‹ De J.J. RousseauChapitre 33 sur 36 · SECTION X · texte numérisé non relu

SECTION X

O^ti. naquit à Génère ( t ) , notre Géne^ vois eut un goût de célébrité beaucoup plus

(i) Il fut atteint ( nous le répétons ) d'une maladie de cerreau presqu'aussi rare que Tétoît son génie : j ai cependant vu dans ma vie deux personnes véritablement attaquées dé la même manière; ils croyolent que tout étoie dbposé dans ce mpnde pour les humilier; ils lisoient animosité sur tous les visages; c'est assez le malheur attaché à ceux qui poursuivent trop ardemment la re« nommée, de penser qu'il y a une ligue contre eut pour rabaisser leur mérite ; ils ne peuvent pas se persuader que les hommes en général n'aiment ni ne haïssent que déterminés par des motifs sérieux ou par des circonstances personnelles et pressantes ; que les arts et ceux qui les cultivent sont pour la multitude des objets de distraction, d'amusement], et presque ries

'éptxré que celui de la plupart âe 6éS 6011^ citoyens ; malgré l'exemple il tie fut point an troupeau de ces vendeurs et revendeurd d'argent et d'efFets royaux i il ne se mit pas

de plus ; quil ne Êiut pas plus compter sur les inimidég des hommes que sur les démonstrations passagères de leur attachemem ; on est d'abord curieux, de voir un homme célèbre , on le caresse un instant, on se donna le plaisir de le juger au-dessus ou au-dessous de sa valeur réelle : cela fait , chacun revient à ce qui le touche de plus prés ; les hommes célèbres n'ont guèret plus d'ennemis qu'ils n'ont d'amis ; l'homme haineux est rare , et les écrivains ont après tout leurs revers comme leur triomphe; il y entre toujours un peu de hazard; eux seuls » les gens de lettres , imaginent de vifs et de puissans intérêts dans tout ce qui les concerne , et il n'y a presque point de milieu pour leur amour-propro entre gloire et diffamation. J'ai assez connu mes chers confrères pour être sûr qu'ils ont presque tous un soupr. çon de la fièvre bizarre qui agitoit Jean-Jacques.

Observons ici , pour l'honneur des confrères , que let kommes bornés ne peuvent se rendre extrêmement mal^ heureux ; ils pardcipent à la nature de ces tempéramens délicats qui ne sont pas assez forts pour devenir malades; Rousseau étoit tout formé pour une très-richd dose de malheurs ; 6 vous ! amans de la gloire ou de U renommée , ou de ce qui lui ressemble quelquefois , dtt brifir, apprenez que le parfait bonheur sera toujours 0bscurm

< *7* ) il la tête des Banquiers, (i) agens dé change^

(i) Sa naissa&ce coûta la vie à sa siere; pauvre; liumlUé dès sa tendre jeunesse, fugitif en pays étranger^ rarement à sa place , forcé à ckanger de religion pour avoir du pain , jamais la fortune ne lui sourit ; précep« ceur , ou laquais rei^fbrcé , la mère de son élevé Ten* voye manger à Toffice , y vîendre^vous? répond-il, et l'on prend cette réponse pour une bêtise ; commis che2 M. Dupin, fermier-général, il ne £noit pas à table le |our que les gens de lettres s'y rassembloiem. Il y avoit là de quoi affaisser une ame commune ; la sienne ne fit que s'accroître et se fortifier; aboyé par des prédicans , exilé par des hommes de robe , un chien danois ^ appartenant à un magistrat, le renverse et le blesse* Chacun veut le posséder , et chaque déplacement ne fait ^'empirer sa situation ; persécuté par le hautain gouvernement de Berne , Hume le promené en Angleterre €t lui rend ce séjour insupportable. Il perd sa patrie* L'Hetman des Cosaques , séjournant à Strasbourg , lui fait proposer de se retirer à Ukraine dans un château où il attroit tout à souhait, liberté d'écrire et une imprimerie à ses ordres ; il refuse ; il choisit par la suite Ermenonville , et il paroit qu'il n'y trouva pas encore le repos qu'il cherchoit ; ou son bonheur étoit bieti Afficile , ou il n'a pas rencontré les hommes qu'il falioit à son caractère. C'est à Ermenonville qu'il a tracé, au-dessus de la porte de sa cabane, ces mots trèsremarquables : Celui-là est véritahUment libre , qui na pas besoin de mettre les bras tun autre au bout des siens fourfain sa volontû

agioteurs , colporteurs de billets de b$inque j

tourmenteurs d'espace monnoyée^ lesquels^ abusant de rembarras du gouvernement et de l'urgent besoin , ont par leurs combinaisons et leur astuce fait tourner toutes les chances de leur côté , attiré à eux la plus grande partie du produit net de chaque opération financière y et nécessité cette suite d'emprunts qui ont nourri le faste scandaleux de la cour et ruiné l'état. La France étoit alors assassinée en finances ^ elle le fut en banque depuis le Genevois.

On ne le vit point , arriéré aux idées des François , se donner pour être leur juge et leur modérateur ; il estima la nation ^ entrevit sa grandeur future , connut sa force» son génie et ses inépuisables ressources ; il l'aima parce que cette nation est généreuse » sensible , et oublie jusqu'aux injures qu'on lui prodigue chez elle ; il n'eut point la petitesse orgueilleuse de mettre en parallèle les loix chicanières de sa petite cité avec les loîx politiques d'un empire peuplé de vingtquatre millions d'hdïnmes; il laissa cette impertinence à d'autres qui^ dans un moment où un peuple brisoit ses fers, voulurent prescrire des tempéramens à l'élan de notre liberté , et

qui.

juî p tandis que \ ensemble de^ év^nem>ens justifioit rinsurrectipn populaire , firent tout pour rétablir le despotisme aristocra- Lîque et pour retarder la marche «olerajielle dé V esprit public. A leur place , ^ Rousseau auroit vu que l'état étoit éperdu , si le peuple ne se fût pas enivjré de liberté ; ce liectar est à lui ; et si los^-temps sevré il faut qu'il s'en abreuve , jusqu-à^ce que la conatitutîoà populaire ^ la plus analogue à Tégalité primitive et aux qualités naturelles de l'homme ^ ïtit entièrement régénéré le royaume (i).

(i) Ces prétendus sa^es , ces modérauurs S2ni'ô(Rc6i' ont failli à aous remettre dans les fers , à ressusciter la vieille et infernale machine; il fklloit être , selon eux» calme et tranquille avec des êtres féroces et avec dei boulets rouges ; si le grand emprunteur avoit pu encore emprunter, si on avoit voulu encore lui prêter, notra esclavage devenoit éternel ; mais les bourses se sont fermées » et dés-lors sa science fut à bout.

