‹ De J.J. RousseauChapitre 8 sur 36 · IM · texte numérisé non relu

IM

s'évanouît , et la nation recouvre ses droits. Ce qu'on a fait pour larendre esclave n'a servi qu'à amener sa résurrection. Comme la tyfannîe duroit depuis des siècles , qu'une toultitude de causes différentes avoît contrit bué àaltérer la constitution originelle, et que la nation^ depuis qu'elle avoit vu briser les fer» imposés par la féodalité , n'avoit jamais joui pleinement de ses droits primitifs; comme d'ailleurs i jS ans d'écoulés depuisles derniers états-généraux paroisssçient l'en avoir dépouillée entièrement et sans retour , il étoît nécessaire qu'elle les ressaisît hautement, complettement et de manière à n'avoir plus rien à craindre de semblable. Mais pour cela il falloit qu'elle fût assemblée , et que la souveraineté pût parler. Le roi s'y est vu néces^ site par le refus qu'ont fait les états au petit js?i<?âr d'enregistrer la volonté de ses ministre» et leurs déprédations* Cette marche étoit iiaturelle.

Quant à la souveraîtieté , il est clair comme le jour qu'elle réside dans tous les individu» de la nation ; et dans aucun cas le peuple ne peut se dépouiller de la souveraineté , naa plus que du titre Je citoyen , de françoîs , d'homme»

Nous avons appelle les parlcmens les ^tats au petit pied; lorsque la nation somineilloit, qu'elle sembloît avoir oublie tous ses droits , il n'y avoit qu'un corps c^ui contrebalançât ^e pouvoir arbitraire : il ne s'agissoit pas d'examiner alors si ^e pouvoir judiciaire ^ qui s'étoit charge de ce grand acte , étoit constitutionnel ou non. Les parlemens devenoient une institution légale et sacrée dès qu'ils faisoient résistance au despotisme , (jui auroit tout envahi sans retour , et ce sans leur courageuse défense : les parlemens prouvèrent par le fait là nécessité des contreforces quelconques ; et quoique ces forces fussent des poids très -bornés, cependant en temps et lieu il pesèrent dans la balance.

A défaut de constitution les parlemens exercèrent des fonctions très-légitimes en ce qu'ils concoururent à sauver la patrie des grands excès du despotisme : le droit d'empêcher toute usurpation sur la liberté publique Àppartientà tout citoyen^ à tout corps, à tout homme. Le pouvoir judiciaire fît donc bîen de combattre le pouvoir exécutif, et celui-ci recula plus d'une fois ; s'il revînt à la charge, c'est qu'il sentit qu'il pouyoit oser ^ parce que

la nation n'étoltpas encore formée pour élc^ ver la voix.

Mais les parlemens ont pour ainsi dir« concentré ce droit errant en annonçant quo c'étoit à la nation seule qu'appartenoitle vote des subsides ; et ils décidèrent une situation politique toute nouveUte : o-n doit aux parler mens ce cliangement heureux ; il régénéra la législation , c*est-à-dire celle qui consulter la fin suprême de toute société, et qui fait tout ployer devant ce but unique.

C'est donc à Thistoire à marquer la reconïioissance que la France doit aux parlemens^ en jce qu'ayant long-temps opposé une dîguç? au cours dévastateur du pouvoir exécutif illimité , ik ont appellésolemnellement la patrie au secours de la patrie .^

Voilà donc ces grands corps que Ton croyoît immortels^ ébranlés , renversés jusques dans leurs fondera ens ; c'étoit par ignorance de* principes politiques que ces compagnies forent tout-à-la-fois investies des fonctions de la justice et de la police , et des affaires d'administration et de s^ibsides ; c'étoit une énigme au-dessus de toute intelligence humaine que de voir en France les prétendus, représentuns de la nation offîciers créés par

r-ATitorîté suprême ; et faute d'une constitution , le monarque prétendoît tenir sa couronne de Dieu seuly puis l'onrëclamoit d'uii autre côté des loix fondamentales qu'on cher choit vainement dans notre histoire et dans notre droit public; delà ces solemnelles altercations où Ton voyoit les arrêts du cotv^ seîl caisser des arrêts de parlemens\ des militaires faire enregistrer des édits du trèsexprès commandement du roi, et eux retirés , le parlement déclaroit nuls ces enregîstremens[; les magistrats désobéissoîent ' aux lettres de jussions, et puis obéissoient servilement à des lettres-de-cachets ; ils ne savoient eux-mêmes s'ils étoient les mandataires de la nation ou ceux du monarque. • Jusqu'à des opinions théologiques, tout devenoit matière à d'éternelles tracasseries entre la cour et la magistrature ; la fréquence de ces débats, loin d'avoir établi les droits des corps et ceux du souverain^ les avoit tellement embrouillés qu'il n'étoit plus possible à l'esprit le plus sagace de déterminer leurs prétentions; le monarque faisoit la loi toujours à son profit,, et lorsqu'il s'aglssoit de sa vérification et de son enregistrement , le parlement saisissoit le veto qui

n'étoit pas même suspensif, maïs absolue Les parlemens parloient d'un dépôt de loix, et soufFroient que le monarque s'élevât incessamment au-dessus de la loi , car il la xnodifioit et Tabrogeoit , la contredisoit se-- Ion son plaisir j sans en consulter les dépositaires. * Le peuple est une puissance qui dort queU quefoîs pendant des siècles ; on lui fait toutes sortes d'outrages et d'injures ; les souverains et leurs ministres , les agens du pouvoir ar^bitraire la croient impassible ou ployée à une obéissance éternelle ; et d'après cette fausse idée , ils la surchargent de poids trop forts; tout-à-coup cette puissance, semblable à ces poissons énormes qui s'élcvent du folid de Tabyme des mers , fait un mouvement , et ce mouvement renverse tous les esqnifa peuplés deharponneurs, lesquels insultoient à la masse vivante.

