‹ De J.J. RousseauChapitre 27 sur 36 · Tome IL M · texte numérisé non relu

Tome IL M

< 178 ) xnans tels qu'il en ayoit composés. Rousseau ne fut donc pas timide ; il brava les partisans de la musique Françoise , et les sympho

n peut donc parler, écrire, imprimer Ubremeirt, sauf 77 à répondre de l'abus de cette libené dans les cas 9) déterminés par la loi. )>

La liberté de la presse cont;'e-balancera seule tons les canons des souverains ; ce despote, environné de gardes, de forteresses, défendu par deux cent mille glaives nus , insensible aux remords de sa conscience» eh bien ! il ne le sera point à un trait de plume. Ce trait le percera dans le sein des grandeurs ; il voudroit sourire et déguiser la blessure qu'il a reçue ; c^est la convulsion de la rage qui agite ses lèvres; il a beau être puissant, il est puni. — Oui , il l'est , et ses enfans le seront aussi en héritant de ce nom détesté , s'ils ne lui imprimoient pas :une autre renommée..... Tremblez donc, tyrans de toute espèce , tremblez devant l'écrivain vertueux ! il élevé un tribunal vengeur .qui prélude à celui de la postérité.

L'imprimerie va voir sortir de ^es casses étroites les idées grandes et généreuses auxquelles il est impossible que l'homme résiste , et~ l'effet en est déjà visible* L'imprimerie est à peine née , et tgut prend 4ine pente

générale et bien marquée vers la perfection Par-tout

on travaille au déinolissement du vieux temple de l'erreur. On tourne toute son attention vers le hicn public et général ; tout reçoit l'empreinte <[e r42tilité»

( 179 ) nistes de l'orchestre de l'opéra le pendirent

en effigie. Il eut les honneurs du btîcher ^

mais comme on Ta dit au sujet de cet ou-

vrage , les livres brûlés sentent bon. Avoir

brûlé V Emile î Je ne doute pas que l'on en

fasse un jour amende honorable à la raison

humaine (i).

(i) Lorsque je publiai l'An 2440, en 1770 , je ne fiis pa9 peut être moins hardi que Rousseau ne Tavoit été. L'ambassadeur de France en Hollande , ( un Noaiiles ) où Touvrage avoit été imprimé , remuait tous les bourgs et villages des provinets-unies pour y découvrir l'auteur , qui étoit fort tranquille à Paris , parce qu'il avoit su éloigner de lui jusqu'au soupçon.

En 1772, lorsque je fis paroitre Jcan-Hcnnuy er ttsz préface y Sardne me éit: vous voulei donc vous perdre ; )cjui répondis que ce drame étoit très -favorable au gouver^ mment et à la religion \ alors il ne sut que riposter. Le Noir fit tout ce qu'il put pour obtenir une lettre de cachet contre moi, parce que son commis ^ plus méchaut que lui, n'aimoit pas, dans le Tableau de Paris^ le chapitre sur les commis. Pour lui faire voir que je n'avois pas peur , je lui remis en main propre la totalité dâ l'ouvrage avec le drame de la Réduction de Paris et sa f-réface : Le Noir ne concevoit pas qu'un mortel eût osé écrire cette préface^ et tout en me disant des paroles aimables et carressantes , il soUicitoit très - vivement ma dé«.

Il se piquoît non de rudesse , mais de véracité. L'abbé Maury , jeune encore , et qui depuis s'est tant fait connoître par une éloquence verbeuse et sopliistique , lui ayant présenté un ouvrage , Rousseau le parcourut des yeux quelque temps , et soudain le jctta au feu en sa présence ; l'auteur épouvanté vouloit dérober aux flammes son enfant

tention ; je le savoîs et ne daignoîs pas m'en plaindre à lui.

Tous mes amis m'avoient assuré que j'iroîs infailliblement à la bastille : oui , mes bons amis , )'y suis entré , mais par la brèche ; c'est que j'ai toujours eu dans Tidée que cette tyrannie pren droit fin ; et c'est cette confiance qui m'a tenu dans le calme. £n songe , je voyois s'écrouler les tours de la bastille ; mon bras, devenu (Tairain^ les renversoi^comme un jeu de cartes ; voyez F Homme de fer y rêve que j'avois publié trois années avant la prise de cette forteresse.

Je l'avois touchée et je marchoîs dés-lors sur ses ruines. Oh! j'ai manqué le plus beau spectacle de ma vie; la pâleur des visages de Versailles, quand on força leur incrédulité et qu'on vint leur dire : l'antre de vos vengeances et de vos fureurs est percé ; le peuple est votre maître ; vos projets de sang font promener les têtes de

vos complices mais on vous offre encore la

paix !•,..«

( iSi )

cliérî ; maïs rhomme célèbre l'arrêtant , lui dit : M. Vabbé ^ vous avez une mémoire pâ^rjide , ce que je fais est pour votre bien , je vous défends de lire ; oubliez les mots dont vous surabondez , méditez et tirez de votre propre fond ( i ) .

Les gens du monde (dîsoit-il quelquefois) répètent et croient sentir et penser.