L'agioteur voulut nous donner ensuite des leçons de ^ polmquetprétttque qui nous aur oient conduits ^aiosji qu(t celles de ses pareils , au dernier terme de Favilissemenr* Qjiand la tête a été plongée dans Vagiot » elle n*e»t pluA fiiite pour s'élever aux idées neuves d'une nation qui se r^énere. Tous ces modérés ont été les plus perfidéf ^ ennemis de notre heureuse révolution; et peut-être €à

Côrpme Rousseau ayoit donn^ la mort à sa mère en naissant , ce souvenir poursuivoit cet homme sensible , et jamâiisl on iie parloit devant lui d'accouehemens qu'il ne montrât un visage altéré ; tous les détails qui tenoient à i'anatomie lui causoient une sensation désagréable ; jamais son imagina* tion ne put se familiariser avec les ressorts de la machine humaine ; comme ils sont voilés , disoit-il , c*èst pour nêtre fas> -ap^ perçus; le physique de ces objets s'accordoit mal avec sa pensée Sentimentale qtii s'élevoit constamment ..au -dessus de la vie

étoient ils jaloux? c'est ce que démontrerîi l'histoire; onî» j*alnie mieux le sabre d'un Lambesc que la plume ë'un Mounîer et SxmNeckcrj etc. Ils sont plai^ans ces étrangers qui veulent que nous fassions un gouvernement à leur guise et non à la nôtre , tandis que les abus pullulent chez eux et quils se traînent dans les fanges de rhabitude avec le plus fanatique respect pour de Vieilles et déplorables idées. Par exemple , pre^sque toute 1» Suisse à force de répéter liberté , liberté', s'est contentée du mot ; là tous les magistrats sont intolérans , et prennent l'intolérance pour de la morale. Les pédans et les prédiCans ont chassé Rousseau de Genève; {>leure maintenant sut lui, pauvre cité, Ossa tjus non habtbism'

physique, mué d'ailleurs par un jeu inconnu au scalpel,

Intim^nient persuadé que c'est la nature qui donne non le talent, non les connoissances qui s'acquièrent , mais le génie proprement dît (i) , j.e voudroîs savoir, à son exemple, si nous û'avonà pas effectivement perdu à la loterie humaine les plus grands ^ les plus profonds , les plus vigoureux génies ; et si la mort ne nous a point enlevé dans leur enfance ceux qui auroient pu porter Tespecé humaine au plus haut degré de force et de dignité. Cette idée me tourmente parce qu'il me semble que la foule innombrable d'êtres imitateurs a toujours arrêté le génie qui vouloxt repousser le troupeau ; or ^ lés hommes de génie ont été si clair-semés dans

(i) Rousseau parle de ce peintre qui s'enferma plu- . sîeurs années, se livrant au travail avec une activité et line constance incroyable, et quî,inalgré son amour pour Fart et les plus pénibles efforts , ne parvint jamais iqu'à-^ f^irodes dessus de pones. TtAvu passer plus de. cent ^ égcrivains attaqués de la passion d'écrire et qui n'ont' jamais pu faire vingt pages lisibles ; ils avaient un zelft ardent , ils avoient plus , de l'esprit ; mais la nature kup avoit défendu d'écrire , et ils ne s*en doutoient sculc^ liitm pas, '

les siècles , qu'ils n'ont pu vaincre la phâ-^ lange routinière et imbécille ; ainsi y quand un en£int meurt ^ je me dis : celui4à auroit peut-être donné une nouvelle direction à nos idées f il auroit créé tel art inconnu ; qui sait ce que le genre humain perd au moment que j'écris ? Si par hasard il n'y avoit que Xe^demi-esprits qui fussent encore venus aru monde \ que signi£eroient nos hommages envers ceux que nous admirons ? Passe de la reconnoissance : mais la portée de l'esprit humain nous est encore absolument inconnue^ Ne peut-il pas venir un honune qui change l'irniversalité de nos idées ? cela est dam l'ordre des possibles : et de cet âpperçu à l'attente , à l'espérance , à la croyance , il n'y a qu'un pas. Tout hornine^îi/V a donné sa mesure invanable } mais cet enfant qui meurt , qu'avoit - il dans sa tête ? Tuez en imagination quatre ou cinq têtes antiques , et le cahos moral dureroit peut-être encore. Les premiers inventeurs des arts , où sont leurs noms ? S'ils n'étoient pas découverts , lés découvririons * nous ? Qui osera dire oui. Oh ! le téméraire !

Sans Bacon ^ sans Descartes, sanjs Newton , sans RoiJ^eau , sans Franklin , les idées

actuelles serolént d'autres idées pour qui sent rinjSuence d'une tête supérieure; celui-là gémit sur toutes celles qui disparoissent sans aroir été connues ; la richesse , la gloire et la félicité de l'espèce humaine ont été rnois-^ sonnées peut* être pour un^ tombe prématurée, Pythagore , Aristot^ , Hyppocrate , vos moulas spipit-ils brisés ? Les talens spx|'t inégaux et parmi nous se toisent sans cessa ^ mais le géijie est seul et hors de mesure ; l'égalité visible des esprits, à quelques nuances près, me désespère ; quoi ! il i^^ vi^dra point cet hopime qui soudain fera tairor l^s ftutres liiommes ! U en apj^pci;ioit Roiiss^fiff, mais ce n'est, pas encore lui ; ce n'est pa^ c^ljif i 4ont j'ai eu jploï la profonde ifiée. Qù^t^l? Jhélas ! pevLt-être il expire abaxidonxié d^i^s un coin d'Jliôpital. Le mojttre -de l'univers .moraLa'a peut-être p^ eu le temps deparle][['. Et n.aus lie voyons, cependant que c^^tU ^^eatf<Ut\ nous bâtissons des modèles poi|r .commander la servitude des. esprits ; noi:|S tdrfS$O03.4êt autels. et nqus eonfermpns toutes nos conceptions par paresse ou par habitude dans celles d'autrui ( i). Ôh ! quand vien*

(i) Nous n'avQn^ pa|» 1» ^ûUiçme f^xàt de$ ixjàff

dra-t-îl rhorame que je conçois par le sen^ timent de ma foîblesse , et qui nous fera monter subitement à la hauteur que Je seas en mon ame, mais que je ne puis développer^ n^en ayant que rinstinct confus ? J'ai yu dis^ j)àroître deux où trois hommes qui mé sem> bloient dcToir îmôriter bien haut ; mais la folie en a tué deux^ et le troisième a youlu végéter.