Ainsi le peuple un beau jour connoit ses. droits j et devient redoutable au moment même où l'orgueil des grands le méprise : on voit alors que la souveraineté qu'il a concédée lui appartient en propre , et qu'il la reprend quand il se croit lézé ; car tout gouvernement n'est au fond qu'un composé

de forces physiques qui se heurtent et qui se balancent ; il n'y a véritablement que des goUvemans et des gouvernés. Les corps militaires , qui nourrissent le dédain et Tinso- ' lence des premiers j sont comme ces armes; qui jse brisent et dont les tronçons reviennent contre la main qui les porte. Mais les secousses politiques qui paroisseUt les plu^ brusques ne le sont pas ; elles ont été préparées par un long oubli des lois , par des abus amoncelés^ et sur- tout par cette grossière ignorance qui fait croire que le peuple n'existe plus , parce qu'il est patient.

Lisez l'histoire; l'homme, qu'on j.ugeoit être né pour l'abjection et Fesclavage , se dessine avec fierté , levé la tête , parle j^vec énergie et agît de ;même ; cet orgueil de hk liberté, cette passion indomptable qui est cachée dans tous les co^urs , fait des pro^ diges , et l'homme deyient grand à ses prcn près yeux au sein de ceè révolutions qui , comme celles de la nature, offrent un mélange de majesté et de terreur, mais toujours suivies de la fécondité. Voilà pourquoi toutes les âmes fortes ont un penchant irrésistible i)our ces scènes décisives qui , dans la lutte du l^'ône et du peuple , régénèrent les empires ;

lutte vraiment désirable àcertaînies époques J iutte ordînaîrement heureuse, et sans laquelle le despotisme couvriroit les nations de ses ombres affreuses (i).

Jettoïis les yeux stir la ïnatcbe du despo» tisme ; la monarcliîe illimitée s'établit dans la Chaldéè, et se conserva dans tout l'orient •BOUS les Assyriens , les Perses , les Partlies et les Musuimans. Le despotisme n'est que la monarchie corrompue qu'on laisse aller et qu'on ne rétablit pas dans ses limites ; il s'établît et se répandit par la foiblesse ou l'erreur des peuples dans toute la circonférence septentrionale et orientale de l'Asie»

Mais l'occident ne connut jamais ni la" monarchie ni le despotisme des généraux d'armées ; ordinairement électifs , dis prirent le titre de roi ; les anciens souverains des Germains , des Gaulois , des Ibériens , des Grecs et autres ne furent que des chefs de soldats. Sous le règne de Tullus Hostilîus ,

(i) Cest ce que nous avons exposé avec le sentiment d'une conviction. intime , il y a près de dix années , dans le discours préliminaire d'un Drame historique , intitulé ; 2a Destruction de la Ligue^ ou la Réduction de Paris ; nous y renvoyons nos lecteurs.

lorsque

\orsque Rome déclara la guerre aux Latins J

elle s'exprima ainsi, au rapport deTite-Live ^ le sénat , le peuplç Romain et moi vous tlé^ . clarons la guerre. Tel fut l'occident jusqu'au temps des incursions des barbares ; les rois n'avoient rien à démêler avec le gouverne^ ment ciTil ^ qui étpit sous la main des m^'* gîstrats. Lorsque Darius attaqua les Scythes européens ^ il demanda à leurs députés quel étoit leur monarque et où il étoit ? Noim monarque , lui répondirent-ils , est la loi p et nous en sommes les exécuteurs.

Les empereurs Romains étoient généraux d'armées ; cet emploi exçluoit les femmes du trône ; delà la loi saUque siu* laquelle on a fait des volumes ^ et qui n'est autre chose qu'une suite des anciennes coutumes de ces temps.

Ce ne fut qu'à la longue que des chefs po« litiques s'appellerent rois , se rendirent despotes ; et cela se vit sur-tout chez plusieurs nations orientales.

Les Romains régnèrent par* tout suivant les loix et les CQutûmes de chaque pays qu'ils conquirent* Voyez comme les Romains s% sont emparés des loyc grecques des douze tables ; Rome souhaitoit d'être vertueuse ç% TomeL I

écldipée lorsqu'elle ne connoissoît point encoure la vCTtii. Le voisinage de l'An glet erre j&t de M Snisse nous ont interdit ces humiimtîoD^ > ^^® d'ailleurs un grand peuple ne' reçoit jaiÂais impunément. Nos maux politïqiïôs? dérivent de la barbarie et de l'ignoraiice de noâ ancêtres.

^ E'ëducatîon de nos jours a rendu les hôïAïne^ encore plus égaux ; les grandes luzMiéiies appartiennent à ce qu'on appelloît ÏQ tfeP's^état. Supposez doux tableaux faits par le môiiie peintre , d'une beauté égale et plaoés dans le même cabinet , mais l'un avec une bordàte d'or massif^ et l'autre avec une simple bordure de bois tout uni ; la bordure n'eswUe pas absoÉument étrangère au mérite dse la peifttete ?

Il seroit facile de prouver que l'ancien gouvernement &ànçois fut une vraie démo« çratie , que tous les François naissoient égafux , qù'ik ne payoient aucun impôt , que c'est Chilpéric le premier qai en exigea , et qu'on l'en punit ; mais ces grandes libertés sont aujourd'hui renaissantes , et il n'y a plus de prétention au despotisme. Le mot seigneur dérive de senior , homme âgé ; il 3i:y & di^o rien dé^ plus ridicidç quQ Viii^o-

( i3i )• cialîon de ces deux mots \ jeune Seigneur,

Il serdit facile de prouver que les bénéficesmilitaires peuvent ^tre pris par la nation et parle souverain délégué , parce que. les possesseurs , alliant l'ingratitude à la barbarie , les tyrannisèrent l'un et l'autre ; de sorte que les bienfaits de la patri-e tournèrent contre elle-même.