Pour être auteur il faut être né bon ; sans cette qualité précieuse on ne produira rien d'immortel ; la bonté est encore plus essentielle que l'esprit ; on sent que Corneille , Molière , Fénélon , la Fontaine , Montesquieu , Rousseau , étoient nés bons. La science de V homme est Vhojnme (a dit Pope'^ mais science de bonté , voilà la principale , la meilleure , celle qui laisse une empreinte durable. L'auteur à^ Emile n'a jamais abusé

(i) Ecrivez sur deux colonnes les noms des gens de lettres' qui ont été pour ou contre la révolution , vous verrez les plus honnêtes , les plus distingués parmi les patriotes ; les ahti-révolutionaires sont quelques pédans académiciens qui pleurent leurs jetcons , bzs valets des hommes ci-devant en place» ou bien cette tourbe littéraire qui, comme les Royou , Durosoi , e:c. écrit sans principes et en véritables rimailleurs.

de sa snpénorîtë pour frapper ses adversaires ; c'est que le véritable grand homme s'élève au-dessus des injures et de la vengeance. Un penchant invincible à ne s'occuper que des imperfections d'autrui suppose toujours un esprit médiocre.

L'extrême étendue de l'esprit et l'extrême ignorance sont presque également voisines des connolssances humaines ; voilà ce qui a pu conduire Rousseau à dédaigner certains arts , mais il a constamment chéri la philosophie , l'art de penser ; il croyoit qu'il étoit plus doux d'admirer et de sentir la majesté de la nature que de pénétrer des secrets qu'elle s'est réservés.

Ce qui empêohera toujours les écrivains de devenir profonds , c'est de n'écrire jamais ce qu'ils sentent ; on ne fera pas ce reproche-là à Rousseau ; on reconnoît en lui un homme toujours plein de la pensée qui le domine.

Il n'aîmoit pas qu'on traitât quelqu'un de saK'ant y ce mot lui dépîaisoit ; quel vaste champ de vérités , disoit-il , ne reste-t-il pas à découvrir dans la politique , la physique , la géométrie , la géographie , l'astronomie !

(i83) Nous sommes encore sur le bord d'une îm-

inense carrière , et nous nous donnons le nom de savans.

Quand un auteur à vëcu dans l'indigence ^ ses ouvrages n^en sont que meilleurs , parce qu'il a senti plus virement qu'un autre l'orgueil et l'injustice des hommes j et qu'il a vu à nud leurs entrailles ; il embrasse donc avec plus de chaleur les droits de l'infortune , et alors il plaide véritablement la cause des trois quarts du gerg-e humain ; mais en même -temps rëtrpîte gêne où gémit l'écrîvain s'imprime quelquefois à ses productions y on y recoimoît de la précipitation, de l'hur meur et du mauvais goût ;, quoique Rousseau ait vécu perpétuellement dans une sorte de gêne (i), ces productions sent i^^anmoins exemptes de ces défauts ; son style conserve presque toujours la même noblesse ; on y reconnoît, si vous le voulez ,, l'être souffrant, à quelques traits caustiques, mais c'est qu'il y, SI dans la vie des momens où la raison est tellement ébranlée qu'elle ne peut tenir ; elle

{i) On Ta dit il y a long-temps: un écrivain célèbre est. •rdinaiccment un illustre nécessiteux..

Mi

succombe, mais elle sd releye, et sa chute n'a point été honteuse.

Qui paroît trop mendier l'approbation publique la roîdlt d'ordinaire et manque son but. Rousseau ne violenta point la renommée , et pour me servir de l'expression de Montaigne , iljit mouvoir son ame d'un mouvement naturel qui lui concilia tous les

suffrages.

Il est une éloquence rapide, invincible, qui

frappe, qui terrasse, qui arrache le sentiment : cette éloquence peut se nommer poésie ; ellô enlevé , elle détermine un peu* pie entier ; elle n'a pas besoin de rim^s ^ ai hémistiches , de césures ; elle a «a marche , son nombre , sa force et son harmonie.(i) ; tel fut le style de Rousseau»

(i) Notre poésie n'est qu'une prose différenounent /arrangée , elle n'est pas plus noble , plus harmonieusev plus précise ,' plus cadencée que les beaux morceaux de Bossuet , de Râynal , de Buffon , de Rousseau. Dîtes cela à un versificateur , il n*y comprendra rien ; il prendra l'habitude d'un métier factice pour cet art qui embrasse le tableau de la nature , et qui est diversifié comme elle ; mais de tous les ouvriers le versiâcateur est le plus amoureux de son ouvrage » pourquoi ? parce qu'il lui coûte plus de peine^ et pour &ire beaucoup phis

Les grandes vertus ont toujours été récompensées par de grandes lumières politiques ; peut-on refuser celles-ci à Fauteur du Contrat Social? Quand il parle des Brutus^ des Caton , et autres grands hommes , il commente ce passage de Montaigne , imité deSénéque: «Pour juger des choses grandes » et hautes , il faut un© ame de même ; au- » trement nous leur attribuons le vice qui » est le nôtre ». •

J. J. Rousseau aimoit la France: qui fut son dernier et son véritable asyle ; toutes les aristocraties bourgeoises àQ Xd^Suisse^^^ plus stupides , les plus impertinentes de toutes , l'auroient éconduit tour - à - tour , et il eût été à coup sûr un des plus ardens apologistes de la révolution qui place la nation fran-

mal: de»là vient que nous avons dans la langue françoise beaucoup de vers et bien peu de poésie : à quelques exceptions près, ce langage des dieux est, à la lettre» parmi nous, le langage des fous. Que de rimeurs pensent des oreilles plutôt que de l*esptit ! Le grand écrivain cache entièrement Fart d'écriie , et par des images rapides qui se confondent avec l'action même » il peint sans efforts , il peint pour ainsi dire en passant. L'académicien a beau faire , avec sa langue pénible et ' travaillée , la nature ne se remplace pas.

