‹ De J.J. RousseauChapitre 28 sur 36 · SECTION VIII · texte numérisé non relu

SECTION VIII

Jbi N retouchant le plan fameux de Vabhé de Saint -Pierre , sur la paia: perpétuelle ^ Jlousseau y ajouta beaucoup (i) ; il sentit

pires qui ont disparu ; Tirnîtatlon arrête les élans du génie j met des bornes aux écarts heureux de Hmaginatîon , nuit à Taccroissement des forces personnelles ; ainsi les luz^ieres des anciens furent d^abord un bien pour les modernes ; mais ce bien par la suite devint un mal^it la dépendance servile où nous nous sommes assujettis; on convient généralement que nous n'égalons pas nos maîtres , autant falloit-il nous laisser composer nos arts d*agrément et d'instrucdon , non d*après de$^ régies antiques, mais d'après nous-mèffles.

(i) Sortant de l'académie ftançoise, en 1775 , si )^ ^^ me trompe , j'allai le trouver et je lui dis : on vient de parler de vous dans la séance publique. — Qui } -^ d'Alembert i — oh i quelque méchanteté pour servir son Voltaire. — Non , il a dit que vous étiez un homme éloquent, mais qu'en voulant faire revivre le projet de paix perpétuelle de Vabbi de St-Pierre , malgré tout l'éclat de votre style « vous ne séduiriez, pas les souverains 1

^u'il ii'appartenoït qu'au plein exercice (les droits nationaux d'éloigner ce iléau appelle la guerre , que son extinction dépendoit de l'harmonie des peuples, de leur liberté

i— Pas moi ; mais Us y seront forcés un jour ; car peutêtre les hommes se lasseront-ils de verser leur sang pour leurs meous plaisirs. — Mais au dé^ut des souverains les nations ne se batcroient-elles pas ? — Beaucoup moins, je re5f>eTe; les nations ne se haïrent que pour un grand et très visible intfrSt , tandis que les princes agissent par orgueil , ont autour d'eux des gens qui aiment la guerre et abusent toujours du pouvoir qui leur est confié; puis il ajouta ce mot piquant : au reste, les auteurs se battront encore que les rois ne se battront plus. — Mais dans le discours que je viens d'entendre , ûQ fait dire ceci à l'abbé de St- Pierre: qu'il étoit persuadé, malgré S»n amour pour h paix , que les guerres civiles des Romains , tout horribles qu'elles furent , leur avoienc encore été moins fatales que la tyrannie des . Tibère et des Néron , parce que du moins ces guerres ~ donnèrent aux âmes une énergie que la tyrannie détrui>it en elles , et parce que les coups que l'on sent le plus sont ceux qu'on ue peut pas rendre, — Cela est b'en fort pour l'abbé de St-Pierre et pour le compete d'Ak'niben ; nous avons dit cela, Didcroiet moi, vingt fois en sa présence; jnab il ne faudra point de guerre civile en France ; la sotte ivresse de la cour , d'un côté ; I'cx:ês du mal et les iumicvesqiii gsgneni, mff" "«mjics les forces à leur ïériu

publique, plutôt que de l'accord dîflicîle des mains usurpatrices des gouvernemens , de ces mains royales qui sacrifient tout à Ta raine gloire , à la cupidité , au caprice^ Rousseau se dit à lui-même que quand la force publique retourneroit à son véritable dépositaire , la nation ; que quand la puissance législative arracheroitau despotisme l'exercice de ce droit désastreux', alors on devîendroit plus modéré, alors on écouter oit la voix de l'humanité, alors on feroît succéder les principes de justice universelle aux élans de l'orgueil et de l'ambition particulière. Mais, jusqu'à ce moment désiré , c'est-à-dire , jusqu'à c# que le corps représentatif de la nation eût repris cette fonction ( la plus indépendante de toutes), les princes se joueroient de l'existence de leurs sujets , et les feroient servir à peu près comme ces animaux qu'ils lancent devant eux dans leur chasse <»

Or, la grande leçon que Rousseau donna au genre humain, ce fut de lui dire qu'il n'appartient qu'à la liberté publique des nations» d'éteindre le flambeau de la guerre ; car les nations ne se dévorent pas entr'elles pour des chimères ; elles chérissent leur constitution quand elles en ont une -, dès*lors elle»

