‹ De J.J. RousseauChapitre 6 sur 36 · Tome L E · texte numérisé non relu

Tome L E

€Ût pu renverser avec quelques remarques un édifice que la mauvaise philosophie avoit ^ pris tant de plaisir à élever. Elle en fiit alarmée ; car si elle redoutoitpeu les attaques des théologiens , elle craignoit à juste titre la plume du moraliste ^ la plume de l'écrivain qui , dans ses moindres productions , décelé cette pénétration profonde , ce coupd'œil vif et lumineux si propres à leur auteur.

Comme ces remarques sapent le maté^ rialisme y nous nous ferons ici un devoir de publier de ces remarques les plus essentielles.

« Nous ayons , dit Helvétius , deux fa- » cultes , ou ^ si je Tose dire, àexisipuissancei » passives , dont l'existence est généralej?' ment et distinctement reconnue. L'une ^ X» est la faculté de recevoir les impressions » différentes que font sur nous les objets » extérieurs : on la nomme sensibilité phy- %i sique. L'autre , est la faculté de conserver » l'impression que ces objets ont faite sur » nous : on l'appelle mémoire ; et la mé- » moire n'est autre chose qu'une sensation » continuée, mais afFoiblie ». // me sem^ ble ^ répond le citoyen de Geneye , quUl

fiùidroit distinguer les impre^ions pure-' ment organiques et locales des impressions -qui affectent tout V individu : les premières ne sont que de simples sensations , les autres sont des sentimens. Et un peu plus bas il ajoute : Non pas : la mémoire est la faculté de se rappeller la sensation ; mais la àen*" sation même , affaiblie ^ ne dure pas coniinuellement.

ce La méinoire , selon Helvétius , ne peut » être qu'un des orgaiies de la sensibilité » physique : le principe qui sent en nous , » doit être nécessairement le principe qui » se ressouvient , puisque se ressouvenir ^ » comme je vais le prouver , n'est propreo> ment que sentir ». Je ne sais pas encore ^ 'dit Rousseau , comment il va prouver cela \ -înais je sais bien que sentir V objet présent ^ et sentir V objet absent sont deux çpératîons dont ta différence mérite bien dêirâ examinée* . '

<É Lorsque , par tute suite dé îne& idées ^ » (continue l'auteur du livre de \ esprit) oU » par l'ébranlement que certains soiis caur» sent dans l'organe dé tnon oreille , je meî » rappelle l'image d'un chêne ; alors mes ï» organes intérieurs doivent nécessairement

n se trouver à-peu-près dans la même si* a» tuation où ils étoient à la rue de ce chêne. » Or y cette situation des organes doit in- >> contestablement produire une sensationr : 9> il est donc évident que se ressouvenir ^ » c'est sentir i?. Oui ^ dit Rousseau, yas vrganes intérieurs se trouvent , àla vérité j dans la même situation oii ils étoient à la vue du chêne y mais par V effet dune opé'^ ration très-différente j et quant à ce que vous dites que cette situation doit produire une sensation \ qu^appellez-vous sensation P Si une sensation est V impression transmise par l'organe extérieur à l^ organe intérieur^ la situation de t organe intérieur a beau être supposée la m,ême , celle de t organe exté^ rieur manquant ^ ce défaut seul suffit pour distinguer le souvenir de la sensation. D'ailleurs^ il n! est pas vrai que la situation dm V organe intérieur soit la même dans la mé-* moire et dans la sensation} autrement , il seroit impossible de distinguer le souvenir de la sensation d avec la sensation : aussi Fauteur se sauve-t-il par un a-peu-près ; mais une situation d organe qui ri est qiûà^ peu •près la même ne doit pas produira exactement le même effet. A côté de ces

mots d*Hclvétîu8 : «c il est donc évident que » se ressouvenir , c'est sentir , c* le philo- 3» sophe de Geneye remarque \ Il y a cette différence , que la mémoire produit une sensation semblable ^ et non pas le sentiment ^ et cette différence encore ^ que la cause rC est pas la même.

» Ce principe posé, (ajoute l'auteur du livf e >> de \! Esprit) je dis encore que c'est dans » la capacité que nous avons d'appercevoir s> les ressemblances ou les difïerences , leis- » convenances ou les disconvenances qu'ont y^ cntr'eux les objeta divers, que consistent 30 toutes les opérations de l'esprit : or cette » capacité n'est que la sensibilité physique » même : tout se réduit donc à sentir, » Voici qui est plaisant ^ s'écrie son adversaire : après avoir légèrement affrmé qu ap- ' percevoir et comparer sont la même chose ^ V auteur conclut ^ en grand appareil ^ quejuger c'est sentir» La conclusion me paroît claire > mais €*est de t antécédent qu'il, s^agit.

Helvétius répète ainsi, d'une autre manière , la coiiséquence qu'il tire du même principe :.

n La conclusion de ce que je viens de dire^^

>5 c'est que si tous les mots àes diverses lan-

» gués ne désignent jamais que des objets , 90 ou les rapports de ces objets avec nous » et entr'eux, tout l'esprit , par conséquent, . /^> consiste à comparer et nos sensations et . :)3 nos idées , c'est-à-dire , à voir les ressemx> blances et les différences, les convenances » et les disconvenandes qu'elles ont entre- :>5 elles : or , comme le jugement n'est que >3 cette appercevance elle - même ^ ou du :>> moins que le prononcé de cette apper- >3 cevance, il s'ensuit que toutes les opéra- » tions de l'esprit se réduisent à juger, ^y' Appercevùir les objets ^ remarque Rousseau, c^est sentir; appercevoir les rapports ^ c^est juger.

Cette distinction est la plus forte objection que renfermefit ces notes : Helvétius en convient lui-même.

Nous suivrons ici les principales idées de Rousseau émanées de ses divers écrits poliitiques, ou celles qu'ils nous ont fait naître, .

Tous les n^ots de la politique se fondent dans la métaphysique dès qu'on leur ôte Vidée primitive çt. matérielle. Les mots ^zi/-^ forité j puissance ^ liberté ^ (mots sacrés qui Qccupent aujourd'biû touses les bouches, .

iv )

et dont dépend le bonheur. public, ) admettent tour-à-tour les contraires. Un peuple sage et éclairé- devroit commencer par ^^e faire Hn vocabulaire où les mots principaux dé la politique, et r|ui servent de base à toutes les discussions, fussent expliqués d\iue manière claire, exacte et précise ; faute d^avoir dëlemiîné le sens des mots^ on parle souvent sans s'entendre ; à la place de ces mots illusoires , mettez des poids matériels; suivez ^autorité souveraine de la nature qui veut, que tout se balance ou se combatte. On veut à toute force créer la société, et c'est la naitûre qui Ta faite ; elle existe indé«> pendamment des plus mauvaises loix , et l'audace de la liberté ne peut pas plus la renverser que Taudace de la tyrannie.

Les obligations réciproques mettront toujotws deux puissances dans un certain équî« libre ; la nature n'a pas voulu que rhomm© pût détruire la société dans les troubles les plus extraordinaires; elle se recompose d'ellemême ; les hommes , amis du repos et du bonheur , ne s'agitent que malgré eux , et lorsqu'il faut s'agiter; car les hommes n'ai? ment point à troubler Tharmonie sociale ; ils aipxent au contraire la paiiiS ^ et ils ont

une forte tendance vers le grand but du repoa

général.