( i86 ) çoise au-dessus de toutes les nations du monde ; car point de sénat , point de no^ blesse^ point de clergé \ égalité, sûreté, Kberté civile et religieuse ; on ne voit point parmi nous ces trois ordres ou ces deux chambres divisées qui donnent au roi d'Angleterre une si prodigieuse influence ; la sublime ordonnance de notre législation forme un ensemble indivisible , un tout homogène ( i ) : le peuple , c'est nousmêmes ; no^ n'avons plus qu'un ami ou

( i) Ce sera, un gouvernement mixte, qui ne sera proprement ni monarchique , ni populaire ; mais qui » sans avoir les iliconvéntens de ces deux espèces de gouvernement , réunira tout ce (qu'ils ont d*avantageux.

Nous serons délivrés du moins de cette noblesse hautaine • avide , dure , qui blessoit en tous sens l'association politique. Un état qui veut s'agrandir ( dit Bacon) doit prendre garde au corps de sa noblesse , car si elle vient à prospérer , il arrivera ce qu'on voit dans les forêts , où les arbres de haute futaye étouffent les rejettons : l'état a beau peupler alors , il n*en sera pas plus {on. L'Angleterre iie se soutient que par la force d« bas peuple , à qui sa libené relevé le courage. Elle a par cet endroit un avantage ^sible sur les pays voi* sins, où un maigre paysan ne peut faire un robuste soldat.

qu'un ennemi, le pouvoir exécutif ; selon qu'il soutiendra les droits naturels du peuple, et qu'il s'opposera aux machinations des aristocrates ; s'il les favorisoit y plus de confiance en lui. Nous avons banni celte pluralité de souverains pour opérer par une fusion parfaite un système de législation simple, mais fort, et qui forme déjà un tissu indissoluble; le caractère , l'esprit et les lumières du peuple françois sauront toujours deviner ou appercevoir ce qui conviendra à ce grand Tout} l'ascendant des individus devient nul ; c'est la raison publique qui maintiendra la pyramide sociale que le civisme vient d'élever ; les sophistes qui vouloient nous précipiter dans l'esclavage aristocratique sont en fuite , . démasqués ou confondus. Le faisceau de tous les drapeaux de l'ejnpire françois déployés le 14 juillet ne se déliera point : quand un grand peuple ressuscite à la liberté , ce n'est point pour retomber le lendemain dans le sommeil ; il faut \ qu'il agite l'univers de son génie , et qu'il remue le genre humain. La force des choses amènera sur toute la circonférence du globe les idées saines qui feront pâlir les tyrans ,

parce que le bienfait d'une sage législation appartient à rhumanité entière (i). Enfin les apôtres du bonheur public chasseront devant eux les mensonges des despotes et les fureurs de leurs satellites. Les fers des nations ont été brisés à la place des Vie* toires ; c'est le prélude du renversement des trônes despotiques et des idoles de cour ; il , faut que Ton danse sur les ruines de toutes les bastilles , à Spandau et en Sibérie; nous aurons Torde tous les contre -ré volutiQnnaires , nous aurons même leurs Soldats , et nous les battrons en nous moquant d'eux.

Cet oracle est plus sûr que celui de Calchas (2).

(i) Donnez tel nom que vous voudrez à un gouvernement y nais ayez toujours soin , prudens législateurs ,,que ce soit ( pour me servir des termes ingénieux de Montesquieu ) une république qui se cache sous la forme d'une monarchie ; car il n'y a point de gou* vernement raisonnable , s'il n'est pas républicain ; mais en même-temps il faut que la chose soit toujours un peu voilée , et pour cause.

(2) Un Camille , trois fois le défenseur de sa patrie expirante ; un Fabricius qui, malgré sa pauvreté , refuse

Rousseau n'aimoit point l'histoire ; quand e la lis ( disoit-il ) l'image qui reste le plus

es présens de Pinhus ; un Régulus y qui sacrifie ses jours pour donner un conseil salutaire à sa patrie ; un Fabius- Maximus , le bouclier de Rome , et qui vend tous ses biens pour acquitter sa parole donnée, au nom de la république , pour le rachat des prisonniers , après la reprise de Tarente ; un Scipîon V Africain , dont la continence envers la maîtresse du prince des Cehiberes n^assigne à ses exploits militaires que le second rang ;/ un Ciceron , un Caton ^U tique , un Cassius , un Brutus ; oh ! qui sera jaloux de la véritable 'gloire ; qui voudra écrire son nom après ces grands noms? iqui voudra l'immortaliser y à l'exemple de ces citoyens généreux qui préférèrent la mort au spectacle de Rome dans les fers ? Notre reconnoissance est toute prête pour ceux qui voudront imiter ces amis des loix et de la liberté ; elle t'attend , la Fayette , ainsi que nous tenons en réserve tous les éloges pour les souverains amis de l'humanité qui voudront marcher sur les traces des Vespasien , des Tite , des Trajan , des Ântonin et des Marc- Aurele ; oh ! qù*il est beau d'aimer la patrie ; ph I qu il est doux de la servir ; oh ! qu'il est grand d'affronter pour elle la mort <m les dangers ; ils viennent habiter enfin parmi nous , ces sentimens héroïques que nous n'admirions plus que dans des livres l Je supplie ceux qui sont à la tête de nos affaires de vouloir bien méditer ces paroles de Montaigne :

( TÇO )

fidellement empreinte dans ma mëmoîre, C*est que d'un bout du globe à Tautre les hommes se renversent successivement dans la poussière ; cependant il traduisit quelques morceaux de Tacîte , il n'y réussit point. Tacite ! ce n'étoît point-là l'auteur qu'il dut

«t II semble que le nom de la vertu présuppose de 1» la difficulté et du contraste , et qu'elle ne peut s*exer- 91 cer sans partie. »

C*est ce contraste qui a rendu Camille^ Fabius , FabrU cius , Regulus j Scîpion , Stxtorius si grands.