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adoptent des sentîmens de justice , de fra-^î ternîté ; elles font cas d'un retour de bienveillance, «ur-tout lorsque la communication des lumières leur en fait une loi touchante , ^t que la liberté n'est point pour elle$ un vaia nom ; elles apperçoiventle grand intérêt de rhumanité , lequel a pour base tous les vrais principes , ces principes révérés de tous Us hommes parce qu'ils satisfont à la fois les idées de justice et de grandeur que nous portons en nous-mêmes ; or , ces principes majestueux , dont la solidité est incontestable , détruisent cette ligue de potentats unit contre le repos et la liberté des nations ^ décomposent ces cabinets obscurs et mons* trueux où se retranchent les inepties ministérielles g et tuent du même coup ces futiles questions diplomatiques , ces transactions de commis , ces actes insensés pour lesquels le eang humain cotdoit à grands flots, et que le jrcanage des cours appelloit le droit public de V Europe •

Que de bénédictions Rousseau n*eût-il pas envoyées à l'être suprême en lisant ce décret de l'assemblée nationale^qui heurtant de toute sa prépondérance et de celle ào^ lumiejres du «iecl^ le cabinet o^ le despotisme ministéri»

ft*

j^arloît seul , parloit tout bas et se faîsoit écouter , a mis fin à ces longues erreurs, où Toii commandoît de sang froid les grands outrages iaits à riiumanitë ; car dans ce cadînet, désormais mis en poudre, croissoient et se fortifioient les fruits empoisonnés des discordes publiques ; c'est-làque se'préparoient tous les démêlés sanglans, et que les armes du despotisme, toujours dirigées contre lali-^ berté des peuples et même leurs pensées (i) ,

(i) L*article XI de laDéclaration des droits de l'iioinmc porte : « Tout citoyen peut parler , écrire et imprimer M librement , sauf à répondre de Tabus de cette liberté, 99 dans les cas déterminés par la loi. »

II est clair que cet amendement , dans les cas détermines

par les loîx , doit s^entendre des cas déterminés par tes

loîx nouvelles ; car si le législateur eût entendu les cas

déterminés par les lolx anciennes ^ cet article XI auroît

dit à la fols oui et /zc^/i : il auroit accordé une liberté

indéfinie de la presse , et en même-tçmps il auroic cîr«

conscrit cette liberté indéfinie , dans les cas déterminés ;

par exemple, par Tédit nèronien de 1759 , ^^^ *^ atroce

qu^il ne s'est trouvé qu'un seul crîminaliste , le Muyatd

de Vou^lans , nom diffamé , qui n'ait pas rougi de Tin*

sérer dans sa compilation ; cet édit portoît peine de mort

contre tous etrits séditieux et attentatoires à la sainteté delà

religion- et à la majesté du trône : de sorte que , si ram.eqdc-

juent de l'aiit^^le XI s'entend des loix anciennes , cH

Irômpoîent les forces nationales en les oppo^ sant follement les unes aux autres.

Le plus beau spectacle qu'on eût jamais vu dans Tunivers , ce seroit celui d'un grand peuple éclairé , se réunissant pour traiter des droits de l'humanité , et travaillant nonseulement à son propre bonheur et à celui de sa propriété , mais à celui de tous ses Toisins.

Quoi de plus grand , de plus snblimo que le cri d'une telle nation appellant tous les hommes à la liberté et cherchant à briser leurs fers ?

L'Angleterre a eu un beau moment vers la

£nde là guerre de 1755 ; mais loin de le saisir et de dire à ses voisins : nous sommes les vengeurs de t humanité outragée ^ Injustice et V équité nous précédent , elle a voulu faire peser son joug ; elle n'a fait que des

article aurolt dit en même-temps, Hberté îndé/lnle de la presse et zéro de liberté : liberté indéfinie de la presse • tx latitude indéfinie à la peine de mort contre les écrivains.

La liberté de la presse épouvante à coup sûr tous les

frippons ; car elle met chacun sous les yeux de tous; mais sans cela point de vérirable police ; VM public $M kpnmiei de t^as Us mù^trau^

jaloux , des ennemis , et ses coloçiîes lui ont échappé , et sa puissance a été ébranlée* Libre , que n'appslioit-elle les européjena esclaves à la liberté ? cjue ne se n^ontroi^ello comme la réparatrice des torts du monde t l'univers fut tombé à ses genoux ; mais un Clive en Asie ^ et des coups de canons en Amérique étoient un mauvais moyen d'ar-» jiver au but le plus glorieux.