N'allez donc pas , impruden#^ écrivains , forcer les mots de la langue politique dans leur dernier retranchement , car rien ne seroit plus dangereux : pesez en gros , et laissez aux hommes à faire le reste, La législation dépend-elle d'une foule d'exprès* fiions obscures ? L'ordre social tient-il à des phrases ? La politique est une science jjra^ tique et non spéculative ; il y a une foule de petites loix usuelles > nécessaires , indes-» tx^uctibles, qid alimentent telleiûent le çorp9 social qu'il pourroit se passer à ta rigueur de ces loix hautaines^ auxquelles on attacha tant d'importance \ tout est dépendant par-^ mi les associations humaines. Or^ dès qu'il n'y a plus de consentement général y la loi ou la coutume s'évanouit ; la loi n'est dpnc qu'un remède ; et les loix seront toujours bien observées, lorsqu'elles ne renfermeront rien dç ç.ont;*aire aux intérêts de la na^ tion.

Le contrat social, qu'on obscurcit sous tant de mots vagues, se renouvelle naturellement ^X matériellement chaque jour ; il lie les

membres de fa SQçieté , car #lle ç?:ist§

indëpendamment des loîx politique^; elle

réagît contre la force oppressive ; le pouvoir législatif est visùblement infus dans tous les citoyens ; et que la nation soit assemblée , qu'elle ne le soit pas , elle exerce toujours la souveraineté , parce que, comme la mer , elle rejette hors de son sein tout ce qui lui est étranger ou nuisible,

Les^idées de gouvernement s'embrouillent trop facilement sous la plume des publicistes; ils deviennent esclaves des termes qu'ils ont forgés, ainsi que ce statuaire qui se prosterîioit devant sdh ouvrage. Des poids matériels en politique, desexpressionsjpopulaireSj, des loix usuelles^ et rien de plus; le reste est charlatanisme.

Le gouvernement n'est et ne peut être que Je résultat des luniieres universellement répandues ; la société éprouve des divisions intestines , qui ne sont que des réactions inhérentes à des individus matériels, mais qui servent au maintien ou au redressement des droits de Thumanîté. Pour perfectionner tel gouvernement^ il ne s'agit que de le décomposer ; mais il n'est pas anéanti pour cela, il s'en faut de beaucoup; car il se recompose pramptemçnt selon les circo;asta8ices et le9

fctrsoïiTS ; c'est la nature qui fait le gouver- Mcent,. et c'est rhamme qui le modifie à soa gré « Le gouvernement est toujours légitime Iwrsqu'^îl défait ce qui à été essentîeUenient Kual fait z torrt homme est magistrat dès qu^on. aliesoïn d'un magistrat, comme tout homme est soldat dès. qu'il s^agit de défendre ses loyers ;. qu'importe que les formes les plus ajHtîqTreacliangent, pourvu que Tordre social suhsî&te; ce n'est ni là robe , ni le rabat, nî lâi finance d'une charge qui constitueiit la aiagistrature ? c'est le service rendu , le service prompt ; le gouvernement appartient à qjttr sait faire le mieux ; alora tout obéit êi ïîntellrgence , au courage; et comme toute «KLveraineté émane du peuple, le peuplé est le réservoir étemel d'où sort toute magistrature ;i tout pouvoir législatif et exé^ cutîf^

Lisons riiistaire , elle change de face ,; parce que tout est changeant et mobile ^ c>ommé étant saurais à la farce intelligente • Maïs, le fonds des choses subsiste , car la société est inébranlable, et transforme en ses propres éiéniens la puissance téméraire qui ï'itttaque ; la société survit et bientôt elle commande ; c'est elle qui ordonne toute ré»

génération ; et alors commfent Fopérer sans

des ehangemens considérables ; comment fondre la statue sans mettre là matière en fiision'

Il fiieroit presque aussi ridicule alors de vouloir remonter à des usages - antiques et^ barbares , que si on vouloit faire des loix qui nfe seroient exécutées qu'à Tépoque fiitùjfe de cinq où six siècles. Quel oubli , quel mépris de soi-même dans ces hautes cir-* constances, de jetter sa raison à ses pieds' pour ressusciter celleT' de ces vieux féodklistes qui étoient Tignorance même ! Tout' devant être subordonné à la félicité générale, dès que la nation est appellée à la discussion de ses granpds intérêts, elle ne doit point perdre l'heureux moment d'une refonte «générale*; c'est une régénération entière : or, tout est compris dans ce mot; les baâes de la société, loin d'en être ébranlées^ èii seront rafïermies , parce que c'est l'agitation qui épure tout gouverneinent.

Ces idées politiques et fécondes dë'Rous* seau, il les rappelle fréquemment, mais sous des termes quelquefois obscurs ; il croif trop' volontiers aux constitutions rîgoureusemeiitdéterminées ; il n'appernoît pus toujours kif

(70 Tarîatlons qui rapprochent les gôuyenleftent

les uns des autres ; de sorte qu'à Texamen , ils ne sont que conformes ou plutôt modelés sur l'esprit des peuples , et changent avec leurs idées. Point de vue nouveau qui pourroit écarter tous ces termes que notre imagination a créés , et qui ne rendent qu'imparfaitement la véritable physionomie de tel gouvernement ; tous à la lettre (osons le dire) sont mixtes, et peuvent prendre plusieurs modifications sans que l'état social s'en ressente beaucoup , pourvu que les petites loix qui tiennent aux habitudes des peuples et les loix usuelles dites de police V soient observées. Or , celles-ci sont vérita-i blement indestructibles j se renouvellent, d'elles-mêmes, et vivent encore au milieu de& plus grandes secousses. Les publicistes bor-* nés ne font jamais de ces distinctions nécessaires ; on diroit que l^s événemens , les pas^ fiions et les hommes^ doivent être ençhatnés> dans le cercle de leurs dénominations fantas« ques^ ou obéir à leur nomenclature.'

Rousseau s'est aveuglé long -temps sur Genève et sur ses concitoyens ; la petite vill» de Genève a toujours été entichée^ depuis. Calvin, de l'esprit de rigorisme et de pédan^

tîsme. Au tracas théologîque dont elle a rempli l'Europe elle à fait succéder un tra-* cas politique non moins bruyant ; . c'est un vrai séminaire d'argumentateurs , sophistiquant en termes non encore conyenus sur les droits politiques. La manie de vouloir figurer comme une republique ancienne tourmente cette petite cité. Les Genevois, en général assez enclins à un charlatanisme grave , et portant un caractère équivoque ^ enflent leur voix et leur style dès qu'ils parlent; de leur patrie et de leur liberté. C'est la fable des bâtons fiottans; de Ipin on croiroit que c'est un gouvernement , de près ce sont les chétifs débats d'un monastère ; beaucoup de chicane , d'entêtement , de subtilités , tout cela forme une vraie parodie des anciennes républiques , et les Genevois ne cessent de donner de l'imposant à leur risible parodie, car c'est d'un air très-sérieux qu'ils font les Romains. Rousseau, dans sa pompeuse dédicace à la République de Genève^ a saisi l'enthousiasme conventionnel. Il s'est cnx , et il s'est dessiné comme un citoyen de l'ancienne capitale du monde ; mais il fut fort mal récompensé de ses phrases magnifiques^ etdo l'eucens prodigué aux 200 magni-

Jaques seigneurs. Les théologiens protestans, encore plus durs , plus inflexibles, quand ils 8*y mettent, que les théologiens catholiques, lui fermèrent les portes du monastère ; les . arîstocra,tes lui avoient préparé cet affront , . parce qu'il avoit favorisé ( mais rien qu'en apparence) la cause du peuple : tous ces .professeurs en politique ne virent pas que . Kousseau n'étoit point le plus grand ami , l'ami le plus décidé de la démocratie proprement dite. Depuis cette époque le peuple, se regardant comme le souverain unique , voulut^ exercer contre les natifs ce même pouvoir arbitraire qu'il avoit condamné dans ses magistrats ; tant le droit naturel est faci^ lement oublié de ceux même qui verbiagent le plus longuement et le plus obscurément sur le droit politique.

