‹ De J.J. RousseauChapitre 7 sur 36 · Tome /. H · texte numérisé non relu

Tome /. H

déposèrent d'autres ; et depuis, les états forcèrent Louis XI (prince fort difficile à manier) à recevoir trente six curateurs de Taris desquels il dévoie gouverner les affaires de rétcit ; ce n'est point par une autre autorité que les descendans de Charlemaa;ne ont été substitués à ceux de Mérôuée , et que ceux de Capet ont été préférés à ceux de Charlemagne ; Hugues Capet n'étoit pas un usurpateur, ainsi qu'on l'a imprimé plusieurs fois ; c'est un grossier mensonge ; voici le fait dans toute sa pureté : Charles de Lorraine , en se liguant avec rennemi dc^ la nation contr*elle^ avoit abandonné tous ses droits et s'étoit rendu incapable de parverdr à la couronne» Aussi non-seulement Hugues Capet fut préféré et reconnu , maâs même , dès la seconde année de son règne , ii£treconnoître solemnellement parles états et couronner son fils, ce qui ne fouf&it aucune difficulté.

Les papes eux-mêmes , qui se disent roi des rois^ et s'attribuoient le droit de déposer de leur autorité privée les rois leurs voisins , ont été déposés eux-mêmes , parce que tous les peuples ont eu , dans tous les temps , le stns commnn ^ et que la tyrannie a été k,

(1x5) leurs yeux une ivresse ( comme dît Platon } qui rend le tyran furieux. Par-tout les peuples ont suivi le conseil de Balde le publicîste , qui dit : qu'il faut d'abord user avec les rois de remontrances à leur égard , employer ensuite le secours des herbes , c'est-à-diro des paroles douces et persuasives ; et enfin ^ celui des pierres , c'est-à-^dire la force dea armes quand la persuasion ne peut rien» A-t-on jamais vu dans un vaisseau , lorsque le pilote s^enivre ^ conserver le pilote qui ti| briser le vaisseau et l'équipage sur l'écueil ? On lid ôte le gouvernail des mains ; on nomme qtielqu'un qui comjnande en second, s'il est vigilant et sage. Il en est de mémo du vaisseau politique ; le simple bon sens ordonne dans tous les temps et dans tous lieux à tous les peuples d'en agir ainsi ; les plus profondes spéculations de la politique, après avoir épuisé tous les mots scientifiques y reviennent au bon sens , ainsi quo le sublime géomètre , le poëte le plus au* dacielix , le conquérant le plus terrible ne font pas l'amour autrement que le commun des hommes. Le bon sens est donc le régu-» lateur des empires ; et comme il n'y a rien do plus difScile à prouver qii'ujiç yérité simple p

Ha.

fl a fallu nous appesantir sur le droit qu*avoit le peuple ou la nation de détrôner un tyran.

L'esprit du gouvernement dans tout IWcident fut constamment un esprit de liberté qui n'admit aucun pouvoir arbitraire de faire des loix , de les faire exécuter , et de décider de Texécution ; ce qui est la ruine de toute liberté. Jamais le despotisme n'a pu prendre racine dans \ occident ; des violences passagères furent constamment opposées à l'esprit des nations.

Les empereurs qui assuj étirent la république romaine n'eurent jamais la puissance législative, ni la judiciaire ; elles résidoient toujours dans le sénat et dans le peuple indépendamment des Césars. Les emperemrs ne firent qu'exécuter les loix de la patrie ; le sénat condamna Néron à mort pour crime de leze-majesté*

G' est qu'il a paru absurde à tous les peuples éclairés de la terre de confondre la puissance executive avec la législative ; par-tout je vois les Icdx fondamentales de la nation qtd existoient avant le monarque ; dès qu'il entreprend de renverser ces loia: Jbndamei^

foies j son trône n'a plus de ba^» C'est ujqq

profondo erreur de croire que le gouverntpient despotique soit le plus ancien ; il ne «'est formé que par une lente corruption» Pour ramener Scylla et Marins, qui jugent et font eux - mêmes exécuter leurs jugemens , il a fallu une multitude de vices qui ont réuni lentement le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif ; des passions violentée avoient déjà troublé Tordre, et les passiotip particulières achevèrent de le renverser.

Le despotisme ministériel , qui est la corruption du despotisme même ( comme on l'a t;rés-bieji d,it ). , n'arrive que lorsqure les empires sont livrés ou désordre ;^ on . voit naître alors une foule de demi - souverains qui veulent se venger de . n'être pas sur le trône, c'est-àrdire , qui veulent faire les rois ;: ainsi tous nos princes du sang ont voulu faire les souverains y avoir gardes >^ trésor.,, cour^ hommages y petit Vers^les , etç;. , et il» crient chez l'étç^nger q;u'ils sont détrônés*

Un monarque qui j:ouit d'une autorité limitée .est -le rempart d^ la: vraie liberté ^ parce qu'alors chaque particulier reprend une sorte d'égalité qui est loin d'exister dans lea gouvernemens aristocratiques :un monarque voit sans envie les ricl^esses, l'abondance

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et la magnificence de ses sujets , et ceux-ci ▼oyent dans la dépendance générale leur sûreté particulière ; le monarque cesse d'être ombrageux et jaloux, parce qu'il jouit d'une puissance considérable ; il n'a que le bien ^ faire , puisqu'heureusement pour lui les peines sont fixées par les loix , qu'il n'a point à punir , mais à faire grâce ; dépositaire de toutes les forces , il enchaîne toutesles passions ; un pareil gouvernement est un don précieux du ciel : c'est celui auquel xious tendons

Les troubles d'un état proviennent tou- |ours d'un gouvernement mal réglé.