Quand verra-t-on un peuple ^^ déjà grand par sa puissance réelle , aimer la liberté chez, ses voisins , la protéger , regarder la tyrannie lointaine comme si elle eût pris naissance dans son sein , et intimider tous ces lâchea potentats qui profitent du sommeil d una nation pour aggraver ses fers ?

Certainement la guerre ^ qui est le plua grand des fléaux^ et qui peut les traîaer toua à sa suite ; qui compromet également la.vî^ ou le repos des habitons de deux royaumes ^ appartient de droit à la volonté du copra politique ; car comment remettre à la fougue, au caprice , à l'erreur ou la décision d'ua seul homme, ce long enchaînement de maU heurs et cette grande série de meurtres dontJ Ja fin devient Incertaine lorsque les hcistilitéa

tont ufte fois commencées?

Sî une assemhlée nationale avoît enchaîné rhumeur belliqueuse de Louis XIV ( i ) , n'auroit-elle pas sauvé lui et son royaume des désastres qui ont payé si longuement et •i chèrement quelques victoires ? Eh ! que sont les dissipations àujisc auprès des horribles dissipations de sang hiunain que pourroit se permettre un monarque jeune ou égaré par la plus fausse idée qu'on ait jamais pu se former de la gloire!

Les nations ne sont plus enchaînées sur les places publiques d'un tel peuple ; il abattra ces monumens honteux d'erreurs et de fanatisme ; il concevra une autre idée , celle de maintenir toutes les portions précieuses des libertés européennes dont le germe ne tend qu'à s'acOTOÎtre ; il ne faut que leur prêter aujourd'hui un certain dé- Teloppement.

Sans doute un royaume éclairé , échappé à la destruction de ses plus belles villes^ et tendant par la plus juste des révolutions au

(i) Uofficler françoîs , aristocrate , en répétant de nos Jours le nom de ce monarque , aiiroit tout mis à feu et à sang pour la cour, le trône, les ministres et les

pensions.

rëtablîssement entier de tous ses droits , ne peut plus se considérer comme isolé et ne sauroit regarder avec indifférence l'impéritle et la méchanceté des chefs voisins , les excès honteux de leur gouvernement : il faut qu'il ait un sentiment profond des maux public* qui tourmentent les peuples lors de la crise Ters la liberté '( i ) ; il faut qu'il applaudisse à

(i) tt On s^étonne tous les jours de rencontrer des hommes qui ne manquent ni de justesse dans Tesprit , ni de droiture dans les sentimens, et auxquels on ne sauroit inspirer, un amour sincère de la liberté : leur pyrrhonisme » à cet égard , tient à quelques fausses asso*. dations d'idées , à des faits mal observés. Le gouvernement absolu s*est peint dans leur cerveau avec des accessoires de calme, de paix , de subordination ; le gou« vernement libre s'est lié » au contraire » avec des réminiscences d'excès , d'indiscipline et de tumulte : ils sont persuadés que la lij^erté ne se maintient qu'au sein des orages » et que ceux qui en jouissent marchent sur une terre volcanique qui menace à chaque instant d'crup-. tion et de secousse. » ( Mirab, )

a On dira que les despotes assurent la tranquillité civile. w — Qu'y gagnent leurs sujets? cette tranquillité est t» même une <fe leurs misères. Ils ressemblent aux ïî Grecs, renfermés dans l'antre du cyclope, qui vivcicnt »9 tranquilles , en attendant que leur tour vint d'èu-js » dévorés. » ( J. /. Rousseau^ )

telle insurrection , qu'il n'abandonne point au hasard le sort d'une nation qui s'éveille ; il faut qu'il soutienne de loin , par tous les moyens possibles j les efForts patriotiques des citoyens qui veulent opposer une résistance réfléchie à la puissance arbitraire ; car s^il n'y a pas de plus grand scandale dans l'univers que le trîdmphe d'un despote qui opprime la liberté politique d'un peuple ; si toute obéissance sans bornes est la chose du monde la plus absurde , il faut le faire cesser ce grand scandale , à quelque prix que ce 8oit y afin que tous les coups d'autorité qui partent de ce& têtes follement ambitieuses soient regardés comme des attentats du plus mauvais exemple , d'un exemple dangereux, et qu'il importe de faire disparoître pour la conservation ou le rétablissement des droits de l'humanité.