M. de la Fayette a envoyé la principale clef de la bastille à M. Payne , Tutile auteur de la brochure intitulée : Common Sensé , et d'autres écrits patriotiques qui ont fortement influencé sur la révolution américaine, mère de la révolution irançoise {*), A cet envoi étolt jointe la prière d'en faire hommage au général Washing* ton , comme d'un monument glorieux du triomphe de la liberté sur le despotisme» L'homme que la nature a assez favorisé pour attacher son nom aux deux plus importantes révolutions que puisse offrir l'histoire moderne est invinciblement lié aux venus héroïques , et à la gloire qui en sera Péternelle récompense. Comptons sur ce nom- là

(*) Un étranger s'étonnant à ^aris de la rapidité de cette révolu tien , un auteur connu lui repondit : Oh ! nous avions déjà gagné quâtrt hataîlUs tn Amérique»

traduire ; «n italien politique outré a dît : que prêter aux hommes une double rtiali-* gnité y x:e n^étoit pas se contredire ^ mais deviner mieux. Tacite a paru adopter d'avance la maxime de Titalien ; mais J. J, Rousseau ne put jamais ployer .son style nî son ame au ton de Tacite , parce qu'il aimoit trop l'espèce humaine pour la confondre avec ses tyrans ( i ). D'ailleurs , ajoutoit

( I ) Les vices des hommes ( dit Rousseau ) , soat en grande partie l'ouvrage de leur situation. L'injustice marche avec le pouvoir : nous qui sommes victimes et persécutés > si nous étions à la place de ceux qui nous poursuivent , nous serions peut-être tyrans et persécur teurs comme eux. .( Lettres diverses de Rousseau. ) Peut-on voir un plus grand fond d'indulgence? et cependant il s*animoit pour la liberté , dès qu'elle étoit violée dans un de ses semblables. Si Us coups portés aux tyrans , disoit-il , doivent passer par ma poitrine , qu'on la perce sans scrupule ^je la livrerai volontiers.

Et comme il peint en même - temps l'amour de la patrie ! « Il est certain que les plus grands prodiges de vertu ont été produits par l'amour de la patrie : ce sentiment doux et vif, qui joint la force de Tamour-propre à toute la beauté de la vertu , lui donne une éner« gie qui , sans la défigurer , en fait l'héroïque de toutes les passions. C'est lui qui produit tant d'actions immor-

Rousseau^ dans le fatras indigeste de Thistoîre nous voyons beaucoup d'effets dont nous ignorons les causes : c'est l'exemple du crime renouvelle, et que de malheureux publiais tes voudroient ériger en principes (i).

telles dont l'éclat éblouit nos folbles yeux , et tant de grands hommes dont les antiques vertus passent pour des fables , depuis que Tamour de la patrie est tourné en dérision. Ne nous en étonnons pas ; les transports des cœurs tendres paroîssent autant de chimères à quiconque ne les a point sentis ; et Tamour de la patrie , plus vif et plus délicieux cent fois que celui d'une maîtresse , ne se conçoit de même qu'en réprouvant ».

Comme cela est senti I On n'apprête point de pareilles idées ni de telles expressions.

(i) Mais aussi Thistoire est pleine des prodiges qu'a enfantés l'amour de la liberté ; il est vrai que les médians rois et que les mauvais ministres ne lisent point.

Disons que les ouvrages multipliés de l'esprit humain attestent qu'il est fait pour la liberté civile et politique quand il voudra étudier l'action et la réaction ; mais en même-temps, il ne faut jamais parler d'une autorité indépendante , parce que tout est dépendant parmi les associations humaines.

Les obligations réciproques mettront toujours deux puissances adverses dans vn certain équilibre ; car la nature n'a pas voulu que l'homme pût détruire la société dans les troubles les plus extracrdinaircs.

S'appuyer

S^appuyer sur cette expérience , c*est s'exposer à être trompé , parce que l'histoire est le renfersemeut des loix de la nature^ et qu'un législateur doit considérer lès loix de la nature (i).

Je suis de l'avis de Rousseau , quand je lis Tacite , Tite-Live y Saluste , Suélone ; je p'apprends rien de bien instructif pour ce qui se passé actuellement ; ce sont les mêmes hommes^ d'accord; mais les faits sont si différens que je ne puis trouver aucune

(i) Législateur! ne perds jamais de vue le bonheur de rhomme ; tu n'as rien de factice à établir , tu n'as qu'à suivre et à développer les principes moraux que tu as tro.uvés dans la nature ; c'est dans son sein que tu pui« seras la vérité. Il faut donner les meilleures loix possibles» parce qu^n ne peut admettre comme axiomes de légis'adon que les principes qui par eux et qui par leurs conséquences établissent et maintiennent le plus grand bonheur de l'homme. Le législateur ne doit donc pas marcher vers la vérité d'un pas lent , timide ou embarrassé , il doit percer les grandes, routes et arriver au terme. Dès que les usages ne conviennent plus au temps , c'est le bon sens , c'est la raison qu'il faut consulter, car tout retombe tôt ou tard sous Tempire de la pure raison. Tous nos maux politiques dérivent de la barbarie et de l'ignorance de nos ancêtres.

ToFne II. N

application ; c'est une nouvelle partie d'À-

cliecs , les cases sont les mêmes , la combinaison est toute neure ; si je joue de mé« moire , je perdrai.