La pidssance judiciaire contrebalance une infinité de maux politiques ; c'est la base des propriétés , et comme elle a pour objet ce qui intéresse le plus les hoiùmes ^ là vie ^leur honneur et leurs biens ^ tant que le pouvoir judiciaire ne sera pas bouleversé , on pourra réparer le reste de l'édifice sans aucun danger.

La loi non faite est donc celle dont aucune loi faite ne peut dispenser ; cette grande loi veut que chacun procure , autant qu'il est en lui , le bien de tout autre homme ; qu'il soit déclaré que llxonmie n'a d'autre

( 119 ) znaitre que Dieu , et que ceux qui sont i-e-

vêtus de l'autorité ne le sont que pour le bien

des autres hommes. Comme il n'y a jamais ett

ton homme au monde légitimement maître

de la vie d un autre homme, c'est faute de

lumières et de raison que certaines loix ont

autorisé le despotisme et resclavage ; jamais

le droit des armes n'a pu renverser la raison

de la nature ; la nature ne peut varier , ni

recevoir d'atteinte. .

C'est donc la loi non faite qui doit éclairer les autres , parce que cette loi existoit avant les cil oses , et étoit même indépendante de la création de Tunivers.

L'assemblée nationale a (îonc bien fait d* proscrire ces almanachs généalogiques qui tendoient à vouloir nous prouver que tel descend à^un franc ^ d'un romain, à'Mxi gau* lois , d'un visigoth j d'un bourguignon , ou de tel autre barbare établi dans les Gaules ► D'ailleurs tous ces peuples sont fondus les nns dans les autres , et ont perdu jusqu'à leur nom primitif .Nos pères l'ont voulu ainsi, et c'est le seul héritage qu'ils nous ayent laissé; respectons Vyxma^tie grain de raison qui leur soit échappé , ou du moins qui soit

parvenu jusqu'à nous* Tous les noms- an^

tiques sont tombes clev.mt celui de Françoîsi îe chef ne s'appelle plus que Roi des Frari" gOLs. Et puis ni les T ojnaîns ^ ni les Gaulois-, T\\\^^ Francs ^ ne connoîssoient parmi eux aucuns très hauts et Xvès puissans. Ces titres iiiais et absurdes n'ont pris naissance <]u'au eein de la pbis obscure barbarie , lorsque e'étoitun déshonneur et une espèce de crime de savoir lire. Çi)

Du temps des Gaulois , et pendant longtemps sous les Francs, la nation s'assembloit tous les ans pour délibérer sur les affaires, générales. Les rois ne p^ossédoient rien moin» qu'une puissance arbitraire; ils étoient comptables de l'usagée qu'ils faisoient de leurs pou«* Toirs. ce La constitution de notre gouverne- » ment est telle , disoit Ambiorix ,. roi des*

(i) On a dit que ce ne fur pas Rome qui s'empara de Punivers ; mais plutôt que l'univers se lit romain. ,Oii. en peut dire autant de la const'tution Françoise; tous les peupfes rot ou tard doivent Tadopter : vainement criet-on à Vinnovation ; tome loi est un remède politique et tout remède politiqitc osr une nouveauté ;.sans remède ,. le mal n'aura point terme : le peuple n'a d^ahordque des^ bras et des piods,. il lui manqua une têt? ;.mais dès que ktète vitnt à pousser , h liberîé s'établit J les attenta*, dâ la politLc^ue sont punis aloss..

%o Ebiirnes , qxie le peuple n'a pas momsl *> d'autorité sur mol que j'en ai sur lui i>«: César, liv. v. chap. viii Cette fomie de gpu- Ternenient a été adniiréepar Aristote y Polybe^ Ciceron , et particulièrement par ,Platon , comme la plus excellente de toutes. Ce dernier observe avec raison que la puissance monarchique , qui n'a d'autre frein (jue le bon sens du inonarc|ue, dégénère aisément en tyrannie : « Voila pourquoi, ajoute t-il, » elle doit être tempérée constamment par » l'autorité des nobles , ou de tels autres que » le peuple choisira. »

Malgré les Funestes partages de la couronne , et Idijeodalitéy plus funeste encore y. la nation a long - temps continué à s'assèmbler tous les ans au champ, de Mars (i) ou de Mai. L'esclavage , né de la féodalité. Ta dépouillée de ce droit ; mais le consentement général n'y étant pas , la loi ou la coutume

(j) Voilà pourquoi je vourfroîs que Pon conservât au Champ de Li fédération (ainsi nommé depuis le 14 juillet 1790 , ) le nom de Champ de Mars , qu'il avoit et qu'il n'a dû qu'au hazard* 11 rappelleroît , après mille ans , les. anciens Champs de Mars > où nos ancêtres libres s'assem* bloiem Hbrexnenu

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