptrdu mon servi 'teur;fai perdu tout mon bonheur. Monopoliser les cornes* fîbles pour entier son trésor ! Certes , il est plus glorieux d'avoir passé dans le monde sous la bure du porte* faix qu'avec urie couronne de diaaiant sur la tête, C[uan4 on l'a ternie et qu'on s'est rendu coupable d'un aussi, lâche attentat. Ce roi étoit l'insensibilité persomfiée* La mort de ses amis, de sts maîtresses , de ses serviteurs^ il y étoit indifférent. Lorsqu'il possédoit l'amour du peuple , il ne sut ni le sentir ni le comprendre ; il vécut dans le personalïsme , et Ton a pris long - temps son upAthie pour de Ikbontù
•volontairement à cet avantage? Notre pliî-
îosophe ayant méprisé l'mie et l'autre fortune , auroit pu s'écrier : J^ai vaincu Vava^ r'ifCe j l^ ambition ^ la crainte de V avenir , tout ce qui intimide les amesjhibles / mais l'orgueil de Rouss^u ^ au milieu de cette hauteur de sentimens et d'idées , n'étoit humiliant^ pour personne. Il n'y a que ceux qui ont les sentrmens élevés qui puissent «être véritablement et constamment polis ; Housseau l'étoit ^ malgré les accès de sa misanthropie ; son regard , plutôt timide que hautain ^ peîgnoit souvent la défiance » mais n'oQensoit jamais , même lorsqu'il se ^royoit blessé ; il ne fit sentir à personne sa supériorité , et dans la dispute il étoit attentif ^t réservé ; mais il avoit la plus grande aversion pour les disputes littéraires , car <)'est-là sur-tout qu'on se consume sur des questions qu'on devroit mépriser et qui ne serviroient à rien , quand même on parvien-* droit à les résoudre ; il ne fut point l'ami des académies purement littéraires , de ce» assemblées oiseuses où l'amour - propre se caresse avec perfidie ou se bat avec fureur % il trouvoit que l'homme d« lettres étoit plus fort lorsqu'il étoit isolé ; que ses composi-^
tions en deyenoient plus grandes et plui originales , parce qu'il n'avoit plus rien à sacrifier à une opinon toujours dominante dans une étroite enceinte , et qui tue insen« siblement Taudace et la fierté du génie ; il répétoit quelquefois cet|| pensée d'Young, que je lui avois apprise : Comment se fait^il qu* étant tous nés originaux , nous mourions presque tous copies ?
En voyageant en France , il déplora souvent y dans ses écrits , le sort de ces belles contrées à qui la nature , disoit-il ^ n*avoit prodigué $es dons que pour en faire la proie des baibares publicains \ de -là cette haine inextinguible qui se développa depuis dans son cœur contre les vexations qu*éprouvoit le peuple tant rongé par les anciens gou* vernans ( i ).
ttÊmmtmm
(i) On a dit que ce ne fut pas Rome qui s^empara d« ^univers , mais plutôt que Tunirers se fit Romain. Oa en pourra dire autant de la constitution françois.e', tous les peuples tôt ou tard dçivent plus ou moins l'adopter*
Mais entre deux factions , la moins nombreuse est constamment la* plus opiniâtre ; celle-ci se récrie sur \ds innovations , mais toute loi est un remède politique, et tout remède politique est une nouveauté ; sans remède k mal B^auroit point de terme ; une refonte totak
Quelques critiques lui ont reproche néanmoins d'avoir été circonspect et de n*en avoir point dit assez , vu Toppression régnante et toutes les iniquités ministérielles dont il fut le témoin ; mai& ces critiques si valeureux de loin ne veulent pas se placer à répoque précise où Rousseau écrivit ; qu'ils se rappellent donc la déclaration du 16 avril 1757 p qui ordonne que tous ceux qui seront convaincus (ï avoir composé j fait composer et imprimé des écrits contre la religion et contre V autorité du roi , seront punis de mort* La vie des hommes tenoit alors à des
étoit nécessaire, car il falloit frapper un grand coup régénérateur; et tuer le despotisme à demi, c^étoît le lendre plus féroce.
On peut dire à rassemblée nationale , avec le sentiiBcnt du respect et de la reconnoissance , ces paroles «nôques : vous mites la loi sur le trône et nos magistrats à ses genoux, tandis qu^ailleurs on met l'homme sur le »6ne et la loi sous ses pieds. Mais le peuple , me dira* tH>n 9 a commis quelques meurtres ; cela est déplorable » SBiis quelle révolution en est exempte ? il n*y a d*ordî* Bairc nulle comparaison à âiire entre les crimes des iprands , qui sont toujours ambitieux et cruels , et les crânes du peuple , qui ne yeut jamais et qui ne peut TlQvk^x que la liberté et l'égalité.
paroles i quand même elles n'étoîent pas suivies d'efFets ; qu'on se souvienne que la principale fonction des iieutenans de police ctoit de faire j ournellement la guerre aux propos de cafés et aux brochures secrettes ; las parlemensfavorisoientce despotisme de tout leur pouvoir. En 1758, Lamotte ^ premier huissier des requêtes de Thôtel , fut pendu pour avoir tenu des discours dits séditieux contre le roi,contre le parlement et contre des personnes en place qu'on ne nomma point. Peu d'années après, un ecclésiastique, prêtre, fut aussi pondu ( toujours par arrêt du parlement ) , pour avoir parlé séditieusement à Vcrberiesj dans un couvent de moines. C^% actes inquisitoriaux n'étoient pas faits pour rassurer un écrivain, malgré le cri de sa cens* cience ; caries juges fanatiques pu, bornés étoient les maîtres d'interpréter le délit à leur gré. D'un autre côté^ les vils Iieutenans de police étoient intéressés par éfat à donner à toutes paroles la couleur de la révolté, aiia de se rendre importans à Versailles ; il no falloit qu'un ennemi caché dans les bureaux pour perdre un écrivain ; presque point dé faiseur de brochures qui n'ait visité la bastille , et qu'on n'ait pris soin d'épouvanter
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comme s'il eût été régicide ; jamais inquisiteur Espagnol ne fiit plus ombrageux qu'un ministre de ce temps-là ; je ne parle pas des Choiseuil , des Meaupou , des Vérgennes , ces vîsirs ennemis nés de toutes lumières ; le vieux et frivole Maurepas (i) auroit voulu réduire tous les livres à \Amanach royal ( 2. ) , et toute la littérature à des ro-
( i) Il est advenu aux femmelettes , aux enfans et aux insensés de commander de grands états.
( Montaigne, )
(a) On a enfin cessé de privilégier le trafic du mensonge , de mettre le scellé sur nos pensées ^ et de traiter comme objet de contrebande rindispensable exportation ^e la vérité.
Au moment où l'assemblée nationale allolt examiner cette question , dont le résultat doit tant influer sur toute la France, M. Tévêque à*Autun a exposé les dangers que couroient la religion et les bonnes mœurs , si Ton accordoit une liberté indéfinie à la presse. L'assemblée n'a pas paru craindre les mêmes maux que ce prélat, ou plutôt elle a senti que si la crainte des mauvais livres devoir empêcher qu'on n'imprimât sans permission, la crainte des faux pas devoit aussi faire défendre qu'on ne marchât sans permission. Il a donc été décrété que u la 99 libre communication des penséeset des opinions est un 99 des droits les plus précieux de Thomme. Tout citoyen