L'intérêt du monarque est inséparablement uni à celui de son peuplé (\) ; car les rois

(i) Les aristocrates abusent sciemment du inotpeupli , en le confondant à tous propos avec populace , ainsi qu'ils ont confondu dans tous les temps la tranquiiité du royaume avec son bonheur. Comme lé& termes manquent pour la division des différentes classes , ils affectent le terme qui convient à leur orgueil ou à leur méchanceté. Quand on leur dit qu'il y. a visiblement une alliance entre Dieu et le peuple, que celui-ci a droit à la protection de Dieu, et qu-il est autorisé par le droit naturel et divin . de se défendre contre Toppre^siôn , ils répondent arttfi* cieusement comme si oq leur parloir des brigands que ce même peuple combat ou nourrit depuis deux années» Peuple est un mot collectif. Quand on parle du peuple » on parle évidemment de tous ceux qui ont en main son autorité et qui le représentent; on parle de tousles fonctionnaires publics que le peuple a délégués pour prendre quelque part au gouvernement , et contre-balaneer Kau*?

la

lie sont mangés et dépouilTës que par ces ttobles mendians qui n'environnent le txône que pour en enlever les franges d'or , et qui finiroient par laisser le monarque nud sur une escabelle de bois ^ si deÉ serviteurs in* tegres et fidèles ne le défendoient contre la rapacité des grands. Ceux-ci détruiroient

p*M<MB^i«Maai«pBirilV

tQritc royale , toujours prête à s*enfler ou à se corrompre» parce qu'elle est environnée de malveillans qui voudtolent bien en faire à leur proât un fioyau de di»i corde.

L'assemblée nationale n*est que Tabrégé du royaume auquel con&équemment toutes les affaires publiques se rapponent. Ses députés , pris en particulier , som infiE* rieurs au roi , ils lui sont supérieurs lorsqulls sont assein^ blés pourdéhbérer en corps. Voilà cependant le peuple, et dans toute sa majesté , je pense; la majesté du peuple. françois n'est pas plus équivoque aujourd'hui que la ma«jesté du peuple anglois; et pourquoi les aristocrates n*em- \ ploient-ils pas les mots nouvellement consacrés de ci* toyens, de citoyens actifs , éligibles, électeurs, de fonc* tu)nnaires publics ? c'est qu'aimane à répandre robsciirit& clans le$^rincipes,et ennemis des distinctions lum'meuses, ils affectent de confondre sans cesse la multitude éclairée et patriotique avec la multitude aveugle et féroce ; et prouvant par-là même leur incivisme , ils méritent de se voir rangés dans cette dernière classe dont ils imitent U kutalit^, •

toute liberté publique pour quelque joui<?^attce passagère ; mais ces hommes, qui niéditéiù: la destruction des loix humaines , pèchent contre les loix éternelles de la nature , et eu sont punis dans les temps marqués pour la régénération des choses. On a vu Charlemagne faire les plus grands efforts pour ré«* tablîr rhomme dans sa dîgnîté naturelle , et effacer ces distinctions outrageantes que les précédentes révolutions avoient produite»'; mais bientôt ranarchîc reparut , ses sages institutions furent renversées ; et la fin de la dynastie Carlovingiennê fut caractérisée par la violence , le crime et la trahison des xiobles. C'est alors qu'on vit naître l'impurB féodalité ; l'autorité souveraine ne ponvott plus protéger le peuple , et le peuple ne pouvoit plus protéger le souverain . Le véritable gouvernement fut renversé de fond •'^ comble par Tambition des noblesS ce * t^^^^t plus la monarchie de Charlems^çï^G , elîô n avoit conservé aucun de ses tr^îts ; car l autorité royale et la liberté d^ peuples étoieirt à la merci de ces nobles qui vouloiènt composer à eux seuls la nation»

Ils furent donc les plus grands ennemis d» feura concitoyens ; et comnaent pettvent^ils

réclamer des privilèges qui portent l'empreinte de nos fers ? Quels privilèges ! et comment ose-t-on les implorer quand ils dérivent presque tous des serviles devoirs du vasselage y qui portoit tous les caractères de la plus basse servitude ! Posture humiliante, serment avilissant accompagnoient Ipur foi et hoipmage. Cette noblesse héréditaire porte donc la tache originelle de son établissement. D'ailleurs, la chevalerie n*est .plus , ;donc la noblesse n'existe point j il ne .faut pqs. laisser subsister la moindre trace de l'impure féodalité. ^

Roturier veut dire ruptor terras. Il n'y a point de dénomination plus respectable que celle-là , puisqu'elle est la base de l'agriculture ; et presque tous les privilèges de la noblesse ont été acquis dans les balances des lanciers.

^^ V qu'y avoit-il de plus inconstitutionnel et de pi»^ iinpolitigue que cette ordonnance militaire qui exclut formellement des places d'officiers tout homme du tiers-état ? n'estce point 4îre , en d'autres termes : moure2i soldats, et soyez. perpétuellement avilis ; votre bravoure, votre intrépidité ne sont rien dès que votre, sang n'^st pas «lobl^ ^ Ifi

patrie n'a point de réçomppuse pour vous ? Après ce langage , la patrie osei:a-t-eUe demander des victoires ; et si la ^uerrp rieat affliger cet empire , qui osera le défendive^ pour être rejette ensuite dans la foule d^s esclaves ?

La raison a dû frapper ces inepties dai^-

gereuses , et c'est à la puissance d!apijaiop.

qu'il appartenoit de faire les chai:^g.emens

vraiment avantageux ; car cpmmenJ: imfl-

giner qu'un peuple restera çonstainpiiÇftt

aveugle sur ses vrais iptérêts , et auç le^ vé*

rites les plus utiles^ mie. fois fppfiajjAies.^

n'appartiendront pas à toutes lescl^^çs dç la

société ! Quand les usages ne ço;^vi^nneiit

plus au temps, c'est le bon sen§, c'est la rai-

son qu'il faut consulter : car tout rjgtombe

tôt où tard sous, l'empire de ^a raison.