Mais Genève a de l'or ( i ) , c'est l'idole du pays ; l'or des aristocrates, qui aimèrent

(0 Notre auteur, très-versé dans la théorie des matières politiques , ne Tétoit point dans la finance d'un état , re« lative à la dette publique ou nationale ; ce qui fait Voir que dans une science quelconque , on peut être tout à côté d'une de ses branches et la méconnbître. Jamais Rousseau n'a conçu ni connu ce que pouvoit produire

< 79 ) mieux être haïs avec leur autorite odieuse,

cjue d'être respectés sans elle ; cet or perfide gagna dans les bureaux de Versailles

Vabondanci du sîgnt , la facilité du crédit ; il n'étoît point nou fait de ce mouvement qui crée la richesse et multiplie par-fout les secours réciproques. Ennemi , par sa morale «évere, des capitalistes ^ àts financiers et des banquiers^ détestant leurs profits extraordinaires , il avoir confondu avec Vagiotuge cet art profond de parer au dérangement de l'économie publique ; il n'avoit jamais bien compris la Ibrce du papicr-monnoie , qui tantôt éloigne une banque* t<oute toujours voisine de Tanarchie, tantôt double réellecnent la vigueur du corps politique ; c*est qu il n*avoît pas assez réfléchi sur le signe métallique , sur son mou» Yement générateur , et sur le papitr-mo/inoie endn , qui le * remplace si facilement dans son absence , et qui obtient quelquefois la préférence sur Tor et l'argent par sa circulation rapide. Frappant de son mépris la vile classe d'agioteurs sortis en foule de sa petite et avaricieuse rè^u* bUque , il ignoroit qu'il y eût au-de^us des ruses ex des perfidies de Vagiotage une science neuve qui , dans des cas difficiles^ pouvoit consoler de la disette du numéraire, tassurer les créanciers de l'état , redonner cours aux finances publiques, et sauver par-là même les travaux da commerce et les productions de l'industrie.

Si b plus petite chose a de la valeur comme la pltis grande, où trouver le signe qui dégage tout à-la fois les terres de leur stérilité » le commerce de ses ballots p

les commis, et les commis cVtui itiinî^tre ennemi par réflexion et par caracetre de tout gouvernement tant soit peu république* Cô

les, ouvriers de toute espèce de leur mortelle oisiveté? c^sst la science dont je parle , c'est elle qui supplée à la nature, laquelle a borné le signe métallique; cette science» neuve à tant dlégards , en substitue un fictif et créateur^ acnf et rapide , qui fait que tant de choses invendue» cessent de Têtre; et c'est par-là qu'une nation industrieuse devient beaucoup plus riche par son travail et par ses échanges que par tout Tor qu'elle possède ou qu'elle pourroit posséder.

Rousseau eût donc été fort surpris de voir entrer dans la politiqne de la révolution actuelle une résolution d« la nature des as signât s-monnoie ; résolution grande ec ferme combattue par les génies bornés ; car ce n'étoit pas une ressource vulgaire qu'il falloir appeller. On se sou* viendra éternellement que M. Necker a combattu ce moyen de salut sans savoir rien mettre à sa place; tout son génie avoit consisté à emprunter , à emprumer^ à em^ pruntery et puis à pédantiser ^ à pédantiser, à pédantUer ^ ce qui prouve qu'un livrîer n'est pas encore un homme ' fétat^ Ressuscitez LaW à la place de Necker, vous auriez vu le grand homme corriger ses plans , se mettre tout-à* coup au niveau de la révolution , et marcher majestueusement à l'immortalité , en embrassant la constitution et la régénéradon françoise avec une fermeté imposante digne d'elle et de lui.La^ étoit né pour monter au sommet

ministre

( 8i ) ministre sombre, absolument privé des reseources du génie , n'auroit voulu voir en Europe que des monarques absolus et des Sujets doués d*une obéissance parfaite, parce qu'alors sa place ministérielle devenoit plus facile et étoit toute consolidée; les commis ne devoient-ils pas encore trouver cet arrangement le meilleur des ordres possibles. Les citoyens de Genève qui parloient incessamment de liberté sur un territoire voisin de la France ; Tindépendance d'une république ou son fantôme ; tout cela efFarouchoit le ministre et le corps diplomatique. Le minis-^ tere abandonna aux commis le plein pouvoir d'exercer leurs talens de dissection sur les chefs du parti populaire , afin de faire cesser

de rédifice sans que la tète lui tournât. Necker avoît si bleqi commencé! et puis la peur le saisit quand tout sHUumine et s'agrandit autour de lui de force et de clarté : ses idées n'avoient donc pas leur germe dans sa tête ; son carac« tcrc n'étoit pas marié avec sa plume ; c'est bien dommage; dans les places élevées c'est le caractère qui fait tout ; car , tous tant que nous sommes , nous ne manquons point de connoissances , ou bien nous en empruntons ^ ce qui revient au même, et ce qui ^st si facile aujourd'hui.

l'ôxemple scandaleux d'une petite république enclavée dans les terres de France , et de donner aux têtes couronnées l'exemple édifiant de cette même république dissoute; c'étçit d'ailleurs une petite expérience à tenter sur un état infime ; faciamus expe^ rienûam in anima viU.

Les commis de Versailles n'eurent pas depeine à séduire les cabinets de Turin et de Serne ; le cabinet de Turin seroit à coup sûr le plus tyrannique de tous^ s'il avoit la force nécessaire pour tout courber; l'insolence aristocratique ayant son trône à Berne, et ce eénat redoutant le spectacle de l'égalité républicaine , voudroit briser tout ce qui rappelle des formes démocratiques. Genève plus polie , plus instruite et plus libre que Berne, lui étoît odieuse ; on vit àonc trois puissances environner soudain la petite ville de Genève pour la foudroyer, et Içs chefs du parti populaire épouvantés eux-mêmes de leurs succès, être obligés de revenir sur leurs pas, de dissuader , de tromper le peuple, pour sauver tout à la fois la petite cité du canon et leurs têtes de la potence (i). Le misérable orgueil de