Lorsqu'on songe ensuite quô, malgré tout réclat et TeflEort du génie , le temps est encore nécessaire p6ur donner ^à' sanction àui 'vérités (ju*il établît ; lorsqu'on songe que tel pense' si éhèrgiqueméht qu'il ne trouvé point d'expressions pour se' filtre entendre, on fétdrabe istir le couraînt ordinaire

de la vie , et on laisse flotter les événemens

^côirime s'ils "obéîsSoient à nurcoliré îtl-ésîs-

tiblel'J. J. RôuiS^éau disôit : liés Boïneà dé

rinf élligencê sfbnt p^cjur lés' ttots-qttà'rts de^

^Hbinmés les {)ortés; ttù' bonheur ; Tîiiiagîiiâ-

""tion dore !le'|Jltfs isbùVentles miàgës'^de l'î-

gnorancé. EH' bier^',^ bornons •** iiôus* à peu

^ 'îï ..y.^ .

anciens ; cVst le hazard qui les a fait parvenir jusqu^à nous ; et ce que nous' en avons /il inous est licite d^ iôfrtet si c'est le pire i'ff ayant pas' vu le i«stc* . /

d'idées,; mais qu'elles soient nettes daxld notre cerveau. Les bonnes idées dérivent d^une bonne conscience, La métaphysique ressemble' à la carcasse d'un vaissean;, il faut revêtir ses côtes si vou& voulez le lancer en mer ; Tinstirict trompe moins que la pensée, parce xjue toute pensée peut être une image imparfaite et que l'instinct est un iseitiment vif. Travaillons avec l'instinct; si nous parvenons à être bons >. nous serons toujours suffisamment éclaîrés (i) ; ainsi ^ S ocrate rappelloit toute la philosophie à la seule morale (qui aujourd'hui embrasse la p^tiqué } ^Socrate et Rousseau nous ont enseigné la ^/lérîtable route que nous devons suivre ^ car, pour ▼oidoir comprendre- les objets supérieurs à notre intelligence ,' nous devenons -souvent incapables, de jouir^ de ceux qui lui sont proportionnés.

Enfin Rousseau ( et nous achèverons ainsi , son éloge ) peut se féliciter de n'avoir porté

(r) Remarquez, qu-on fait mtlie mauvais raisonnemens , parce qu'on a fait d'abord une mauvaise action ^ écoutez la~ perverse . logique des aristocrate ; c'est que rédifice moral a un. mur mitoyen avec TédÊce lutelles-* tuel i celmrCLs'éctQu}^,dd>.que rauore est ébranlé.

( a8o ) aucune atteinte à la morale évangélique , à la religion chrétienne faite pour parler à tous les esprits droits comme à tous les cœurs^ sensibles (i). La beauté de cette religion y débarrassée des ombres qui défiguroient sa face majestueuse , fera d'autant plus de progrès qu'elle sera mieux connue , et sa simplicité sera toujours le caractère d# sa véritable grandeur. C'est à la philosophie qu'il appartient de la restituer dans son origine pure et sacrée. La philosophie exposera ses avantages réels ; le premier est de respecter Ibs causées premières , de iie point voi^k>ir inutilement lever le voile qtd les cou- ' vre^ de démêler l'intention de la divinité dans les principes éyidens de la'morale ^ d^ador^r «u lieu de murmurer. La religion apporte .ftux Hommes l'idée de la vertu dans Fima^ du grand être ; elle crée au lieu de djétrijiire ;

(i) Rtste donc la religion de ThoHime^ ou le christîa

IniSfiTe 9 non pas celui d'aûjourd*hiii> niais celui de Yévan'-

• giU, qui eh est tout-à-fait dlfféreat. Par cette, religion

sublime» véritable, les hommes, enfans d'un m&v^e

Dieu, se neconnoissent tous pour frères, et la société

^ui les unit ne se dissout pas même à la mon. ^

( CâiHr^t Social^ liv. 4 » cbap^ 9' )

( a8i ) elle admire au lieu d'expliquer ; elle élevé rame en écartant les chimères du hasard ; elle console le foible et soutient le juste ^ en. leur montrant Tégalitë des êtres ( i ) et leur

(i) Cette loi naturelle qui nous dit: de ne faire à autrui, que ce que nous voudrions qu'il nous fit , et ce précepte divin qui nous ordonne d^aimer notre prochain comme nous-mêmes , n'ont-ils pas leur fondement 4ans ïévAngiU? rèvangile n*oblige-t-il pas Thomme à priser tput autrç komme a^tapt que lui-mène : voilà la loi qui parle également à tous les hommes ;r et cette loi» ou plutôt cette justice intrinseqtte, est le principe fonda-' mental de toutes les loix humaioes ; c'est le but où "^tendent tous les devoirs de Thbmme, les maximes et

ks réglemens des sages , les loix , en un mot , des législateurs. Us n'ont janhais eu d'autre objet en vtie/que cette justice ; t homme égal à C homme ! et voilà l'équilibre qui règne dans les ouvrages admirables de l'auteur de b nature , dont il est lux-même le point d*appul ; équi-

. Jibre qu'il est si^ jaloux de conserver , qu'il le propose et le fait servir ^e règle aux poids et aux mesui:es qjsA doivent ];eglçr le rapp^« les tendances et les relations que l'homoiç doit avoir avec l'bomme ; la grande légi;-

•la don est donc renfermée dans cet admirable précepte; tu aimeras ton prochain comme toi-même; telle est la source

* dSJn ordre j)arfait et d'un amour mutuel qui nent la balance entre tous les hommes égaux entieux. Us ont tous la même origi/ze , ils sont tous conduits par la même providence f tous sont dirigés visrs le mttàt tut^toxsi, en

future perfection ; . elle annonce enfin à Tunivers les réparations d'un mallieur passager y en lui dëyoilant un Dieu vivant dans réternité ( i ). Les systèmes anti-religieux se repoussent et se contredisent; la religion unit

. lesadorateurs de l'être suprême,quin'pntplus qu'une même pensée et une même espérance*

. lit nature , sous l'aspect de la religion > est considéré^ comme un système clair et simple, où l'ordre des choses a une base , où

• l'enchalilenient et le but- se manifestent,

^ où l'inquiétude et Fagitation à^^ esprits cessent y où Tame appuyée sur réspérance voit une clarté qui la guide à traver* les-

. incertitudes qui fatiguent leaautrea hommes ;

- et tandis que toutes les opinions qui contre»^

" uniRôt , sôwt parfaitement t^axix aux yeux deTsatteur de

* la nature y qui' ne fait de disti'hction ni d^acception de personne.'

Ld légîslabbïi n*a fait que ct>pîer Yhangitt^ quand eîîe aprononcè le lien moral qui unit ces deux îdécis physî-

• quès , thQmmi avec t homme! le prochain avecle prochain t

(i) Lç plus grand monstre de la terre seroit un astro* nome atlice ; on a dit du célèbre Cassini: il ne connut les^ cieux que pour adorer .plus profondément lé ctéateur doflyL^lsraçomen t la gloire^

( a85 ) .disent la connoissânce , et x^onsëquemment Tadoration de Têtre - suprêine çt la vie à venir , sonlevëe comme les flots d'une mer en furie , se précipitent dans un abyme qui les dérobe à nos regards , le système de la religion épurée , dont Socrate fut l'apôtre et le martyr ^ dont MaroAurele fut le pontife jsur le trône du monde y dont J. J. Jiousseau iut l'apologiste de nos jours, auguste et iroujours égpll-, s*avàhcc à travers les siècles , Conquiert une multitude db sages prosélytes , parce qu'il a pour inébranlable appui laj^i .(qui convient à la foiblesse et à l'ignorance himiaine , U oharité ( i ) qui unit les mortels et fait qu'ils se pardonnent^ et l'^i^poir qui fortifie et agrandit le cœur de l'homme, (a).