. Il eKit appartenu à la plume de J,. J. Rouç-

seau d'écrire V histoire de larévolutioii^ d'en

pénétrer toutes les causes ,^. et de dire com-

ment ( en changeant la face de^ la France )

elle doit influer sur toute l'Europe ; s'il a

parlé quelquefois avantageusement du gou^

vernemcnt aristocratique ^ c'est lorsqu'il le

considéroit en Suisse,, resserré dans des mon-

tagnes , çt qu'au anilieu àe ces ^iniples culti-

(136) Vftteurs , il âvoît alors le ton de V enseigne^ mentit la physionomie paternelle ; maïs tout a changé depuis y même en Suisse. Jamais Rousseau n'auroit loué V aristocratie de France, la plus ancienne, la plus adroite ^ la plus entreprenante, et la plus impudente qui fut jamais; il eût été de notre avîs^ et euroit partagé notre légitime et profonde indignation. Les grands, le haut clergé et la magistrature étan t tout, la nation n'étoît rien; on vit cette altîere aristocratie s'élever au sein même des états-généraux ; elle osa y traiter le tiers avec le plus profond mépris ; on entendit jadis un Philippe dePottier^ député de la noblesse de Champagne , dire «n pleine assemblée : de quel front oseroitdn demander à la noblesse et au clergé des contributions ? La noblesse et le clergé obligèrent alors le tiers-état à payer la taxe de tous les députés , qui , depuis environ deux mois , résidoient dans la ville de Tours.

Ces nobles n'avoîent laissé au monarque Hïù! une suprématie nominale ^ et îls en avoient {aitun caissier renforcé. Douze à quinze mille privilégiés avoient si bien enlacé la nalioii, et tellement morcelé le pouvoir et l'autorité du monarque , c[u'il lui 4toit presque impoa-

^blô de participer à radminîstration autrement que par sa signature ; encore avoient* ils trouvé la superbe invention de la griffe qui,' entre les mains du ministre, St-Floreii tin , jettoit dans les cachots quiconque n'a voit pas su payer à propos sa prostituée, (i)

Si Ton s*étonne de ce qui se passe aujourd'hui , la démence, et sur-tout la durée de l'ancien régime , n'est-elle pas une choàe encore bien ^lus étonnante P Et ne faudrat-îl pas à la France plus de mille ans de 'constitution et de liberté pour se laver de ' la honte d'avoir été si long-temps opprimée et avilie !

Que feîsoient les privilégiés ? ils se partageoient le produit d'une mide âbbondante que les rois de France étoient chargés de faire exploiter au péril de leur gloire et dé leur dignité , et au seul profit de ces mangeurs décorés qui décrioient le monarque quand il n'alloît pas bien vîte faire enregistrer au parlement des édîts bursaux^ et y affronter le mépris du peuple.

^mmmmmm^mmmmmmmmmmmmmmmmmmii^m^mmmmmmmmmmmmmmÊmÊÊmÊmmmmÊmmÊÊmmmmmmim

(i) A la vue de tout Paris , elle avoît entrepris d*a« cheter un père et un mari : eh bien ! elle' trouva deux bra^ ves gentils-hommes qui eurent le courage de se vendre.

Anjonrd'hui ces privilégiés ( qui ayoieA concentré toute l'autorité du roi dans la seule nomination aux charges^ aux places, aui: bénéfices , ) se voyant détrônés par le- cri universel , disent qu'i/ ny a plus ele mi > tandis que c'est à la cause des rois et à cellp des peuples que V assemblée a consacré son .travail, son courage et sa constance ; tandis que les décrets de l'assemblée national^ rendent le roi seul puissant, le liettt intimement à son peuple , le délivrent de ces important avides qui avoient leur empire à part, qïû, tout en saluant le trône, et oient en guerre ouverte avec le peuple et avec le souverain , qu'ils tourmentoient ^t qu'ils menaçoient même quand il ne gouverjioit pas à leur fantaisie.

Quels autres qu'eux ont excité les incroyables dissipatioîis de Versailles , dont la folie a éclaté dans toute l'Europe ? Ce sont eux qui ont dit qu'on ppuyoit mépriser la nation, que son asservissement étoit sans bornes, et qu'elle trembleroit, hommes, femmes et enfans, devant du canomTon^ ces privilégiés, tous ces ennemis de la constitution, n'ont jamais aimé ni le roî til.la patrie. . ,

* Ils s'imaginent aujourd'hui,.. OU. plutôt ils voudroient faire croire que toutes les puiss^XLces de l'Europe vont s^armer pour défendre le.urs places à la cour , leurs charges, leurs bénéfices , leurs traitemens , et toutes les belles gratifications du liseré range; tai*tôt ils appellent ou ils invoquent Ja guerjç-e étrangère , et tantôt la guerre civile ; ?t pourquoi ? parce que la France ne veut plus être. le royaume Rattrape qui peut {i)^ \.

( I ) Quoiqne ce terme soit familier, il est vraiment çaractériisdque; voyez tous les petits rohïns décèles ; de constilhm au châtelet ou au parlement ils se faisoient maîtres des requêtes pour devenir "^te intendans ; souvent ils Tétoient avant l'âge de ^ngt-cinq ans : on a vu tel intendant inhabile à signer une quittance de cent francs qu'assisté préalablement de son tuteur, etdaifs le même insunty et avec la même plume, ordonner seul et souverainement à dix mille hboureurs d'aller traincr.la brouette sur le grand chemin. Ces intendans usurpoîent le titre de magistrats. Quels magistrats! On pourroit leur donner le nom de vices-rois ; et ces yices-rois, odieux et méprisés pour la pli!part,he pouvoient servir utilement ni le roi ni l'état, car qu'étoient'ils autre chose sinon des monnoyenrs violens , fabriquant l'écu de la substance des cultivateurs r Les minutreSyles regardant comme les balanciers d'une force foulante s leur écri voient : arrangez- vous comme vous vou-

A les entendre ne faudroît-il pas intéresser tous les cabinets en leur faveur ? Mais ils connoissent bien peu la doctrine secrette des souverains ; ceux-ci savent tous plus o» moins que c'est avec le peuple qu'ils doivent faire cause commune ; ils savent que jamais le peuple ne les hait directement , inaîs bien par ce qui les environne ; ils savent qu'autour d'eux sont les perturbateurs des nations^ qui , par leurs menées, s'effor^ cent de susciter une guerre quelconque,dans l'espérance de profiter ou des malheurs de* monarques , ou de ceux du peuple.

Suivez-les ; n'avoient-ils pas formé le projet d'enlever le roi et de le faire prisonnier dans Metz j et ils se tuent de dire qu'il est prisonnier. lies décrets de l'assemblée nationale rendent sacrée l'autorité royale , et ils diront qu'elle est nulle y parce qu'elle ne sert plus à faire couler vers eus! seuls tontes les richesses de l'empire.