( 1 ) Le baoç[uier Qayieres ^ ua des ixiléi , coiini^

< 83 ) Berne s'enfla de Thimiiliation de sa rivale } or^Rpusseau ^itloin, lorsqu'il faisoit sa fastueuse dédicace, de prévenir que telle seroit l'issue des innombrables et sophistiques argumens sortis du séminaire de la bavarde politique , et dont ils avoieïit occupé et fatigué tous les lecteurs de France, d'Allemagne, d'Italie, etc. Jamais la métaphysique la plus abstraite , la plus subtile n'avoit enfanté des argumens plus captieux ^ plus longs , plus insolubles, et sur-tout plus frivoles. Les écrî-

depuis par dds ouvrages de finances pleins de sagacité et de lumières sûres , a joué dans cet événement un rôle <)ul feroit le sujet d'une très-plaisante comédie : voilà ce que le bon J. J. Rousseau n'auroit jamais pu croire , en« core moins deviner. Le Genevois est né très-sérieux , et il ne se doute pas à quel point il est souvent un personnage comique ; le célèbre N*** seroit encore un homme à peindre sous un rapport très-plaisant : je n'ai vu nulle part des originaux comme à Genève et dans les environs. Tout poëte dramatique y devroit faire un petit voyage ; l'amour de l'instruction, joint à l'amour excessif du gain ; le penchant inné à préceptoriser , les prétentions exclusives à la politique transcendante , la sagacité de l'agiotage, l'affectation perpétuelle de la dignité dans les moin* dres emplois , tout ce mélange en fait une ville à part, et très- propre à divertir un observateur; c'est un cloitrt cm ne «ait pas ce qu*U recelé de bon comique»

Taîns genevois, de bonne ou (i| matiTaîse foi, sortis de cette école turbulente , n'ont rien à reprocher aux sorbonistes les plus obstiné,; ou les plus pointilleux.

Rousseau pourroit être rangé parmi les pondérateurs ; mais si Ton a trop abusé de ce système , il faut bien se garder d'en rejeter ridée primitive ; elle tient à la nature éternelle des choses ; la puissance de l'équilibre est une force qui soutient le monde physique , et qui maintient ensuite ses formes politiques; l'équilibre s'oppose au bouleversement et met en paix les sociétés par une crainte mutuelle ; alors l'harmonie est une force qui ne se fait jamais sentir et qui devient invincible : point de paix long- temps assurée tant que les pouvoirs ne seront pas balancés , les tendances réglées , les limites posées ; et quand les forces sont mal d'accord , quand elles ne «ont point contre-balancées , l'homme alors ne peut Jouir du calme de sa demeure ; ce qui est élevé domine trop , et tou5 les mouvemens de viennent irréguliers, parce que les extrêmes de la hauteur et de l'abaissement ne sont pas rapprochés par la juste proportion des dégrés intermédiaires.

L'iiarmonîe des sociétés est peut-être la même que celle des élémens; c'est cette loi qui doit régner, pour que la foible humanité ne 6oit pas la victime des querelles despuissans^ La nature, dans la séparation qu'elle a faite des contrée^ , tend incessamment à l'harmoaaie. Si la terre et l'homme sont faits l'un pour l'autre, ce* qui est évident, il faut que la politique imite cet accord sublime , afin que les différentes classes soient rangées dans l'ordre de leur valeur , et non dan&LJ^ordre in-» sensé de leurs prétentions* . Si l'on voit les fureurs de l'océan contemues par des rives doucement inclinées et qui semblent ne lui opposer aucune résistance ; si l'on voit ces vagues qui ébranlent les rochers les plus fermes venir expirer sur un sable mobile où elles soulèvent à peine les frêles coquilles ;. ainsi le corps militaire doit reculer devant le corps législatif, et celuici n'avoir rien à redouter de son voisinage. Si les mers font la paix avec leurs rivages ; si les domaines des tempêtes et des orages sont circonscrits , comment la force armée ne seroit-elle pas soumise à Tordre^ à la loi ? et la société pourroit-elle exister êi ce déluge d'armes étoit toujours prêt

à ravager les habitations des citoyens (i) ?

De quel péril ne sortons-nous pas à cet

égard ? jusqu'où le délira de l'ancien gou-

Yernement ne s'étoit-il pas porté , en osant

ftm

(i) Voilà pourquoi nous avons encore peur d'un monarque, et que nous trouvons sa physionomie eflrayante, parce que nous nous souvenons des maux passés ; mais aujourd'hui que la constitution empêche que les soldats ne soient métamorphosés en bourreaux ; aujourd'hui que l'esprit publinriÉBffle de toutes parts, conserverons-nous la même terreiir7 aurons-nous peur d'un roi ? Il nous en faut un : il faut ^n grand roi à une grande nation ; il est le point central et nécessaire ; toutes les parties de l'Europe se correspondent, il faut un cabinet qui réunisse la célérité à la force. On ne peut donc pas s'éloigner da> la constitution monarchique , c'est-à-dire, d'un centre actif doué d'une force permanente; la splendeur du royaume lient à ce point principal ; le cabinet du monarque est le consistoire ordinaire de la patrie et le siège primitif des opérations extcrieiu^s.

Il est à craindre, direz -vous, que l'aristocratie des grands ne veuille établir la guerre sous son nom. Les m* sensés ! ils ne voient point la masse nationale ; ils igno* rcnt que le siècle est mûr pour la liberté ; d'ailleurs Titt* térêt du monarque et celui de la nation ne sonMls pa^ évidemment le même? Il faut donc bien se garder dtf circonscrire son pouvoir dans des bornes trop étroites ^ indigqes de la mia)esté d'un grand peuplç et du cbef qMÎ

c<)ilceyoîr le projet d'étouffer à jamais k liberté par le poids de rarmée? mais pour avoir trop voulu détacher le soldat de la patrie , le despotisme trompé dans ses fureurâi Va rendu citoyen. Le despotisme avoît dénaturé la force militaire ou la puissance publique ; il la faisoit servir à violer les sanctuaires de la justice , à forcer Tenregistrement , à étouffer les réclamations des provinces , à servir les caprices des intendans ^ à garder les prisons de Tétot , à vexer la li* berté nationale jusques dans Jes salles d& comédie ; des gardes-du-corps étaient les archers des magistrats ; les gouverneurs de» provinces et les coramandans des moindres, cités violentoient les tribunaux, et don-* noient fréquemment au reste de l'Europe c© bisarre et nagnstrueux spectacle. J.J. Rousseauy dans ses écrits , laisse échapper en plusieurs endroits le mépris qu'il avoit pour le soldat qui n'étoit plus citoyen et qui de^

«M«a»>«m««aM«aiBHinNn«Ha>i*""^HtMHM|a^Hi

le représente. Heureuse réunion du peuple el du trône i

soyez toujours vivante ! car telle est la force des empires:

le trône et le peuple sont faits pour être joints par utf

ftœud indissoluble. Cest ce que Licurgue avoît se^ lors*

gu*U ne Touloit qu^un peuple et un roi*

venoît rennemi des citoyens ; cette idée affreuse le tourmentoit, ainsi que tous ceux qui avoient refléchi sur les constitutions anciennes et modernes , non totalement dégradées.