L*liistoire de France est à brûler et à reconunencer (i); elle doit aller rejoindre les ^ros livres de jurisprudence et la pbiloso* pliie scholastique / voilà les bons tours que le temps joue à certains écrivains qui n'appercevoient point un état quand ils n*y voyoient point une couronne ; ils s'imagi-

( I ) Il y a environ dix années que j'ai publié les Portraits des Rois de France , en 4 vol. ; en me relisant» je ne suis pas trop mécontent de moi-même : malgré le titre, Y y ai plus souvent parlé de la nation et de ses droits que des têtes couronnées ; les vexations exercées sur le peuple y sont burinées ; je compte bien refaire Touvrage en entier, et le porter jusqu'au 10 mai 1774. Vu nouveau point de vue fera paroître la fiptre des Rois de France sous leur véritable physionomie.

Je le répète , comme les Bustes des rois ne cacheront plus désormais la nation^ comme les historiens futurs n'auront plus à obtenir up privilège du roi pour écrire rhistoir« du roi^ il est à croire que nous aurons enfin une Histoire de France ; tous les livres qui portent ce nom n'étant que des adulations plus ou moins fortes offertes &u trône«

IV^ient qup les mots enchaanoîent pefpé'> tuellement les choses» Quel chagrin pour MM. Garnier et Gaillard de se voir mourir tout vifs ! voilà ce que d'e^t que de bâtir de côté et non d'à-plomb; Tédifice tombe et Ton rit du maçon*

, Il n'est point d'absolument grand liômme; celui qui a une supériorité décidé.e dans un genre est un homme vulgaire daiis un autrô: on a quelquefois des t£tlens dans un degré éminent , mais si l'on n'y Joint pas une sorte d'esprit de divination , c'est-à-dire , si l'on ne s'élance pas dans l'avenir , si l'on ne voit pas autre chose que ce qui est, le temps, la nature et l'esprit humain avancent > çt l'écrivain reste avec ses idées étroites et locales. Le propre d'un auteur est dé tra- ^ Vîûller pour la génération qui suit 2 avancer la marche de l'esprit humain , voilà son lot. Le livre de l'histoire a beau être ouvert^ l'exemple est perdu , si l'écrivain ne sait pas dire : faites tout différemment ; rompez ces chaînes , ces entraves / abandonnez cette puérile idolâtrie. Sans cette recom^ mandation l'historien n'est qu'un gazetief, et il est cause que les sottises des pères sont «ntiérejnent perdues pour lee enfans^

ILT

Il n'y à pas de plus habile artiste que celui

qui , ayant échoue plus d'une fois , à appris par son expérience ce quHl devoit éyiter, et la miarche qu'il faut suivre. L'homiôie , si cruellement travaillé par le potirôir absolu des rois, doit lire aujourd'hui dans l'histoire ce qu*il en coûte à l'hnmanité de souffrir la tyrannie, qui s'accroît toujours par la foiblesse ou l'indulgence ; l'histoire lui enseignera le secret de la réaction , et lui criera d'une voix haute d'être toujoursen'garde contre les souverains ; leur insolence n a plus de bornes dès qu'on a toléré en eux les premiers excès ; c'est dans l'histoire que l'on voit par quel degré ils ont conduit les hommes à l'esclavage , et comment ils ont fini, après avoir enchaîné les corps, par vouloir captiver jusqu'à la pensée ; tout historien qui n'a pas vu dans l'histoire le grand procès fait aux rois par la nature humaine a été indigne de prendre la pliune ; et voilà pourquoi tant d'historiens sont encore au-dessous des écrivains les plus mercenaires , parce qu'ils ont dénaturé un plaidoyer auguste, qu'il leur étoit si facile de prononcer , d'après tant de pièces convaincantes arrivées, pour ainsi dire , sur leur bureau , di» tous les points du

( 197 ) globe et de tous les instans de la durée des

siècles.

Voltaire n'a «• t • il pas fait son siècle de Lovis XlV à peu près comme le statuaire de XdL place des Victoires a fondu la figure de ce monarque ? c'est un poëme épique en prose ; c'est une extase ridicule devant la main libérale qui payoit des artistes , des poètes, des peintres, des architectes, etc. c'est • à - dire , les décorations mensongères qui voilèrent la monstruosité de son règne; si l'idole est tombée, que penser du sculpteur qui s'est agenouillé le premier, faute de ce sentiment qui embrasse au-delà du moment présent et des idées servilement reçues ? Comme les rois sont opulens , je suis persuadé que tous les historiens adulateurs ai« ment beaucoup l'argent , et qu'ils ressemblent tous plus ou moins à cet avare qui, par un mouvement involontaire , ne passoit famais devant le trésor royal sans ôter son chapeau.

Si l'on admire de beaux vers dans la

Henriade , y a-t-il une seule tirade qui soit au niveau du choc de la guerre civile qui régn oit alors , ou qui la peigne sous ses véritables traits ? Non ; c'est néanmoins dans

le champ libre et indompté des factions civiles que germe et fleurit l'éloquence , dit Montaigne ; Thistoire de la ligue n'a su inspirer à Voltaire que de beaux vers. Le' nombre de ceux qui sentent les grandes choses est donc bien petit !

Pourquoi toutes les lignes de Tacite sont* elles encore vivantes ? C'est qu'en peignant tous le3 attentats de la tyrannie , il relevé salis cesse le courage de Thomme ; il lui inspire la liberté ; il ne dit pas que le mal qui est moindre doit se compter pour un bien , il éloigne cette maxime honteuse ; et I50US le glaive du despotisme , il montre comblçn il est facile de le punir et de 5'en venger.