Que ne dîsen t-îls pas d^absurde ? Maïs scroitîl défendu à un parti d'avoir ( ainsi que:.

drez , mais il faut tirer de telle provm::e telle somme* et pour peu qu'il y ait d» murmures, on voifs cnvefra des dragons.

la raison ) le roi de son côte P non, sans doute; quand tout un peuple se porte vigoureusement à une constitution fondée sur la loi, il doit prendre tous les moyens qui peur vent favoriser et accélérer cette heureuse révolution : le roi appartient tout entier aux citoyens , parce que le peuple ne veut ni ne peut rien faire jsans son roi {sqm£ quelques restrictions, d'ailleurs rares ) ; il falloit donc mettre le chef de la nation en sûreté; il est libre à Paris, parce qu'il est intimement uni à la nation et à la constitution.

Eh ! savez-vous quand le roi étoit véritablement prisonnier ? C'étoit lorsqu'il étoit enfermé dans son Versailles , cpmme dans une espèce de forteresse où les courtisas et associés fauteurs de l'esclavage le séparoient éternellement de son peuple pour faire de ton autQrité\QL machine d'une foule de vexations partielles; une coalitiojjd de petits fourbes et de cruels intrigans s*opposoit à tout bien et trave.rsoit incessamment l'intérêt public; il falloit donc ôter ( des mains de ceux qui sont connus par une opposition ouverte à la constitution) le chef de la nation et le mettre en sûreté contre eux; ; c'est ce que nous

avpus fait bravement çt aoa moins judicieu-

( Ma )

sèment. La prévoyance à cet égard cessoit*

d'être une vertu , elle devenoît nécessité.

Le complet de la constitution exigeoit en même-temps que le pouvoir exécutif tel qu'il étoit se trouvât suspendu ; car il n'y auroit point eu de révolution si les nombreux partisans de l'ancien régime avoient pu s'empiairer de V autorité du roi poujr détruire d'un seul coup tout ce qu'on avoit fait , et pour empêcher tout ce qu'on pouvoit faire \ et ne l'avoian^ls pas tenté dans l'inconcevable séance royale du %6juin ? Dès que la constitution sera établie sur des bases solides , alors il sera licite , alors il sera prudent que le pouvoir exécutif se montre et se déploie dans toute sa vigueur.

Notre constitution est véritablement le résultat des lumières réunies. L'élite d'une nation exaltée par ses écrivains et par les cahiers qui furent leur ouvrage ne pouvoit que commander l'émancipation du peuple franc ; le souvenir d'un joug honteux et non moins ajSreux rendit tous les sentimens énergiques ; le courage des représentans répondit au vœu de la nation ; l'adhésion formelle et réitérée de tout un peuple se fit sous les

fermes ; l'honneur en appartiendra dans tous

lib siècles à la nation prise collectivement , et celle-cî^en fera hommage aux livres d*où jaillirent les premières étincelles qui composèrent la ââmme du patiotisme- -et de la* liberté.

La constitution angloise est presqu^ incorrigible^ quel malheur l La constitutionjran'' çoise est perfectible ^ quel bonheur -^ ( i )

( I ) Le grand et bel ouvrage a été de faire un tout in-* dissoltable du royaume^ en fondant toutes les parties, et les plus éloignées. Au lieu de trois ordres , ou de ^leux chambres divisées , ce qui donne au roi un pouvoir trop pesant; au lieu du brigandage des grandes rot. tés , le tout pour éviter' une maréchaussée , nous avons trouvé la hiérarchie des cantons , des distncts et des départemens , et par cett6 savante et heureuse gradation , la France est jettée dans un seul moule. Tout le peuple est armé, mais le peuple ne sauroit être redoutable à lui-même. LesféJé' rations ont fait des soldats- citoyens autant d'hommes qui n'ont plus que le même intérêt, et dont la force tend noh à conquérir, mais à repousser les ennemis dii dehors.

Rien n'a mieux prouvé que tout peuple pouvoît et devoit avoir son gouvernement propre et distinct, sans le patroner sur celui de son voisin ; et que ce nouveau système qui éloigne également le despotisme et Taristocratic sans confusion populaire n'en est pas plus mauvais , pour tant surprendre ces pédans politiques , lesquels

Le clergé crie .plus haut aujourd'hui que la noblesse , et Ton sait pourquoi. Au inoment de la révolution il y avoit six meAbres du

avoîent décidé qu'il n'y avoit et qu'il ne pouvoit y avoir quhine seule forme de gouvernement , ne permettant pas aux François , à la clôture du dix huitième siècle, de faire leur constitution diaprés les erreurs des autres peuples et d'après leurs propres lumières ; nous avions à enchaîner une armée , nous avons institué une milice-citoyenne ; nous avions à détruire une riche aristocratie , nous avons formé les municipalités ; nous avions à nous défendre d'un despote , nous avons fait un roi qui n'est plus emprunteur , qui ne sera plus dissipateur , et nous Tavons lié intimement à la constitution , en abattant toutes les p> tites grandeurs devant la sienne unique , inviolable. Il me semble que nous ne sommes pas si mal-adrotts » quoiqu'en disent celui ou ceux qui veulent faire les Uew tenans de police de l'assemblée nanonale. Il n'y a point de pédantisme plus stupide que celui qui ne veut pas re« connoitre que les hommes sont suscepdbles de sinstruire» de faire mieux que leurs prédécesseurs, que leurs voisins^ comme de n'attribuer des vertus héroïques qu'à l'antiquité» et de nous répéter incessamment que nous n'égalerons jamais le génie clés anciens ; les Romains , les Grecs , les Egyptiens, étoient ils d'une nature supérieure à la nôtre i Nous y nous pouvons surpasser çn bravoure véritable les farouches Romains , avoir la solidité de leur gouvernement sans la corruption de leurs mœun.

haut:

Tiaut clergé qui réunissoient à eux six , au xnoins quatre millions de revenus. La distribution des biens ecclésiastiques n'ëtoit* elle pas folle et intolérable ? Depuis enyiron trente ans , le haut clergé dépouilloit les ré* guliers ; il avoit inventé de réunir le plu», qu'il pourroit les abbayes aux évêchés ; n'a* t*ilpasplùau haut clergé de supprimer les untonins ^ les célestins j les gramontins ; peu-à- peu les monseigneurs auroient mangé ou escamoté toutes les abbayes et les ordres religieux.