Dans toutes les villes de France on avoît créé des places militaires ; et des causes purement civiles ou du ressort de la police ordinaire étoient jugées par des conam.andans qui avoient usurpé le glaive de la justice ; on ne pouyroit traverser les villes de guerre sans gémir sur l'avilisement de la bourgeoisie, et sans être indigné de l'audace insolente de Tofficier ; il avoit condamné le soldat à être un automate cruel , un mannequin exterminateur ; il falloit que le peuple stipendiât ceux qui aidoient à le subjuguer. Le roi seul avoit des soldats , Itepatrie n'en avoît pas ; elle étoit réduite à redouter en temps de paix ces légions qui , après avoir fait la guerre au-dehors contre les ennemis de l'état, en recommençoient une autre contre leurs concitoyens : c'étoit toujours la force militaire qu'on opposoit aux premiers efforts de la liberté : mais l'excès a son terme ; l'aveuglement et l'esprit de vertige égara les ministres et la cour \ ils ne crurent

' pas à Pexplosioii clvique,parce que tout sen- '

timent un peu élevé étoit loin de leurs âmes comme de leur conception. Disons-le à la gloire des soldats ^plutôt qu'à celle de l'officier , le premier cri du patriotisme sortît du sein de ces légions que le despotisme croyoit avoir iaqonnées a. l^ homicide sans ré-

Jlexion. Le dieu des armées ne voulut pas que le François fût avili plus long-temps au point de voir le soldat porter la mort et la flamme dans le sein ou dans la ville qui l'avoit vu naître; cet odieux abrutissement de l'espèce humaine a pris fin , parce que le

' Boldat (ainsi qu'on Ta dit si énergiquement) a'est souvenu qu'il étoit homme •

Il est privé enfin de ce terrible et dangereux ascendant , le pouvoir exécutif ! mais sera-t-il privé en même temps de la faculté heureuse de diriger, de modérer ou régler le pouvoir législatif? Voilà la question la plus importante à résoudre ; point de doute qu'un roi constitutionnel et vertueux ne puisse ( dans telle circonstance ) sauver le peuple d'un sénat injuste ; la force appartient à celui qui en fait le meilleur usage : tout ce qui rétablit l'équilibre ^ tout ce qui brise une tyrannie quelconque , n'a pas besoin d'un

mandat pâitlculier pour agir , et quand Olf x^efait rien de contraire à l'intérêt des hom-^ ânes, ceux-ci sont toujours prêts à vous ap^ plaudir. Ouï , je le dis hg-rtsment, si le pou^ roirlég-slc^'Ji é-coi; cltier, insolent, corrom-» pu, il faudroit se jetler dani L$ bras du pouvoir er.écr.t^r; c-iv ( que Ton ne s'y trompa pas , ) il n'y a point d'unité dans le corpa social sous le rapport vraiment politique ; îl n'y a que deux forces oui se combattent ; l'unité du pouvoir est une perfection chimérique que l'on n'a vue nulle part, et qui n'est point faite pour les hommes ; qui , sî elle existoit, ne dureroit pas long-temps. Il faut deux pouvoirs qui so sarvoiUent^ se combattent, se balancent; alors la réaction devient toujours égale à l'action, et la liberté, la liberté la plus jalouse, s'assied entre ces deux chocs. L'union intime de ce» lieux pouvoirs les corromproit également \ il faut pour notre salut qu'ils soient perpétuellement en discorda ; c'est alors qu'ils sd joignent non pour opprimer^ mais pour ser« vir la patrie.

Quiconque ne comprendra pas la néces^ sîté de cette opposition perpétuelle , qui, ei|

£|tigusuat la loi ^ l'épurç^ n'aura ^u'ime \Si%

fausse du corps social ; il ne comprendra

point qu'il lui importe d'avoir à se réfugier alternativement tantôt d'un côté , tantôt de l'autre, et à se sauver ainsi de toute oppression en mettant les s:ouvemans dans la nécessité de protéger, de défendre , de se réunir au tout , de lui obéir , et de ne demeurer libres de tout faire que pour le hien de tous.

C'est donc un principe incontestable, que la puissance ou l'autorité suprême des états doit être partagée en deux forces qui se combattent sans cesse ; Tune fera obéir Tautre , et par cet effet même, d'une manière toujours conforme à la volonté générale ; elle est là qui veille et qui juge le combat ; mais pour triompher plus sûrement , il faut qu'elle passe par les utiles épreuves de la résistance.

Quand la volonté générale est blessée,' c'est qu'une des deux força surmonte l'autre y l'opprime ou l'épouvante : alors il eil résulte une convulsion dans le corps politique ; si c'est la volonté générale qui est op-* primée , l'acte qui venge la nation s'appella patriotisme ; si c'est la force partielle ou dé-^

léguée qui vient à bout de doioiner , ou «J

ce n'est qu'une trop foible portion d'îndi- Tidus qui s'cleve , l'acte alors s'appelle ré-^ hellioîi; et enfin (puisqu'il faut le dire) \% succès délcnninera , (non toujours la justice de la cause, ) mais bien les couleurs sous lesquelles on la peindra. Or , qui ne voit dans la forme et l'crganisati'^n de ce corps inoral qu'on appelle état , société, V équilibre niaitre d'un combat. La volonté des individus se partage pour se surveiller , pour se servir l'un à l'autre de contre-poids, pour se perfectionner par la censure active et vigilante^ et par-là même il n'y a pas de souverain longtemps arbitraire; chaque parti tour-à-tour fait fléchir son antagoniste et fléchit lui-même \ voilà le point central du balancement respectif qui empêche le plus grand des maux^ la dissolution. On peut donc comparer la société à une voûte où tout fait poids , ré-' fiistance, et qui s'appuye sur elle-même.

Il y a ensuite deux sortes de loix , les loix faites et les loix non faites. Les loix non faites existent ainsi que la loi de société existe avant la société. La vérité existe avant les choses. Les loix mathématiques sont avant l'existence des lignes ou des signes;, ainsi la légiblation de la nature existe ayant

les sociétés. Il y a donc toujours une loi

non faite, qui est par elle-même une justice intrinsèque et universelle, et qui dort jusqu'à ce qu'on la réveille , pour régler les justes tendances de chaque individu.

Suivant cette loi non faite , mais qui s'élance tout à coup de la volonté générale^ on voit que l'homme est destiné à vivre en Bociété avec d'autres hommes. Les loix non faites sont ce qu'on appelle droits des gens ^ loix invariables et éternelles qui obligent également toute la société humaine.

Les loix se sont formées par des acci*' dens particuliers au milieu desquels telle conduite aura été universellement approuvée; La guerre ejle-même a commencé , parce que tous ont approuvé qu'un homme pût faire violence à un autre homme qui avoit offensé la justice universelle, ou qui avoit blessé les droits particuliers : il n'y avoit point de raison alors pourquoi on pût faire cette violence plutôt avoc le fèr qu'avec le poison; m^ je pense que quelque cas particulier , dans lequel on se sera servi à-epoi-^ son^ aura été universellement désapprouvé ; et dês-lors la ressource du j^oi^o/z aura été regardée avec horreur. Si , lorsqu'on s'est

servi pour la première fois de la poudre à

canon, on eût témoigné une pareille indi« * gnation, on eût peut-être proscrit cette horrible découverte ; et si quelque puissance se servoit aujourd'hui d'une nouvelle ma-' chine infernale qui écraseroit à coup sûr une ville entière , elle seroit proscrite sans doute par un consentement tacite ; du moins j'aime aie croire.

Toutes les loix ecî-ites ^ loix civiles , loix morales , loix de traditions , ne sont , à le bien prendre, que des moyens inventés pour nous faciliter l'intelligence et l'exécution des loix Tion faites .Ce sont des échelons pour nous conduire à la grande loi que la nature dicte à tous les hommes. Loi non faite ^ mais qui embrasse tout ce qui est créé , et ce qui existoit avant qu'aucun être fût créé ; cette loi non faite est la grande loi positive , et celle qui donnera à la nature humaine la perfection dont elle est susceptible. Les loix nonjaites sont enfin les meilleures de toutes, et sont nécessairement supérieures aux loix écrites.