. . (i).Lcs Hébrciu; ayoient uo ipôt^ubnaie pour cxpri* 4ner Tauinâne;. ils. ïaiOBçllçiçnp 'iti:stiç£. , .

, (a) Nous Byons:tçbtè:auKcfois.li? paralkle de Voltaire jtt de Rousseau , et dés Tan 1766* Le vqîd tel qu'U fut imprimé alors : .. ...

- . a Le premier f .{Foltaîre): né- avec un génie vif, ittillant et fécond, après ai^oir aoBOocè d -$ son enfance xe qu'il seroît uh joUr, avoit surpa.ssé^l'atten'e de. ses WMcitoyens: mil jécriva'n n'atoit rassemblé plus de (^lens. Lé 2»ecQtid>^^0tfi:i^aK) né avec ua génie médy

fattf, plein de cônnoissances jphis utiles que rtsies; avoit attendu pour écrire que le temps et les téfle* xtons eussent donne à ses idées une assiette inébranlable; il ayoit Rebuté par heurter le préjugé d<; l^ nation chez laquelle il écrivôit« et bientôt plus hardi ^ à mesure qu'il avançait ; il avoit attaqué ceux des peuples instruits ; énvalh on lui i^prochoit le paradoxe et la singularité , on Taroit rarement bien combattu* Le poëte avoit un^^pfît moins profond, mcâss fief^ moins original , mais plus ingéniei«c , plus habile à 9|p prêter à tous les tçqs et à se pUec à tousè les genres ;; il les avoit traités d*^ne faijon à f<ùre douter de c^lui pour lequel il étoît né. Le philosophe , pensant d'après soi , avoit fait son unique étude dé Thomme et des inoyens de le* rappeller au véritable 'bonheur , 'soik 'moeurs , à h vertu , or ses intentions' avoient toufOti4 été droites et pures. L%n, rempli rde grâce, de ârâe, lie Aiesse, et sut: font d'esprit, mjji^^.'pli^ jaloux d'^écjtut que de ranger ses idées dans un ordre exact , avoit indifféremment , mi seloK les temps^^siûvi tou»-ies contraires ; ses principes se détruisoient mutuellement , et pour le combatû'e il ne £dloit^'Â'^Toppbser à luimême. Uantre^ doué d*une chaleur permannlènie',d*unè éloquence rapide i sans toe absolmaent méthodlqîbe , «voit dès les prismiters pas ^posé #es priinoipes ^ et autres écrits nVn étoient que le développement ; 1 ^nre de vie offrote an^i un frap^^t contraste. Cdiui- H, accoutumé à i^vre ^vec les grands, à les flatter , avek pris les moeurs de son siede : ami ^ulus^ ^ i\e mettant a«cnn frein à son imagîiiatioo , la Vivant stvec troptd» ^c«i0^1aisaiKe,'il^«ViFoit pas assestycittè sur les écam

de sa plume. Celui-ci, élevé dans des moeurs sévères , se vit pauvre sans en rougir; il voyagea avec fruit, parce qu'il fut malheureux ; formé par Tinfortune , et rendu plus fier , plus indépendant par elle , il avoir pris ce caractère plutôt ferme que bizarre qui ne sait point plier , et ignore IVt de se soumettre ; aussi le senfimeilt qtii émanoit de son àme avoit-il quelque chos« tendre et de majestueux. Comme il plaidoit la causé de l'humanité! avec quels traits il pélghoit la vertu! Quand le zèle pour la vérité remportolt* trop loin , oh admiroit encore sa généreuse franchise. Le poète , il est vrai , qui avoit acquis une sorte d^érudition , enfantoit beaucoup de pensées hardies et plaisantes si^ lesquelles il ambrtipiinoit le titre de philosophé ; mais l'autre , par une vie conforme à ses principes , et par >on entier dévouement à la vâité» en méritoit seul le nom* Le poëte , jaloux de toute espèce de rival , à forcé d*art s'étoit rendu monarque dans la république des letttes; il atttroit la vapeur des hommages, et commf^' lé soleil, il.coloroit ses nuages de ses rayons: sensible jusques dans ses moindres ouvrages , la critique même la plus aveugle irritoit ses esprits , et tandis quHl s'emportoit contre la satyre , il chetchoit à dénigrer des hommes chers à la patrie. Le philosophe, exempt de cette vanité misérable , avoit un orgueil franc et sixcere ; sentant sa supériorité, il rioit des traits impuissans de ses adversaires, et s'applaudissoit du nombre» Enfin , Tun , après s'être vu long-temps disputer l'honneur d*ètre compté parmi les grands hommes , avoit réuni , ou plutôt empbrtoit tous les suffrages , et sur lih trône lumineux jouissoit avec pompe de la renommée

La religion ( i ) condamne tout gouverne*

la plus étendue ; Tautre , bien moins souple , bien moins adroit , bien moins fin , avoir plu par son caractère singulier , ses vertus , son courage, et même son humeur ; banni, mais adoré du public ; exilé indignement de son pays natal quMl avoit honoré, mais cher à toutes les nations, il avoit avec peine trouvé un asyle où il pût reposer sa tête ; toutefois les acclamations de TEurope et le témoignage de son cœur auroient pu le consoler.

(i) A quels excès ne se ponent pas les souverains qui ne craignent point un être invisible i Un homme de lettres ( il le fut ce jour -là ) qui étoit à la cour d'un monarque athée, lui répondit : 5/Ve , vous vous moqut:^ ds Dieu^ mais , moi , faime à me représenter un être aif dessus des rois. Plus l*homme a de puissance plus il a besoin iu frein sacré; si son cœur se flattoit une fois de rimpunité , ce cœur seroit bientôt celui d*une béte féroce. Eh ! voyez les monstres qui furent lès chefs de l'empire Romain !