Voyex l'histoire. Depuis trois cents ans la politique dévprante du clergé séculier n'a pas cess^ d'employer $on crédit et son habileté à dépouiller le clergé régulier ; car il n'y avoit point de corporation en France qui sût mi^ux travailler en finance ; fut-il jamais d'établissement plus barbare que de donner U9f>^ps bénéfice sans aucun travail? Et que tpxK^ jl^evenus tous ces canons faits par les ^êques eux-mêmes sur la résidence , sur là pluralité des bénéfices , sur la portion des jevenus qu'ils doivent seulement retenir sur V^Ur honnête nécessaire ( devant le reste aux pauvres ) , sur l'obligation de ne point passer d'un bénéfice à un autre ? L'assemblée na» Yome L K

tionâle n'a fait que mettre à exécution tout ce qui avoit été décidé dans tous les conciles écuméniqueâ et nationaux depuis le cinquième siècle de l'église jusqu'à nos jours.

Il y a plus : si la Sorhonne a prononcé que Louis XIV étoit le maître absolu du bien do ses sujets, et qu'il pou voit en prendre ou laisser ce qu'il jugeroit à propos ; si, aveuglé par l'orgueil ou par l'intérêt , et malgré sa conscience, il fut assez imbécille pour croire ces docteurs ; lorsque la nation , qui seule peut disposer de ses biens ( confiés et non donnés ) , a décrété pour le salut de l'état que ses biens serviroîent à xaffermir le royaume isur ses antiques fondemens ^ le décret de la nation ne vaut-il pas \^ prononcé de la Sorbonne ? * .

La constitution françoîse se sowHie&dfti par ses grandes et utiles réformes , et que Gommandoit la voix universelle ; ses ettuô* mis chez l'étranger ne sont que àesjàiouxx* les étrangers voient à! un œil envieùs> fip^fy nous avons rompu les fers qui nous enchaînoient \ il nous plaign oient il y a quelques années , ils nous regardoient en pitié ; fls^ disoient qu'il y avoit dan^le seul royaume de France plus de maux et d'abus qu'il n'oiv

faudroît pour tuer le monde entier : et (juancl nous nous sommes réveillés pour reprendre notre attitude , ils nous ont* fait des rèprbiches parce que nous : h^àvions pas servile* toent imité telle constitution \ parce que iiôus en avons voulu uiië-plùs parfaite ^ parce que nous n'avons pas acheté la liberté pair des torrens de Sang , parce qufe nous avon3 su tout à là fois ti'ancîier et conserver, parce qu'enfin nous avons su mêler la gaieté et la plaisanterie aux plus mâles et aux plus sérieuses opérations. Il n'y a pas un petit txénevôîs vendant en France ou son fiisil • ou 8on écù', bu sa plume ; qui n'eût voulu ntoui tracer la route que iioiiè aurions dû prendre conformément ^m judaWne ài^ sa petite c//^ qu'il appelle ^république , vrai monastère ôtl ^^/^^/wîzr^ d'ergoteurs en sfv&^Qmétapkîsicdpolitique ;''ël où doivent aller |)éroi*értéiiôbreuseiiient les 'iîf<92/zt/é?r ^ léà Berg-assi ^ lerf Toïendaî ,\^^ liesprèfnéniî j etc. avec celuf qui a SI bien dît : Àrtangez-voUs } fâUi^^il me faut ma bastille et mon leNoirV

Le déclamateur Burke dira (le Soft' ttxé que les François sont des athées ; et le culte public a toujours àccohipagné ef couronné \^s fédérations natîànalès ', d'ixiittes Aifglôis

atrabilaires soutiennent que rassemblée rut"' ^^onale a tout bri^é , et elle n'a rien brisé ; Ja nation n'a été assemblée que parce que le mal étoit au comble , et que tout alloit se dissoudre ; c'est Vea:cès du mal qui a appelle l'assemblée nationale; ellen'a pointfaitlemal^ .et c'est parce qu'elle a trouvé le yrai remède en refondant la statue d'un seul jet , qu'elle a triomphé ; vainement objectera-t-on qu^imçatiens de réformer, les François n'ont pas au s'en rapporter au temps pour guérir les plaies. Au temps ! Les François ge sont bien jgardés d'attendre du temps le salut de l'état ; le bâtiment couloit bas , il a faUi; en faire un tout ïieuf préçîpitamnxent et s'élancer

dessus avec vivacité ; le caractère national

a très-biesn servi la. politique ; or , la plus ' commune ordonrioit impéjrieusQment de mettre à profit l'insurrection , l'entlijDusiasmc 4es peuples , la tprr.eur et- J'étonnement des ennemis de nos libçrtés ; JaJFranpe. étoit devenue irréformable ; il falloit brusquer la constitution , qui s'échappoit pour jamais, sans une sorte de précipitation , ou , si on l'pime mieux, de violence qui devpit reniettre sur sa large base la D%*amide renversée ; c'est une pyramide égyptienne , et le génie

te plus méditatif ixmoli prononcé, comme le génie violent, qu'il n'y avoit qu'un effort unique , prompt et sumaturel^ pour opérer ce miracle politique ; la voilà droite la^j^/îjzmide , et elle fera, l'étonnement des siècle» futurs !