Les constitutions politiques se varient ^ parce que l'esprit dçs différentes puissances .

t95) M^hûXige arec lês événemens (i) ; maïs il esl^

ides bases qu*on apperçoit dans tout gouver-

cement : on y voit , pour ainsi dire , trois

portes d'autorités ; la puissance législative ^

la puissance executive et la puissance judi*

ciaire : réunisses ces trois autorités dans uj\

setd homme , vous aurez ce qu'on appelU

un despote. Maître dès loix selon son ca*

mmmÊÊmmmummmmmmmmmtmmmmmmmmmmmmÊmimimÊmmimtmmmÊmmmÊmmmÊmÊmmmmmmÊÊmmmÊmamm

. ( I ) Il y a plus ; ler. loix ne sont au fond que des remèdes : je suis très - fondé à croire que Thomme de tous les pays n'est plus» au commencement d'une année, ni lo même homme , ni le mkmt individu que l'année précédente; il s'est fait nécessairement dans ses idées une révolution , qui pour être insensible n'en est pas moins réelle* Que signifie donc cet emprunt perpétuel des codes^ soit andques, soit étrangers , ces imitations qui jamais ne s'accordent pour la félicité des peuples, et qui contrarient leurs nouveaux principes ? Le monument * des loix n'a point de base quand il n'est pas conforme à ropiniou et à la marche des idées : tout dans l'univers , de son centre à sa circonférence, subit un changement successif; le génie des nations change lui-même , et la législation la plus haute, la plus prévoyante , ne peut trouver aucune donnée nulle part ailleurs que dans le génie actuel du peuple pour le constituer actuellement ; la variation de chaque siècle (accidentelle et nécessaire ) forme donc l'esprit de chaque siècle; et Rousseau ne voyoit dan^ le respect pour les usages ^ qu'une servitude éternçile de f esprit humaÛB.

price, c'est-à-dîre , les faisant à son gré^.

et les faisant exécuter quand et comme il lui plaît ; c'est ce que le Choiseuil croyoit, c'est ce que le Meaupou vouloît : or ^ la raison ne démontre-t-elle pas la puissance légis* lative séparée de la puissance executive ? sans quoi il n'y a plus que des êtres passi6^ plus de volonté nationale , plus de règles ; la force et la violence décideront toutes choses*

Il faut, dit-on, (on le croyoît) que ces trois puissances se balancent réciproquement, afia qu'un homme n# puisse point en opprimer un autre. Tout gouvernement devient raisonnable dès qu'on n'y voit jamais la puissance législative unie à la puissance executive , ni l'executive à la judiciaire. Dans les gouvememens anciens , presque tous les peuples ne connurent ni le despotisme , ni la monarchie ; car si la puissance législative rési doit dans un corps particulier, ou l'exé» cution dans leurs rois , la judiciaire appartenolt au peuple ; si le peuple ou ses représentans avoit la puissance législative, l'exécutiye appartenoit au roi , ou même à quel* que tribunal particulier.

La puissance législative appartint aux deux

pr^nuers

premiers rois de Rome , mais Tullus-Hosti-

lius réchangea contre Texécutive; alors, la législative resta au sénat et la judiciaire au peuple: le combat desHoraces et desCuriaces fut ordonné par Tullus , chef des armées ; mais le peuple , malgré la loi du sénat qui condamnoit à mort quiconque tuoit quelqu'un, jugea la cause dTIorace et le renvoya absous. Les consuls héritèrent de la puissance executive qu'avoient les rois, et le sénat retint la législative pour laisser aux tribunaux la judiciaire.

On a pu simplifier en France là machin© politique en n'admettant que deux pouvoirs j, et l'on a très-sagement fait ; car il n'y a au fond qu'action et réaction dans tous les goùvernemens : et plus un peuple est éclairé en politique , plus il simplifie le gouvernement qui n'a pas besoin de ce troisième pouvoir j il ne faut qu'un point de résistance. *

Nous observerons qu'une nation composée de vingt-six millions d'individus a besoin d'un point central de la plus grande force ; un petit état peut se balancer, soit par sa pauvreté qui ne tente point l'ambition, soit par ses voisins. Il n'en tbt pas de méma d'un grand empire ^ il a, 4 ftQ défendre de

Im^méme et des autres ; il lui faut une fore»

prépondérante ^ soit pour réprimer les troubles intestins , soit pour défendre la patrie ;^ cette force i il faut la confier au roi , comme le plus intéressé à la "conservation du royaume.

Le cabinet d'oà partira la règle des affaires extérieures , par Fimportanee et la grandeuï^ Aes objets aura une prépondérance certaine;; car comment supposer que ces grands intérêts puissent êtr© défendus et surveillés sans Urne masse de pouvoirs qui fera fléchir les «nnemis de l'état , mais aussi comment Tenehaîner pour qu'il ne serve jamais le caprice^ ^u les passions du chef? Le corps militaire fera toujours obstacle à la liberté d'un peuple;: nous avons trouvé le eontre-poids des gardes nationales , mais il est à craindre que ce liouv^au pouvoir n^entraîne avec lui tous^ les autreâ pouvoirs ; le danger , il est vrai y afne semble très-éloigné , mais la difficulté de placer ces corps redoutables de manière à*ce qu'ils servent sans nuire n'en existe pas moins; car un grand état doit avoir une grande puissance, et quand elle est remise à^ lija ^^ulhomM^f ce q[^î est inévitable ^ clbr

(99) tonbiie à tons les abus que riiîstdîi*e nous

présente.

Ainsi les royaumes ont à se défendre de leurs propres forces ; il faUdroit que tel état fût perpétuellement en guerre pour maintenir sa liberté intérieure ; il faudroît que tel autre eût un dictateur dans son sein pour y rappeller la force d'unité et la correspondance intime de toutes ses parties.

J. J. Rousseau, en envisageant les gouveriiemenSy ne les a jamais considérés sous ce point de vue qui nous rapproche infiniment de la vérités d'est que tout gouvernement est mixte , et que le mot qu'il porte ne fait jainais la chose. Ces formes fixes et absolues^ sous lesquelles il a voulu distinguer et clas-^ fcer d'une manière rigoureuse les différentes sortes de gouvememens , sont de véritables easès chimériques ; les formes sont infini-* inent variées et mobiles j car elles dépendent; presque toujours du génie des administra* leurs, et j'entenils par-là tous ceux qui influent de manière et d'autre sur la choM publique : les gouvemans sont toujours ?ceLX prises avec les gouvernés ; de là une action et une réaction perpétuelles qui modifient $ans cesse le gouverjpiement; jamais tm étaf;

( toîî )

dîvîsîonà intestines ; par - tout les hommes tendent au repos , et quand il est troublé , c*est que le gouvernement est n^auvais. Celui* Cl ne s'agite que pour reposer bientôt sur de nouvelles bases ; les fondemens de la société sont inébrarflables,et hors des secousses de la politique ; les calamités retombent sur Içuraf auteurs , et toutes les têtes couronnées , qui dans leur orgueil ont voulu se venger, sq •ont punies elles-mêmes.