Le trône du Mogol avoit douze colonnes d'or massif garnies de perles et de pierres précieuses , le dais représentoit la figure d'un paon , et les diamans , les rubis , peignoient au naturel les couleurs de cet oiseau brillant. Quel dommage que Voltaire n*aît point vu ce trône-là ! comme il se seroit prosterné! nous aurions l'histoire brillante de celui qui s'y est assis , et le poëte auroit jnîs à coup sûr une figure toute radieuse au iniliçu dç ÇÇ8 belles colonnes •

Rou«âîeau m*a parlé plus d*u4e fols du projet

d'une langue universelle pour les savans, où les mpts recevroient une signification exacte et scrupuleuse , comme Tun des plus beaux qui ait été coiïçu , et il jugeoit qu'il n'étoit pas impraticable (i). Ilrevenpit encore souvent à la question de Montesquieu sur les effets puissans du climat ; ils ont été observés , disoit-il , mais les vraies causes . de ces effets ne peuvent être soumises à l'observation ; Teau , Tair , la terre > les émanai tions du soleil , les vents , tout y entrerôit ; et comment calculer la masse entière de Tunivers ?

La vaste curiosité de l'homme , qui contraste avec son ignorance , l'avoit toujours frappé ; et voyant qu'il étoit impossible à nos facultés bornées d'embrasser la science.

(i) Mais il faisoit peu de cas de la connois^ance des 'langues anciennes. Si )e savois Vhékreu (disoitil) je le céderois pour six francs ^ que je donnerois à un pauvrb» Si je savois le grec j'en demanderoîs, je crois, dix louis ; bien différent dé Voltaire qui faisoit semblant d'entendre Homère et Sophocle , et qui n'en parloit que diaprés des versions , tout en vantant avec hardiesse V harmonie incomparaHc de la langue mone.

( aoo ) il vouloit conseiller âu genre humain de se réfugier dans une ignorance admiratrice et paisible^ ainsi qu'il pensoit que la bonté qui vient de Tinstinct est bien plus sûre que celle qui vient de la réflexion (i). Voilà ce.

(i) Il me semble que la plus belle réfutation du dis* cours sur Vinégalité des conditions se trouve dans le morceau suivant : c< Ce passage de Tétat de nature à rétat civil produit dans Thomme un changement rrésremarquable, en substituant dans sa conduite la justice à rinstinct , et donnant à ses actions la moralité qui leur manquoit auparavant. Cest alors seulement que, la voix du devoir succédant à Timpulsion physique , et le droit à Tappétit , Thomme qui , jusque-là , n^avoit regardé que lui-même, se voit forcé d'agir sur d^autres pnncipes, et de consulter sa raison avant d'écouter ses penchans* Quoiqu'il se prive , dans cet état, de plusieurs avantagea qu'il tient de la nature» il en regagne de si grands ! ses faaultés s'exercent et se développant; ses idées s'^étendent; ses sentimens s'ennoblissent; son ame toute entière s'élève à tel point que si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradoient souvent au-dessous de celle dont il est sorti , il devroit bénir sans cesse rinstant heureux qui l'en arracha pour jamais , et qui d'un animal stupide et borné fit un être intelligent et un homme.

Réduisons toute cette balance à des termes faciles à comparer. Ce que l'homme perd par le contrat social »

< aoi )

qpi explique la plupart de ses écrits , qu'on a appelles àes paradoxes ; c'est qu'il estimoit que tout étoit simple dans la nature ^ et que l'homme avoit tout compliqué. Les grandes affaires de la politique, et qui coûtent tant de flots d'encre et de sang, seroîent aussi simples que les autres , disoitil , si la politique de ceux qid en sont chargés n'en, rendoit pas l'exécution difficile.

Il renonça de bonne heure au parti qu'il avoit pris d'abord de répondre à ses contra-

c'est la liberté naturelle , et un droit illimité à tout ce qui le tente 'et qu'il peut atteindre ; ce quil gagne, c est la liberté civile et la propriété de tout ce quil possède. Pour ne se pas tromper dans ces compensations , il faut bien distinguer la liberté naturelle , qui n*a pour bornes que les forces de Tindividu , de la liberté civile , qui est limitée par la volonté générale ; et la possession » qui n'est que PefFet de la force ou le droit du premier occupant, de la propriété, qui- est peut-être fondée sur un titre positif.

On pourroit, sur ce qui précède , ajouter à Tacquit de rètat civil la liberté morale , qui seule rend Thomme Ytaiment maître de lui ; car Tiitipulsion du seul appé« tit est esclavage , et l'obéissance qu'on s'est prescrite est liberté. Contrât Social, chap. vu. De rètat civil.

Ainsi , il n'y avoit que Jean Jacques pour combattre^. Rouistau.