Burke Tanglois continue : nous sdmmey des cannibales ^ des antropophagejs , nous|^ ne méritons plus le nom à^ hommes ; et queUes^ sont les victimes que te peuple s'est immo-lées ? Une douzaine de têtes dont la plupart étoient cbupables de h^xute trahison. Quelle . est la révolution sur le globe où il n'y ait point eu des désordres ^ des cruautés ? Peut-' on mettre en parallèle* les excès pa8sager$ èiXjL peuple avec ceux des grands ; si ceux-cî avoient eu quelques avantages ^ n*auroit-otr pas vu renaître toutes les horribles/(92//7r^<?^ ^ tous les massacres' , toutes les vengeances' qu'offre Thistoire , quand la noblesse , ïe^ clergé , et leroi à leur tête, ont été victorieux du peuple ? les excès des grands n-^ont-ils pasi nn caractère de férocité qui fait frémir? Ce peuple tant calomnié , qui avoît douze à> quinze siècles d'oppresêîbn à venger^ est' bon et sensible^ cdi* pWic tSr ltcté*'dê justice ou dé sévarîtéîtl a fait v1»fg<'aSt^ de^Clé'--

mence ; et ce n*est pas encore le peuple François qui s'est porté à quelques atrocitési que nous condamnons^ c'est la populace en cfTervescence ; mais trois . ou quatre tête& portées sur des piques ont £iLit dire mentalement à six cents autres : j'ai bien nté-rite cette place là ; et la peur a concentré diluas leurs âmes lem'S projets sanguinaires^ et les conspirateurs ont pris la fuite ; ainsi fut heureusement rompue la trame de noire ruine.

Le peuple armé , et qui avoit tant de trahi-^ sons y tant de perfidies à punir , et qui même en connoissoit les chefo^n'est point sorti d'ime modera&ion sans exeâiple dans l'histoire , et que l'histoire honorera à coup sûr de tous les éloges que n'a point encore mérités une autre nation ; dans ces temps de trouble > de calamité et de disette, l'anarchie n'a point régné, quoi qu'eut ait dit le mensonge ; par-tout le bon génie du peuple François a ramené la police, l'ordre^ la sûreté j^ même celle des ennenûs de la révolution et des aristocrates les glus çffréné^jians leurs propos et dans leurs actions , et ce en* dépit d'une foule d'aven* turierîs; ga^S•pQ^^: g^te? la liberté aa,issc^ntef. en4.éyi,t.;^SifhJpfi^s,ç(msp^ati^iis. Fatras ^

sur lesquelles on a jette misérîcordieusement le voile du mépris et du pardon.

A*t-il existé un peuple plus magnanime , plus fait pour désarmer ses implacables en* nemis ? Il n'a point usé de sa force etdudroiç terrible que lui donnoient ces conspirateurs, qui clierchoient à établir une disette universelle d^argent et de subsistances , et qui portoient dans leur cœur le vœu infernal et secret de déchirer le royaume pour rétablir leurs monstrueuses usurpations , et exercer froidement c^^rr cruauté d/ état, j mot qui leur est familier , et qui forme à la fois et leur logique et leur morale ; puis ils voudront flétrir dans l'Europe \^vcloi lanterne^ parce que le peuple, las de tyrannie, a enfin donné à ^onloxxr ses lettres-de-cachet y et en pauvre petite quantité, vu les dangers horribleadont il étoit environné l

Mais ce qui choque le plus les esclaves des« cours , les mangeurs déoorés , c'est cetteégalité de droits ^ cette restitution solemnelle faite à l'homme ; voilà leur tourment et leur ^ enfer ; comme s'il nedeyoit pafi exister dans^ toutes sociétés humaines une égalité parfaîtçde droits, en ce qu'il existe parmi leshommes*. une dignité commune et primitive qui e^:

(i50 celle d'être homme; or, écoutez l'aristocratie. La distinction de cordon bleu étoît tout : celle di homme n'étoit rien ; Tarm^e françoise conséquemment ne de voit être commandée que par des nobles^ afin que tout fût immole en temps et lieu aux nobles. Quel mot chimérique que celui de liberté nationale l Manger le peuple tout vif au nom du roi , et puis lui distribuer des coups de fusil encore au nom du roi , s'il murmuroit , tel étoit le système suivi de l'aristocratie ; l'officier de l'armée françoise ne devoît donc connoître que le roi et point la nation ( chose absolument idéale), c'est-à-dire, en d'autres termes ,, que l'officier noble vouloit tuer le peuple pour avoir des places à la cour , et pour partager le trésor royal aycc tous les dévora teurs tîtrés ; il étoit passé en proverbe que les moustaches ( les grenadiers ) appartcnoicnt oxhl plumets (les nobles) , et ne de voient écouter que leur voix , en faisant feu.

Un tel ordre de choses n'ofiensoît-îl pas trop gravement l'humanité , la raison et* la politique ; et pouvoit-il subsister , à moins de l'oubli de toutes loix ? Laisser l'aristocratie maîtresse de l'armée et puis voisine du

trône, c'ëtoît placer un bar/il de poudre k côté d^une cheminée ; et nous nous sommes réveillés bien à temps ; que Burke nous co/ïdamne ou qu'il nous absolve, (i)

Le repos de l'Europe y gagnera ; ces détestables et misérables conventions de«^' .princes , où l'humanité étoit sans cesse outragée et qu'ils appelloient, dans leur orgueil sanguinaire , le droit public de V Europe , ne nous commanderont plus. L'assemblée

(i) Le plus grand fléau de la nation , sous l'anden régime et ayant le serment civique , c'étoit cengs V officier françoh : il parloît toujours de sa naissance et il ignoroit ses devoirs. Perpétuellement jaloux de son chef, il cabaloit contre lui, il portoit le déraisonnement et la contusion dans les armées , il se déroboit à l'obéissance implicite et passive; le luxe et rinsubordination étoient la suite, du privilège exclusif des emplois de Tarmée ; il y avoît sur-tout ( je m'en souviens ) des officiers aux gardes qnî n'avoient jamais vu le feu , et dont l'esprit étoit plongé dans une telle barbarie qu'on eût dit à les entendre qu'jls étoient nés pour tout subjuguer ; c'étoient dç petits minutaires législateurs y et presqu'une garde prétorienne; heureusement que leurs soldats ont eu plus de bon sens » de. patriotisme et de morale qu'eux ; et y comme le lapidaire se sert de la poudre de diamant pour tailler U diamant^ nous avons imité le lapidaire.