On pourroit partager les gouvernemens endeux classes , et la division seroit tout - à - .poup beaucoup plus claire et beaucoup plus juste. Quand la nation est ignorante, stilpide , c'est - à - dire, indifférente à la conr noissance de ses vrais intérêts , le mal domine néceesaire^lent, etle nom qu'elle porte ne signifie rien , fôt-il superbe, he peuple alors est puni de son insouciance , de sa nul* lité, de sa paresse ; la tranquillité apparente dont il jouit est soudain troublée ^ar tom les maux que commettent Içs chefs des empires quand ils ne sont pas surveillés : ces chefs seroientàla tête des états dits républir. cains , que les calamités ne seroient pas moindres ; mais quand la nation est éclairéen yieilante sur ses i^atérêts; quand elle parle.

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quand elle écrit, elle n'est réellement jamais asservie , elle ne sauroit l'être , parce que la partfe qui domine étant incessamment surveillée, ne peut plus agir capricieusement; il faut que les administrateurs, quel que soit le nom qu'ils portent, conquerent l'estime d'un peuple qui existe dè«-lors pplîtiquement. Il est impossible de la traiter avec dureté cette nation, parce qu^elle recelé dans 15on sein un grand nombre d'hommes qui pensent , qui font penser les autres, qui en éloignent la stupeur et l'apathie ; et comme chacun sent par instinct ce qui est liberté ou tyrannie , l'assentiment général n'est ni long, ni équivoque.

Le vice politique le plus dangereux dô tous , c'est le silence comtçandé aux citoyens^ Cest-là le refuge des féroces princes Ailexnands et des petites tyrannies helvétiques ; quand toutes les démarches sont éclairées ^ connues et publiées , les actions sont estimées d'après le caractère , et le caractère d'aprèsles actions. L'autorité la plus violenta devient alors ^ et malgré elle, polie et modérée ; elle se civilise , elle se fond dans deit liabitudes qui lui ôtcnt sa froide méchanceté y

( io4 )

elle compose pour ainsi dire avec la partie qu'elle veut gouverner.

Qui ne voit pas les différentes oscil^tionft des gouverneniens ; combien le plus arbitraire est obligé de ménager d'un côté pour mieux frapper de l'autre ? Ce qu'on appelle quelquefois le pouvoir absolu des souverains est amorti par une infinité de petites résistances. Veut-il tenter un grand coup , il est entraîné lui-même par la force avec laquelle îl se précipite ; il se brise et se trouve réduit à une représentation théâtrale ; comme tout est poids et mesure , il est contre la nature des choses qu'un homme veuille ployer la volonté d'un peuple éclairé ; mais s'i lest a]pathique et insouciant, comme alors il est né pour l'esclavage, toute tyrannie devient aisée.

Eh ! c'est ce qui fait voir que le plus grand besoin de l'homme, dans l'état de la société , est la science politique , c'est-à-dire, laconnoissance journalière de tout ce qu'on fait pour le régir ; car sans cette connoissance , îl n'y a que des idées fausses, absurdes, et tout à,côté,des oppreseurs qui aiment les ténèbres. Ouvrez Thistoire. Tous les siècles ignorans 6ont couverts de lèpres et de plaies honteuses ; ils en sont tous horriblement défigurés ;

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c'est que la barbarie ravage et tourmente l'espèce humaine, et que lorsque le flambeau de la raison humaine est éteint , toutes les passions deviennent des crimes et les crimes deviennent des passions. Le premier forfait en appelle un second ; car jamais la cruauté ne s'est séparée du fanatisme.

La science de la politique est à un état ce que les vertus morales et intellectuelles sont à un individu ; cette étude ne fait que de naître chez les nations les plus éclairées , et voyea les utiles réformes qu'elle a produites; or il ne faut pas confondre les arts environnés d'une décoration superflue et brillante avec cette étude non moins nouvelle qu'importante pour la félicité publique ; il y a loin de la perfection des vers , des tableaux, des statues, des édifices, aux grandes et neuves idées sur la liberté , sur le bonheur des peuples et sur la vraie gloire : ces idées , examinées sou» toutes les faces, débattues,etqui s'épurent par le choc des opinions , sortent enfin avec honneur de ces nobles débats ; elles s'établissent dans l'Europe pour y régner conjointement avec les souverains > et peut-être il ne reste plus à ceux-ci sur le théâtre du monde que riieureux pouvoir de les maintenir, ou du moins la gloire de leur rester fidèles.

(io6) Tout gouvernement est mîxte , et c'est ce que Rousseau n'a point assez entrevu ; ce qu'on appelle monarchie a ses corps répu- Wicaîns , et ce qu'on appelle république a ses monarques ; c'est que d'un bout du monda l|. l'autre il y a une grande distance entre laire des loix et leur exécution ; c'est que le |:hef-d'ocuvre de l'esprit humain n'est pas de faire de bonnes , même d'excellentes loix ^ mais de les faire exécuter. Tout dépositaire de l'exécution des loix jouit nécessairement d'une portion essentielle de la souveraineté , et soit qu'il en use , soit qu'il en abuse , il tient en main une force réelle qui fait résisr tance à Ja loi ; Tautorîté n'est jamais une , elle est divisée ; le parti de l'opposition est par-tout, il est nécessaire ; il faudroit le créer, quand même il ne se formeroit pas de lui* même ; si une épée retient l'autre dans le fourreau , il est bon que deux parties se sur-^ veillent , s'admonestent réciproquement ; c'est de ce combat que naîtra la vie politique et que l'assoupissement: fatal , précurseur de la mort , n'aura pas lieu : par-tout la fermen-» tation annonce le principe de vie , et la liqueur salutaire sera dépouillée de $e3 élémens étrangers.

Tousles peuples qui ont ftiît quelques prq-e grès vers la civilisation verront naître dana leur sein deux forces opposées qui , en s» combattant , se tiendront en respect et empê^j (cheront les grandes fautes qui pourroientr amener 1^ dissolution ; ces forces rivale» vous les rencontrerez par-tout , parce que c'est la nature qui a donné ce cpntre-poids à Thomme contre l'homme même ; l'équilibre est dans le combat ; on peut donc juge^* de 1^ frivolité des disputes sur la forme des diver* gouverneinehs ; en suppripiant les noms voui iTOuv^rez par-tout des hommes assemblés et partagés en diverses troupeç, et qui tâchent 4 établir entr 'eux cet équilibre qui empêche I4 désunion totale ; cet éqv^iUbre se rompt plus ou moins , se rétablîç plus vite ou plus lenteçtient ; dans quelques instans il est pour ainsi dire parfait ; quand il devient trop imparfaitj^ comme une partie est lézée j^ alors ses gémis-j semens se font entendre ; elle réclame , il faut que l'équilibre renaisse. Voilà ce qui maintient le balancement réciproque ; des mouvemens contraires produisent un mouvement unique qui ressemble presqu'à l'ordre : en çlerniere analyse tout se fond , en politique j^ f 9 4ÇV1 ^^oes c|t^ ïçni ^ue Tufiç ne peut

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pas entièrement abattre l'autre , et il en résulte un corps social* qui , n'étant^ni uni ni divisé , se soutient par l'intérêt qu'il a à se balancer et à se surveiller.

