‹ De Jodelle a Moliere; tragédie, comédie, tragi-comédieChapitre 10 sur 92 · Les CorrivauSy IV · texte numérisé non relu

Les CorrivauSy IV

nous présente le Scapin Lambert, raccommodant tout ce que son camarade dérange, ayant plus de ruses dans son sac que le Mascarille de Molière luimême!^ Celui-ci, c'est le valet avec lequel nous sommes le plus familiers, Fancêtre des Frontins de Regnard et de Figaro, le valet classique, celui — aussi bien — que lori trouve déjà le plus dans la comédie du xvi° siècleNll est dans le Brave de Baïf,

'Criant avec fierté

Combien de (roubles je tracasse!

y Combien d'entreprises je brasse!

(Le Brave. III, 2.)

Il est dans les Ébahis et dans les Contents, rivalisant de finesse avec la femme d'intrigue et Tobligeant à cet aveu :

Ha, par ma foy, fin contre fin Ne vaut rien à faire doubleure.

{Les Esbahis, I, 3.)

Il est dans les Jaloux de Larivey, étalant son esprit facile aux dépens du bravache Fierabras : « Fierabras. Mais dy moy, est-il vray qu'à ce renouveau on met une armée en campagne contre le grand Seigneur? — Gotard.... Le pape y envoyé ne sçay quant milliers d'hommes à cheval. — Hommes d'armes, ou chevaux légers? — Je n'en sçaurois que dire, car je les ay pas pesez; mais je pense qu'cslans Italiens, ils sont légers. » — « Fierabras. On en doit faire partout des feux de joye, des jonstes, tournois, comédies, et tirer de toutes parts force artilleries. — Gotard. On y tire de trois ou (jualre façons. On tire des pièces de canon, on tire l'argent des bources du peuple, on lire la layne de

dessus les espaules des simples gens, et lire Ton encores force bons verres de vin, qu'on envoyé à la vallée K » Ces plaisanteries sont médiocres? — Rappelez-vous-en quelques-unes, non moins contestables, de Mascarille.

ÏV

Si le valet est la terreur des vieillards économes, Tami et le mauvais génie des fils de famille, il a dans cette double fonction un sérieux rival : c'est Técornifleur, le parasite.

Le parasite avait joué un grand rôle dans la comédie latine, et, en 1567, Baïf transportait sur la scène française le personnage célèbre de Gnathon. Mais Gnathon ne s'était pas trop vanté quand il avait promis que les Gnathoniciens formeraient bientôt toute une secte et que V écorniflerie serait une philosophie florissante-; elle a été florissante en effet dans le théâtre italien et dans le théâtre français. Citons seulement Gourdin, de la Veuve^ Saucisson, des Contents, et Gasler, des Néapolitaines de François d'Amboise. Gourdin prononce un long monologue, où il a fait entrer, je crois, toute la « cuisinière bourgeoise » du xvr siècle : c'est l'énuméralion des plats qu'on lui a servis à un repas. Il avoue que « finablement // a esté contraint faire trêve avec les viandes, tant son menton estoit las de branler ». Mais son estomac était moins las que son menton : « Si je dors tant soit peu après le repas, je fays si bonne digestion que j'ay l'appétit plus

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