nationale, heurtant de sa prépondérance et de celle des lumières le cabinet ténébreux du despotisme , a dissipé d'un soufHe ces £vl^ tiles questions diplomatiques ^ ces transac* lions de commis , ces actes insensés parmi desquels s'agitoit la politique des cours livrées à des charlatans qui masquaient de grands mots des inepties ministérielles pour lesquelles le sang humain couloit à grande flots ; caries fruits empoisonnés deadiscordes publiques croissent et se fortifient au moyen: de cesprétendus publicistes j qui se trompent et s'égarent eux-mêmes dans leur tortueuse chicane ; par eux, les armes du despotisme y. toujours dirigées contre la liberté puUique ^ s'émoussent, et peu-à-peu les nations cessent de se croire liées par tous ces actes honteux ou cruels de l'ignorance et de Tambitioa ; notre corps législatif,écartant \e^ paperasses y a décidé que les droits nationaux rtt seroient jamais étrangers aux intérêts des parties contractantes , et que lorsqu'il s'agiroitde verser son sang^ il étoit légal qu'on sût bien au juste pourquoi,

Falloit-îl donc , par exemple , quelaFrance prît parti dernièrement et s'unît aux esclaves Espagnols pour combattre ses frtres en U*

bertë , les Anglois ? Eh ! parce que la cour de Versailles s'est obligée envers celle de Madrid / faut - il aujourd'hui , lorsque tout s'éçlair« et s'épure , que Tempire François verse son sang à grands flots pour cette cour de Madrid ? Comment la cour de Versailles a-t-elle aoumis et pu soumettre vingt- quatre millions d'hommes à des stipulations arbi-* traires.? Quoi ! tous les citoyens franchis dépendans des caprices d'un seul ÎUn homme seul qui commanderoit à une armée d'alleir se faire égorger pour soutenir l'injuste guerre d'un despote étranger ! Et nous , nous re* jaoncerions à la faculté de nous régir et d'établir nos rapports avec les autres sociétés du globe; nous irions massacrer des individus généreux et qui applaudissent à nos travaux patriotiques, pour je ne sais quel papte de famille signé dans tel cabinet ^ par je ne sais quel motif ! Rien ne lie assurément la nation Françoise envers les Espagnols.

Les ennemis de la révolution ont mis leur espoir dans une guerre quelconque , et n'ont rien négligé pour la susciter ; ils voudroient donner le spectacle d'un armement universel pour recommencer le règne des abus et à%s^ déprédations. Di^u l le plus jgrand crime dç

Tespece humaine et son plus grakd flectu', la guerre sortiroit arbitrairement du cabinet d*un souverain à la yoix d'un liiînistre lâciie ou intéressé ! Eh ! que sont les dissipations du fisc auprès de ces horribles dissipations de sang humain que se permettent les rois , eux qui le plus souvent ne combattent point ï Certes j la guerre, qui est le complément de tous les désastres et qui les traîne tons à sa suite , qui compropiet également la vie où le repos des habitans de deux royaumes , appartient de droit à la volonté du corps politique ; car , comment remettre à la fougue , au caprice , à Terreur , ou à la décision d'un ministre ce long enchaînement dé malheurs et cette grande série de meurtres dont la fin devient incertaine lorsque les hostilités sont une fois commencées ?

Si une assemblée nationale avoit enchaîné^ Thumeur belliqueuse de Louis XIV , n'auroit-elle pas sauvé lui et son royaume des désastres qui ont payé si longuement et si chèrement quelques victoires ?

La déclaration de paix et de guerre n'est évidemment qu'un acte de délibération et non un acte d^ exécution: Comment le pôu-* Toir exécutif , qui-ne peut que faire exécuter'

la loi , feroit-il une loi qui întéiresse noU« seulement la nation ^ mais encore l'humanité entière ; une loi qui peut servir 1^ tyranniq Toisine et miner la liberté tïnn, peuple sor^ tant du sommeil des loix ? Le :drait de paix et de guerre appartient aux n^t^ojqLS et non à ces têtes couronnées qiii ^ dan& tous les temps, ont fait de 1^. surface entière du globe une arène sanglante où ils ont aiguisé 1^ sceptre pour eii faîre le couteau du despotlspie. £t nous ne le repousserions pas , c^ couteau que la n^ain barbare des ministres a dirigé constamment contre toutes l^s liberté^^ publiques! Les hommes ne^sq^tpasËùts pouç le cfarnage ; ils sont nés pour.yiy^ paisible* ment avec leiirs semblables,; .^^ai^ ^£f devien^ nent des insensés, et des.tigcçSL^.;qu^d il^ remetteift aveuglément aupp^i^oir, exécutU^ le droit de Içs pousser; d^p^^Uajeêne: de9 combats^ d'ensanglanter l!^tel dçiaps^i^l et de co-alidonner le despot^^n^ ppur.^queU.

ques grandeurs incertaines ou.jgajssagereSr ..[ Citoyens y voulez - vous cultïyçr paifiâblew ^ent les vertus sociales et religieuses;? com* mencez par vous chargeur du soin, de vos -m-térêts généraux ^ comme vous Têtes de vos intérêts partictdiers ; traiter *VOus - mêlées

avec les nations voisines ; alors cessei*a celte riyalîté suscitée et soutenue par l'adresse des tyrans ministériels ; le grand livre de la raison sérèi ouvert aux yeux de tous les peuples , et il en découlera la paix et la concorde ; car les hommes ont une tendance naturelle à se traiter en frères et en amis : la vie est un bien assez précieux pour que chacun le conserve.

Le dernier terme de la férocité , de l'extravagance et de Tesclavage seroit de faire coulet le sang dés autres et le sîéii propre en esclaves passîfsret à la seule voix du prince ; or^ il étoit impossible que l'assemblée nationale^ , qtd agit sous des yeux de Dieu et de Tunivers p se rendît responsable envers les races présentes eiîiuturéè: de cet abaissement ^ de cette abnégation ; la majesté de l'homime en auroit i^té flétrie ; et' les François , tlaissans à la liberté , n'aûroiént plus été" dignes d*en prohoncer Id ilom. Ainsi le droit de faire la paix et la guerre appartient incontestabletnent à la nation , ou il n'y auroît plus sur terrre que la cause des rois^ et conséqtiemt tt^ent pins- de citoyens.

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