Alors un grand peuple défenseur de toutes les libertés publiques pourra s'asseoir avec dignité et avec fierté an milieu des puissances voisines dont il sera le modérateur et le génie tutélaire ; on tournera %es regards vers lui dans tontes les secousses lointaines ; oa Tcrra son esprit public parcourir les empires ; eu verra les peuples prompts à lereconnoîtrir.

( ftao ) hifts par une grande impulsion, adopter la dîs. cussion libre des pouvoirs (i) et les milices citoyennes , ces deux bases préliminaires do tomte liberté civile, et que laFrance a si heureusement connues à la suite du plps juste ressentiment.

J* aime mieux ma famille que moi-même} y aime mimux mxt patrie que ma famille ; mxds j^aime encore mieux le genre humain que mxi famille. Telles étoient les paroles de ce Fé-^ nélon qui écrivoit cependant dans une cour où régoïsme natioBal étoit honoré des plus glorieux titres. Le sentiment associé à la raison lui dicta ces nobles maximes au moyen desquelles l'homme ne dédaignera plus la gloire d'être juste et magnanime envers l'étranger , comme si l'Espagnol ^ l'Allemand et ritalien n'étoient point nos semblables ; comme s'il y avoit un plus beau triomphe que celui d'aider une nation à remonter vers le bonheur. £h ! la France , qui fut dans tous les temps la protectrice des rois infortunés , qui i'enorgueillissoit de leur donner

(i) Toute société 4ans laquelle la garantie des droits n^est pas assurée , ni la séparation des pouvoirs invaria* blement déterminée , n'a point de constitution.

, un asyle ( même lorsquHls étoîent coupables )^* se glorifieroit àplus juste titre d'être aujour* d'hui la libératrice des esclaves, et d'abattre Tinsolent despotisme des monarchies voi# sines , où tant de servitudes honteuses ré« gnent encore (i).

( I ) Le veto , quî agite encore les esprits , est un mot latin qui signifie, je défends, je m'oppose à ce que telle eu telle chose soit faite. En Pologne, un simple gentil* homme , en prononçant ce veto , enchaîne toutes les vo« lontès de la nation. S'il le prononce dans une diette ^ il faut qu'elle se sépare. Il est vrai que souvent on re* ^conduit à coups de p!at de sabre Thomme au veto : mais cette petite vengeance ne remédie point au mal.

Lorsqu'il fut question de la sanction royale parmi ncHis s plusieurs membres du côté des noirs , à la tète desquels étoit M. Mounier , votèrent pour que le veto sbsolu fut accordé au roi , mais les amis de la liberté se sont opposés de toutes leurs forces à l'avis du préopi« liant : ils ont soutenu qu'accorder le veto absolu au pouvoir exécutif, c'étoit lui livrer le pouvoir législatif; que c'étoit donner au despotisme de nouvelles forces et des matériaux suffisans pour reconstruire la bastille et la remplir. Il a été décrété que sa majesté auroit le veto suspensifs c'est-à-dire , que dans les cas où elle refuseroit sanction à tel ou tel article , ce refus n'auroit de force que jusqu'à la troisième législature , par laquelle l'article frappé du veto seroit soumis au jugement de la nation , pour par eUe être admis ou rejette

Ah ! que n*a-t-ll donc vu cette révolution unique (i) dans les annales du monde, et toute préparée par le génie des lettres^, comme îl auroit applaudi à la chute de ce despotisme qui un beau jour voulut noyer sa dette dans le sang des peuples , hériter d'une nouvelle tyrannie par le meurtre et le massacre , ployer la nation sous le fer de l'armée , et égorger de malheureux sujets qui ne vouloient plus consentir à être volés et opprimés ! Ah ! s'il avoit vu ce concert unanime d'un bout du royaume à l'autre, cette réaction non moins prompte que légitime , cette insurrection majestueuse , cette leçon et cette loi données à une cour corrompue et insatiable (2) , en reconnoia-

iriV>«i>*'iii"*""Mii««MMMai«NMBn«>mMiVi

*Ouiy que César soit grand y mais que Rome soit lihrc^

Tout le sens de la révolution est dans ce vers de Voltaire.