Un monde sans Dieu , la force sans freÎH , les hommes sans loix morales , le vice sans peines , la vertu sans récompenses, ou plutôt Tun et l'autre remis sur le même niveau ! quelle effrayante peinture ! Mais supposé un être suprême , le chaos disparoit aussi-tôt et tout rentre dans l'ordre ; oui , l'homme doit désirer qu'il y ait un Dieu. Quelle image grande , \louce et consolante î c'est le créateur des hommes , c'est leur conservateur, c'est leur protecteur , c'est leur père et leur bienfaiteur

nient tyrannîque et veut que les souteraîns jj, quels qu*ils soient , exercent eh grand la justice et la charité ; eh ! les droits des nations, qui intéressent si essentiellement le bonheur des hommes , ne sont - ils pas des droits vraiment religieux ? Dieu a visiblement protégé une révolution politique dont l'effet nécessaire est d'augmenter la liberté, lèi dignité de Thomme , et de faire cesser les dalamités sans nombre qui accompagnoîerit le pouvoir arbitraire. Et voilà ce qui doit éteindre bientôt ces différends cruels et barbares où les nations s'entre-égorgeoîent pour élever la fortune et la grandeur d'une ' maison sur des morts et sur les débris des cités. Rousseau, ayant respecté constamment les vérités de l'évangile , avoit découvert sans

étemel; sa puissance infinie est le gage de sa bonté. Sa sagesse et sa justice, faisant naître le meilleur ordre , établiront la félicité de toutes ses créatures égales devant sa grandeur. Il n'y a que le méchant et l'être totalement corrompu .qui pui<-se redouter la puissance du gr^nd être. Son idée élevé la pensée du foible, du malheureux; et l'utilité d'un-^Dieu doit former- au moins une présomption en faveur de son existence. Un Dieu , une «se immortelle ! ces deux vérités sont inûmementliées»

peine les r^rîtés politiques , parce que le* vérités morales découlent nécessairement des vérités saintes ( t ) ; il eut après sa mort un triomphe qui commence à lui.

On a promené son buste sur les ruines de la bastille le jour même où , pour célébrer Tanniversaire de la conquête de la liberté , on avoit élevé dans les airs cette énergique inscription : Entrez , ici Von danse ; ce buste avoit la couronne civique et passa plusieurs fois sur les cachots démolis et en** tr^ouverts où Ton aroit planté des bosquets artificiels semés des boulets de fer , des anneaux et des mêmes chaînes qui avoient opprimé les victimes du despotiâpie , lors^ que les cris perdus de leur vain désespoir, demandoient inutilement à Ifi terre humide une tombe pour y finir leur douleiu* ; hom* mage ingénieux et éloquent , digne d'un peuple libre ! Je ne Tai point vu sans très* saillir ; il étoit dû , sans doute y ce rare hommage, à celui qtd plaida avecforce et dignité le premier droit des peuples , le droit de

(i) Toutes les vernis morales , disoit-il , ne sont qu«f ides ino}rens de' conserver et le plarsir dans la nature , et la nature dans le plaisir.

j Jaire

Jairclaloi , qui écarta les ténëbrespolîtîques pour établir ces principes lumineux, lesquels assurent à toute natîpn le droit d'être son propre Législateur (i) ; il étoit dû enfin cet hom-

(i) Quand un écrivain généreux donne l'essor au désir qu'il a de voir tous les peuples devenir libres et indépendans » on^lui oppose les servitudes enracinées dans l'esprit de plusieurs nations ; on lui dit que TAsie , ptr exemple , n'est pas un pays fait pour la liberté » que les hommes y naissent moUs et efféminés ; mais les loix de ' la nature ne sont elles pas invariables et par-tout les* mêmes? Cette iiiêmé côte nV- telle p?îï eu des républiques ? et 'quel peuple fut jamais plus libre que l'Arabe? l'Arabie elle-même n'est elle pas l'âticienne pattîedela iiberté'f L'bommê ne naïc esclave nulle part j nulle psHt Isr- nature nV forgé de fers.; et partout où Ton établira le règne de la justice et des loîx^ par-tout 6n y trouvera dès ticfmfif es • libres- et pleins d'ènergié« Le midi a eu ses héTi^s^cômme le nord.

En dépit de leur hainc^ potir k liberté-; tous les cou^ /■^««M d'Europe, avec léiif s royales escobarderies , ne trouveront plus désorniai^; deB- esprits aussi crédules , m>U$st CQii&Hi^ dant .U(U;:mQrale/ La morale des rois î le bo» sens; de^ rois ! hé^l^is ! il y s^bien des siècles qu'ils^ sont en possession [de délirer^ Quidquid delitanL reges \ fUctuntur achivu N'est-ll .p^s tepps de ne plus payer pour-eux ? Toutes JLes extra vsrgiin ces et toutes les erreurs de leurs agci^s et ministres çm^^forspé lentem^^nt autan^ de pleues d'attente pour^l^Y^. ^^" ^^^f"^^ ^\^. Merté. Tom€ IL T

( ^9^ ) jwa ^e nouveau à celui qui, prouvant que la loi

ne peut Cl re que la volonté générale exprimée

p ar des hommes choisis , et qui, relevant le

jwuvoir législatif jadis à genoux devant le

pouvoir exécutifs avoit posé les premières

bases d'une constitution supérieure à tout

ce qu'a imaginé jusqu'à présent la politique

ancienne et moderne ( i )•

Les peuples ont été et seront bientôt tous forcés , par les actes même de leurs régisseurs, de se reconnoitre ec quiU jvnty et o^ faire parler à leur tour les droits qu'ils tiennent de Dieu » de leur nature, de l'oppression et de Jetr courage : et les.maje^t^., )es hautessas, les altesses, les ènûnences , les gnjiildeprs.i;les amplitudes, devroient bien nepUis ignorer que le cegBei)izarredcs«uperstidons politiques est passé. '

. Il faut aujourd'hui que la xëactlon soit égale à Tactlon ; car on ne foule pas impunémeiit .une nation quelconque^ pour peu qu'elle «oit éclairée. La dégradation et l'infortune de l'especo.)iumaine.reinQntem,par une loi inévitable , vers ses pppresseurs. '

(i) L^uîs XVI possède Uh trdne légal, mais depuis lé f-4 juillet 1790 ; c'est coteme chef de la révolution qu'il a repris sa conroniHe et son sceptre. Il estatiné par la nation contre 'les aristoctattes arides de son ^autorité; le Vbilà

libTe avec son peupU ;lé vdîlï dispensé de- l'envoi de (ces

/f r/rei , audles jusqu'à là barbarie, qui' pfécipitOient à llmproVistc dans les cacfiatt dès malhetffeux qui mau*

Il avoit.coiiibattu les'erreurs de ces siècle»

dissoient le souverain et qui appelloient la vengeance céleste sur sa tête : comment pouvoit-il dormir , quand toutes ces. lettres , lancées ep-son nom » le rendoient res« ponsable de. tous les gémissemens , de tputi^s les plaintes, de tûmes les larmes qui couloienc ? Le voilà dispensé de faire . la guerre , de yerser le sang françois comme le sang ennemi , de figurer aux yeux des nations comme iifi exterminateur , au nom duquel, la forCe militaire agisf • soit avec autant de cruauté que d'aveuglement. Le. roi seul' autrefois avoit des soldats , la patrie n'en avoit pçîiit ; aujourd'hui le roi est le chef d'une armée puissante contre Tennemi de l'état , impuissante contre la patrie; il ne peut y avoir de nation constamment libre que celle qui reste constamment armée ; nous avons tout-à-la fois des spldats-citoyens et des citoyens-soldats; une l'gite patriodqije les unit, de force et de sentiment pour là paix ïfe l'empire. Ils obéiront à lai loi ^ ils. déso* béiront, au tyran ; le roi est dans l'impuissance absolue de le cfevenir;le voilà invipl^blç.,. respecté, investi de tous les honneurs \ le voilà le représentant auguste et perpétuel d'une nation libre ; c'est donc une institution heureuse pom: lui que celte quî'Iiiii ravi le "despotisme qui le déshohôroit, et il doit bénir tout le premier la htistituttùn des Françoli ; car plqs de gloire , dé majesté ,' de pouvoir et de véritable grandeur , peut-il appartenir à un mortel?