Voilà l'admirable économie qu'a employée Tauteur de toutes choses pour donner à l'homme un frein dans son semblable , et pour établir la paix de la société sur un état de guerre ; car sans opposition il n'y auroitplus de vertus patriotiques, et la volonté humaine se corromproit en interprêtant à. son gré et sans adversaire l'idée de justice.

Eh î qui fait la loi ? Est-ce le législateur ? Non ; il ne fait que la prononcer ; la loi a été composée bien avant que le crieur public ne la promené dans les rues , que le feuilliste ne l'envoyé aux extrémités du royaume : chacun a feiit la loi , y a mis son idée , sa volonté et même son expression, et lorsqu'elle est annoncée , burinée , elle n'est suivie ou respectée que lorsqu'elle est consacrée d'avance par l'opinion publique ; c'est elle qui la fait naître ; c'est elle qui la maintient ; c'est elle qui la fait exécuter. Si l'opinion publique rétrogradant , s'opposoit formellement à cette loi , elle seroit bientôt comme non avenue , elle iroit se joindre à Timitile

masse des papiers signés jadis par le roi de France , et depuis contre - mandés par la nation.

Toute nation éclairée porte dans son sein des souverains absolus , parce qu'ils commandent par la pensée; etsans sceptre etsarts diadème, ils conduisent leurs concitoyens et doublent la force qu'ils ont reçue d'eux. Celui-là régit toujours qui régit bien, parce qu'il faut considérer les loix comme sortant du sein de la nation plutôt que de la bouche des législateurs : c'est la nation qui fait la loi , ou bien il n'y a qu'une mauvaise loi; quand la nation est vicieuse politiquement, les loix sont absurdes et tyrannîques ; qtiand le peuple est vertueux politiquement, c'està-dire , assez ferme , assez courageux pour faire entendre sa voix et lui donner du poids, alors il est toujours libre ; maïs qiiand il oublie et ses privilèges et ses droits, alors il est opprimé, c'est-à-dire, puni. Dans tout lieu oùM se tait par crainte, il n'y a plus de liberté ; voilà pourquoi elle est presque entièrement bannie de la Suisse , et que c'est très - improprement que seS liabîtans osent s'appeller des hommes libres j tou3 Içs

^ — pefîfe sënats aristocratiques y ont gêné là

I presse, et pour cause.

Un grand nombre de bons citoyens attentifs à surveiller les opérations |)ubliqties sont donc de l'essence de tout gouYémement, et formeront une administration non moins nécessaire que celle qui est codifiée amx di& férens chefs ; car si les citoyens 8*endor-^ xnoiént dans une fatale incurie, s'ils n'àvoient plus de patriotisme , là tyrannie prendroit naissance dans le sein des propres magîs-* trats du peuple , car la tyrannie est encorô pîtrs4e4usduit de la foiblesse nationale qucJ

'~* " t'y* ■ I II

de l'audace d'un méchant.

Eti lorsque la nation françoisè se tt'ouvoît encore dans l'imptiissance d'arracher au despotisme le tonnerre dont il écrasoit lea pauvres sujets ^ il existoit une lutte se* crette et terrible qui minoit peù*à-peu son pouvoir redoutable ; les écrits des geng de lettres étoient des écrits accusateurs coxitre le trône et les vexations aux^ttplles oti le faisoît servir ; c'étoit une sorte de défense qui, roidissant les caractères et les esprits, devoit opérer aussi sûrement que la force , on plutôt la diriger ainsi que Ton dirigé la flamme active d^ lu lampe de Véntailleuri

la langtie de feu devolt toutfondre et a tôTït fondu ; noii" •^ictîons donc pas esclaves , même alors ; car il n'y a point d^esclayage réel pour un peuple pensant; tant que la tyrannie n'a pas été avouée par les raisonnemcns , il reste dans le cœur de riiorame unasyleàla liberté , d'où elle s'élancera plu« auguste et plus fiere. Les lumières publiques, voilà le miroir où se réfléchit la yéritable constitution d'un état ; c'est-là qu'il faut lire Ce qu'il est ; s'il est soumiis à des préjugés honteux , vils , déraisonnables , dites qu'il est foible^ dégradé, et voisin desartiine, s'il ne se régénère. Un état déshonoré est un état à moitié subjugué ; mais s'il a àe^ principes, s'il veut la liberté , s'il en cherche les basea fondamentales , quand même il se trompetoit d'abord , soyez assurés qu'il va figurei^ sûr le globe ; que l'autorité dé ses chefs n'anra plus que le pouvoir de faire lé bien.

Arrêtons-nous donc à laphysionoïnie d'uîi peuple et non aux déùominatîonft que le ha^^ard lui a données. Ges dénominations prêtent sans cesse aux sophismes des mauvais publicistes , et justifient également le pour et le contre ; la ^berté ne peut $tri^

( lia )

que la compagne de rinstnictîon éclairée et publique ; si le peuple a tiré un rideau entre lui elles opérations du gouvernement, «'il a consenti à ne plus exister politiquement, les noms pompeux de démocratie , ÔlQ république y àe provinces^uniés ^ A! étatsunis , etc. le sauveront-ils de l'esclavage ? d'un autre côté, un peuple a un monarque ; soit: qu'importe que celui-ci en prenne le titre, même au nom de Dieu^ si le peuple . force le monarque à respecter son génie.

Nous ne lui voyons plus, parmi nous, qu'un moyen pour avoir une grande et incontestable puissance ; si un Roi des François vouloit jouir un jour de toutes les portions de liberté dont jouissent ses sujets, ce seroit de se comporter de manière qu'ils crussent y gagner en lui sacrifiant cette portion , qui leur deviendroit alors superflue. Bientôt tous les rois de l'Europe seront bons, parce que tel sera leur suprême intérêt ; c'est que depuis peu nous avons lu et approfondi , sur-tout bien commenté Vh.ï^loïve,

Voyez dans ses fastes le châtiment des mauvais rois , c'est-à-dire , de ceux qui ont voulu s'élever au-dessus de la puissance législative, et gouverner par leurs odieux

satellites;

«àteÏÏîtes ; sans remonter pins liant , Bmtns," <:lief des troupes^ et Tépouxde Lncrece , gouverneur ou maire de Rome, assemblent le peuple contreTarqnin le superbe; ce superbe «'étoît permis de porter atteinte à la loi où ëtoient soumis les chefs du pouvoir exécutif, àe demander Tavis du sénat pour faire la guerre ou la paix et It s traîté.'r d'alliance; plusieurs siècles après, le même gériie étoiten- 'core vivant. Personne n'ignore la sentenc® par laquelle le sénat condamna Néron, comïne ennemi de la patrie et des citoyens, à être traîné à la voirie , et celle en vertu de laquelle Vitellius fut ignominieusement mutilé , promené dans la ville , et enfin mis à inort. Tout le monde connoît le décret par lequel le sénat dépouilla Maximîn de l'empire pour mettre à sa place Maxime et Albin; le divin Traj an, respectant ces loîx sacrées ^ disoît au grand prévôt de l'empire, en lui présentant une épée, je te commande de t'en servir pour m^ aider si Je règne comme ilcon^ vient ^ mais je veux que tu fen serves contra moi-même si y en agis autrement.

Les François ne chassèrent - ils pas du trône, par ordre des états, les roisGliildericI, gigébert, Théodoric et.Childeric III ? Us ea

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