‹ De J.J. RousseauChapitre 4 sur 36 · Tome I. ' C · texte numérisé non relu

Tome I. ' C

Cette touche sentimentale ; il ëtoit réserva à Rousseaa de peindre l'amour sous dea traits qui , loin de Vavilîr , rehaussent la dignité humaine ; que manque- t-il à tant d^ouvracjes ? le feu sacr<^. On ne fera point ce reproche à Rousseau ; il fit cependant la nouvelle Héloïse lors(|u'il n'étoit plus jeune ; c'est une erreur de croh'ë que* l'oa n'aime bieji que dans la preniîere jeunesse , le cœiir se forme et devient plus susceptible de vives impressions ; "dfc sorte qu'à quarante-huit ans on aime avec plûs'ile vérité qn*à vingt. Rousseau semble avoir voulu prouver dans ce roman enchanteur que la femme, ail milieu de ses plus grandes foibicsses , est honnête ou dissolue , et qu'il n'y a point pour elle de. milieu.' Vérité neuve importante, et qui .peut nous donner une des plus grandes clefs* pour approfondir la morale législative,; mais le plus beau spectacle qu'on puisse voir sur la tei1:'e , c*est le sentiment de l'amour dans un cœur noble, et il nous a montré ce beau idéal dans le caractère de Saint-Preux , faisant tous les sacrifices à

la vertu.

Rousseau penspit que la dépravation de la femme occasionnant infiniment plus d^

Âéèôtàres dans les familles qtte lés depHyà* tions des hôpimes, ilétoit née essaîl'e d'exiger d'elles plus de retenue , de modestie et dô sagesse ; il regardoit donc la pudeur comme inhérente à la femme , et devant être la source habituelle de ses vertus (i). C'est l'instinct que le créateur lui a donné pour . ^ i^gler ses affections. La raison étant moins forte chez la femme ^ elle doit suivre de préférence son premier guide ^ et peut-êtrd l'unique qu'elle ait reçui

Ce que Rousseau recommaricle le plus fortement dans ses écrits , en parlant des femmes , c'est sur toutes choses de ne ^oint offenseï* leur padeUr , parce que cette vert»

ttt0tmim'tmÊtt-tmimmmiaémm^Lmmmm,mm^mmttÊi0-^<^ammmém

(i) Il est çurîetijc dé voir , dans lés Mémoires de Rous4 seau j le graVc de MaUsherbe faite iih tour de passe^pàssc J)Our ne poîn< déplaire à la Vempziowt ^ lorsqu'elle lîroit la NonveUe îtéloise , et c# à l'aide dHiq carton unique-^ filent fait ^i^ i}le. I^a pbKa$^ où i) est ^it : Quk la. femme fun charionnierMpltfs tesjpxf:t4hU^Ué'lamaUTW% £un prince fut sqppriméd. ■ D'abord le magistrat atdc bauillè pour qu'on substituât le mot prince au moi foli ensuite il fît retrancher la phrase entière. Rien ne prouve mieux , je crois ^ la foiblésse » Pesprit courtisan et l'abni* gation entière du caractère des gens en place sous Tan^ cien régifflff»

(38) raie , et qui violent les loîx de la raison et de la philosophie pour ohéîr stupidement à une vieille coutume aristocratique , dont la, cruauté sanguinaire prouve bien l'origine. Les duels ont dû figurer à côté du despotisme féodal , de Tétiquette puérile des cours et de tout Tassejnblage monstrueux qui pesoit sur un peuple esclave , assez nul alors pour aller modeler follement ses idées sur celles de ses tyrans.