(i) Il y a cependant celle de Portugal. Le Portugal; assujetti jpar un roi puissant, paroit la province la plus soumise de ses états ; en un seul jour le Portugal change sa destinée; la nation entière écoit dans le secret, et l'explosion ne fut ni retardée, ni trahie par un seul individu.

(2) Un j>aysan de Mont-Rouge, plein de bon sensj

appelloit la révolution Françoise , U combat des mangeurs ist des mangés^

sant dans les François les disciples de ses leçons immortelles ^ ilauroît vu les jours de gloire de la nation ; c'est-à-dire , toutes les villes de France jalouses de conserver dans leur sein des forces suffisantes ♦pour résister tantôt à l'égarement du corps militaire, tantôt pour maintenir l'exécution des loix ; car que sont les loix sans leur exécution ? Les derniers attentats du ministère nous avoient commandé la régénération des choses , et l'on vit dans un instant le despotisme ministériel abattu , l'hydre de la féodalité terrassée , le principe bayonnette réfréné , l'opprobre attaché à des noms qui sont devenus synoniines aux nçms les plus détestés ; ils sont détrônés tous ces petits et lâches souverains qui se partageoient l'or et la puissance de l'état, et qui pensoient tout conduire à leur fin détestable à l'aide de marionnettes meurtrières ; tonnerre des loix , vous les dominez ces pigjnées ! Eh ! quel spectacle plus imposant que xette masse nationale qui j avec cent mille yeux toujours ouverts , pénètrent les desseins des ennemis de la liberté (i) ; qui, avec un

(i) Le grand bassin des Tuileries étoit gelé ; ua tomme fit la gageure de le traverser, en brisam la g^ce

million dô bras, va les renverser; qui a sâiiv^ 8on roi dé l'affront de mettre sur sa tête la. toque verte du banqueroutier ; qui a lavé les diamans ternis de sa couronne ; qui a fait lin monarque digne d'un peuple libre, cent fois plus grand , plus respecté , lorsque soiî intérêt est inséparablement uni à celui de son peuple , que lorsqu'il étoît mangé et dépouillé par ces nobles mendians qui n'environnoient le trône que pour en arracher les franges d'or, et qui auroient fini par laisser le roi nud sur une escabelle de bois , si des citoyens intègres et fidèles ne l'avoient défendu contre la rapacité des aristocrates ; car ceux-ci auroient détruit toute liberté publi-

devant lui. Quand il fut juste au milieu , il sentit telld-^ ment le froid qu'il résolut de revenir sur ses pas ; il revint et perdir les 200 louis qu'il auroit gagnés s'il avoît été jusqu'au bout; car la distance étoit absolument la même et il ne lui en auroit pas plus coûté. Ce que €*est que de ne pas réfléchir ! La nation françoise n'inu tçra pas sûrement ce sot homme-là.

Mais quel ouvrage que la constitution d*un peuple libre ! elle ne fait pas seulement pendant plusieurs siècles la destinée de tous les hommes qui naissent sous son empire ; elle affermit ou ébranle les droits du genre humain,

que.

^e , toute gloire nationale pour lenr ro6e^ pour leurs épaulettes exclusives , pour quel» ijues jouissances futiles et passagères. Ah ! bs jours d'arilissement sont passes , ils sont déjà loin de nous , la nation existe et il n'y a plus d'autre pouvoir que le sien ; Rome conserva sa liberté sous ses rois , sous ses consuls et sous les Césars ; ce fut toujours une vraie république dont la majesté et l'autorité suprême résidoit dans lepeuple et dans le sénat qui gouvernoit l'univers ; ainsi nous sommes , ainsi nous serons p ainsi nous voulons être. Si chaque siècle a sa physionomie , que l'époque de celui- ci aura de majesté pour nos neveux ! quel çxemple nous leur laissons ( i ) ! Rousseau

(i) Cest one fatalité attachée à toutes les constitua dons qui fondent on qui régénèrent les empires » d*étre sonillées par des torrens de sang : la Suisse» TAngleterre, la Hollande , TAmérique septentrionale n*ont passé à un état de liberté que par les plus terribles épreuves; noaSf plus heureux et ayant conçu que des forces séparées sont à demi vaincues , nous avons voulu faire une sainte ligue , et que tous les corps dispersés de la garde nationale fussent inséparablement uaii ; c^est par cette instîtndon sublime , et la plus belle qui soit connue dani les annales du monde, que le despotisme $Qz sans force;

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