• Lé lit)i'e iJSfseiîtimênt de là nation à l'ouvrage des législateurs; l'obéissance aux décrets,* les sermens civiques^

Ta

d'ignorance et de batbarie , où la force ëtoît tout et le droit public nxtoit rien ; il avoit réduit au silence ces blasphèmes des cours

Tadhésion presqu*univcrselle , tout prouve évidemment qtie la nattoii ne se croît pas lizée , et qu'elle approuve le cfaanigement qui s'est fait. Il est impossible de ne pas recOnnoltre, dans les nombreuses adresses^ de rccon^ noîssancty et qui s'élèvent de toutes parts, l'incontestable caractère d'un gouvernement ligaU -^ De Toppression du pauvre liait le mécontentement , du mécontentement la fcalne du prince ou de sa cour, de la haine du prince l'insurrecrion générale. Rois! Dieu vous a faits pour le peuple et non lui pour vous. Il peut vivre et être sans roi 4 mais un roi ne petit pas être sans son peuple. N'éttiè Rë à la société que jpâr V intérêt qu^on en retire est le propVe d'une ame cadavéreuse. La vraie grandeur b'est pas de pouvoir tout ce qu'on veut', triais' de vouloir tout ce* qû'oh peut d'après h'IoL Pour ôpSrér le Bien pubfic ( dît Cicéron) » il faut que la sagesse et la puis* sance soient réunies; c^est une belle harmonie^ (ajoute Montaigne ) quand le diriei \c faire vont ensen^ble.

Que les hommes d'état méditent les parples de Montâigne. Or, quand tout est emporté par uiy mouvement général et par un mouvement particulier, l'objet qïi ftstt en repos recule. Hommes publics, prp6tez.de la f oinparaison ; et si vous aimez la gloire , veillez sut ' votre renommée et suivez le mou vemem du vaisseau, #inie vous embarquez points . ,....,

( a93 ) qui ne peuvent plus être vomis que par la bôuclie.d un esclave abruti ou d'un ennemi déclaré de l'espèce humaine ; il méritqit bien qu'on honorât sa mémoire en l'associant à nos fêtes civiques , et en exposant son effigie véjiérée au milieu des cris de joie, et des. 9-Pç|(iuiation6 d'une liberté naissante et neuve.

Je lis dans les divines écritures : «c C'est ainsi , seigneur^ que vou^^vez établi l'hom* me sur les ouvrages de vos mains ^ et que vous lui avez soumis toutes Jies anciennes , .toutes les nouvelles productions de la terj;e ; c'est la créateur qui a transmis àVliomme le pouvoir sur set créatures^ en lui di&ant. aumaoïei^tde sa création : dominez sur les oiseaux • les poissons et sur tous les animaux >?.. Le domaine que Dieu a transmis à l'homme sur le$ animaiixëtoitril respecté par les barbares loix de la chasse ( i ) ?

*PMMMMè-MMM

. (i) La morale et la polinque^ont..£iddeinment liées ; elles ne peuvent sans danger se séparer d'intérêt» ni cesser de se donner la nain. Pouf êé^e àimi dj;s hbiiinies » il Ëiut leur faire du bien. La gabelle , les absurdes loix de Iz fiscalité^ les régléméns prohibitifs qui gênoient, entra*^ voient, fatlgiioient toute industrie, tout commerce^

Dans la régénération des choses politiqties \ homme est és^alà V homme : Et les ministres de ce Dieu qui a déterminé les relations que Thommé- doit avoir avec lui , ainsi que celles qui doivent régner entre les créatures , séroient-ils les dem^?rs à nous enseigner dans tontes les chaîi'es évaingéliques qûèDieù tient la balance entre tous les hoùimes , qu'ils ont tous la même origine , qu'ils sont tous <i6nduîts par la même providence ? oseroîent-ils décider que le bien - être de rhommeleplus vil en apparence , le plus ignorant et le plus pauvre né lui est pas aussi cher et aussi précieux que celui du monarque^ du philosophe et du riche ? Il y a pliisieurs hiérarchies parmi les hommes , sans doute ; mais celle qui part)ît inférieure est aussi bonne que celle (Jùi paroît supérieure , puisqu'il ne pourroit y en avoir de supérieure fi*il n'y en avoit pas d'inférieure ; c'est par cette r^on que Dieu- a trouvé également

tout travail;, Iqs chaioes» les gibets» les bourreaux , qut marchoient à la suite de ces édits monstrueux » tout cela

%t rapportoit-il aux saintes paroles de la hïhli , à Tautoritè

de la loi primitive? Nos rois ont Us été chtètien&i nos princes , nos seigneurs ont- ils été Az% hommes ?

^ ban tout ce qu'il a fait : niiit qnod esses

bonum. Quel livre que celui où il est écrîft dans un style sublime que toutes les choses^ que Dieu a faites , grandes on petites , ^ont toutes également pairfaites et dignes de» éloges de leur auteur,, dont ellçs célèbrent toutes également la gloire et la grandeur S non pas par leur& voix qui sont des âcted de créatures , et par conséquent imparfaites par elles-mêmes , mais par teiH- être , qui est im acte parfait dû créateur ; non pas parce qu'elles parlent , mais parce qu'il parle lui* même par elles , quaefaciunt ver6wn ejus l Quand onméàiteV écriture-^sainté line'clarté sumatEureHe s'y trouve' renfermée, Seroit-il. donc déraisonnable à des'chrétiens de placer YelivreanPiqiâesM miliea d'une assemblée na^ tiônale , lorsque ce livre indique la conduite qui convient le mieux à des chrétiens : Tj^ aimeras ton prochain eomme toi-même ; llorSqu'il mîet tous les hommes à leur juste valeur et les réduit conséquemment à une par&îte égalité entr'eux ;. lorsqu'on en voit sortir les meilleures loix politiques émanées de" ce précepte : V homme avec V homme ^ car sr les hommes sont placés dans tles états difFéreus les uns- de& autres , tous tendent

( a9« ) au même but d'un, ordre plus parfaite C'est

cette grande Jin qui ne doit pas être oubliée j puisque c'est de Vordre moral que doit résulter celte maxîçhe solemnelle de Tunivers érigée à la propre gloire de son auteur. L'homme superbe s'imagine que toute loi a été faite.pour lui y lorsque au contraire il a été fait lui-même pour la loi ; mais en voulant rompre follement<;es nœuds admirables ( i ) , il s'abandonne &ervileiïi,ent à la haine toujours improductive . et se précipite dans le malheur.