( aoa )

dîcteurs ; nous pourrions dÎTôrsîfier les po# traits grotesques , dans cette foule de répondans qui pour la plupart n'entendoie^t ipas la question , et qui en se répondant à eux-mêmes et non à l'auteur sonnoient la charge et la victoire ; mais nous nous interdisons ici les portraits qui pourroient néan^ moins réprimer la démangeaison de ceux qui se pressent de réfuter un écrivain sans l'avoir bien lu , ou corriger l'extrême précipitation d'écrire sur des matières qui demandent beaucoup de méditation ; car il n'y a rien de plus ridicule que d'attaquer un livre et d'être jugé ne l'avoir pas compris ( 1 )•

On voulut ridiculiser Rousseau sur le projet ài'^ paix perpétuelle , et ce fut Voltaire qui prit à son ordinaire des plaisanteries et des sarcasmes pour d'excellentes raisons. Rousseau se contenta de l'appeller un pau^

(i) Tous les hommes ont reçu une même mesure d'orgueil ; et cette mesure est immense. Il s'en faut du tout au tout qu'ils ayent reçu une même mesure de r«dson. Ceux chez qui cette mesure est imperceptible H^en conservent pas moins toute leur dose d'ofgiieil» tt la mettent dans une continuelle activit.ê«

( 2o3 ) vre homme à vue courte sur ces matières (i).'

i*MÉaM*MMHaMMMMMMÉMMiMi9

( I ) L*académie françoise a été nuisible au progrès des lettres par runiformitè de voir , de sentir ee d'exprimer ; les esprits y sont agités sans cefle .par les siouvemens d*un orgueil poétique, c'est-à-dire, misérable ; toutes les petites passions qui empoisonnent le cecur de Thomme y dominent , parce que Tamour-propre y fermente sans cesse , tantôt pour se nuire à Tenvi les uns des autres y et tantôt pour agir de concert contre les talens originaux ; c*est aussi une distinction réyoltante parmi les écrivains , qui ne peuvent être jugés que par la voix publique ; et les prétentions respectives allument les pentes et sourdes inimitiés ; comme le principe universel d'une précieuse égalité seroit tout à la fois plus noble et plus imposante au sein de la littérature \ Eh ! n'a-t-on pas vu le régime académique transformer la liberté des âmes en servitude , métantorphoser des écrivains en esclaves , et les rendre d'autant plus dangereux qu'ils étoient diftingués dans l'opinion* publique ? De-là ces adulations multipliées en faveur du pouy(nr ; ces idées serviles et cet encens fade et coupable si long-temps prodigué à l'autorité des ministres.

Quelques hommes de lettres ( mais ils sont bien rares ) , aimant et sollicitant une judicieuse égalité parmi les écrivains > ont regardé avec un dédain constant ces puérilités académiques qu'ils ont eu la sagesse de rejetter; Ils n'ont pas imaginé qu'il existât d'autres distinctions dans les lettres que celle que donne le succès ; Rousseau fut de ce nombre , et lorsque des hommes ca

Il est contre le bon sens et contre toute

place Im offrirent d'applanlr toutes les difficultés pour son entrée à Tacadémie françoise, il ne répondît que par im sourire : leçon à tous les écrivains ; car celui qui s'occupe de plaire à ceux qui dispensent les faveurs n*est plus animé de cette émularion qui cueille^les pal* mes de la gloire. Nous pensons que l'on distinguera désormais les véritables hommes de lettres lorsqu'ils demeureront inaccessibles aux petitesses de la vanité et qu'ils soutiendront dans leur conduite comme dans leurs écrits la cause de l'égalité et de la liberté.

Rousseau méprisa encore toute sa vie les universités y les collèges , les grades et les fourrures 'des risibles facultés de théologie , de droit et de médecine. L*intérêt national demande aujourd'hui leur suppression. L'étude du grec et du latin , considérée comme base de l'enseignement public y est absurde et nuisible. Les Grecs et les' Romains ne connurent jamais ces pédagogies publiques , ces corps didactiques qui font ramper ensemble tant d'esprits inégaux , qui forment cette foule de litté* rareurs sans lettres , de poètes sans imagination y d'écrivains sans style , de raisonneurs sans raison , lesquels , dédaignant ensuite les professions utiles , n'embrassent aucun état , ou en choisissent un pour lequel ils ne sont point faits , et pèsent sur leur famille dont ils sont le fardeau , ou sur la société dont ils sont Topprobre. La destruction des collèges tuera l'épidémie de mille talens médiocres dans les arts frivoles. Cies études communes à tous f où Ton veut ressusciter forcément des

Terîté de vouloir attribuer à Voltaire la

langues mortes , sont plus ou moins contraires au caractère des enfans , à la volonté sage et à la marche simple de la nature. Les philosophes , les rhéteurs et les grammairiens de Rome et d'Athènes » donnoient leurs leçons où ils ponvoient , soit dans les jardins d*Académe » soit au Lycée » soit au Portique , soit dans leurs malsons, ou dans celles de leurs amis, aux disciples qui s'attachoient à eux. Comme leur fortune n'étoit fondée que sur le nombre de leurs auditeurs , qui payoient une rétribution , c'étolt à qui en attirerait davantage , et chacun à Tenvl s'efforçoit de mériter par la bonté de se$ leçons la confiance publique.

Voyez la médecine ; sa marche semble être rétrogra* de ; mais Tart de guérir, dégagé 'du jargon et de la rou* fine scholastique , a fait plus de progré» en quelqiies années dans la fqciité de médecine , par le zèle et le$ tra- Iraux unies de quelques hommes , qu'il n*en avpit fait en quatre siècles dans toute la £iculté.