C'est encore dans VHélaise que Rousseau p. combattu , par les doubles armes de I^ raison et du ridicule , le préjugé impertinent de la noblesse. Ce n'étoit qu'un préjugé ^ il est. vrai ; mais il f alloit le déraciner parce qu'il outrageoit et bjessoit la nation entière ^ c'est-à-dire tous ceux qui , loin des hi^arreât prérogatives et des privilèges usiirpés , sa perdoiënt dans la roture par le seul crime d'être fermiers , marchâmes , fabricans ^ ç,rtiste$ pu labiQureurs. Les nobles j» ces premiers esclaves du trône , avoient ima-^ gîné de prodiguer à des citoyens utiles des sobriquets avilissans ; on étoit roturier , ri- )ain , hopime de néant , canaille , dès qu'on lie s'appelloit plus marqs^is ^ baron , comte ^ çàçy(^lhr^ etc. Quç de r^siiltats odieux e\

Jïiui|ibles n'a- 1- on pas vu é clore du système llaru^iti et anti-.social de la noblesse ? Ces tjifttinètipns outrageantes n'étoient- elles pas ringrédient le pluâ funeste qui pût entrer à^-m. unç constitution libre ? Ces arrogantes prétentions n'étoient faîtes que pour anéantir le premier d^s titres-, celui de citoyen ; pour énerver et détmire l'égalité constitution- ^eile> et l'égalité des droits elle-mênie, source .uiiicftte et pure de la régénération. Car les jiqbjes avoient véritablement séparé la dation en deux castes-; eux premièrement , à ^ui appartenoit l'encens , l'hommage , l'opulence , l'autorité ; et après avoir établi cette ^supériorité illégale , les roturiers pouvôîent, il est vrai ^ respir.er l'air qu'ils respiroieut ; mais à ceux-ci étoit réservé le travail , le dédain , le mépris.

. Le décret méiftorable de l'assemblée na« tionàle a déchiré les parchemins instJtaris de cet orgueil ridicule et désastreux ; a détruit cette intolérance , cette barbarie politique^ et nous a dispensés d'être plus longtemps des visionnaires ou des antiquaires ; car ces extravagances-là ne durent qu'autant que le bon sens national ne veut pas les proscrire*

Ce décret immortel fut le plus grand Henfait et le plus signalé du corps législatif ^ en ce qu'il a chassé ces simulacres fantas^ tiques toujours prêts à revêtir un corps dangereux. -Ce décret étoit devenu nécessaire afin que le peuple ne fôt plus ni trompé , ni égaré , ni abruti par les signes d'une supériorité injurieuse qui n'étpnnoient ses oreilles que pour fausser ses jugemens (i) ^ et qui ne lui commandoient des respects înduS que pour l'accoutumer à honorer des armoiries au lieu de vertus.

Point de milieu ; ou la constitution n*-é^ toit qu'un rêve , ou le cadavre féodal devait être enseveli pour jiiitîais avec le blason-, avec tous les hochets tîë- la ' vanité ^ avec

( I ) Sans ce décret , tous les colla^éreaux du pouvoir exécutif auroierit joué^ coinirie ci-devant, le jrôle de souverains ; il leur auroit fallu, des dîstînctiohs, des hommages , etc. les frères et cousins du roi auroient été des rois ; et en consacrant avetdes momertes , des chapelles^ la hiérarchie nobiliaire 9 ils aUrôîent recréé tous les abus insolens d'une caste privilégiée. Un souverain unique » voilà la base essentielle de notre sécurité; Tunité du souverain est la chose la plus importante • elle rend tout autre individu mon égal ; c'est un citoyen ; et la France devient ut^ mpule parfait pour d'excellentes bix.

toute^ les livrées de l'orgueil ; car tontes ces dénominations auroiônt pu ressusciter la plus folle aristocratie , si le monstre grotesque n'eût pas été entièrement dissous.

La philosophie dejlousseau avoit prépare ce décret ; il avoit démontré que rien n'étoit plus injuste , plus immoral , plus impolitique , plus insensé que d'avoir attribué le monopole des honneurs à quelques familles ; que tons les citoyens étoient appelles à une considération personnelle , et fondés à réclamer l'égalité de rang ; car elle est de nécessité absolue , nulle dignité ne pouvant être raisonnablement inhérente à la naissance , au nom et aux familles ; il n'eut pas même besoin de toutes les ressources de son éloquence pour abandonner à l'obscurité des dges et à la poussière des Chartres les armoiries qu'on vouloit élever d'une manière si hautaine sur nos têtes ; il redressa le roturier sur ses pieds , et lui remit la tête vers le cîel , en lui ordonnant de traiter avec mépris ces chimères , et de se croire autant que celui qui déployoit les mascarades des temps passés ; il parvint à rendre ces images , ces emblèmes l'objet de la risée des sages , et l'habitude stupc-

fiante des îmbécîUes tomba ; car îlne faut que la moindre lueur de raison ou de courage pour faire évanouir la scolastique et le blason. Ainsi Fopinion la plus enracinée , quand elle est stupide , recule devant un livre philosophique , et se cache dans les ténèbres. Les arts utiles , les services nationaux , voilà les chemins nouveaux de la célébrité. La renommée ne sera plus envi*ronnée à^écussons , elle marchera au temple de la gloire sous la couronne civique , et tenant en main Tétendard de Tégalité patriotique. '*