U unité est nécessaire. dans la loi : la nature est une; les dévbira sont les mêpies. La. justice n'a point cteux visages ; la nation n'a point de^ grands ni des petits. ; elle a 4es sages et des insepjsés , des bons et des mé* chaiis y des justes et des injustes ^ des cœurs durs et d'autres compâtissans» Jamais gouvernement quelconque n'a été conduit par

•■ -Il 'ti

(i) Ils sont passés ces jour^,de honte et de désascies

Gii les grands souverains , dans V:.hî^ tncc Aés loîï, Déshëritoient ensemble et le peuple et les rois.

(^ Le Brun.) François, vous serez grands. Le fla^abeau du génie S allume de soi-isàine où meurt la ty raoïûeg ...,.«*

(^97) un seul ; car lorsqu'un seul gouverne , il

gouverne par plusieurs. Or , dès qu'il, y a plusieurs gouvernans , mieux vaut qu'ils sqjent tous du choix du peuple. L'aristocra-' tie ressemble donc pltis au despotisme qu'àr.état démocratique , puisque c'est alors le trèspetit nombre qui veut gouverner, et très-impérieusement ; or , la monarchie, même dans ses excès, monte moins au degré du despotisme que l'aristocratie dans ses.prétentions ou . dans ses fureurs. SI les loix sont des monumens éternels de la justice ou del'injustice des hommes , on voit combien il importe qu'elles soient du moins l'ouvrage de tous. Mais gardez -vous tous d'une grandeur appuyée sur la tête d'un seul homme. L'édifice politique étaleroit bientôt ses débris après avoir frappé et blessé tous ceux qui l'habitoient.

Le charlatanisme et les cliarlatans inventent des mots illusoires, entassent des phrases obscures , à cette fin de compliquer \à,pré^ /<?/iû&/^ machine politique ; mais comme toutes les sciences ontleurs élémensy ilfaut en re« veniraux^Z^/7z^/î^ ; et je soutiens quecomme il n'y a que àes gçuveraans et Jes gouvernés , le3 vérités politiques au fond sont les plus simples de toutes , et peut-êtr^ ; beaucoup

J>ltrs à notre portée que toute autre rerît^ ; j*ai déjà pour mon prononcé les cent mille Volumes écrits sur l'histoire ; je défie que Ton me cite une seule page oh le gouverné lirait point dit au gouvernant : je suis lézé-j \ et les gouvernés s quand ils n'étoient ^^.slézés^ ont souflFert très-Ion g-tenips, etniême pen dant des siècles , des oppressions partielles ; mais quand V oppression a cru pouvoir frapper d'une manière ample, systématique^ et conséquemment dure ou cruelle ^ alors , par la loi étemelle des corps graves^ la réaction est devenue nécessairement égale à l'action. Il ne faut pas mépriser en physique les plus 'çeîùx^^ forces ; il nefautpasdédaignerenpolitique les moindres contre-forces. Quand les gouvernée ne manifestent point leurs plaintes , c'est que les gouvemans n* ont point trop mal fait ; et puis qaanàles gouvemans ont assez de vertus poursaîsir de préférence V intérêt public plutôt que leur intérêt particulier^ les gouvernés sont toujours à-peu-ptès satisfaits.

Cettenouvelleet simple théorie^ que J'ai déjà exposée ailleurs , est pour moi lapomme qui tomba de V arbre aux yeux de N&wton ; mais je n'ai pas encore achevé le livre que cette

Simple idée a fait naître en moî et qui iné fera incessamment répéter qu'il n'y a dans ïe monde politique \ sous tous les rapports les plus simples ^ les plus étendus et même les plus compliqués', que des gouvefnans et des gouvernés : bientôt tout le fatras de»s livres et des journaux disparoîtra. Mais ce qull y a de plus difficile pour tous ceux qui , au lieu de porter la massue du sauvage, soulèvent la plume de Y encrier ou le mot du dictionnaire^ c'est de s'entejidre enfin , et de bonne foi(i).

Ceux qui n'écrivent point ! eh bien I ils seront plutôt d'accord avec nous ; \q^ fédéra^ tions feront encore mieux que tous les livres. Platon semble avoir entrevu ce qui nous manquoit et ce dont nous avons fait depuis peu rheùrense et douce expérience, Platon a fait i:m^^/^z/ri? sur la nécessité de rassembler les peuples, afin, dit-il, qu'il se fasse des assem-

« :.(i) Chaque individu , ne goûtant d'autre plan de gouvernement que celui qui se rapporte à son intérêt parttCHlier y apperçoit diâicilement lès avantages qu'il doit retir^rdes- privattbiis continuelles qu'imposent les boor

nés lobL ■ J

! - ( Contrat Social , chap. 7 , liv. 2. )i

( 3qo ).

blées à des termes fixes de toutes les parties,

qui .composent la nation ; qu'à roccasion des

sacrifices les citoyens se. rendent mutuelle-^

ment de bons offices ; qu'ils se témoignent

de la bienveillance , qu'ils s'accueillent ,

qu'ils se connoissent enfin , ce qui est un

point essentiel pour le bien de l'état.

(Leg.K)

On voit que Platon conseille et recom^ mande positivement l'inverse de la maxime si long temps chère à la tyrannie^ et que nos QÏ'âLeydLntintendans avoient grand soin d'embellir et de propager, au grand contentement de la cour la plus vorace et la plus froidement inhumaine ( i ).

(i) II oc faut ni art ni science pour exercer la tyrannie; la politique qui ne consiste qu*à répandre le sang est fort bornée et de nul rafinenent.

Races futures, pourrez -vous le croire? les représentant d'une grande nadon solemnellement invoqués , soient*

sellement nommés rout-à-coup arrêtés au milieu de

leurs travaux , tout à>coup environnés à Versailles de troupes étrangères et d'une artillerie formidable^-eux , trcBiblans pour Raris , pour tous leurs concitoyens , pasf sant soixante heures de suite dans des angoisses et des allarmes successives..... et l'incroyable séance royale du 23 juin..... Oh! le ciel nous doit un nouveau Tacite pouf peindre ces jours terribles et méiàckables.

Il s\en présentera , . . • • gardez vous d'en douter ( 1 ) ; iLi'eli présentera encore dans les législatures suivantes de ces députés qui , fussent* ils en présence de satellites hauts de ceht coudées et tenarit^n main tous les ton^ nerres des couronnés y s'écrîer6nt'> àrèxemple de Mirabeaui sauveur^ t)e jour-là, de laFrance^ de la liberté ^ et même du roi désTrançoîs : Allez dire à,éeux' i^ui vous envoient que nous sommes ici par la volonté dû peuple , et que nous rCen sortirons que par la puis^ sance'des baïonnettes.