Qui croiroit que Ton a fait de renseignement un privi* lége exclusif ? Ce qui a débarrassé les prQfeâeurs de rivaux y et les a plongés dans la routine et dans l'inertie. Un collège de la place Cambrai ( dit royal ) » s'afEchc pour donner des leçons sur toutes les sciences ; c'est Iç chef Ueu de la prétention ridicule et de Vindolencf pensionnée. Ces collégiens en&ntent les académiciens , et toutes ces confrairies ^illustres sont iniinimeqt au* dessous des petites écoles ;c2ir pour qu'un homme devienne ^elque chose , il ne faut lui apprendre qu'à lire , écrire

\ {xo6)

grande révolution qui étonne aujourd'hui . les plus hardis penseurs de l'Europe. FoIm taire étoit encroûté de tous les préjugés^ aristocratiques ; grands^ noblesse, naissance^ dignités, pensions , luxe, académies, etc. il . adoroit tout cela , et Louis XIV à leur tâte ; le peuple n'étoit pour lui que le parterre de la comédie Françoise. Il s'imaginoit que left trônes des souverains de l'Europe étoient incrustés au globe ainsi que le mont Athos. De quelle manière ne s'est-il pas prosterné 4e vaut Louis XV vivant et défunt? Tous led rois qui avoient pensionné des poètes étoient pour lui d'excellens souverains. Qu'on me cite de lui une seule page où respire une

et chiffrer; Il se formera ensuite de lui même dans Ta^ pour lequel il est né. Les livres , voilà les seuls précepteurs : ainsi, il résulteroit des avantages sans nombre de la dissolution de tous les corps didactiques et académir ques; car outre 'argent qu'ils coûtent en pure perte» ces corps privilégiés exercent une aristocratie odieuse dans la république des lettres , et par conséquent sont incompatibles avec une constitution libre. Vicieuses par leur nature, essendellement inutiles, et radicalement nuisibles, elles fomentent Tignoranceet Torgueil , inspirent le charlatanisme , et favorisent l'oisiveté inepte, au préjudice du mérite laborieux»

( ao7 ) ame vraiment républicaine ! Il n'aima ni

PAngleterre, ni ses productions ; 11 ayoik peur des orages de la liberté ainsi que des éclairs du génie. Etranger à Montesquieu et même à Tacite , il étoit incapable d'entendre le premier, ainsi qu'il Tétoit d'imiter le second : ce qu'il a dit sur ces deux écriyains prouve évidenmient qu'il n'étoit pas ne pour les suivre. Hardi seulement contre les prêtres', n'attaquant que l'autel, lâche devant les ministres, exilé pendant trente ans par un despote , il ne sut pas l'intimider un instant par sa plume , ni jouir d'une vengeance permise qui l'auroit rendu son égal ; il flatta an contraire toutes ses maîtresses , et même pour ne rien obtenir. Enfin il s'attrista de n'avoir pas reçu la visite de Joseph II ^ et il se berçoit à quatre vingt-quatre ans de l'espoir de paroître à la cour de Versailles pour Finonder de ses gentilles adulations. Ce poëte n'avoit jamais rêvé qu'il pûit y avoir un autre gouvernement ( i ) que celui de

( I ) Je Tavols conçue en idée cette révolution , dans mon an S440 , et dix-neuf années avant qu'elle n'arrivât; je Tavois hâtée de mon mieux dans mes autres écrits ; je m*étoi$ pld à suivre-cette consolante possibilité dans

( ao8 ) Louis XIV, avec ses intendans , ses bastilles , ses académies , et ses gentilshommes de la chambre; il a courtisé sans cesae le méprisable Richelieu. Ce poëte avoit appelle le contrat social \ia livret (i) ; et lui qui , dans son essai sur les mœurs, n'avoit point fait un livret , il y avoit défendu ce qu'on appelloit les droits des mx)narques • il y caressoit aveuglément toutes les puissances , tandis que J. J. détniisoit méthodiquement dans le. livret le despotisme politique ; et si Ton eût . dit à Voltaire que le gouvernement françois deviendroit bientôt une démocratie, royalç^

une infinité ds détails qul^ à la lettre » sont devenus des décrets nationaux ; mais je suis de bonne foi , je croyois Paccomplisseivent de nuQii rêve chose fort éloignée» et rien ne m*a plus surpris que ce réveil puissant et (jue cet accord généreux , non que j'en jugeasse le Fr^nçi»!^ incapable , mais vu le double poids du despotism^e et de Taristocratie mariés ensemble » et qui pesoient sur toute la France.

(i) Jean-Jacques a éU CQ^d^mné^ parce qme daru un petit livret intitulé : Contrat Social, il avoit trop pri^ le parti du peuple contre le magistrat. ( Voltaire , vol. 68 » pag. 254. ) Voilà le ton qu'il prenoit et qu'il a transmis k ses disciples » qui n'ont gueres imité que ce qu'il avoir de mauvais»

Tauteur

l^autetlf dé la Tucelle n'auroît pas même conçu rassociation de ces deux mots si éloignés ; il eût regimbé contre cette grande vérité , ainsi que sur son expression caractéristique»

Voltaire se trompoît en répétant dans ses écrits qu'il préféroit un seul maître à une 'troupe de despotes ; d'étoît justement ce premier despotisme qui enfantoît tous les autres; maïs jamais il ne comprit cîela : il flatta le Maupeou , le plus insolent destruc-» teur de nos libertés , le plus monstrueux administrateur d*un l'egne vlcieui ^ inepte et violent ; il flatta ce ministre, ardent adyer-* 6aire de la pensée libre et courageuse ; et pourquoi le flattoit - il ? parce qjie celui-ci abattoit le parlement qui avoit fait brûler le poëme de la loi naturelle , le cantique des cantiques^ etc. Or, voilà bien la logique éternelle des poètes (i).

( X ) Une des choses qui s*opposent le plus au développement du génie , c'est Tentheusiasme pour les écrivains du dernier siècle; des -lors on ne crée rien ^ on est imitateur ; nous serions bien au-dessus de ce que nous somipes si les productions même des anciens se furent tout' à-fait ensevelies sous les ruines de ces eni«

Page 1