Au reste , pour condamner Rousseau , il faudroit être certain d'avoir bien vu le but qu'il se proposoit en donnant au public les lettres de la nouvelle Héloïse , avec là déclaration qu'il auroit voulu vivre dans un siècle où son devoir eût été de les jetter an feu. Ce but nous paroît avoir été judicieusement saisi dans un parallelle entre Clarisse et Julie , publié à Londres , dans le criticàt Reviev^ , par un homme d'esprit ; mais que l'esprit seul auroit été incapable de faire.

t< M. Richardson , dit l'auteur , met son » héroïne à l'épreuve de toutes les attaquer" w de la tentation , et présente' à toutes les

>:> femmes un modale de perfection à imiter. 53 M. Rousseau a mieux aimé peindre son » Héloïse sujette aux foiblesses de Thuma* » nité , de crainte qu'en plaçant trop haut >? sa vertu , la difficulté d'y atteindre ne » décourageât celles qui voudroient s'y yy élever.,.. S'il nous est permis de dire notre ^ sentiment , M. Rousseau a donné l'instruc- » tion la plus utile , en nous montrant les >3 moyens de recouvrer l'estime des hommes, v> après l'avoir perdue par une faute capitale. » On ne peut pas donner une leçon plus îm- 3P portante , aux femmes sur-tout , qui , pour » la pluj>art , condamnent au vice et à l'op* y> probe celles de leur sexe qui se sont une » fois écartées des sentiers d'une veïtu ri- »goureuse, eussent-elles promptement ré- >5 paré leur§ erreurs ; et cependant elles i» -sont- souvent plus utiles à la société que ?3 ces femmes si vaines d'une vertu qui peut- ^^être n'a jamais été mise à l'épreuve »• . Ajoutons que , dans THéloïse , dans ces Jiymnes sublimes où Rousseau devient poëte , et poëtè dans le grand genre , il donne ^ l'amour un caractère d'énergie et d'élé-» vation que n'ont point nos amoureuses (Je

théâtre. Cette paçsion y exige des sacrifices ^

elle y est subordonnée à rauloilté patornelle ; et , ce qu'on ne doit point négliger d'observer , c'est que l'auteur y établit , avec une gravité douce , la dignité d'épouse et les saintes loix du mariage qui ne doivent recevoir aucune atteinte ni de la violence des passions j^ ni du prétexte des engagemens antérieurSv ; enfin ji si , comme on l'a dit , ce livre n'est point celui des filles , c'est du moîns celui des femmes..

Un autre mérite ^ que personne ne peut refuser à ce roman , qu'un jour on appellera cFun autre nom (i) , c'est qu'il fait aimer. l'Innocence de la vie champêtre par dea détails enchanteurs qui font naître le désir d'en jouir. Où trouver , si ce n'est là, le tableau de la simplicité touchante des mœurs d'un peuple dont l'éloge est fini quand on

(i) >3 Par un roman on a entendu , jusqu'à ce jour / n un tissu (févénemens chimériques et frivoles , donr s» la lecture étoît dangereuse pour le goût et pour les »> mœurs. Je»voudrois bien qu^on trouvât un autre nofli » pour les ouvrages de Richards on ^ qui élèvent Tesprlt , » qui touchent Tame 9 qui respirent par* tout Tamour du %> bien , et qu'on appelle aussi des romans. » ;

D I D £ R o Ta

a dît que leurs femmes sont vertueuses î

des mœurs ! Ah! s'il ëtoit possible qu'on

nous en rendît, c'est à Rousseau , comme on Va dît, c'est à lui seul , sans doute, que notre siècle en auroit l'obligation.

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