• Kotre premiei^ tiomphe , qui pouvoît et qui auroit dû s^éténdre plus loin ( 2 ) encore ,

rr • ' ...

(0 Vers de Voltaire , dans Tancrede,

{2) Les premiers jours de la révolution furent beaux ;

y mais elle auroit pu être entièrement consommée ces

]warsAk'S2m conp ftriret'Sans effusion de sang:sèm-

b]?i>\^ à Annibal 9 0Qus, nous somofes endormis à

Çapouies nous n^avions .qu*u& pis à Êiire et qu'un bras à étendre, et. tous le^ bureaux du ministère et tous les papiers: quHls reo^i^moiem, et leministeèe lui-fnême,» tout alors 4(Pit entre nos mains: ces. grands criminels 4c^leze-nation, tp^i^ snrpris.en flagrant- délit , nous appartopoiept le. 14, le, 1.5 et 16 juillet:. ce que nous pou* yioas . faire avec jusdcç ^ sans violence pendant ces ttois jours-là est absolument irrépatabki. ainsi le géniit

est un de ces évënemens qui font époque dans les annales du monde ,. et qui prépa^ reront Tindépendance de plusieurs cojitrées, où l'homme eiioore assujetti soupire tout bas vers la liberté ; on se rappelle la ligue des Achéens qui dut sa force à. Aratus et sa gloire à Philopémen ; on se souvient que quatre citoyens fondèrent la liberté helvétique ; que Guillaïune de Nassau posa la. pierre fondamentale de rédilîce que Maurice affermit par ses talens guerriers ;, pet l\o.];nme .iJUustca conmiuniqua aux HoUand.Qis la hardiesse de ses pensées et la force de son Caractère : plus heureusement organisée que les coniedéji!a«tions achaïque , suisse et hollandoise , la confédération américaine est tout à-la-fois un

monument de génie et un édifice de force et

de majesté, La réunion des parties en fait la

qui change 1» ferihè des états' ;'èiîtpe' son im/èpidité et ses lumières- 9 dépertd encore des ntititites : foibles inortels ! il y a au-dessus de nous un' pbvhfOit qui est sanr douté le même' que celui qui enchàiné l'Ocèân , et qui dit au détuge des' armes: m fCif^s pas plus lolri»

Les révolutroiTS- ne sont pas des jeux d^enfaîis, «dit Mirabeau. Notre révoludon porte encore T^mpreinte dé notre caraaere. U nous en coûtera de bien plus lobgt travaux,..., und^im-sieçle peut'fttrcr ^ « '

( 3o3) solidité 1 l'harmonie des proportions en fait la beauté ; et nous, François, venus le^ •"derniers y nous ne sommes point faits pour ne pas classer aussi notre nom parmi ceux des peuples qui ont occupé la! teixe <ie leur courage ( i ) et de leur législation .; notre .-édifice s'achève, La division des pouvoirs, -premier ramp^a^t .de la liberté ; de fortes

i«HU-

(i) Comme on est soulagé lorsqu'on trouve de loin

«n loin dans ces désc lantes annales du genre liamaln le

fiom de ces hommes rares qiii consacrererif leur génie

ou leur courage à la liberté de lètfs ■ contitoyens î

Aratus , Guillaume Tell , Nassau ^ vous êtes* 'les conso^

iareuiys de rhommersirvWe qui Ht rhi^toU^j^oa.oon-

temple. avec enthbu$^asa>e LéonidasauxTkermopiles,

GjistaVe Vasa, lorsque ,. plongé dans les. mines de la

Dalécarlie , son génie s\!f]ançant des soute^réîns qui le

'dêrôbolent à l'œil 3u 'Kran de la Suéde, mëditoit son

'expulsion et le saihit de son pajrs ; bh' afimire les

^atqve^, lorsqu'ils bravèrent le démotf durSflltdi;, et coil-

-quirent Tindépendance malgré le i4i|ç. ^AJI>é et les tr^

^rs dq Potose ; on ,adiîïire le sénat . 4^, PJjUadelphie ,

le^énie de Franklin, ces victimes généreu&es* qui jurèrent

aux mines de Waren de punir les incendiaires de

CharleS'Tovn; on applaudit enfin aux vainqueurs delà ' ' ■ "^ ' Ëj *■ ■•*•■»« t^'k"'

Iffastilie qui firent éùliOutt et si à temp^, grand Dieu ,'un

complot qui surpassoit en perfidies atrOceis tduï lés abonda niables complots dont i'IiistQire ait coiôservér le. souvenir*

(3o4) barrières opposées à l'ambition des hommes audacieux et des ministres de la religion , par la rotation continuelle des élecûons et par les bornes prescrites à Texercice du sacerdoce ; les droits de choisir et de réroquer les représentais de la liberté publique ; ceux d'interroger la législature ; d'être jugé par ses pairs ; de ne souffrir que les tributs consentis par les délégués de la nation ; l'égalité de tous , qui ne reconnoissant la supériorité d'aucun , défend l'hérédité de la noblesse et déshonneurs ; les privilèges exclusifs déclarés odieux ; le droit d'écrire ce que Ton pense ^ droit que les Tiberes v.oulurent ôter à l'homme ; l'administration gratuite de là justice ; la défense de multiplier les supplices de sang jet les peines d'infamie ; la force nftlitaire subordonjiée par-tout à la force civile ; tels sont les plus beaux traits, de notre légîs* lation constitutionnelle ; et ce ne seront plu^s des loix infamantes que recevront nos *milîces citoyennes ; la raison les dictera , l'obéissance les suivra noblement ; le soldat françoishe sera ni un insolent prétorien ni un vil automate ; obéir et tuer , c'est tout ce qu'il savoît ; mais éprouvant aujourd'hui la révolution à:^ esprit tt dés mœurs pub lique&^

portant

portant la livrée de la patrie , il sera vn hûXDXne utile et honoré. Au premier cri de la guerre il se lèvera terrible , son cœur y battra avec force , il désirera rennemi , et/ son général n'aura au-dessus de lui que ]Â talent : leur bravoure sera la même. Y

Et comment ne pas chérir une révolution qui reconnoît les droits de l'homme , qui rend au peuple sa souveraineté par la loi ^ qui forme le corps constituant des députés du peuple , qui confie au roi le pouvoir exécutif , qui abolit la servitude de la glèbe j qui affranchit les terres de l'impure féodalité, qui détruit l'opprobre de la vénalité des charges , qui supprime la chasse et les ordres monachiques , qui incorpore la noblesse %ans la nation , qui écarte du peuple la ga*belle dévorante , les dixmes et les privilèges ; une révolution qui réunit fraternellement toutes les provinces jadis séparées et presque ennemies , et qui enfin met la i^le de l'homme de génie ^ apôtre et défenseur des droits nationaux y à l'abri de toutes les foudres ministérielles ? car la communication libre des pensées ajoutera toujours à leur utilité , à leur énergie et à leur clarté.

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